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Pluvier siffleur (Charadrius melodus circumcinctus)

CONTEXTE

2.1     Description de l’espèce

1

Figure1. Pluvier siffleur adulte. 

Le Pluvier siffleur (Charadrius melodus) est un petit oiseau de rivage migrateur (18 cm; de 43 à 63 g). Il est très cryptique avec le dos et la tête de couleur sable, le ventre blanc et les pattes orange. En plumage nuptial (figure 1), le bec court est orange et se termine par une bande noire; la tête est traversée d’une bande noire qui relie les deux yeux, et la poitrine se pare d’un collier noir (Haig, 1992). Le Pluvier siffleur ressemble au Pluvier kildir (Charadrius vociferus), oiseau de rivage qui partage l’habitat du Pluvier siffleur. Le Pluvier kildir se distingue par sa plus grande taille, sa tête et son dos brun foncé et ses deux colliers noirs. Le Pluvier siffleur est reconnaissable à son sifflement aigu et à sa propension à se reproduire sur des plages de sable ou de gravier qui sont exposées aux éléments (Goossen et al., 2002).

Le Pluvier siffleur appartient à la famille des Charadriidés (pluviers). L’espèce se subdivise en deux sous‑espèces, le C. m. melodus, qui vit sur le littoral atlantique, et le C. m. circumcinctus, qui habite à l’intérieur des terres (AOU, 1957). La sous-espèce circumcinctus comprend la population des Prairies canadiennes et celle des Grands Lacs. Les deux sous-espèces canadiennes sont inscrites comme espèce en voie de disparition (Boyne, 2001) à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril. Le présent programme de rétablissement ne s’applique qu’à la sous-espèce de l’intérieur. Au Canada, le C. m. circumcinctus se rencontre en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario. Aux États-Unis, leC. m. circumcinctus est menacé dans les Grandes Plaines du Nord et en voie de disparition dans les Grands Lacs (Sidle, 1985), alors que le C. m. melodus est menacé sur la côte de l’Atlantique.

2.2     Biologie générale

Cet oiseau de rivage principalement monogame peut se reproduire dès le premier printemps suivant l’éclosion (Haig, 1992). Il pond généralement quatre œufs par couvée, et la période de ponte s’échelonne sur sept jours (Murphy et al., 1999). Les couvées de remplacement sont communes, en raison de la destruction fréquente des nids. Les doubles couvées sont extrêmement rares chez le C. m. circumcinctus, mais elles ont été observées dans la région des Grands Lacs (J. Stucker et C. Haffner, comm. pers., dans Haig et Elliott‑Smith, 2004). Mâles et femelles se partagent l’incubation, qui dure de 26 à 28 jours (Whyte, 1985; Haig et Oring, 1988b). Les deux parents veillent également sur les oisillons immédiatement après l’éclosion, mais il arrive que la femelle quitte la nichée après moins de 10 jours (Haig et Oring, 1988b). Les oisillons sont précoces et s’éloignent du nid quelques heures après l’éclosion pour se mettre à la recherche de nourriture. Les jeunes oisillons doivent souvent revenir à la chaleur du nid (toutes les 5 à 10 minutes) pour assurer leur thermorégulation (Haig, 1992). Les juvéniles peuvent effectuer un vol soutenu de 18 à 25 jours après l’éclosion (Murphy et al., 1999). La migration peut débuter dès la fin de juin en cas de mauvais temps ou d’échec de la nidification, mais, dans la plupart des cas, elle commence plutôt à la fin de juillet ou au début d’août. Le gros de la migration à partir des lieux d’hivernage survient en mars (Haig, 1992) et en avril (K. Mehl, comm. pers.), les oiseaux gagnant leurs lieux de reproduction entre la fin d’avril et la mi‑mai dans le cas des Prairies canadiennes et entre la fin d’avril et le début de mai dans le cas de la partie américaine des Grands Lacs (Pike, 1985). Le C. m. circumcinctus migre sans doute sans escale, car les observations dans les sites appropriés qui pourraient servir de haltes sont rares (Haig, 1992). La population des Grands Lacs fait peut-être exception à cette règle; des individus ont été observés à des localités situées entre les aires de reproduction et les aires d’hivernage (U.S. Fish and Wildlife Service, 2003).

2.3     Démographie

Le C. m. melodus peut vivre jusqu’à 14 ans (Wilcox, 1962), mais rares sont les individus qui dépassent l’âge de neuf ans (Wilcox, 1959, 1962). Les données sur le C. m. circumcinctus sont limitées, mais les chercheurs savent que la sous‑espèce a une longévité d’au moins cinq ans (C. Gratto-Trevor, comm. pers.). Le taux de survie annuel moyen, estimé à partir d’une étude réalisée au Dakota du Nord, est de 0,74 (ET = 0,09) chez les adultes et de 0,32 (ET = 0,08) chez les immatures (de l’envol à l’âge d’un an) (Larson et al., 2000). À la lumière des résultats d’une étude menée dans les Grands Lacs, le taux de survie des adultes a été estimé à 0,73 (Wemmer et al., 2001). Le degré de fidélité des adultes au site de reproduction varie grandement d’une zone d’étude à l’autre, mais il est souvent élevé. Cinq études sur huit ont révélé que plus de 50 % des adultes retournent à leur ancienne aire de reproduction (Haig et Oring, 1988b). La fidélité au site de naissance est moins élevée que la fidélité de l'adulte au site de reproduction. Le degré de fidélité au site de naissance varie beaucoup selon la région géographique. Ce sont les pluviers du lac des Bois qui reviennent le plus souvent à leur site de naissance (70 %) (Haig et Oring, 1987) et ceux de la Nouvelle‑Écosse qui y reviennent le moins souvent (1,6 %) (Cairns, 1982). Dans tous les habitats utilisés des Grandes Plaines du Nord et en l’absence de toute mesure de gestion, le succès de reproduction du Pluvier siffleur (nombre d’oiseaux qui parviennent à l’envol) se chiffre à 0,89 oisillon par couple (Larson et al., 2002).

2.4     Population et répartition

2.4.1 Aire de reproduction canadienne

L’aire de reproduction actuelle du C. m. circumcinctus s’étend du centre-est de l’Alberta en passant par le sud de la Saskatchewan et du Manitoba jusqu'au lac des Bois dans le sud-ouest de l’Ontario (figure 2). Le lieu de reproduction le plus septentrional se trouve au lac Athabasca, dans le nord de la Saskatchewan. Cependant, on ignore si la sous-espèce s'y reproduit régulièrement. Dans le sud de l’Ontario, aucune mention de reproduction confirmée n’a été faite sur les rives des Grands Lacs depuis 1977 (Goossen et al., 2002). Historiquement, les Pluviers siffleurs étaient probablement communs sur les rives des quatre Grands Lacs en Ontario; les chercheurs possèdent des données sur la reproduction de la sous-espèce au bord des lacs Ontario, Érié et Huron (Russell, 1983).

2.4.2 Aire d'hivernage

Les aires d’hivernage des trois populations continentales se chevauchent (figure 2), mais la majorité des Pluviers siffleurs qui nichent à l’intérieur des terres passent l’hiver sur les bords du golfe du Mexique (Haig et Oring, 1988a). Des individus bagués dans les Prairies canadiennes ont été observés au Mexique, au Texas, en Alabama et en Floride (Mehl, 2003; Stucker et al., 2003; D. Prescott, comm. pers.; Service canadien de la faune, données inédites). Quelques individus ont également été repérés sur les côtes de l’Atlantique (Service canadien de la faune, données inédites). Les pluviers de la partie américaine des Grands Lacs hivernent principalement sur les côtes de l’Atlantique et les côtes floridiennes du golfe du Mexique (Haig et Elliott-Smith, 2004). Des pluviers bagués au Michigan ont été observés en Alabama, en Louisiane, en Caroline du Nord, en Géorgie, en Floride, dans le sud de la Virginie et aux Bahamas (U.S. Fish and Wildlife Service, 2003).

2.5     Taille et tendances des populations

On sait peu de choses sur la taille et la répartition historiques des populations de C. m. circumcinctus dans les Prairies canadiennes et les Grands Lacs. À l’aide de données antérieures à 1978, Bell (1978) a estimé que la population du Manitoba comptait 10 individus, celle de la Saskatchewan, 300 individus, et celle de l’Alberta, de 200 à 220 individus. En 1985, Haig (1985) a produit les estimations suivantes : de 100 à 120 individus au Manitoba, de 700 à 1 200 en Saskatchewan et de 200 à 220 en Alberta. Les estimations de Bell (1978) et de Haig (1985), calculées à partir de diverses sources visant plusieurs années différentes, ne présentaient pas nécessairement un tableau complet de la situation. Russell (1983) a estimé que la population historique des Grands Lacs du Canada était de 152 à 162 couples.

Le premier relevé complet des Pluviers siffleurs en Amérique du Nord a été le recensement international de 1991 (Haig et Plissner, 1992). Le International Piping Plover Breeding Census de 2001 a estimé la population nord-américaine à 5 945 adultes, dont 3 025 (51 %) de la sous-espèce C. m. circumcinctus. Sur les 1 454 (24 %) Pluviers siffleurs adultes recensés au Canada, 973 (67 %) étaient des C. m. circumcinctus, dont 972 dénombrés dans les Prairies canadiennes et un dans les Grands Lacs en Ontario (tableau 1). La population des Prairies et des Grandes Plaines du Nord a connu un déclin de 15 % entre 1991 et 2001 (Haig et al. 2005). L’effectif de la population des Prairies canadiennes a baissé de 32 % entre les recensements internationaux de 1991 (1 437 individus) et de 2001 (972 individus), et de 42 % entre les recensements internationaux de 1996 (1 687 individus) et de 2001; toutefois, la population a augmenté de 17 % entre 1991 et 1996. Aux États-Unis, la population des Grandes Plaines a légèrement diminué entre 1991 et 2001, mais l’effectif a augmenté d’environ 24 % entre 1996 et 2001. Au lac des Bois, au Minnesota et en Ontario, la population est passée de 18 adultes en 1991 à 13 adultes en 1996, puis à seulement huit adultes en 2001. Ce déclin est préoccupant, parce que cette population vestige représente le seul lien géographique entre les Grandes Plaines du Nord et les Prairies, et les Grands Lacs. La population américaine des Grands Lacs a plus que triplé dans les 15 dernières années, passant de 40 individus en 1991 (Haig et Plissner, 1993) à environ 125 individus en 2005 (J. Stucker, comm. pers.).

Il est difficile de déterminer les tendances de la population en raison de la nature éphémère de l'habitat de l'espèce, de la vaste étendue de l’habitat, de la mobilité de la sous-espèce ainsi que des variations dans l’effort de recensement et le degré de familiarité des observateurs avec les sites. Il faut à tout prix tenir compte des populations américaines de C. m. circumcinctus pour interpréter et évaluer les tendances qui se dessinent chez les populations canadiennes.

2.6     Importance pour l’humain

Les observateurs d’oiseaux fournissent un apport économique considérable au secteur de l’écotourisme. Le Pluvier siffleur revêt beaucoup d’intérêt pour les ornithologues amateurs, en particulier parce qu’il s’agit d’une espèce en voie de disparition. Cet oiseau bien en vue sert d’outil d'éducation à l’environnement et incarne les préoccupations entourant les espèces en voie de disparition (Goossen et al., 2002).

Figure 2. Aires de reproduction et d’hivernage du Pluvier siffleur (adapté de Haig, 1992).

Figure 2. Aires de reproduction et d’hivernage du Pluvier siffleur (adapté de Haig, 1992).

Tableau 1. Comparaison des recensements internationaux de 1991, de 1996 et de 2001 des individus reproducteurs de C. m. circumcinctus au Canada et aux États‑Unis (Haig et al., 2005)

Tableau 1. Comparaison des recensements internationaux de 1991, de 1996 et de 2001 des individus reproducteurs de C. m. circumcinctus au Canada et aux États‑Unis (Haig et al., 2005)

2.7     Description des besoins de l’espèce

Le Pluvier siffleur a besoin : 1) de suffisamment d’espace pour ses activités normales et pour soutenir une croissance de la population, notamment des sites pour la reproduction, l’élevage et l’alimentation ainsi que pour le rassemblement, la migration et l’hivernage; 2) d’une quantité suffisante d’invertébrés aquatiques et terrestres; 3) de peu de perturbation; 4) de sites relativement protégé des prédateurs. Les processus écologiques dynamiques (p. ex. fluctuations des niveaux d’eau) qui façonnent et maintiennent l'habitat de la sous‑espèce sont essentiels pour assurer la durabilité et la disponibilité de l’habitat.

2.7.1 Processus écologiques

L'habitat du Pluvier siffleur est éphémère et se caractérise par des perturbations en succession fréquente. Les précipitations, la sécheresse et les mesures de gestion des eaux peuvent avoir un impact significatif sur la disponibilité annuelle de l’habitat. Les cycles d’alternance entre les années où les niveaux d’eau sont élevés et celles où les niveaux d’eau sont faibles de même que l'érosion par les glaces sont essentiels au maintien de l’habitat, particulièrement pour contrôler la la végétation dans les terres humides d’eau douce. Les hautes eaux détruisent la végétation qui envahit les plages pendant les années de basses eaux. Les activités comme la stabilisation et la régulation du niveau d’eau pour la production hydroélectrique perturbent ce cycle naturel (Hesse et Mestl, 1993), ce qui se traduit souvent par une réduction de l’habitat disponible en raison d’inondations ou de l’empiètement de la végétation (J. P. Goossen, obs. pers.). De même, l’érosion par la glace contribue au maintien d’un habitat de première succession libre de végétation sur les flèches de sable et à proximité des chenaux (K. De Smet, comm. pers.). La salinité des lacs alcalins contribue aussi à entraver la croissance de la végétation des plages (Wershler, 1992). Il se peut également que le feu et le pâturage jouent un rôle similaire (Root et Ryan, 2004). Dans les lieux d’hivernage, les ouragans et les tempêtes tropicales préservent l’habitat des plages côtières. 

2.7.2 Principaux attributs de l’habitat

Le Pluvier siffleur privilégie les plages sablonneuses ou graveleuses non abritées, les îles et les péninsules des lacs alcalins ou d’eau douce, ainsi que les flèches de sable fluviales. La qualité de l'habitat disponible chaque année peut être imprévisible en raison de la nature changeante de l’habitat, du climat et des cycles hydrologiques qui caractérisent les Grandes Plaines du Nord. Les vastes rives graveleuses des bassins d’eau saline permanents sont le type d’habitat le plus couramment disponible dans les Prairies pour le Pluvier siffleur (Wershler et Wallis, 1987). Les attributs suivants sont représentatifs des habitats occupés par la sous-espèce, même si la composition, les composantes et les combinaisons peuvent varier :

·       largeur de la plage > 10 m

·       longueur du littoral > 0,4 km

·       parcelles de gravier ou de sable mélangé de gravier

·       flèches de sable

·       distance entre la limite des arbres et la laisse normale des hautes eaux > 50 m

·       couvert végétal occupant < 50 % de la plage

·       accès à des zones littorales humides sablonneuses ou à des suintements sablonneux, à de petits ruisseaux ou à des terres humides interdunaires pour l’alimentation

·       présence de dépôts alcalins sur la plage (dans le cas des terres humides et des lacs alcalins)

·       présence de végétation abritant des insectes dans les zones sèches adjacentes

·       présence des processus écologiques qui créent, maintiennent ou modifient l’habitat, comme le climat (précipitations, sécheresse, vent), les eaux souterraines, la salinisation, les fluctuations du régime hydrologique, l’empiètement de la végétation ou sa succession, le feu et l’herbivorie.

2.7.3 Habitat de nidification

Dans les Prairies canadiennes, le Pluvier siffleur niche et élève sa progéniture sur des plages de sable ou de gravier, en bordure de terres humides ou de lacs alcalins permanents ou semi-permanents, de lacs d’eau douce ou de réservoirs. Il lui arrive aussi de choisir des berges de rivières ou des flèches de sable (Boyne, 2001). Dans la région américaine des Grands Lacs, les pluviers privilégient les flèches ou les plages de sable associées à des dunes et à des baissières. Le côté intérieur des avant-dunes est également utilisé pour la reproduction (Pike, 1985; Powell et Cuthbert, 1992). Le Pluvier siffleur préfère nicher sur des substrats alcalins sablonneux ou graveleux plats, larges et couverts d’une végétation éparse (mais rarement sur des substrats entièrement dénudés) (Haig, 1992). Les substrats mixtes composés de sable, de gravier et de galets sont préférables, parce qu’ils facilitent le camouflage du nid, des adultes qui couvent la nichée et des oisillons (Boyne, 2001). Les perturbations périodiques de l’habitat, comme le pâturage ou les inondations, jouent un rôle essentiel en réduisant au minimum l’empiètement de la végétation, en particulier près des lacs d’eau douce.

2.7.4 Habitat d’élevage

L'habitat d’élevage chevauche les habitats de nidification et d’alimentation. Souvent, l’habitat de la nichée se trouve dans le territoire du couple. Cependant, il arrive que les familles quittent leur territoire pour fuir des perturbations ou pour trouver de la nourriture. Les pluviers juvéniles peuvent s’abriter des éléments, des humains ou des prédateurs dans la végétation éparse. Le Pluvier siffleur utilise rarement de la végétation dense, parce qu’elle est difficile à traverser et qu’elle limite la visibilité.

2.7.5 Habitat d’alimentation

Il existe peu d’information sur le régime alimentaire de la sous-espèce dans les Grandes Plaines du Nord et dans les Grands Lacs (voir Whyte, 1985; Beckerman, 1988; Staine et Burger, 1994; Cuthbert et al., 1999). Le Pluvier siffleur se nourrit d’une gamme variée d’invertébrés aquatiques, benthiques et terrestres. Les adultes et les juvéniles qui n’ont pas encore pris leur envol se nourrissent à l’intérieur de leur territoire de nidification dans des suintements, dans des mares éphémères, sur des berges de rivières (Cuthbert et al., 1999), en bordure de lacs, dans la végétation ou à la laisse des hautes eaux. Les adultes sans nichée et les juvéniles capables de voler quittent leur aire de nidification ou d’élevage immédiate pour aller se nourrir. Les oiseaux s’alimentent principalement à moins de 5 m du bord de l’eau. Le temps passé dans les divers lieux d’alimentation varie selon le sexe, l’âge, le stade du cycle de reproduction (Haig, 1992), la disponibilité de l’habitat et les perturbations.

2.7.6 Habitat de rassemblement et de migration

Avant la migration, les Pluviers siffleurs se rassemblent près des lacs où ils sont nés (Harris, 1994). Les pluviers des Grands Lacs utilisent les haltes entre les aires de reproduction et les aires d’hivernage comme habitat de migration (U.S. Fish and Wildlife Service, 2003). Dans les Grandes Plaines du Nord, les mentions sont rares dans les sites qui pourraient servir de haltes, ce qui donne à penser que ces oiseaux migrent sans escale (Haig, 1992). Les juvéniles peuvent parcourir de grandes distances quelques jours après leur premier envol. Une étude menée dans le Dakota du Nord révèle que deux juvéniles ont parcouru ≥ 50 km à l’âge de 28 jours (Knetter et al., 2001). Un juvénile marqué a mis moins de cinq jours à faire le trajet de plus de 2 000 km entre le Dakota du Nord et le golfe du Mexique (M.R. Ryan, données inédites, dans Knetter et al., 2001). 

2.8     Menaces

2.8.1 Prédation

Boyne (2001) a identifié les perturbations anthropiques comme étant la menace principale à laquelle fait face le Pluvier siffleur au Canada; bien que cela puisse être possible pour le Canada atlantique, la prédation semble être le principal facteur limitant la productivité du Pluvier siffleur dans les Grandes Plaines du Nord (voir Whyte, 1985; Haig et Oring, 1987, 1988b; Prindiville Gaines et Ryan, 1988; Richardson, 1999; Westworth et al., 2004). Comme la prédation est rarement observée sur le terrain, il est difficile d’identifier les prédateurs. Il faut alors procéder par déduction, en observant les pistes, l’état du nid ou d’autres indices. Cette méthode d’identification des prédateurs n’est pas toujours fiable (Larivière, 1999).

La prédation a changé depuis la colonisation européenne. L’effectif des espèces prédatrices suivantes a augmenté depuis 1966 : Corneille d’Amérique (Corvus brachyrhynchos), Pie bavarde (Pica hudsonia), Goéland de Californie (Larus californicus), Grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus), Faucon émerillon (Falco columbarius) et Goéland à bec cerclé (Larus delawarensis) en Alberta; Goéland à bec cerclé et Faucon émerillon au Manitoba; Corneille d’Amérique, Pie bavarde et Faucon émerillon en Ontario (Sauer et al., 2003).

Il existe des techniques efficaces de gestion des prédateurs (Schmelzeisen et al., 2004), et celles‑ci seront employées dans divers sites, selon les besoins. L'efficacité des outils de gestion sera évaluée de façon constante et perfectionnée de manière à réduire la prédation des œufs, des oisillons et des adultes.

Prédation des œufs

Les prédateurs qui se nourrissent des œufs du Pluvier siffleur emportent généralement toute la couvée. Les espèces suivantes sont des prédateurs confirmés des œufs de Pluvier siffleur : Corneille d’Amérique (Kruse et al., 2001), Grand Corbeau (Corvus corax) (Schmelzeisen et al., 2004), Pie bavarde (Licht et Johnson, 1992), Crécerelle d’Amérique (Falco sparverius) (Kruse et al., 2001), vison (Mustela vison) (Kruse et al., 2001), chien domestique (Canis familiaris) (Kruse et al., 2001) et raton laveur (Procyon lotor) (Espie et al., 1992; Kruse et al., 2001). Les espèces suivantes sont considérées comme des prédateurs possibles, d’après les indices recueillis près des nids ou en raison de leur présence à proximité de nids ravagés : Goéland de Californie (Mayer et Ryan, 1991a), oiseaux noirs (Ictéridés) (Ivan et Murphy, 2005), mouffette rayée (Mephitis mephitis), blaireau d’Amérique (Taxidea taxus) (Casler et Murphy, 2001; Murphy et al., 2003a; Ivan et Murphy, 2005), coyote (Canis latrans), renard roux (Vulpes vulpes) (Goossen et al., 2002; Ivan et Murphy, 2005), cerf de Virginie (Odocoileus virginianus) (Ivan et Murphy, 2005) et spermophiles (Spermophilus) (Ivan et Murphy, 2005).

Prédation des oisillons

Dans les Grandes Plaines du Nord, les pertes d’oisillons par la prédation sont considérables : pour une couvée moyenne de quatre œufs, seul 0,89 oisillon par couple se rend à l’âge de l’envol (Larson et al., 2002). Ici encore, la prédation est rarement observée sur le terrain, et les restes d’oisillons sont rarement retrouvés. Voici les prédateurs confirmés des oisillons : Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) (Murphy et al., 2003a; Ivan et Murphy, 2005), Crécerelle d’Amérique (Kruse et al., 2001), Grand-duc d’Amérique (Kruse et al., 2001), vison (Kruse et al., 2001) et coyote (C. White, données inédites; D. Martens, données inédites).

Prédation des adultes

Les restes d’adultes capturés par des prédateurs sont rarement retrouvés. Le Faucon émerillon (Michaud et Prescott, 1999) et le Faucon pèlerin (Falco peregrinus)(W. Harris, comm. pers., dans Goossen et al., 2002) sont des prédateurs connus des pluviers adultes. Parmi les autres prédateurs possibles, il faut citer le coyote, le renard roux, le raton laveur, le blaireau d’Amérique, la mouffette rayée, les mouettes et les goélands, le Busard Saint-Martin, le Grand-duc d’Amérique, la Corneille d’Amérique, la Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis) et la Buse de Swainson (Buteo swainsoni) (Murphy et al., 2003a). Certaines activités de gestion des pluviers ont attiré des rapaces, ce qui a entraîné des mortalités chez les adultes (voir Murphy et al., 2003a).

Autres prédateurs

Parmi les autres prédateurs possibles du Pluvier siffleur, il faut mentionner le Goéland argenté (Larus argentatus) (U.S. Fish and Wildlife Service, 2003), le Hibou des marais (Asio flammeus) (W. Harris, comm. pers., dans Goossen et al., 2002), le Harfang des neiges (Bubo scandiacus) (Cuthbert et Wemmer, 1999), le Quiscale bronzé (Quiscalus quiscula) (Ivan et Murphy, 2005) et l’hermine (Mustela erminea) (Haig et Elliott-Smith, 2004).

2.8.2 Perte ou dégradation de l’habitat

Il peut y avoir perte d’habitat lorsque les bassins ou les plages de nidification sont transformés par des causes naturelles comme la sécheresse, les fortes précipitations et l’empiètement de la végétation (Goossen et al., 2002). Les activités humaines, comme la gestion des eaux, la construction d’installations récréatives et l’exploitation pétrolière et gazière, peuvent également causer une perte d’habitat (Boyne, 2001). La qualité des habitat physiquement propices à la sous-espèce peut être compromise par les perturbations anthropiques, la gestion des eaux et la présence du bétail. Les menaces qui pèsent sur les habitats d’hivernage sont également préoccupantes, puisque les pluviers passent une grande partie de l’année dans les habitats marins côtiers.

La mise en place de mesures d’atténuation et la conclusion d’accords de conservation sont deux moyens de remédier à la menace que représente la gestion des eaux. Les futures mesures de protection de l’habitat seront axées sur l’intendance. L’habitat sera protégé grâce à des programmes d’intendance, à des mesures législatives et d’application de la loi. La création et la surveillance d’aires protégées, comme la Walter Cook Piping Plover Conservation Area (Manitoba), la Clandeboye Bay Piping Plover Conservation Area (Manitoba) et le Muriel Lake Waterbird Sanctuary (Alberta), contribueront à protéger l’habitat et l’effort de reproduction du Pluvier siffleur.

2.8.3 Pâturage

Le bétail peut piétiner les nids, perturber le comportement normal lié à la reproduction et modifier les caractéristiques de l’habitat (Boyne, 2001). L'habitat d’alimentation peut être contaminé par l’urine et le fumier ou altéré par le piétinement (Wershler, 1992).

L’aménagement de clôtures, la conclusion d’ententes visant le pâturage retardé et le déplacement du bétail vers d’autres lieux d’abreuvement peuvent réduire les impacts négatifs du bétail sur le Pluvier siffleur et son habitat (Goossen et al., 2002). Lorsqu’il est bien géré, le bétail peut en fait améliorer l’habitat du Pluvier siffleur en réduisant la hauteur et la densité de la végétation sur la partie supérieure des plages. Les paysages où le pâturage est la principale utilisation des terres pourraient être de meilleure qualité parce qu’ils sont généralement moins fragmentés que les terres où l’agriculture se pratique de façon intensive (R. Murphy, comm. pers.).

2.8.4 Perturbations anthropiques

La préférence du Pluvier siffleur pour les larges bandes de sable et de gravier qui bordent les lacs d’eau douce le rend plus vulnérable aux perturbations humaines. Les promeneurs, les véhicules tout terrain (VTT) et les autres véhicules à moteur peuvent détruire par inadvertance des œufs ou des oisillons bien camouflés. Les perturbations anthropiques peuvent aussi influer sur le comportement des oisillons, qui, forcés d’accroître leur vigilance, consacrent moins de temps à la recherche de nourriture ou à la couvaison (Flemming et al., 1988).

L’intendance, l'éducation et l’application de la loi peuvent atténuer la menace que représentent les perturbations anthropiques. Des documents d’information comme des dépliants, des brochures et des pages Web sensibilisent le grand public et lui font apprécier la valeur et la vulnérabilité du Pluvier siffleur et de son habitat. Les terrains de stationnement, les barrières pour les véhicules et les panneaux identifiant les plages de reproduction peuvent également aider à réduire au minimum les perturbations anthropiques en limitant l’accès aux milieux fréquentés par les pluviers. Les programmes de gardiens permettent de sensibiliser la population (voir Dufour, 2003; Jacobson, 2003; Maconachie, 2003). Dans certains cas, il se peut qu’il faille appliquer plus rigoureusement la réglementation pour protéger la sous-espèce et son habitat.

2.8.5 Mortalité dans les lieux d’hivernage

Les chercheurs savent très peu sur le taux de survie du Pluvier siffleur dans les lieux d’hivernage. Au cours de la seule étude réalisée sur le sujet, aucune mortalité n’a été décelée au Texas chez 49 individus munis d’un collier radioémetteur, ce qui donne à penser que la mortalité hivernale contribue peu au déclin de la population (Drake et al., 2001).

2.8.6 Autres

Parmi les autres menaces potentielles, il faut citer le virus du Nil occidental (C. Kruse, comm. pers.), les conditions météorologiques (Smith et Heilhecker, 1995; Harris et al., 2005) et la pollution, notamment par les hydrocarbures. Les concentrations de diphényle polychloré (BPC) mesurées dans des œufs de pluviers recueillis au Michigan sont suffisantes pour causer des anomalies reproductives (D. Best, comm. pers., dans U.S. Fish and Wildlife Service, 2003). L’ampleur de ces menaces sur le Pluvier siffleur et son habitat demeure inconnue.

2.9     Mesures achevées ou en cours

 En 1989, le premier plan de rétablissement (inédit) pour les deux sous-espèces a été achevé (équipes de rétablissement du Pluvier siffleur de l’Atlantique et des Prairies, 1989) et a fourni une direction pour les premières années des activités de rétablissement. Plus tard, dans le cadre du programme Rétablissement des espèces canadiennes en péril (RESCAPÉ), un second plan a été élaboré, puis publié en 2002 (Goossen et al., 2002). Le COSEPAC a approuvé des désignations séparées pour les deux sous-espèces de pluviers en 2001; lors de l’adoption de la Loi sur les espèces en péril en 2002, des programmes de rétablissements séparés ont été préparés pour chaque sous-espèce (le présent programme et Environnement Canada, en préparation). Le rétablissement de la sous-espèce circumcinctus dans les Prairies canadiennes a bénéficié de la coopération entre les organismes non gouvernementaux, fédéraux et provinciaux et de la coopération internationale avec les États-Unis et le Mexique.

À ce jour, les mesures de rétablissement pour le Pluvier siffleur des Grandes Plaines ont porté sur le suivi (recensements annuels de lacs, quatre recensements internationaux) (Haig et Plissner, 1993; Plissner et Haig 2000; Schmelzeisen et Engley, 2003; Haig et al., 2005), l’amélioration de la productivité (exclos contre les prédateurs, déplacement de couvée, enclos pour les nids, gestion de l’eau) (Richardson,1997; Engley et al., 2004;  Harris et al., 2005), la gestion de l’habitat (Saskatchewan Watershed Authority, 2004), la recherche (habitat, dynamique des populations et dispersion) (Espie, 1994; Dundas, 1995; White, 2005) ainsi que les communications (programmes de gardiens, brochures, présentations, atelier scientifique) (Dufour, 2003; Westworth et al., 2004; Jacobson,2005;).

2.10Lacunes dans les connaissances

Les listes suivantes, compilées à la lumière des commentaires formulés par des chercheurs présents à un récent atelier sur le Pluvier siffleur (voir Westworth et al., 2004), énumèrent les connaissances manquantes et les classent par ordre décroissant d’importance. L’accroissement des connaissances sur ces sujets contribuerait au succès des initiatives de conservation provinciales, nationales et internationales.

2.10.1 Lacunes dans les connaissances à combler par la recherche

1.     Estimations précises du taux d’envol du nid.                                                                    

2.     Normalisation de la terminologie (p. ex. succès de l’envol du nid, couples).                     

3.     Déplacements des adultes et des juvéniles entre les différentes aires utilisées.                   

4.     Survie des juvéniles.

5.     Taux de détectabilité pendant les recensements internationaux du Pluvier siffleur dans différents secteurs.                                                                                                                                         

6.     Rôle et écologie de divers prédateurs.                                                                            

7.     Analyse du paysage par rapport à la productivité des pluviers.                                        

8.     Emplacement, détectabilité et menaces des aires d’hivernage.                                          

9.     Démographie des adultes à la dispersion.                                                                        

10. Effet du régime hydrologique sur la répartition et sur les résultats des recensements.         

11. Rassemblement et migration.

Les chercheurs ont également besoin d’information sur le rôle des sources de nourriture dans le choix de l’habitat et la gestion du Pluvier siffleur (E. Nol, comm. pers.), sur la quantité et la répartition spatiale des habitats propices requises pour atteindre le but du rétablissement, de même que sur la relation, si elle existe, entre la qualité de l’habitat et les populations de prédateurs. Il faut également revoir les modèles démographiques établis pour cette espèce.

2.10.2 Lacunes dans les connaissances sur la gestion

1.     Impacts du bétail sur les habitats et sur la productivité des pluviers.

2.     Influence de l’empiètement de la végétation sur le choix des sites et la productivité.

3.     Impacts des activités récréatives sur l’habitat et sur la productivité des pluviers.