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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Lupin des ruisseaux (Lupinus rivularis) au Canada

Sommaire du rapport de situation

Il n’existe à l’heure actuelle aucune protection juridique de l’espèce au Canada. L’individu florifère isolé trouvé à Sooke pousse à la limite d’un parc provincial et bénéficie peut-être de la protection prévue par la Parks Act. Aucun des autres sites n’est protégé. L’espèce figure sur la « liste rouge » pour la Colombie-Britannique. NatureServe (2002) attribue au lupin des ruisseaux les cotes suivantes :

À l’échelle mondiale : G4G5 (1er sept. 1998)

À l’échelle nationale :

Aux États-Unis : N? (1er août 1993)

Au Canada : N1

À l’échelle des États ou des provinces :

États-Unis : Californie (S?), Oregon (SR), Washington (SR)

Canada : Colombie-Britannique (S1)

(SR : espèce signalée, mais statut non précisé; S?: statut non déterminé)

Bien que le statut G4G5 lui ait été attribué à l’échelle mondiale, le lupin des ruisseaux n’est pas officiellement considéré comme espèce menacée ou en péril aux États-Unis. Cependant, puisque nous avons identifié comme appartenant à une autre espèce 75 p. 100 des spécimens des États-Unis que nous avons examinés et puisque Teresa Sholars (2001, comm. pers.) réévaluera l’espèce dans l’année qui vient, le statut du lupin des ruisseaux est appelé à changer. La constatation récente du fait que la principale menace pour le L. rivularis vient du L. arboreus et des efforts consacrés à l’éradication de ce dernier, en Californie et ailleurs, montrent qu’il est plus que temps de réviser le statut de l’espèce.

Au Canada, seulement six populations de Lupinus rivularis sont connues, et toutes sont de taille relativement faible. Une seule d’entre elles se trouve peut-être juste à l’intérieur des limites d’un parc provincial, mais aucune mesure n’a été prise pour assurer sa protection. Toutes les autres se trouvent sur des terrains appartenant à des particuliers, à des compagnies ferroviaires, à des municipalités ou à l’Administration portuaire du fleuve Fraser et ne bénéficient d’aucune protection. Elles sont même menacées par les travaux d’entretien de ces terrains. Dans un des sites, l’épandage d’herbicide a fait mourir cette année la majorité des individus âgés de plusieurs années, ne laissant pratiquement que des semis.

Nous croyons que l’espèce ne subsiste que grâce à sa tolérance aux perturbations et que sa survie à long terme est menacée au Canada. Les populations semblent viables, puisqu’elles produisent des graines. Cependant, il est peu probable qu’elles s’étendent, puisque les graines ne sont dispersées que dans le voisinage immédiat des pieds. Il faudrait une meilleure connaissance de la biologie de l’espèce pour se prononcer définitivement sur la viabilité des populations et, par suite, sur le manque ou non de milieux pouvant servir d’habitat à l’espèce.

Il suffirait qu’il se produise dans chaque site quelque événement malencontreux pour que le lupin des ruisseaux disparaisse complètement de la flore canadienne.

Autre ombre au tableau : les populations canadiennes sont peut-être parmi les dernières populations pures de l’espèce. Dans le reste de son aire, le lupin des ruisseaux subit une forte érosion génétique au contact du L. arboreus, espèce très agressive et très envahissante qu’on tente aujourd’hui d’éradiquer par de multiples efforts. Les populations canadiennes risquent aussi d’être hybridées en très peu de temps. Déjà, nous avons trouvé quelques individus naturels présentant des caractères très marqués du L. arboreus. Dans la vallée du bas Fraser, la menace d’hybridation vient principalement de la libération dans le milieu de mélanges de graines de fleurs sauvages pouvant contenir des semences d’hybrides de lupins, alors qu’à l’île de Vancouver, elle vient de l’introduction du L. arboreus, qui a commencé à se répandre sur la côte. Cette espèce est même actuellement semée à grande échelle.

Le lupin des ruisseaux a probablement perdu une part importante de son effectif par suite de la destruction massive de son habitat. Bien que peu commun, il était fort probablement un peu plus répandu avant la construction des ouvrages de défense des rives du Fraser.

Enfin, le lupin des ruisseaux, comme tous les lupins, risque d’être cueilli pour la beauté de ses fleurs, comme ce fut le cas dans l’un des six sites visités en 2001.