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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Râle élégant au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Dans l’ensemble, la population du Râle élégant semblerait relativement stable selon l’organisme The Nature Conservancy, qui lui attribue la cote G4G5. Cependant, cette cote ne donne pas un tableau clair de la situation de l’espèce dans de nombreuses parties de son aire de répartition. Malheureusement, on ne l’observe que sur un nombre relativement faible des parcours du Relevé des oiseaux nicheurs. Mais, dans toute l’aire de répartition, des déclins très importants ont été signalés pour la période de 1966 à 1998 (sur 35 parcours) et pendant la période de 1980 à 1998 (sur 25 parcours) (www.mbr-pwrc.usgs.gov/bbs/trend/trend98.html) (en anglais seulement). Le Relevé des oiseaux nicheurs ne convient pas à la surveillance des râles. Il faut effectuer des relevés spéciaux dans les marais pour les repérer, et même dans ces conditions, il est difficile d’établir des estimations réalistes dans le cas des espèces rares.

Aire de reproduction du Râle élégant en Amérique du Nord (tiré de Meanly, 1992)

Figure 1. Aire de reproduction du Râle élégant en Amérique du Nord (tiré de Meanly, 1992).

Aux États‑Unis, le Râle élégant a subi d’importantes baisses d’effectif dans la partie nord de son aire de répartition au cours des 30 dernières années (Meanly, 1992). Dans l’État de New York, les relevés effectués pour l’atlas des oiseaux nicheurs (de 1980 à 1985) n’ont donné aucune mention de reproduction confirmée et seulement deux mentions non confirmées (Carroll, 1988). En Pennsylvanie, les relevés aux fins de l’atlas (de 1983 à 1989) ont fourni deux mentions de reproduction confirmées et une non confirmée (Brauning, 1992). En Ohio, il n’y avait que quatre mentions confirmées et quatre mentions non confirmées d’après les relevés menés aux fins de l’atlas (de 1982 à 1987) (Peterjohn et Rice, 1991). Au Michigan, de 1983 à 1988, les relevés aux fins de l’atlas n’ont permis de découvrir qu’un site de reproduction confirmé et six sites possibles (Brewer et al., 1991). The Nature Conservancy considère cette espèce comme gravement en danger (cote S1) dans l’État de New York, la Pennsylvanie, l’Ohio, le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota; la plupart de ces États ont également déclaré cette espèce en voie de disparition.

Dans le passé, le Râle élégant semble avoir été très commun au moins dans certains marais du sud de l’Ontario, en particulier dans la région du lac Sainte‑Claire (Morden et Saunders, 1882). On a supposé qu’il était très commun dans les grands marais situés le long des rives du lac Érié et du lac Ontario vers l’est jusqu’au comté de Prince Edward (Snyder, 1941). On ne connaîtra jamais la superficie totale de la région occupée ou le nombre réel d’oiseaux présents. Cependant, depuis 1940, les seuls marais où l’on a confirmé la reproduction sont situés dans la région du lac Sainte‑Claire, celle de la pointe Pelée, les marais de Long Point et peut‑être ceux de Rondeau et de Presqu’île (Page, 1993). D’après la superficie disponible dans ces marais, Cosens (1985) a estimé que la population pouvait compter un peu moins de 300 couples.

Les relevés effectués pour l’atlas des oiseaux nicheurs (de 1981 à 1985) et pour le programme ontarien de protection des oiseaux nicheurs rares (de 1989 à 1991) ont fourni des chiffres plus précis, indiquant qu’il n’y avait plus que 20 à 52 couples dans la province au début des années 1990 (Austen et al., 1994). Ces oiseaux étaient largement concentrés dans les marais du lac Sainte‑Claire (figure 2), mais même là, on pense qu’il y a eu un déclin important sur une période de dix ans, dans les années 1980 (Page, 1993). Il est possible que les marais de Rondeau aient accueilli quelques couples (et l’on peut peut‑être y entendre rarement le cri d’un oiseau), mais on n’a trouvé aucun individu lors d’un programme de surveillance des terres humides mené en 1993. Dans la région de Haldimand-Norfolk, les marais de Long Point étaient le seul secteur où l’on savait que le Râle élégant s’était reproduit régulièrement au cours des dernières années (McCracken, 1987), mais l’espèce était considérée comme rare et irrégulière (seulement un à cinq couples) pendant les années qui ont suivi (Page, 1993). Dans la région de la pointe Pelée, l’espèce semble être un résident estival à répartition erratique, avec peut‑être deux ou trois couples qui s’y installent certaines années (Page, 1993).

Dans l’Est de l’Ontario, plus précisément dans les marais du comté de Prince Edward et de Presqu’ile, les relevés effectués pour l’atlas des oiseaux nicheurs n’ont permis de découvrir aucun individu, mais des observations ultérieures donnent à penser qu’un très petit nombre pourrait encore y résider occasionnellement en été. Bien que le Râle élégant ait déjà été signalé comme une espèce commune dans les marais du comté de Prince Edward (cité dans Snyder,1941), il n’existe pas de véritable preuve corroborant cette affirmation. La mention de reproduction la plus nordique a été signalée à Oshawa (Speirs, 1977; McCracken et Sutherland, 1987). Il est très possible que des cris du Râle de Virginie aient été confondus avec ceux du Râle élégant. Si cette dernière espèce a déjà occupé cet endroit, Snyder n’a trouvé aucune preuve de sa présence lors d’une excursion de recherche intensive menée en été (Snyder, 1941).

Quelques mentions d’observation pendant la saison de reproduction ont été signalées à un certain nombre d’autres endroits dans le sud de l’Ontario vers le nord jusqu’à la péninsule Bruce et le comté de Simcoe. Mais, souvent, les oiseaux ne reviennent pas dans ces endroits où les marais sont petits, et il est probable que la plupart sont solitaires et qu’ils n’ont jamais eu de partenaires dans ce genre d’endroit.

Mentions d’observation du Râle élégant pendant la saison de reproduction en Ontario, de 1981 à 1991. Nidification probable ou confirmée (·) ou possible (o) (tiré de Page, 1993)

Figure 2.   Mentions d’observation du Râle élégant pendant la saison de reproduction en Ontario, de 1981 à 1991. Nidification probable ou confirmée (·) ou possible (o) (tiré de Page, 1993).

Dans le cadre du programme de surveillance des marais dans le bassin des Grands Lacs, on n’a pas particulièrement bien réussi à déterminer le nombre d’individus. Les marais ne sont pas tous suffisamment couverts par le programme au moment propice à la découverte d’une espèce rare comme le Râle élégant. En 1995, on n’a trouvé que deux individus, aucun en 1996 et seulement cinq en 1997.

Une recherche plus approfondie, visant précisément le Râle élégant, a été entreprise en Ontario en 1997. On a découvert au total 32 mâles territoriaux (Friesen et al., 1999; Kozlovic, 1997), dont plus de la moitié dans les marais de l’île Walpole. À trois autres sites ailleurs sur le lac Sainte‑Claire, on a découvert entre un et six individus par site, et trois sites le long de la rive du lac Érié abritaient un ou deux oiseaux chacun (Friesen et al., 1999). On ne sait pas si l’un ou l’autre de ces oiseaux s’était accouplé, en particulier lorsqu’il n’y en avait qu’un ou deux. Il y avait peut‑être quelques autres mâles qui criaient, car on n’a pas pu visiter en temps opportun tous les secteurs où le Râle élégant avait déjà été observé. Toutefois, d’après une projection optimiste, il n’y aurait pas plus de 50 couples, occupant principalement un site de la région du lac Sainte‑Claire : la réserve indienne de Walpole Island (Friesen et al., 1999).

En 1999, des recherches ont permis de trouver seulement 25 oiseaux lançant leur cri dans des marais de la région de l’île Walpole et du lac Sainte‑Claire, et un à chaque endroit dans les marais de Long Point et de Presqu’île, soit un total de 27 individus (T. Lang, comm. pers.). Un autre oiseau était présent dans le marais de Bradford (D. Sutherland, comm. pers.). Comparativement aux années antérieures, le nombre d’individus était plus petit, et il est probable qu’il reste moins de 50 couples au Canada. En 1999, cette espèce a été inscrite sur la liste des oiseaux protégés en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario (I. Bowman, comm. pers.).