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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue molle à épines (Apalone spinifera) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

La tortue-molle à épines fréquente généralement des plans d’eau à fond meuble, qui offrent des proies abondantes et des sites de nidification. Les études initiales sur les habitats des tortues-molles des rivières Thames et Sydenham ont mis en lumière les caractéristiques suivantes.

Aires de nidification : La ponte des œufs survient habituellement entre la mi-juin et la mi-juillet, dans des zones ensoleillées situées au-dessus du niveau estival des hautes eaux, mais toujours à proximité de l’eau. Les femelles semblent privilégier pour la ponte les substrats qui varient du sable au gravier fin. Sur la Thames, ce type d’habitat se rencontre le plus souvent en aval de pentes sablonneuses qui s’érodent, là où il y a eu dépôt de sable à l’intérieur d’un méandre ou formation d’îles. Lorsqu’il y a peu de sable, comme dans certains tronçons de la Thames et sur la majeure partie de la Sydenham, des rives argileuses exposées au soleil ou des zones de gravier ont été utilisées pour la ponte.

Aires boueuses ou sablonneuses peu profondément immergées : Les tortues-molles, et plus particulièrement les jeunes et les mâles, s’enfouissent dans ces aires, peut-être pour échapper à des prédateurs et aussi pour réguler leur température (thermorégulation). Ces aires pourraient constituer un habitat vital pour le développement des jeunes, la prédation par des animaux comme le Grand Héron et le vison étant maximale durant les premières années de vie. Malheureusement, ces aires abritent également certaines espèces prédatrices des tortues-molles.

Aires d’exposition au soleil : Le plus souvent, les tortues-molles se chauffent au soleil sur des rives où la végétation ne bloque pas la lumière du soleil, ni ne les empêche de grimper sur la rive. On les voit aussi s’exposer au soleil sur des roches, du bois, des perrés et même le déversoir de ciment du barrage Fanshawe, à London. Elles semblent par contre incapables d’utiliser les zones où des murs de gabions ou de palplanches bordent la rive.

Fosses profondes : Dans les rivières Thames et Sydenham, les fosses qui ont plus d’un mètre de profondeur durant les périodes de basses eaux estivales ne gèleront pas complètement durant l’hiver et peuvent servir de lieux d’hibernation. Durant l’été, les fosses profondes peuvent aussi procurer de la nourriture et un abri, ainsi qu’un lieu où les tortues pourront tempérer leur température corporelle.

Aires d’alimentation : Les tortues-molles se nourrissent d’écrevisses, de têtards, de ménés et d’insectes aquatiques. Il semble que les tronçons de rivière qui se caractérisent par la présence de radiers, de ruisseaux affluents, de bras peu profonds, de zones boueuses ou sablonneuses peu profondes, de débris végétaux et de plantes aquatiques procurent une alimentation adéquate.

Bien que ces cinq éléments semblent essentiels aux populations fluviales étudiées, ils ne sont pas tous utilisés également. Les aires de nidification et les fosses profondes ne sont utilisées qu’à certaines périodes de l’année et elles ne sont pas toujours abondantes ou situées à proximité les unes des autres. Le manque de proximité peut forcer les tortues à se déplacer sur de longues distances avant la nidification ou l’hibernation. Par contre, les aires boueuses ou sablonneuses peu profondes, les aires d’exposition au soleil et les aires d’alimentation sont plus répandues et elles doivent être rapprochées, car les tortues en font un usage quotidien. La qualité des terres qui relient ces éléments d’habitat est donc elle aussi cruciale, car si l’accès à n’importe lequel de ces cinq éléments est entravé (p. ex. si des gabions bloquent l’accès aux aires d’exposition au soleil), l’habitat dans son ensemble ne conviendra plus aux tortues, même si les cinq éléments y sont présents.

La cartographie par SIG a révélé un profil particulier quant aux observations de tortues-molles sur les rivières Thames et Sydenham : la plupart des observations ont été faites au niveau ou juste en aval de méandres, ce qui correspond aux exigences susmentionnées quant aux composantes essentielles de l’habitat et qui laisse croire que tous les méandres de ces rivières, de même que les zones situées juste en aval, pourraient être susceptibles d’abriter des tortues-molles (Fletcher et al., 1995).

Tendances

Bien que limitée, l’information disponible montre que l’aire de répartition historique de cette espèce a fortement diminué (Bonin, 1993). De plus, plusieurs chercheurs (Campbell et Donaldson, 1985; Fletcher et Gillingwater, 1994; Bonin, 1994) estiment que l’habitat encore disponible n’est pas idéal et qu’il continue de se dégrader sous l’effet de l’intensification de l’exploitation agricole, des activités récréatives et de la construction de routes et de ponts. L’auteur présente actuellement aux intéressés ses observations quant aux répercussions possibles d’un projet de construction de pont et de pipeline de franchissement sur la Thames ainsi que de la construction d’une station d’épuration des eaux usées qui rejettera ses effluents dans la rivière. À l’heure actuelle, toutefois, ce sont les activités récréatives aux sites de nidification qui ont le plus d’impact sur les tortues-molles, et ces activités semblent s’être intensifiées au cours des six dernières années aux deux sites du lac Érié (Rondeau et Long Point).

Protection et propriété des terrains

En Ontario, un des sites de nidification utilisés par les tortues-molles est situé sur des terres domaniales (Réserve nationale de faune du ruisseau Big) et un autre se trouve sur des terres provinciales (parc provincial Rondeau), mais tous les autres sites de nidification connus se trouvent sur des terres privées. Même si les deux sites se trouvant sur des terres publiques sont à l’abri de futurs projets de développement, il n’en demeure pas moins que, de tous les sites de nidification de l’Ontario, ce sont ceux où l’on observe le niveau d’activités récréatives le plus élevé. La réserve nationale de faune est annoncée comme interdite d’accès au moyen de panneaux et on y fait périodiquement des patrouilles, mais le personnel est insuffisant pour assurer une surveillance adéquate, et le niveau de perturbation au site de nidification demeure important. Dans le parc provincial, l’accès au site de nidification n’est pas limité et non seulement y a-t-il perturbation, mais on remarque également que des vandales violent chaque année les cages de protection qui sont placées sur les nids de tortues-molles et détruisent les oeufs. Outre l’intensification de l’activité humaine qui a une incidence directe sur les tortues (perturbation, risque de collision avec les embarcations, etc.), on observe aussi dans ces régions d’importantes populations de ratons laveurs. Quelques relevés font état de la présence de la tortue-molle à épines dans d’autres zones protégées de l’Ontario (p. ex. Réserve nationale de la faune de Sainte-Claire, parc national de la Pointe-Pelée, aire de conservation Hillman Marsh, aire de conservation de la plage Tremblay, parc provincial Komoka, Coote’s Paradise, Réserve naturelle provinciale de la Pointe Lighthouse) et, malgré l’absence de données prouvant la nidification de l’espèce à ces endroits, il est probable qu’elle ait déjà niché ou qu’elle niche actuellement à certains d’entre eux (M. Oldham, comm. pers.).

Au Québec, on s’efforce actuellement de protéger les sites de nidification du lac Champlain. L’organisme The Nature Conservancy négocie des ententes avec les propriétaires fonciers privés et certains programmes, dont le Plan d’action Saint-Laurent, offrent une aide financière pour l’acquisition de terres.