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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’escargot du Puget (Cryptomastix devia) au Canada - 2002

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Nous ne possédons aucune information sur les habitats du C. devia au Canada. Aux États-Unis, on pense que l’espèce occupe de façon spécialisée les forêts matures et notamment les forêts humides anciennes et aux derniers stades de succession ainsi que les zones riveraines aux altitudes faibles et moyennes (moins de 600 pi [183 m]) (Vagvolgyi, 1968; Frest et Johannes, 1993; Burke, 1999; Kelley et al., 1999). La fermeture du couvert est d’environ 70 p. 100 ou plus; toutefois, à l’occasion, dans des conditions plus humides, on a trouvé les escargots dans des peuplements plus clairsemés (Burke, 1999). Ces gastéropodes sont fréquemment associés à des débris de bois dur ou des talus, et on les retrouve souvent sous des troncs pourris ou dans la litière de feuilles, particulièrement aux points de suintement de l’eau ou près des sources. On observe parfois des juvéniles qui grimpent sur les troncs moussus de grands érables grandifoliés (Acer macrophyllum) (Burke, 1999). Les forêts mixtes productives à érable grandifolié et à polystic (Polystichum munitum) semblent former un habitat particulièrement favorable pour les escargots (Pilsbry, 1940; Kelley et al., 1999). Pilsbry (1940: 858) signale que cette forme de la région humide est aussi habitée par l’Allogona townsendiana, ce qui permet de penser que les deux espèces occupent des habitats semblables. En Colombie-Britannique, le A. townsendiana occupe des forêts mixtes et caducifoliées, généralement dominées par l’érable grandifolié (Forsyth et Ovaska, 2002).

Aux États-Unis, les attributs de l’habitat essentiels pour le C. devia semblent être l’ombrage assuré par le couvert forestier, qui conserve l’humidité et atténue les fluctuations de la température; les gros débris ligneux et la litière de feuilles caduques qui assurent un couvert protecteur et des lieux de ponte; enfin, les mycorhizes et les champignons associés, qui leur servent de nourriture (Burke, 1999). Burke souligne le rôle important des gros débris ligneux, particulièrement ceux qui sont de fort diamètre, et des troncs d’érables en décomposition, qui servent d’abris aux escargots contre les prédateurs et les rigueurs du temps.

Tendances

Dans les environs des deux localités où a été signalé le C. devia en Colombie-Britannique, Esquimalt et Sumas Prairie, le milieu naturel a été profondément remanié au cours du siècle dernier. La région qui entoure le port d’Esquimalt, sur l’île de Vancouver, a été urbanisée et fait maintenant partie de l’agglomération de Victoria. La colonisation européenne du Sud de l’île de Vancouver a commencé avec l’établissement d’un fort à Victoria en 1843. À la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire vers le moment de l’observation de Taylor (1889), la population de l’île de Vancouver était d’environ 51 000 habitants, dont environ 90 p. 100 étaient concentrés le long de la côte sud-est, de Victoria à Nanaimo (Wood, 1979).

La population de l’île de Vancouver s’est fortement accrue avec l’exploitation des ressources tout au long du XXe siècle. Cette tendance se poursuit aujourd’hui, accompagnée de demandes toujours plus fortes exercées sur les terres. Par exemple, la population du territoire de recensement de la région métropolitaine de Victoria a augmenté de 5,7 p. 100 pendant la période de 5 ans allant de 1991 à 1996, et cette zone de 633 km² est actuellement habitée par plus de 300 000 personnes (Statistique Canada, 2001). La localité où Taylor avait trouvé le C. devia il y a plus d’un siècle est certainement méconnaissable.

   La zone de Sumas Prairie est une plaine inondable, plane et de faible altitude, qui s’étend entre les monts Sumas et Vedder, dans la vallée du bas Fraser, dans le Sud-Ouest de la partie continentale de la Colombie-Britannique. Si les données sont exactes, la localité signalée par Dall (1905) se trouvait peut-être sur le rivage du lac Sumas, qui couvrait environ 10 000 acres [4046 hectares] et triplait de superficie après les crues printanières. Au début des années 1920, on a drainé le lac Sumas pour récupérer des terres agricoles et lutter contre les inondations (Sleigh, 1999).

   À l’heure actuelle, la région est une zone agricole, mais l’urbanisation de la vallée du bas Fraser a progressé rapidement au cours de la dernière décennie et devrait se poursuivre, étant donné que cette zone peut servir de banlieue à Vancouver. Dans les deux zones de recensement d’Abbotsford et de Chilliwack, la population a augmenté de 20 p. 100 sur cinq ans entre 1991 et 1995 (Statistique Canada, 2001). Les collines boisées de la vallée et des environs pourraient servir de refuges aux espèces sylvicoles comme le C. devia (s’il existe dans la région). La pression de l’urbanisation va s’exercer en priorité dans de telles régions, puisqu’elles ne font pas partie des réserves de terres agricoles, où le dézonage à des fins autres que l’agriculture est interdit.

Protection et propriété des terrains

Les parcelles restantes de vieilles forêts ou de forêts secondaires matures dans les zones des mentions historiques du C. devia sont généralement petites, et il est difficile d’en estimer la superficie totale. La plupart des terres du Sud de l’île de Vancouver et de la vallée du bas Fraser sont la propriété de particuliers, mais certaines terres publiques contiennent aussi des milieux qui pourraient constituer un habitat de l’espèce. C’est notamment le cas des terrains administrés par le ministère de la Défense nationale (BFC Esquimalt : régions de Royal Roads, de Rocky Point et de Mary Hill), parc régional Francis/King, parc provincial Goldstream dans le Sud de l’île de Vancouver, et parcs provinciaux des chutes Bridal Veil et du lac Cultus sur le continent.