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Programme de rétablissement de l’haliotide pie (Haliotis kamtschatkana) au Canada (version finale)


2. Rétablissement

2.1 But du rétablissement

But immédiat (sur les cinq prochaines années)

Arrêter le déclin de la population sauvage actuelle d’haliotides pies en C.-B. afin de réduire le risque que cette espèce devienne en voie de disparition.

But à long terme (sur les 30 prochaines années)

Augmenter l’effectif et la densité de la populations sauvage d’haliotides pies afin que l’espèce atteigne des niveaux durables dans cinq zones biogéographiques de la C.-B. (Haida Gwaii, détroits de la Reine-Charlotte et de Johnstone, secteurs nord et centre de la côte, bassin de Georgia, côte ouest de l’île de Vancouver) afin de faire en sorte que l’haliotide pie ne soit plus menacée.

L’atteinte du but consistant à accroître l’effectif d’haliotides pies jusqu’à des niveaux durables pourrait prendre plusieurs décennies.

2.2 Faisabilité du rétablissement

Avec le temps, si les conditions environnementales sont favorables et si les mortalités sont réduites, le rétablissement de l’haliotide pie est faisable, car il reste un réservoir d’adultes reproducteurs et un habitat de grande qualité. En outre, des techniques de reconstitution des stocks sont disponibles pour améliorer le recrutement. Le regroupement d’adultes reproducteurs semble améliorer le recrutement localisé (Agence Parcs Canada, en préparation). L’ensemencement s’est révélé efficace pour la reconstitution de populations dans d’autres pays (Seki et Taniguchi, 2000; Shepherd et al., 2000; Tegner, 2000; Roberts et Andrew, 2003; Cook, 2003; de Waal et al., 2003, sous presse). Dernièrement, on a élaboré des protocoles pour réglementer les travaux et les aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eau (Lessard et al., 2006) afin de s’assurer de la présence d’un habitat suffisant et de groupements de reproducteurs, lesquels sont nécessaires au rétablissement. D’autres études devraient nous donner des orientations concernant la définition des objectifs de rétablissement de l’haliotide pie en la présence de loutres de mer (c.-à-d., coexistence de l’haliotide pie et de la loutre de mer).

Cependant, les approches en matière de rétablissement doivent viser des objectifs à long terme à l’égard des deux principales menaces qui pèsent sur l’espèce : la pêche illégale, qui se poursuit malgré une interdiction de la pêche imposée depuis 16 ans, et le faible recrutement, qui est tributaire de facteurs biotiques et environnementaux défavorables qui ne peuvent être prévus ni contrôlés. Selon la modélisation de populations décimées, le temps nécessaire au rétablissement fluctuerait entre 50 et  100 ans en raison de changements subtiles au sein de l’écosystème ou de l’effet d’Allee (Allee et al., 1949) (S. Shepherd, comm. pers.).

Au fur et à mesure que l’on recueillera de l’information, il faudra raffiner les buts du rétablissement et les techniques d’évaluation de la faisabilité dans certains secteurs de la C.-B. Ainsi, les densités d’haliotides pies recensées à l’extrémité sud de l’île de Vancouver (voir section 1.3, Populations et répartition, bassin de Georgia) laissent entrevoir un faible potentiel de recrutement dans cette zone. La prédation exercée par la population de loutres de mer qui est en train de se rétablir peut augmenter la mortalité jusqu’à des niveaux où la durabilité de l’haliotide pie ne sera pas assurée, aux endroits où l’espèce est déjà décimée en raison d’autres facteurs (p. ex., pêche illégale et faible recrutement).

2.3 Objectifs en matièrede population et de répartition

Au cours des cinq prochaines années, les objectifs de rétablissement de l’haliotide pie sont les suivants :

  1. s’assurer que les densités moyennes d’haliotides pies adultes de grande taille (longueur de coquille [LC]³100 mm) ne diminuent pas en deçà de 0,1 par m2 sur les sites repères étudiés à Haida Gwaii et dans les secteurs nord et centre de la côte et que le pourcentage des sites repères étudiés où l’on trouve des haliotides pies adultes de grande taille (LC³100 mm) ne diminue pas en deçà de 40 %;
  2. s’assurer que les estimations de la densité totale moyenne aux sites repères nouvellement établis dans les détroits de la Reine-Charlotte et de Johnstone ne diminuent pas sous les niveaux observés en 2004 (0,06 haliotide pie par m2 et 0,02 haliotide pie par m2 respectivement) et que les estimations de la densité totale moyenne pour la côte ouest de l’île de Vancouver ne diminuent pas sous le niveau observé en 2003 (0,09 haliotide pie par m2);
  3. s’assurer, aux sites repères (dans les zones sans loutres de mer), que le taux de mortalité annuelle estimée pour les haliotides adultes (LC ³70 mm) diminue (< 0,20) et que les densités moyennes d’haliotides adultes (LC³70 mm) augmentent ( ³0,32 par m2);
  4. s’assurer, aux sites repères (dans les zones sans loutres de mer), que la proportion des quadrats (m2) où l’on trouve des haliotides pies augmente (> 40 %).

Les objectifs 1 et 2 sont des mesures qui nous permettent de surveiller l’arrêt du déclin de la population d’haliotides pies. L’objectif 1 est fondé sur les niveaux de 1990, lorsque toutes les pêches ont été fermées. L’objectif 2 est quant à lui fondé sur des relevés plus récents du fait qu’aucun série chronologique plus longue n’est disponible. Les objectifs 3 et 4 permettent de mesurer les progrès accomplis à l’égard du rétablissement (c.-à-d., population durable) d’après un modèle de la population d’haliotides pies (Lessard et al., 2006).

L’observation d’une augmentation (> 40 %) dans la proportion des quadrats ayant une seule haliotide pie (objectif 4) peut ne pas être possible du fait qu’il faudrait que l’occurrence actuelle double. Cependant, cet objectif constitue la seule mesure dont on dispose présentement pour évaluer les changements dans les groupements d’haliotides pies sur une petite échelle. On pourra raffiner les objectifs de rétablissement lorsque les connaissances seront meilleures, surtout celles ayant trait à la taille des groupements d’haliotides pies nécessaires pour le recrutement et aux effets des loutres de mer.

2.4 Approches recommandées pour atteindre les objectifs de rétablissement

2.4.1 Planification du rétablissement

Tableau 2. Tableau de planification du rétablissement
PrioritéMenacesStratégie générale pour faire face à la menaceApproches recommandées pour atteindre les objectifs de rétablissement
Objectifs de rétablissement 1, 2, 3 et 4
Élevée
(en place)
PêcheProtectionMaintien des fermetures des pêches
Élevée
(en cours)
Pêche illégaleProtectionMise en œuvre d’un plan de protection proactif
Élevée
(en cours)
Pêche illégaleÉducation et sensibilisationMise en œuvre d’une campagne de communication
Élevée
(en place)
Travaux ou aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eauProtectionUtilisation de protocoles pour autoriser les travaux et les aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eau
Objectifs de rétablissement 3 et 4
Élevée
(lancée)
Faible recrutementGestionMise en œuvre d’initiatives de recherche et de reconstitution des stocks
Élevée
(à lancer)
Prédation par les loutres de merRechercheDétermination des objectifs en matière de répartition et de population pour l’haliotide pie en la présence des loutres de mer
Objectifs de rétablissement 1, 2, 3 et 4
Élevée
(en cours)
SurveillanceSurveillanceSurveillance de la population (relevés)


2.4.2 Explications concernant le tableau de planification du rétablissement

  1. Maintien des fermetures des pêches à l’haliotide pie. Il faut maintenir l’interdiction de pêche pour limiter la mortalité anthropique au sein de la population et permettre le recrutement et le rétablissement naturel de l’espèce.
  2. Mise en œuvre d’un plan de protection proactif pour le rétablissement de l’haliotide pie. Il faut appliquer des mesures de protection pour réduire la mortalité chez l’haliotide pie associée à la pêche illégale et accroître la participation de la communauté, la sensibilisation des gens et le soutien des agents des pêches. L’application de mesures de protection par l’entremise de la gestion de l’habitat empêchera les pertes d’habitats importants et d’individus.
    1. Utiliser des mesures d’application de la loi réactives, préventives et proactives pour freiner la pêche illégale et le trafic de l’haliotide pie. Des mesures d’application de la réglementation réactives permettent aux agents des pêches d’intervenir lorsque des faits sont rapportés par les Premières nations, les communautés côtières, les pêcheurs ou le public concernant la récolte ou la vente illégale ou suspecte d’haliotides pies. Des mesures d’application de la réglementation préventives comprennent, entre autres, des patrouilles en mer exécutée par les agents des pêches, des visites de marchés ainsi que des patrouilles sur les itinéraires de transport. Finalement, les mesures d’application de la réglementation proactives comprennent une collaboration entre les agents des pêches et les Premières nations ainsi que les communautés côtières.
    2. Continuer à identifier l’haliotide illégale sur le marché à l’aide de marqueurs génétiques.
    3. Promouvoir la communication, la sensibilisation, l’intendance et le maintien de l’ordre (p. ex., gardes des Premières nations).
    4. Promouvoir les programmes de surveillance côtière (« Abalone Coast Watch ») afin de faire participer les communautés à la protection de la population d’haliotides.
    5. Utiliser des protocoles de « traçabilité » pour établir la distinction entre les haliotides pies d’élevage obtenues légalement et les haliotides pies sauvages obtenues illégalement.
    6. Favoriser le soutien du public à l’égard de sentences imposées par les tribunaux qui soient appropriées au statut d’espèce menacée de l’haliotide pie. Cet objectif peut être atteint en éduquant le public par le biais de publications ou d’autres média.
    7. Continuer à appliquer des protocoles de précaution (Lessard et al., 2006) pour la délivrance d’autorisations concernant des travaux ou des développements sur l’eau, dans l’eau ou sous l’eau.
  3. Mise en œuvre d’une campagne de communication visant l’arrêt de la pêche illégale et la sensibilisation du public à l’égard de l’haliotide pie. Une campagne de communication contribuera à freiner la pêche illégale, à accroître le soutien à l’égard des efforts d’application de la réglementation et à inciter l’intendance communautaire et la participation du public.
    1. Promouvoir des projets d’intendance de l’haliotide pie.
    2. Continuer à tenir à jour un site web sur l’haliotide pie et à publier un bulletin pour les parties intéressées et le grand public.
    3. Travailler avec les Premières nations, les parties locales intéressées, les intervenants et des organismes internationaux.
    4. Produire du matériel de communication (p. ex., affiches, collants et brochures) indiquant qu’il faut mettre un terme à la pêche illégale.
    5. Amorcer une campagne de relations avec les média proactive ainsi que relever et coordonner les possibilités associées aux média.
  4. Mise en œuvre d’expériences de reconstitution des stocks et de recherche sur l’haliotide pie. La recherche et la reconstitution des stocks peuvent se traduire par une amélioration du succès de la reproduction, du recrutement et des densités de population. Des sites de reconstitution des stocks doivent être établis de concert avec un programme d’intendance afin de protéger l’espèce de la pêche illégale.
    1. Établir des zones de recherches pilotes expérimentales et éprouver des méthodes de reconstitution des stocks basées sur le regroupement d’adultes reproducteurs.
    2. Établir des zones de recherches pilotes expérimentales et éprouver des méthodes de reconstitution des stocks basées sur l’ensemencement d’haliotides d’écloseries dans le milieu sauvage. Les haliotides d’écloseries qui sont ensemencées dans le milieu sauvage se mêlent à la population sauvage. Étudier les effets : 1) de la taille, 2) du type d’habitat, 3) de la saison, 4) de la présence/l’absence de prédateur et 5) de l’exposition du site sur l’amélioration du succès de la reproduction en évaluant la survie et la croissance des haliotides d’écloseries (larves et juvéniles) relâchées dans de petites parcelles expérimentales dont on connaît l’habitat et le complexe d’espèces.
    3. Éprouver l’application des modules de recrutement pour échantillonner/protéger les individus à leurs premiers stades de vie.
    4. Établir des zones de recherches pilotes où la loutre de mer s’est rétablie afin de déterminer les paramètres de la population d’haliotides lorsqu’elle est soumise aux effets des loutres de mer et déterminer des objectifs en matière de population et de répartition en la présence des loutres de mer.
    5. Recherche sur les effets de la maladie et/ou des parasites.
    6. Consulter les Premières nations et collaborer avec elles sur des propositions de projets qui sont dans une zone occupée par les Premières nations. Comporte le partage d’information sur la population d’haliotides, les buts du projet, les techniques de reconstitution du stock, les impacts, etc.
    7. Collaborer avec les communautés côtières afin de partager de l’information sur les populations d’haliotides locales et d’élaborer des techniques de reconstitution des stocks.
    8. Incorporer de l’information sur l’haliotide provenant d’autres pays, le cas échéant.
    9. Envisager l’adoption d’une approche écosystémique générale dans le cadre des recherches sur l’haliotide pie.
  5. Surveillance du statut de la population d’haliotide pie. La surveillance est nécessaire pour que l’on puisse déterminer les progrès accomplis vers l’atteinte des objectifs en matière de population et de répartition et déterminer quand le rétablissement sera réalisé.
    1. Poursuivre les relevés aux sites repères (tous les cinq ans). Les relevés les plus récents ont été effectués dans les secteurs nord et centre de la côte, en 2006, dans les détroits de la Reine-Charlotte et de Johnstone, en 2004, sur la côte ouest de l’île de Vancouver, en 2003, et dans les îles de la Reine-Charlotte, en 2002.
    2. Créer des sites repères dans le bassin de Georgia.
    3. Élaborer une mesure améliorée pour les groupements.

2.5 Mesures du rendement

L’efficacité des mesures de rétablissement doit être passée en revue chaque année, tandis que les buts, les objectifs et les stratégies générales décrits dans le présent document doivent l’être dans les cinq années qui suivront l’acceptation du programme de rétablissement par le Ministre. On utilisera les mesures du rendement suivantes pour évaluer l’efficacité des objectifs et des stratégies et pour déterminer si le rétablissement demeure chose possible.

Mesures du rendement en fonction des objectifs.

  • Les densités moyennes d’haliotides pies adultes de grande taille (LC > 100 mm) ont-elles diminué en deçà de 0,1/m2 aux sites repères étudiés à Haida Gwaii et dans les secteurs nord et centre de la côte? Ont-elles augmenté?
  • Le pourcentage des sites repères étudiés où l’on trouve des haliotides pies adultes de grande taille (LC ³ 100 mm) a-t-il diminué (&lt; 40 %)? Ou a-t-il augmenté (> 40 %)?
  • Le taux de mortalité annuelle estimée pour les haliotides adultes (LC ≥ 70 mm) a-t-il chuté (< 0,20), et les densités moyennes d’haliotides adultes (LC ≥ 70 mm) ont-elles augmenté (> 0,32/m2)?
  • La proportion des quadrats (m2) occupés par des haliotides a-t-elle dépassé 40 %?

Mesures du rendement en fonction de l’approche utilisée

  • La fermeture de la pêche à l’haliotide pie a-t-elle été maintenue et mise en application sur l’ensemble de la côte? La fermeture de la pêche sur l’ensemble de la côte a-t-elle contribué efficacement à l’arrêt du déclin de la population?
  • A-t-on mis en œuvre un plan proactif de mise en application de la réglementation pour protéger l’espèce? Combien de signalements d’activités de pêche à l’haliotide ont été portés à l’attention des agents responsables de l’application de la réglementation et combien de fois la ligne sans frais « Observe-Record-Report » a-t-elle été utilisée? Jusqu’à quel point ces signalements se sont-ils traduits par des enquêtes, par le dépôt d’accusations et par l’imposition de condamnations? Combien d’heures a-t-on consacrées à l’application de la réglementation sur la fermeture de la pêche à l’haliotide? Quelles sont les tendances concernant les heures consacrées à l’application de la réglementation (et aux accusations et condamnations en résultant) au cours de la période précédent la mise en œuvre du programme de rétablissement et pendant sa mise en œuvre?
  • A-t-on mis en œuvre une stratégie de communication à long terme? Combien de documents et/ou activités de communication a-t-on produits et/ou utilisés? De quelle nature étaient-ils? Combien de personnes les activités de communication ont-elles permis de joindre et où a-t-on pu les joindre? Quels indices montrent qu’une augmentation de la sensibilisation (p. ex., les visites au site web sur l’haliotide se sont-elles accrues; quel a été le niveau de participation aux ateliers?) et/ou qu’une réduction de la pêche illégale ont résulté de ces efforts de communication?
  • Quelles nouvelles connaissances importantes a-t-on acquises par la recherche? Ces connaissances pourraient-elles contribuer directement à la reconstitution de la population d’haliotides pies? Combien d’initiatives de reconstitution de la population a-t-on entreprises? A-t-on observé une augmentation de l’abondance des juvéniles et/ou du recrutement à la suite des expériences de reconstitution des stocks? La reconstitution des stocks semble-t-elle être une stratégie viable ou prometteuse pour le rétablissement de la population d’haliotides sauvages? Quels rapports (publications techniques ou primaires) a-t-on préparés pour fournir les résultats des relevés et des études biologiques?
  • A-t-on établi des données de base sur l’abondance dans chacune des zones biogéographiques?

2.6 Habitat essentiel

2.6.1     Identification de l’habitat essentiel de l’espèce

La LEP définit l’habitat essentiel comme étant « l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce ». Même si les besoins généraux en matière d’habitat de l’haliotide pie peuvent être décrits (section 1.4.1), l’identification de l’habitat essentiel tel qu’il est défini en vertu de la LEP nécessite d’autres recherches.

L’habitat essentiel de l’haliotide pie peut être une zone où la survie des juvéniles est meilleure ou, encore, une zone où les adultes reproducteurs contribuent dans une plus forte proportion au recrutement total. L’identification de l’habitat essentiel représente un composant important de tout plan de recherche sur l’haliotide pie et de reconstitution des stocks.

2.6.2     Calendrier des études destinées à identifier l’habitat essentiel

Il faut effectuer davantage de recherches avant que l’habitat essentiel de l’haliotide pie puisse être identifié. Le calendrier ci-après couvre les cinq prochaines années (2007-2012) et décrit les études qui nous permettront d’obtenir l’information nécessaire pour identifier l’habitat essentiel de l’haliotide pie. Les activités indiquées sur le tableau suivant sont des recommandations qui sont sujettes aux priorités et aux contraintes budgétaires des gouvernements et organismes participants. En outre, certaines études dureront plus de cinq ans.

Activités de rétablissement

Date

Relevés sur les haliotides juvéniles afin d’améliorer le « modèle critique » (estimation de la proportion de la population qui demeure cryptique et non observable pendant les relevés).

2007-2012

Comparer les observations locales dans les habitats connus de l’haliotide aux résultats d’un modèle sur l’appropriation de l’habitat pour l’haliotide (Jamieson et al,. 2004).

2007-2012

Déterminer les caractéristiques de l’habitat qui améliorent les taux de croissance.

2007-2009

Examiner la croissance, la survie et la répartition des individus au premier stade benthique par rapport à l’habitat local, aux espèces d’algues, de prédateurs et de compétiteurs. Déterminer les paramètres qui contribuent à augmenter les densités de juvéniles (recrutement).

2007-2012

Dans le cadre du protocole (Lessard et al., 2006), surveiller la mesure dans laquelle des travaux et des aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eau peuvent avoir une incidence sur l’habitat et le rétablissement de l’haliotide.

2010-2012+

Raffiner le modèle sur l’appropriation de l’habitat pour l’haliotide d’après les observations locales.

2012+

Examiner la répartition des haliotides par rapport au profil des courants d’eau de mer locaux et aux simulations informatiques afin de déterminer les mécanismes potentiels de dispersion des larves.

2012+

 

L’identification de l’habitat essentiel devrait prendre de nombreuses années. Les haliotides pies juvéniles sont cryptiques, ce qui les rend difficiles à apercevoir et à étudier, et les relevés par plongée sont intensifs. Les facteurs qui contribuent au recrutement localisé (p. ex., les courants) sont complexes et peuvent varier d’une année à l’autre. Une série chronologique de données est nécessaire pour appuyer nos hypothèses afin de déterminer les composants « essentiels » de l’habitat plutôt que d’habitats qui pourraient être appropriés.

2.7 Approches disponibles et recommandées pour la protection de l’habitat

La Loi sur les pêches comporte des dispositions pour protéger l’habitat de l’haliotide pie. Une liste des zones marines protégées est présentée de façon succincte dans Jamieson et Lessard (2000). On peut également établir des zones de protections marines en vertu de la Loi sur les océans. En vertu de la Loi sur les aires marines nationales de conservation du Canada, Parcs Canada est responsable de la création des aires marines nationales de conservation (AMNC) qui seront gérées en fonction d’une utilisation durable et qui sont protégées de l’activité industrielle tels que les rejets en mer, l’exploitation minière ainsi que l’exploration et la mise en valeur des gisements pétroliers et gaziers. Une AMNC est proposée dans le sud des îles de la Reine-Charlotte, laquelle s’étendra sur 10 km vers le large à partir de la réserve du parc national Gwaii Haanas. Ainsi, cette aire englobera l’ensemble de l’habitat de l’haliotide dans cette zone. Les consultations sur l’AMNC proposées devraient avoir lieu lorsque les négociations avec le conseil de la nation Haida seront terminées.

Les protocoles (Lessard et al., 2006) sont en place pour la délivrance d’autorisations en vertu de la Loi sur les pêches concernant des travaux ou des aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eau qui pourraient avoir une incidence sur l’haliotide et son habitat. Les protocoles comprennent des règles de décision qui protègent les habitats importants et prévoient une approche de précaution pour également protéger les habitats essentiels, même s’il n’ont pas encore été identifiés.

Les travaux ou les aménagements sur l’eau, dans l’eau et sous l’eau qui peuvent affecter l’habitat de l’haliotide peuvent également être assujettis à un examen en vertu de la Loi sur la protection des eaux navigables et de la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale.

Les mouvements d’haliotides vers les écloseries et vers le milieu sauvage, y compris l’amélioration de la reconstitution des stocks par l’ensemencement en milieu sauvage, doivent faire l’objet d’un examen par le comité fédéral provincial sur les introductions et les transferts, lequel délivrera un permis par la suite (Loi sur les pêches). Les points pris en considération par le comité lorsqu’il délivre un permis de transfert comprennent, entre autres, la transmission des maladies, les répercussions génétiques ainsi que l’application de mesures de contrôle et de gestion appropriées pour protéger la population sauvage menacée. Présentement, les expériences d’ensemencement sont limitées à la région immédiate de Bamfield, en C.-B.

2.8 Délivrance de permis (LEP)

Se reporter à « Recovery Potential Analysis for Northern Abalone » (Lessard et al., 2006) pour un examen et des recommandations sur les activités qui peuvent être permises en vertu de la LEP et pour le protocole d’évaluation des impacts pour les travaux et aménagements réalisés sur l’eau, dans l’eau ou sous l’eau.

Il faudra modifier le présent programme de rétablissement si les densités à l’intérieur d’une zone de reconstitution des stocks protégée et établie se rétablissent aux niveaux minimaux auxquels on pourrait envisager une pêche limitée des Premières nations à des fins de subsistance, sociales et cérémonielles, en vertu du paragraphe 35(1) de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, sans mettre en péril la survie ou le rétablissement de l’haliotide pie.

2.9 Effets sur d’autres espèces

Tableau 3. Effets sur d’autres espèces
StratégieImpact potentielProbabilité d’impact
1. Fermetures des pêchesLes fermetures des pêches devraient arrêter le déclin de la population d’haliotides afin de permettre le rétablissement naturel du stock et ne devraient pas affecter d’autres espèces.

Faible

 

2. CommunicationLa communication peut profiter à d’autres espèces associées aux communautés d’haliotides et à d’autres espèces en péril par la sensibilisation et l’accroissement des déclarations de pêches illégales.Moyenne
3. Plan de protection proactifL’accroissement des activités d’application de la réglementation sur l’haliotide profitera à d’autres espèces par l’entremise d’une vigilance accrue à l’égard de toute pêche, possession et activité de commercialisation illégales et pourrait accroître les déclarations d’activités illégales de la part de la communauté.Élevée
4. Recherche et expériences de reconstitution des stocksLes expériences de reconstitution des stocks peuvent avoir une incidence sur d’autres espèces à une échelle locale.Moyenne 
La recherche peut nous donner une meilleure compréhension des espèces et des interactions écologiques.Élevée
5. Surveillance de la populationDes séries chronologiques de données peuvent nous aider à mieux comprendre les changements que subissent les populations d’autres espèces et les processus écosystémiques.Moyenne

2.10 Approche recommandée pour la mise en œuvre du rétablissement

L’haliotide pie a fait l’objet d’une approche de rétablissement portant sur une espèce unique du fait qu’il s’agit d’une espèce distincte en ce qui touche les facteurs qui menacent sa survie. La pêche illégale et le faible recrutement sont les principales raisons expliquant le déclin continu des populations sauvages, et ce, même si on a décrété une fermeture complète des pêches à l’haliotide pie en 1990. L’haliotide pie est le seul invertébré marin inscrit en tant qu’espèce menacée ou en voie de disparition dans les eaux canadiennes du Pacifique. Même si l’on a recommandé l’adoption d’une approche visant une espèce unique, plusieurs mesures décrites dans l’approche pour le rétablissement peuvent profiter directement à d’autres espèces se trouvant dans la zone géographique incluse dans l’habitat de l’haliotide pie. Les loutres de mer (espèce menacée) sont également présentes dans cet écosystème et occupent une proportion de plus en plus grande de l’aire de répartition de l’haliotide pie. Comme les loutres interagissent avec l’haliotide pie, il faudra adopter une approche fondée sur l’écosystème dans le futur. Il faudra également mettre en application une approche adaptative au fur et à mesure que les connaissances sur l’espèce et les interactions avec des espèces apparentées s’amélioreront.

2.11 Énoncé sur les plans d’action

Un ou plusieurs plans d’action, lesquels fourniront des détails scientifiques sur la mise en œuvre du rétablissement, seront réalisés dans les trois ans qui suivront l’élaboration du présent programme de rétablissement.