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Programme de rétablissement pour le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal dans les eaux canadiennes du Pacifique [version finale]


2 Rorqual bleu - Contexte

2.1 Statut actuel

Nom commun : Rorqual bleu

Nom scientifique :  Balaenoptera musculus

Inscription légale (LEP) : Janvier 2005 (en voie de disparition)

Désignation du COSEPAC : En voie de disparition

Sommaire de l'évaluation : Mai 2002

Justification de la désignation : Les rorquals bleus présents au large de la côte de la Colombie-Britannique font probablement partie d'une population établie dans le nord-est de l'océan Pacifique. La population a été décimée en raison de la chasse à la baleine. La rareté des observations (visuelles et acoustiques) semble indiquer que leur nombre est actuellement très faible (beaucoup moins que 250 individus matures). Les menaces qui pèsent sur les rorquals bleus le long de la côte de la Colombie-Britannique sont inconnues, mais elles peuvent inclure les collisions avec les navires, la pollution, l'enchevêtrement dans des engins de pêche et les changements climatiques à long terme (qui pourraient avoir une incidence sur l'abondance de leur proie, le zooplancton) (www.cosepac.gc.ca).

Présence au Canada : Pacifique Nord, Atlantique Nord

Historique du statut : L'espèce a été considérée comme une unité et a été désignée « préoccupante » en avril 1983. Division en deux populations en mai 2002. La population du Pacifique est passée à la catégorie de risque plus élevé « en voie de disparition » en mai 2002, d'après une mise à jour d'un rapport de situation.

2.2 Description de l'espèce

Les rorquals bleus sont les plus gros animaux de la planète; on les trouve dans la plupart des océans du globe. Leur aire de répartition s'étend de la banquise des deux hémisphères aux eaux tempérées et tropicales; on observe des populations distinctes dans l'Atlantique Nord, dans le Pacifique Nord, dans l'hémisphère Sud et au nord de l'océan Indien (Mizroch et al. 1984, Rice 1998). Ces populations sont subdivisées en six « stocks » (c.-à-d., populations) par la Commission baleinière internationale (CBI), bien que l'on comprenne mal la structure des stocks (Donovan 1991).

Le plus long rorqual bleu jamais observé (33,6 m; 110 pi) a été capturé dans l'Antarctique. Dans le Pacifique Nord, le plus long animal capturé mesurait 27,1 m (89 pi) (Sears et Calambokidis 2002). Le poids du rorqual bleu varie de 80 à 150 tonnes (73 000 à 136 000 kg), et une femelle tuée au large de la Georgie du sud en 1947 affichait un poids de 190 tonnes (173 000 kg) (Tomilin 1967). Les femelles sont généralement plus grosses et plus longues que les mâles, et les animaux sont en moyenne plus gros dans l'hémisphère Sud que dans l'hémisphère Nord.

Les rorquals bleus affichent une couleur claire à gris ardoise au-dessus de l'eau, avec une pigmentation marbrée caractéristique. La pigmentation peut varier de motifs marbrés clairsemés à des marbrures très denses accompagnées de taches le long des flancs, sur le dos et sur la surface ventrale. On observe souvent des chevrons qui se courbent vers le bas et vers l'arrière des deux côtés du rostre, à l'arrière des évents. Cette pigmentation très variable et les motifs des marbrures, qui sont propres à chaque rorqual et stables tout au long de la vie, permettent le suivi des individus au moyen de l'identification photographique (Sears et Calambokidis 2002).

Le rorqual bleu possède une grosse tête en forme de U qui constitue presque 25 % de la longueur du corps. Le sommet de la tête comporte une crête rostrale saillante qui s'étend de la mâchoire et des mandibules supérieures à une proéminence située à l'avant des deux évents. L'épine dorsale est relativement petite comparativement à celle des autres baleinoptères et affiche une forme très variable. Les nageoires pectorales mesurent environ 4 m (15 % de la longueur du corps) et présentent des extrémités arrondies. Les nageoires caudales sont larges et triangulaires, avec un bord arrière droit ou légèrement incurvé, de couleur grise et comportant possiblement des taches blanches variables en dessous.

Les femelles mettent bas tous les deux ou trois ans, en hiver, après une longue période de gestation (dix à douze mois). Le baleineau pèse de deux à trois tonnes à la naissance et mesure de six à sept mètres. Les rorquals bleus allaitent pendant six à sept mois et sèvreraient les baleineaux durant l'été, lorsqu'ils sont dans les aires d'alimentation. On pense que les individus des deux sexes atteignent la maturité sexuelle à l'âge de cinq à quinze ans et vivent de 70 à 80 ans (Sears et Calambokidis 2002). Les taux de mise bas sont mal connus, mais des observations de baleineaux dans la mer de Cortez (R. Sears, communication personnelle. Mingan Island Cetacean Study, 285, rue Green, Saint-Lambert, Québec, J4P 1T3) et en Californie (J. Calambokidis, communication personnelle. Cascadia Research, 218 1/2 W 4th Ave., Olympia, WA 98501) indiquent que la reproduction a lieu.

2.3 Taille de la population, tendances et répartition

Les rorquals bleus entreprennent chaque année de longues migrations saisonnières, du nord vers le sud, depuis les aires d'hivernage, dans les latitudes équatoriales, jusqu'aux aires d'alimentation d'été situées dans les eaux productives des latitudes tempérées à polaires. Il est plus facile de décrire leur répartition historique dans les eaux de latitudes polaires en raison de la chasse extensive pratiquée sur ces aires d'alimentation.

Il est difficile d'estimer de façon fiable la taille de la population en raison de la répartition étendue et de la dispersion de ces rorquals, auxquelles il faut associer un faible effort d'échantillonnage et la réduction des populations. Les estimations globales de la taille de la population varient de 5 000 à 12 000 individus, bien que la précision de ces estimations soit douteuse (Carretta et al. 2003). Les populations des océans du Sud ont toujours été les plus importantes, avec un nombre estimé de 300 000 individus avant l'exploitation. Des estimations récentes allant de 710 à 1 265 têtes ont été calculées pour les populations occupant les aires d'alimentation d'été dans les eaux antarctiques (CBI 1990, Butterworth et al. 1993, CBI 1996).

L'aire de répartition historique des rorquals bleus s'étend le long de la côte et dans les eaux pélagiques du Pacifique Nord. Les données sur la structure de la population proviennent principalement des registres de la chasse à la baleine, des observations et des enregistrements acoustiques de vocalisations. En se fondant sur les registres de la chasse à la baleine, Gambell (1979) a avancé l'existence de trois populations de rorquals bleus dans le Pacifique Nord, tandis que Reeves et al. (1998) concluent que pas moins de cinq sous-populations, incluant celles enregistrées dans la partie est du golfe d'Alaska et dans le golfe de la Californie et du Mexique, fréquentent le Pacifique Nord, avec un degré incertain d'interpénétration. Le manque de données d'observation récentes pour la plupart des zones autrefois fréquentées par l'espèce donne à penser que certaines sous-populations sont disparues en raison de la chasse commerciale.

L'analyse des cris du rorqual bleu a montré qu'il existe deux types de cris distincts ; l'un domine dans les parties ouest et centrale du Pacifique Nord, et l'autre dans sa partie est (Stafford et al. 2001), ce qui donne à penser qu'il y aurait au moins deux populations de rorquals bleus dans le Pacifique Nord.

Le U.S. National Marine Fisheries Service (NMFS) gère les rorquals bleus en fonction de deux populations, l'une située dans l'est du Pacifique Nord et l'autre au large d'Hawaï. Le stock de l'est du Pacifique Nord va vers le sud aussi loin que dans les eaux du Mexique et de l'Amérique centrale durant l'hiver et le printemps. On voit régulièrement des individus en train de se nourrir au large de la Californie durant l'été et l'automne. La migration vers le nord se produit au printemps, à partir du golfe de la Californie, du Mexique et des eaux du large de l'Amérique centrale le long de la côte ouest de l'Amérique du Nord pour atteindre le large de la Californie, où les effectifs se concentrent et affichent un pic de juillet à septembre.

La répartition de la population au nord est mal connue en raison de la rareté constante des observations dans les latitudes plus élevées. Des cris de rorquals bleus ont été détectés au large de l'île de Vancouver et plus au nord, dans le golfe d'Alaska. D'après l'intensité des cris (définie en dB au-dessus du bruit de fond) au large de l'île de Vancouver entre septembre et février (Burtenshaw et al. 2004), les animaux observés au large de la Californie pourraient se disperser vers le nord et possiblement au large après septembre avant, probablement, de retourner vers les latitudes méridionales pour l'hiver. Un rorqual bleu identifié dans le golfe d'Alaska, au sud de la baie du Prince William en 2004, a été fréquemment identifié au large de la Californie durant les années précédentes (J. Calambokidis et J. Barlow, données non publiées). À la lumière de cette information, on présume que les animaux fréquentant les eaux canadiennes du Pacifique appartiennent à la population supposée de la partie est du Pacifique Nord, telle que définie par le NMFS.

On a estimé la taille de la population occupant l'est du Pacifique Nord en utilisant à la fois la technique des transects et celle du marquage et de la recapture (identification photographique). La population a augmenté depuis le moratoire sur la chasse commerciale (Barlow 1994) et est actuellement estimée de façon fiable à 2 000 animaux (Calambokidis et Barlow 2004). Toutefois, le taux d'accroissement est trop important pour que l'on puisse l'attribuer à la seule croissance de la population (Barlow 1994); il pourrait refléter un changement dans la répartition des effectifs. Les rares données d'observation que l'on possède pour la partie septentrionale du golfe d'Alaska, du Canada aux îles Aléoutiennes, indiquent que cet accroissement ne s'applique pas à toutes les régions de l'est du Pacifique Nord (Sears et Calambokidis 2002). Les contributions relatives de la croissance de la population, des changements dans la répartition des effectifs et du rétrécissement des habitats à la tendance à la hausse observée au large de la Californie sont mal connues. Néanmoins, si l'on se fonde sur les estimations disponibles, on peut avancer que la population de l'est du Pacifique Nord représente une grande proportion du stock connu de rorqual bleu sur le globe.

2.3.1 Eaux canadiennes du Pacifique

Les données d'observation recueillies au cours des études de dépistage japonaises (1965 – 1978) à travers le Pacifique Nord comportent également des observations de rorquals bleus dans les eaux canadiennes du Pacifique. Bien que ces données soient difficiles à traduire en valeurs de densité ou d'abondance, elles affichent un taux d'observation relativement élevé dans les eaux situées au large de la Colombie-Britannique, comparativement à la plupart des autres zones étudiées (Sears et Calambokidis 2002).

Les étiquettes de repérage utilisées pour examiner les mouvements des baleines faisant l'objet d'une chasse commerciale ont permis de constater qu'un rorqual bleu marqué le 4 mai 1963 au large de l'île de Vancouver avait été tué le 21 juin 1964 au sud de l'île Kodiak (Ivashin et Rovnin 1967). Il s'agissait de la distance la plus longue enregistrée dans le cadre de ce programme de marquage, et ce résultat constitue une preuve de l'existence d'échanges entre les eaux canadiennes du Pacifique et celles de l'Alaska. Les dossiers historiques montrent une répartition au large de la Colombie-Britannique, du plateau continental vers les grands fonds (figure 1a), et la présence d'un pic saisonnier de juin à septembre en ce qui a trait à l'abondance (figure 2).

Plus récemment, deux rorquals bleus identifiés à l'aide de photographies au large des îles de la Reine-Charlotte, dans le nord de la Colombie-Britannique, correspondaient à des animaux vus au large de la Californie (Calambokidis et al. 2004a). Un rorqual identifié le 12 juin 1997 a été revu dans le chenal de Santa Barbara le 10 juillet 1997. Il avait donc parcouru au moins 2 500 km en 28 jours, ce qui représente une vitesse de nage minimale de 3,7 km/h (Sears et Calambokidis 2002). Il s'agit là du premier mouvement confirmé entre les eaux californiennes et les aires d'alimentation situées à des latitudes plus élevées. Deux rorquals bleus ont été observés à proximité de la faille située au large du bassin de la Reine-Charlotte au printemps 2002, durant la première de deux expéditions bisannuelles maintenant menées tous les ans dans le cadre du programme de recherche sur les cétacés de Pêches et Océans Canada (PRC – MPO) (figure 3a). Un rorqual bleu identifié au moyen de photographies au sud du cap St James au cours d'une expédition menée conjointement par le MPO et Cascadia Research en août 2003 (figure 3b) correspondait également à un spécimen enregistré dans le catalogue de la Californie. Un rorqual bleu observé en 2004 dans le golfe d'Alaska correspondait à un animal figurant dans le catalogue de la Californie, mais pas la même année (J. Calambokidis et J. Barlow, données non publiées). À l'été 2004, un rorqual bleu marqué au large de la Californie s'est déplacé à une latitude aussi nordique que celle de Estevan Point, sur la côte ouest de l'île de Vancouver (B. Mate, communication personnelle. Hatfield Marine Science Center, 2030 SE Marine Science Drive, Newport, Oregon 97365).

La base de données du réseau d'observation des cétacés de la Colombie-Britannique (BCCSN) (courtoisie de D. Sandilands, Cetacean Research Lab, Vancouver Aquarium Marine Science Centre, 845 Avison Way, Vancouver, C.-B., V6G 3E2) contient des observations de rorquals enregistrées entre 1972 et 2004, la majorité ayant été recueillies à partir de 1999 et la presque totalité d'entre elles, fournies par des plaisanciers. De telles données, recueillies au gré des occasions, offrent une indication de la répartition et de l'abondance relative des espèces; toutefois, elles ne sont pas rajustées de manière à tenir compte de l'effort d'observation, sans compter que les observateurs ont des habiletés variables au chapitre de l'identification des espèces. En conséquence, ces données ne peuvent être utilisées pour l'estimation de l'abondance de la population ou des tendances. La base de données renferme trois observations de rorquals bleus affichant un haut degré de fiabilité.

Tandis que les observations visuelles ont été rares ces dernières années au large de la Colombie-Britannique, de l'État de Washington et du sud-est de l'Alaska, on a détecté de façon constante, au moyen d'hydrophones montés au sol de la Californie à la Colombie-Britannique et à l'Alaska, des cris que l'on présume provenir de la population de rorquals bleus établie dans l'est du Pacifique Nord (Sears et Calambokidis 2002). Burtenshaw et al. (2004) ont observé une intensité importante, presque constante, de cris de rorquals bleus au large de la Colombie-Britannique entre octobre et février. Ainsi, les eaux canadiennes du Pacifique semblent constituer une aire d'alimentation importante pour une vaste portion de la population de rorquals bleus du globe.

2.4 Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitatifs

Les rorquals bleus sont des prédateurs d'organismes de faible niveau trophique qui ingèrent plusieurs tonnes de proies par jour. En conséquence, la viabilité et le rétablissement de la population de rorquals bleus peuvent être restreints par des facteurs qui limitent la disponibilité de la nourriture. Étant donné les grandes quantités de zooplancton nécessaires pour le maintien d'une population de rorquals bleus, la présence ou l'absence de ces derniers dans un écosystème a probablement une incidence importante (Sears et Calambokidis 2002).

Les changements dans les conditions climatiques océaniques (voir la section 5.2.4) peuvent affecter à la fois la quantité totale de proies disponibles et l'efficacité de l'activité alimentaire des rorquals bleus. En tant que spécialistes de proies d'un niveau trophique inférieur, ils pourraient être plus immédiatement affectés par des changements océanographiques à grande échelle que d'autres espèces qui affichent un régime plus varié (Benson et Trites 2002).

La prédation par les orques pourrait être une cause de mortalité des rorquals bleus; toutefois, la prévalence de ces animaux dans les eaux canadiennes du Pacifique est mal connue, et on dispose de peu de données sur les cicatrices dans cette région. Des cicatrices associées à des attaques d'orques (Orcinus orca) sont visibles sur 25 % des rorquals bleus observés dans la mer de Cortez; elles sont toutefois rares sur les rorquals bleus qui fréquentent le Saint-Laurent (Sears et Calambokidis 2002). Un rapport décrit une attaque d'un rorqual bleu par un groupe d'orques au large de la Basse-Californie (Tarpy 1979). Bien que le taux de prédation soit inconnu, on peut penser qu'une augmentation des populations de baleines pourrait mener à une prédation accrue de la part des orques. Si l'on se fonde sur le taux de cicatrices que présentent les rorquals à bosse (Megaptera novaeangliae), la prédation par les orques pourrait être plus accentuée au large de la Californie et du Mexique que partout ailleurs (G. Steiger, communication personnelle. Cascadia Research, 218 1/2 W 4th Ave., Olympia, WA 98501). Néanmoins, les taux de mortalité ne sont pas connus (Reeves et al. sous presse).

2.5 Besoins en habitat

L'habitat caractéristique des latitudes plus élevées peut probablement être mieux défini en fonction de ses qualités comme aire d'alimentation. Les rorquals bleus se nourrissent le long de zones de remontée d'eau productive qui se situent au-dessus des failles dans des eaux de tempérées à polaires à partir du printemps et jusqu'au début de l'hiver. Ils se nourrissent principalement d'euphausiacés (Euphausia pacifica, Thysanoessa spinifera, T. inermis, T. longpipes, T. raschii et Nematoscelis megalops), bien que les copépodes calanoïdes (Calanus spp.) et le crabe rouge pélagique (Pleuroncodes planipes) fassent aussi partie de leur alimentation. Ils exploitent des concentrations élevées de ces espèces de proies en les engouffrant dans leur grande bouche et en étendant les plis de leur gorge.

La reproduction se déroule en hiver dans les eaux tropicales et subtropicales, mais on n'a pas relevé d'aire d'accouplement particulière pour les rorquals bleus de l'est du Pacifique Nord (Sears et Calambokidis 2002) ou d'autres régions du globe.