Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Râle élégant au Canada – Mise à jour

COSEPAC Résumé

Râle élégant

Rallus elegans

Description

Le Râle élégant est un oiseau trapu possédant une queue courte et de courtes ailes arrondies. Ses pattes sont de longueur moyenne et il arbore un long bec légèrement courbé vers le bas. Son corps est comprimé latéralement, ce qui facilite ses déplacements dans les marais, où il vit. Le mâle et la femelle sont semblables, avec une couronne et un dos ardoisés, les plumes du dos étant nettement lisérées de roux; ils ont la gorge blanche et une bande chamois au‑dessus de l’œil, les parties inférieures dessous marron et les côtés fortement striés de noir et de blanc. C’est un gros râle d’environ 38 cm de longueur, beaucoup plus gros que le Râle de Virginie, une espèce très similaire. Son cri est une suite de notes régulières comprenant jusqu’à 10 kik kik kik. Les juvéniles sont semblables aux adultes, mais plus foncés sur le dessus et d’un brun plus terne sur le dessous.

Répartition 

L’espèce occupe la majeure partie de l’est des États-Unis, sauf Ies parties les plus élevées des monts Alleghanys. On la trouve aussi le long de la côte du golfe du Mexique et à Cuba, mais pas dans la péninsule du Yucatan. Cependant, cet oiseau n’est pas commun aux États-Unis actuellement, sauf près des côtes du golfe du Mexique et de l’Atlantique et dans la vallée du cours inférieur du Mississipi. Au Canada, il se reproduit uniquement dans l’extrême sud de l’Ontario. C’est une espèce migratrice, et tous les individus de l’intérieur du continent se déplacent vers les côtes. La plupart hivernent dans les États américains bordant la côte du golfe du Mexique et dans les parties de l’aire d’été situées le long de la côte de l’Atlantique.

Taille et tendances des populations 

Au cours des 30 dernières années, la population du Râle élégant a subi de graves déclins dans la plus grande partie de son aire de répartition. Aux États-Unis, l’espèce était autrefois commune dans les marais du lac Érié, en Ohio, et dans la région du lac Sainte‑Claire, au Michigan, mais plus maintenant. On la considère actuellement comme une espèce sérieusement en péril dans tous les États américains adjacents. Sauf en Louisiane et en Floride, on peut la considérer au moins comme une espèce menacée. Le Râle élégant était autrefois commun au moins dans la région du lac Sainte‑Claire (Ontario) et probablement dans tous les grands marais de la région du lac Érié. Il occupait peut‑être aussi les grands marais du lac Ontario. Mais, vers le milieu des années 1980, on estimait la population à moins de 300 couples, et cette estimation était fondée en grande partie sur la superficie des grands marais pouvant lui offrir un habitat approprié.

Des relevés plus intensifs effectués vers 1990 donnaient à penser qu’il y avait moins de 50 couples, presque tous concentrés dans les marais du lac Sainte‑Claire. On pouvait encore observer quelques couples dans quatre ou cinq autres marais du lac Érié, mais leur nombre variait et leur présence était irrégulière. Quelques mentions isolées provenaient de régions plus au nord jusqu’à la péninsule Bruce et au lac Simcoe et vers l’est jusqu’au parc provincial Presqu’île, mais il est possible que ces oiseaux ne trouvent pas de partenaires ou ne reviennent pas les années suivantes. Des relevés visant précisément le Râle élégant, effectués en 1997, en 1998 et en 1999, ont confirmé que la population demeure inférieure à 50 couples et qu’elle est concentrée surtout dans les marais de l’île Walpole.

Habitat 

Le Râle élégant occupe une grande diversité de marais d’eau douce pendant la saison de reproduction. Dans bien des régions, la présence de riz sauvage semble importante pour son alimentation, mais il utilise aussi les habitats de marais à carex et à massettes et de marécages arbustifs. Les très grands marais comportant davantage de zones d’eau libre qui rejoignent des régions arbustives sont probablement ses habitats essentiels au Canada. La taille minimale des marais qui lui est nécessaire est inconnue, mais l’espèce ne se rencontre plus que dans les très grands marais. On pense qu’il ne reste qu’environ 10 p. 100 des marais originaux disponibles dans la région du lac Sainte‑Claire, où se trouve la plus grande partie de la population restante. Les autres grands marais sont isolés, de sorte que les oiseaux ont plus de difficulté à trouver des partenaires.

Biologie générale 

Cet oiseau revient en Ontario au début de mai et le mâle chante pour attirer une partenaire. Il semble que celui‑ci offre de la nourriture à la femelle lors de la parade nuptiale, mais le comportement de l’espèce est peu connu à cause de la nature timide des oiseaux, qui sont plus faciles à entendre qu’à observer. La taille du territoire occupé peut varier considérablement selon sa qualité, mais on n’a pas d’information sur cet aspect pour l’Ontario. Les nids sont construits dans des touffes d’herbes ou de roseaux qui les recouvrent. L’oiseau utilise la végétation morte des marais pour aménager une coupe profonde dans laquelle la femelle pond environ de 8 à 11 œufs, parfois un à trois de plus. La ponte a lieu à la fin de juin ou au début de juillet, habituellement au rythme d’un œuf par jour.

La période d’incubation dure environ 21 jours, les deux sexes y participant. Les jeunes peuvent quitter le nid et suivre leurs parents peu après l’éclosion. Mais ce sont les parents qui les nourrissent presque exclusivement pendant plusieurs jours et en grande partie pendant au moins trois semaines. Les jeunes demeurent avec les parents, qui assurent en partie leur alimentation pendant environ six semaines. Ensuite, ils peuvent demeurer un certain temps avec les adultes tout en s’alimentant seuls. Habituellement, il n’y a qu’une seule couvée par saison à cause de la longue période de dépendance des jeunes.

Le taux de succès de l’éclosion est élevé, mais il n’y a qu’environ 50 p. 100 des jeunes qui survivent au‑delà des deux premières semaines. Le renard, le raton laveur, la corneille et divers rapaces diurnes et nocturnes s’emparent des œufs et capturent des jeunes ainsi que des adultes. Le régime comprend divers insectes aquatiques et crustacés. Écrevisses, grenouilles, poissons, sauterelles, grillons, petites myes et coléoptères constituent la plus grande partie du régime alimentaire. Les parties non digestibles sont rejetées sous forme de boulettes. Cet oiseau mange aussi des graines, surtout celles du riz sauvage.

À cause de sa nature timide, le Râle élégant est rarement observé et peu connu de bien des gens. Il est considéré comme un gibier dans toute son aire de répartition. Apparemment, peu de représentants de l’espèce sont tués, même dans le sud des États-Unis. Au Canada, l’espèce n’est probablement pas chassée depuis des années. La chasse au râle n’est pas populaire au Canada, et la rareté de l’espèce l’élimine en tant que cible potentielle.

Facteurs limitatifs 

On pense que la perte d’habitat de terres humides est le plus important facteur de déclin de la population du Râle élégant en Ontario et la plus grande menace pour sa survie. Les dangers qui pèsent sur les grands marais ont peut‑être diminué ces dernières années, mais on constate encore à l’échelle locale des pertes, des perturbations et une dégradation due à la sédimentation et au ruissellement des eaux contenant des pesticides (y compris des herbicides) et d’engrais chimiques. Les toxines peuvent réduire la quantité de nourriture disponible ou empoisonner indirectement les oiseaux. Le brûlage annuel de certaines parties de l’habitat restant dans les marais peut retarder la reproduction et réduire ainsi la productivité, ou rendre une partie de l’habitat inutilisable. Toutefois, les effets de cette activité sont inconnus. L’envahissement des marais par des plantes introduites comme le roseau ou la salicaire peut modifier sérieusement les caractéristiques de ces milieux et en faire un habitat inapproprié. La présence de la carpe peut également réduire de façon importante les populations d’invertébrés qui servent de proies à un bon nombre d’oiseaux de milieux humides, dont les râles.

La profondeur de l’eau dans les marais aménagés ne fournit peut‑être pas des conditions appropriées. Les fluctuations naturelles des niveaux d’eau régénèrent périodiquement les marais, mais il est possible que ce phénomène n’existe pas dans les marais aménagés. Les digues altèrent la structure du rivage. Le Râle élégant préfère des conditions humides à sèches et sera sensible aux altérations du rivage qui réduisent la disponibilité de prairies humides et d’habitats des terrains élevés adjacents.

Des prédateurs comme le raton laveur, la corneille, le coyote et le renard prolifèrent dans les paysages dominés par la présence humaine et augmentent grandement le taux de mortalité dans les marais. Il semble que les chats féraux représentent également un problème dans la région du lac Sainte‑Claire. Il est probable que la perte et la dégradation de l’habitat dans les aires d’hivernage sont également des facteurs qui contribuent de façon importante au déclin des populations. Quelques oiseaux sont également victimes de la chasse et du piégeage du rat musqué dans les aires d’hivernage, mais l’incidence globale de ce facteur est mal connue.

Protection 

Par le passé, le Râle élégant a été considéré comme un gibier dans toute son aire de répartition, mais il n’y a plus de saison de chasse à cette espèce en Ontario. La chasse aux râles est encore autorisée dans au moins 13 États du Sud. On ne pense pas que la chasse occasionne des pertes graves, mais si les quelques oiseaux de l’Ontario sont ciblés, cela pourrait avoir une incidence importante. La politique provinciale sur les terres humides assure maintenant une certaine protection contre la destruction directe des marais en Ontario. Mais elle n’a pas beaucoup d’incidence sur leur protection contre la dégradation et la pollution indirectes. L’espèce et son habitat sont maintenant protégés en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario.


COSEPAC logo

MANDAT DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

COMPOSITION DU COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

DÉFINITIONS

 

Espèce : Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D) : Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC) : Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)* : Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M) : Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)** : Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)*** : Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)**** : Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

* : Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

** : Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

*** : Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

**** : Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Environment Canada         Environnement Canada

Canadian Wildlife Service          Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.