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Lamproie du ruisseau Morrison (Lampetra richardsoni)

Biologie générale

La biologie de la variété de lamproie de l’ouest du ruisseau Morrison n’est pas totalement connue. À part sa longue période post‑métamorphique et sa capacité de vivre comme parasite, sa biologie est très semblable à celle du Lampetra richardsoni type (Beamish, 1985). Dans le ruisseau Morrison, le Lampetra richardsoni type passe sa vie entière en eau douce et commence à se reproduire en mai et en juin (Youson et Beamish, 1991). Cette lamproie fraye une seule fois, et ses œufs sont pondus dans le gravier du lit fluvial. Après leur éclosion, les larves s’enfouissent rapidement dans les sédiments meubles, où elles demeurent pendant une période de longueur inconnue (peut‑être de trois à sept ans) à l’état d’ammocètes, se nourrissant par filtration, avant de se métamorphoser en juvéniles.

Les lamproies de l’ouest du ruisseau Morrison débutent leur métamorphose enjuillet ou en août, et deux formes adultes apparaissent au printemps de l’année suivante : une variété qui se reproduira dans l’année même (figure 3 : C et D) et dont la maturation sexuelle est visiblement avancée, soit le Lampetra richardsoni type, et une variété parasite (figure 3 : A et B) qui n’est pas complètement mature et pourrait retarder sa reproduction d’un an (Beamish, 1987; Youson et Beamish, 1991). On ne peut toutefois pas distinguer les deux formes au stade de l’ammocète.

Des données électrophorétiques et morphologiques (Beamish et Withler, 1986; Beamish, 1987) ont montré que les deux formes du Lampetra richardsoni observées au ruisseau Morrison appartiennent à une même population, formant ainsi un complexe d’espèce. On a notamment établi que la forme non parasite est génétiquement plus semblable à la forme parasite qu’aux Lampetra richardsoni de populations d’autres cours d’eau. On ne sait pas cependant si les deux formes se reproduisent suivant des lignées indépendantes. Il est possible que la variété du ruisseau Morrison n’atteigne pas le stade de la reproduction, son développement interne à la métamorphose n’étant pas complet chez tous les individus (Youson et Beamish, 1991). Cependant, Beamish (1985) a observé en laboratoire que certains individus de la variété ont pu frayer et produire des œufs viables dont sont sorties des larves. Ces résultats de laboratoire laissent penser que cette variété peut se reproduire dans le ruisseau Morrison. De plus, il semble y avoir échange génétique entre les deux formes du Lampetra richardsoni au ruisseau Morrison, Beamish et Withler (1986) ayant mesuré des fréquences d’allèles identiques.

(A) Mâle de la variété du ruisseau Morrison avec sa coloration de camouflage apparaissant au printemps qui suit la métamorphose.B) Mâle mature de la variété du ruisseau Morrison amené au laboratoire en juin 1981 et élevé jusqu’à la maturité, atteinte en 1982. (C) Femelle mature et (D) mâle mature du Lampetra richardsoni type du ruisseau Morrison

Figure 3.    (A) Mâle de la variété du ruisseau Morrison avec sa coloration de camouflage apparaissant au printemps qui suit la métamorphose. Cette variété peut vivre un an de plus que le Lampetra richardsoni type et peut s’alimenter durant cette période en laboratoire. Sa longueur totale est de 13 cm. (B) Mâle mature de la variété du ruisseau Morrison amené au laboratoire en juin 1981 et élevé jusqu’à la maturité, atteinte en 1982. Sa longueur totale est de 18,5 cm. (C) Femelle mature et (D) mâle mature du Lampetra richardsoni type du ruisseau Morrison, lequel se reproduit et meurt au printemps qui suit la métamorphose. Leurs longueurs totales sont respectivement de 12,5 cm et 11 cm.

Beamish (1987) a observé en laboratoire que la variété du ruisseau Morrison peut vivre une année de plus que le Lampetra richardsoni type. Youson et Beamish (1991) ont établi que le retard de la phase finale de maturation chez les mâles de la variété du ruisseau Morrison leur permet de conserver un système digestif fonctionnel qu’ils pourraient utiliser pour se nourrir. Dans une étude de laboratoire, des lamproies de la variété se sont nourries (sur des poissons vivants et sur des poissons morts) et ont grandi de juillet à la mi‑novembre, leur maturation sexuelle s’étant terminée au cours du printemps suivant (Beamish, 1985). On ne sait cependant pas si la variété du ruisseau Morrison se nourrit dans la nature; il se pourrait qu’elle ne le fasse que pour une courte période, et qu’elle ait des sources de nourriture autres que des poissons vivants (Beamish, 1985). Il se pourrait aussi qu’elle ne se nourrisse pas du tout dans le ruisseau Morrison et qu’elle meure avant de pouvoir se reproduire.


La variété du ruisseau Morrison, quand elle n’a pas encore atteint la maturité sexuelle, se distingue nettement du Lampetra richardsoni type par sa livrée de camouflage ‑ dos argenté et ventre blanc ‑ qui apparaît au début du printemps, et par ses dents pleinement développées (Beamish, 1985). On a observé que des individus de la variété élevés en laboratoire et s’alimentant perdaient leur coloration argentée et devenaient uniformément foncés vers la fin de septembre (Beamish, 1985).

La variété paraît très semblable à une espèce étroitement apparentée, le Lampetra ayresi, mais elle s’en distingue par le nombre de cuspides sur certaines dents, par certains aspects de sa morphologie, par sa couleur et par le fait qu’elle n’est pas capable d’osmorégulation en eau salée (Beamish, 1985). Il est possible que la variété du ruisseau Morrison soit un hybride naturel du Lampetra richardsoni et du Lampetra ayresi, mais aucun Lampetra ayresi n’a jamais été signalé dans le ruisseau Morrison ni dans les bassins hydrographiques voisins (Beamish, 1985; Beamish et Withler, 1986). De plus, on n’a jamais observé dans le ruisseau Morrison d’ammocètes affichant la pigmentation caractéristique des hybrides de Lampetra ayresi (Beamish et Withler, 1986).

Youson et Beamish (1991) ont comparé la morphologie interne des deux formes et ont avancé que le mode de vie parasitique intermédiaire de la forme parasite est dû à sa maturation sexuelle plus lente et, peut‑être, au fait que sa métamorphose est plus lente et incomplète. La métamorphose incomplète était particulièrement évidente chez les femelles, qui étaient beaucoup moins développées que les mâles, ce qui pourrait expliquer le sex‑ratio anormal (Youson et Beamish, 1991). De plus, on a observé que les mâles de la variété parasite possédaient des gonades qui se trouvaient à un stade avancé de maturité à un moment où ils n’affichaient aucun signe extérieur de maturation et étaient capables de s’alimenter (Beamish, 1985; Beamish et Withler, 1986; Beamish, 1987; Youson et Beamish, 1991). Il s’agit du premier cas documenté de lamproie s’alimentant activement à un stade avancé de maturité (Beamish et Withler, 1986; Youson et Beamish, 1991). La biologie inhabituelle de la variété du ruisseau Morrison semble correspondre à une phase clé dans l’évolution des lamproies. L’incapacité à l’osmorégulation en eau salée, le comportement alimentaire observé en laboratoire, le développement précoce des gonades chez les mâles et le développement retardé des autres organes indiquent que cette variété est une forme intermédiaire entre une forme parasite et une forme non parasite (Beamish, 1985; Beamish et Withler, 1986; Beamish, 1987; Youson et Beamish, 1991).