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L’otarie de Steller (Eumetopias jubatus)

Importance particulière de l'espèce

Considérée jadis comme nuisible, l’otarie de Steller est maintenant l’un des mammifères marins qu’on étudie avec le plus d’intensité dans le Pacifique Nord, et beaucoup de gens y voient le symbole d’un écosystème marin en santé.

En 1991, le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique a créé son centre de données sur la conservation (CDC), dont l’objectif est de dresser la liste des espèces et des écosystèmes sensibles ou en voie de disparition en Colombie-Britannique et d’en assurer le suivi. Depuis 1992, le CDC tient à jour une liste rouge, pour les espèces menacées ou en voie de disparition, et une liste bleue, pour les espèces vulnérables. L’otarie de Steller faisait partie de la liste rouge à la création de celle-ci, principalement parce qu’il n’y avait que trois grandes aires de reproduction en Colombie-Britannique, que la population totale n’était que d’environ 10 000 individus et qu’on ne constatait pas de rétablissement de la population à la suite des abattages massifs (Cannings et al., 1999).

L’otarie de Steller est le plus gros Otariidé et le seul à demeurer toute l’année et à se reproduire en eaux canadiennes. Étant donné les déclins récents en Alaska, les roqueries britanno-colombiennes des îles Scott et du cap St. James constituent actuellement les 2e et 6e plus grands rassemblements de reproducteurs au monde. D’après la production totale de nouveau-nés en 2002, la Colombie-Britannique abrite actuellement environ 16 p. 100 de la population mondiale et environ 33 p. 100 de la population de l’Est (sans oublier que 31 p. 100 de cette population se trouve dans le sud-est de l’Alaska, à moins de 25 km de la frontière canadienne). On considère généralement l’otarie de Steller comme une composante importante de l’écosystème marin côtier, et elle contribue à une florissante industrie de l’écotourisme.

Il est important de parler ici de la perception de l’otarie de Steller comme menace pour les pêches. Plus de 50 000 otaries de Steller ont été abattues et une aire de reproduction complète a été éliminée en Colombie-Britannique pour protéger la pêche au saumon. Le rétablissement des populations depuis l’adoption de mesures de protection en 1970 a ranimé les inquiétudes quant à l’impact des otaries sur les stocks de poissons et les pressions en faveur de programmes de lutte contre l’espèce. Cependant, on n’a guère d’indications que les programmes de lutte contre l’otarie de Steller aient eu le moindre effet bénéfique sur les pêches. Selon Spalding (1964b), les prises de saumon n’ont pas augmenté de façon notable à la suite de la diminution des effectifs d’otaries aux îles Scott. En fait, on comprend encore mal le rôle des phoques et des otaries dans les écosystèmes marins (Beverton, 1985; Bowen, 1997; Merrick, 1997; Trites, 1997). Cela ne veut pas dire que les otaries ne jouent pas un rôle important, mais plutôt que notre connaissance de ces grands écosystèmes complexes est actuellement insuffisante. Fait surprenant, on manque encore de connaissances de base sur les habitudes alimentaires des otaries de Steller en Colombie-Britannique et une grande partie de l’information qui existe n’a été recueillie que de façon accessoire dans le cadre d’études sur d’autres sujets.

L’otarie de Steller pourrait peut-être servir d’indicateur de l’état général des écosystèmes marins côtiers. En effet, l’espèce est largement répartie dans les eaux côtières, elle a une longévité élevée, elle se réunit dans des roqueries où on peut facilement recenser les populations reproductrices et elle occupe une position proche du sommet des chaînes alimentaires marines. Une des leçons qu’on peut tirer des diminutions récentes des populations d’otaries de Steller dans l’ouest de l’Alaska, diminutions que plusieurs croient maintenant associées à des processus écosystémiques plus larges et mal compris, est que notre capacité de surveiller les populations d’otaries de Steller dépasse de beaucoup notre compréhension des processus écologiques qui régulent ces prédateurs proches du sommet des chaînes alimentaires. Comme les populations de la Colombie-Britannique et des eaux avoisinantes sont maintenant revenues aux niveaux élevés déjà observés dans le passé, on peut s’attendre à ce que les mécanismes naturels de régulation des populations jouent un rôle de plus en plus important; en outre, la possibilité d’utiliser l’otarie de Steller comme espèce indicatrice mérite un examen plus approfondi.