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Saule des landes (Salix jejuna Fernald)

PARTIE I. CONTEXTE

Renseignements sur l’espèce                                                  

Nom commun :Saule des landes          

Nom scientifique :Salix jejuna Fernald                                

Sommaire de l’évaluation : COSEPAC, mai 2001 (nouveau)

Statut : En voie de disparition

Justification de la désignation :Espèce très locale et endémique des terrains dénudés de calcaire qui se trouve dans quelques sites seulement et qui est sujette à la perte et à la détérioration de l’habitat en raison des activités d’utilisation des terres.

Présence : NL (Péninsule du Nord, à Terre-Neuve) 

Historique du statut : Évaluée « en voie de disparition » par le COSEPAC en mai 2001. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation (Anions, 2000).

Inscrite « Endangered » en vertu de l’Endangered Species Act de Terre-Neuve-et-Labrador en juillet 2002 et « en voie de disparition » en vertu de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral en juin 2003.

2.    Répartition

            Le saule des landes est une espèce endémique du détroit de Belle‑Isle, dans le nord‑ouest de la péninsule du Nord, à Terre‑Neuve. Il est présent sur une trentaine de kilomètres le long de la côte, depuis la pointe Watt jusqu’au cap Norman (figure 1). Il est encore présent dans tous ses sites historiques connus. Il existe peu de données, mais l’espèce a probablement une aire de répartition stable depuis qu’elle a été découverte par Wiegand et Long, en 1925.

Figure 1. Aire de répartition du saule des landes (Salix jejuna Fernald) à Terre‑Neuve.

Figure 1. Aire de répartition du saule des landes (Salix jejuna Fernald) à Terre‑Neuve.

3.    Taille et tendance de la population

            Anions (2000) signalait l’existence de moins d’une cinquantaine d’individus. Le travail sur le terrain effectué depuis indique que la population est bien plus grande et totalise probablement plus de 10 000 individus. Il n’y a pas suffisamment de données pour qu’il soit possible de déterminer les tendances relatives à la taille de la population.

            La construction de routes à travers l’habitat du saule des landes, en particulier au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, a peut-être eu un effet néfaste sur la population. L’exploitation de carrières, surtout pour la construction et l’entretien des routes, est un autre facteur pouvant avoir eu un effet négatif. Par contre, le saule des landes est une espèce pionnière, qui semble maintenant prospérer dans toute son aire de répartition dans les terrains perturbés bordant les routes. Il est possible que la construction et l’entretien des routes aient eu un effet neutre ou positif dans certaines régions. Depuis les années 1980, décennie de la construction de la route de la péninsule du Nord, il semble n’y avoir eu que quelques perturbations localisées dans l’aire de répartition de l’espèce.

4.    Facteurs biologiques limitatifs

            La dépendance à l’égard d’un habitat particulier est une composante importante du risque de disparition (Rabinowitz, 1981, cité par Keith, 1998). Le saule des landes est endémique d’une étroite bande côtière de landes de calcaire, surtout caractérisée par des conditions climatiques semblables à celles de l’Arctique. Des conditions météorologiques aussi rigoureuses et des processus naturels tels que le soulèvement causé par le gel et l’érosion éolienne limitent en général la croissance des plantes. Par contre, dans les zones les plus abritées ou les plus ombragées, la concurrence que livrent d’autres espèces végétales au saule des landes peuvent limiter sa survie. On ne sait pas si les changements climatiques auront une influence sur la quantité d’habitat disponible, ni comment ces changements se feront sentir. En bout de ligne, la nature contraignante de l’habitat de cette espèce limite la taille de la population et la superficie que celle-ci peut occuper.

            En général, les espèces de saules se croisent facilement entre elles. Tous les saules, y compris les hybrides, sont des pionniers vigoureux qui colonisent des habitats perturbés. Dans ces habitats, les hybrides arrivent à faire concurrence aux autres espèces végétales aussi bien que les saules non hybrides, mais leur viabilité est souvent moindre, et ils peuvent mourir en quelques années, ou être infertiles et ne survivre qu’à l’état végétatif (Argus, 2003).

Des agents pathogènes et des insectes herbivores ont été observés et récoltés sur le saule des landes. Leur identité et leur impact sur la population de saules ne sont pas connus à l’heure actuelle.

5.    Menaces

            Selon Anions (2000), la disparition de l’habitat du saule des landes est la principale menace qui pèse sur cette espèce. La poursuite de l’exploitation de carrières et/ou de la construction de routes dans l’aire de répartition de l’espèce constitueraient des menaces importantes (Argus, 2003). Parmi les autres menaces connues, il y a la dégradation de l’habitat associée à la circulation des véhicules, aux sentiers et à l’entretien des routes et autres infrastructures (Anions, 2000). Au cours des dernières années, des biologistes de terrain ont, à de nombreuses reprises, remarqué la présence de véhicules hors sentiers. Le déversement de déchets et le séchage de filets, activités observées dans des zones avoisinantes, pourraient constituer d’autres menaces. Anions (2000) considérait aussi le broutage par les orignaux et la présence de plantes envahissantes comme des menaces possibles. Cependant, le risque que présentent ces menaces est probablement en grande partie négligeable, étant donné que les saules nains ne font pas partie des aliments privilégiés par l’orignal et que peu de mauvaises herbes introduites sont actuellement bien adaptées à l’habitat des landes de calcaire où pousse le saule des landes (Argus, 2003).

6.    Exigences en matière d’habitat

            L’habitat actuel du saule des landes est constitué de landes de calcaire côtières exposées où la couverture végétale est clairsemée. Le terrain est habituellement sec, mais périodiquement humide. Le substrat est en général composé de limon et/ou de sable accumulés dans des dépressions et des trous entre rochers, ou encore de limon, de sable et de gravier découverts, quelquefois triés par le gel. Étant donné la petitesse de la population et la répartition limitée du saule des landes, tous les emplacements occupés de façon naturelle par l'espèce sont considérés comme formant l’habitat essentiel, c’est-à-dire essentiel à la survie de l’espèce.

7.    Rôle écologique

            Le saule des landes est l’une des trois espèces végétales endémiques connues des landes côtières de calcaire de la péninsule du Nord. Les deux autres, également en péril, sont le braya de Long (Braya longii Fernald, en voie de disparition) et le braya de Fernald (Braya fernaldii Abbe, menacé). Toutes trois occupent des milieux où la couverture végétale est en général peu dense parce que perturbée par le gel et le vent. Ce sont des espèces de bordure, adaptées à un habitat marginal. Cette niche est partagée par de nombreuses autres plantes vasculaires à aire disjointe, d’affinité arctique‑alpine, rares à Terre‑Neuve, où elles se trouvent à la limite méridionale de leur aire de répartition (p. ex. Bartsia alpina L., Pedicularis flammea L., Potentilla pulchella R. Br. ex Ross). La présence de ces espèces dans l’écorégion du détroit de Belle‑Isle en font la région la plus riche en plantes vasculaires rares ne poussant nulle part ailleurs à Terre‑Neuve (Bouchard et al., 1991).

            Sur le plan morphologique, les espèces qui semblent le plus apparentées au saule des landes sont le Salix ovalifolia Trautv. et le S. stolonifera Cov. (Argus, 1997). Ces espèces sont présentes dans le nord‑ouest de l’Amérique, où leur aire s’étend depuis la mer de Béring et la côte arctique de l’Alaska et du Yukon, vers le sud dans la cordillère, jusqu’à quelques populations isolées dans les montagnes Rocheuses de la Colombie‑Britannique et de l’Alberta. Les liens évolutifs unissant ces espèces semblent indiquer que Terre‑Neuve a probablement déjà été une zone refuge pour le saule des landes (Argus, 2003). Cette hypothèse est appuyée par la présence d’un nombre important d’espèces d’affinité arctique‑alpine dans le même écosystème.

            Enfin, le saule des landes est une des espèces dominantes dans certains sites. Il joue probablement un rôle important comme source de nourriture ou comme abri pour nombre  d’invertébrés. C’est aussi une espèce pionnière qui colonise un habitat caractérisé par les perturbations. Sa présence contribue peut‑être à l’établissement et à la survie d’autres espèces végétales.

8.    Importance pour l’humain

            Les botanistes et les passionnés d’histoire naturelle sont depuis longtemps attirés par les landes de calcaire de la péninsule du Nord, dont un des principaux points d’intérêt est sa flore unique. Les espèces endémiques telles que le saule des landes sont des éléments importants de cette flore et contribuent donc au potentiel écotouristique de la région.

            Les habitants de la péninsule du Nord appuient en général les activités de conservation des végétaux de la région et s’y intéressent. Par exemple, les résidants de Raleigh ont joué un rôle clé dans la création d’une réserve écologique botanique provinciale au cap Burnt. Ils participent maintenant à la gestion de cette réserve et à l’organisation d’activités ayant trait à celle‑ci. Le projet d’intendance de l’habitat des landes côtières de calcaire de la péninsule du Nord, qui fait partie des activités de rétablissement du braya de Long et du braya de Fernald (Hermanutz et al., 2002), est un autre exemple de leur participation. Jusqu’à maintenant, ce programme a donné d’excellents résultats. Des sondages effectués auprès des résidants locaux ont révélé un vif intérêt pour la protection des espèces en péril et de leur habitat. Trois accords d’intendance ont été signés dans la région en 2002, y compris le premier accord au Canada avec une école primaire.

            En raison de leurs caractéristiques uniques, les landes de calcaire ont fait, et continuent de faire, l’objet de nombreuses études scientifiques dans les domaines de la botanique, de la zoologie, de l’écologie et de la géologie. Le cap Norman, localité type du saule des landes, est particulièrement important pour la science. L’espèce elle‑même, et ses relations évolutives qui semblent indiquer que Terre‑Neuve a déjà été une zone refuge pour elle (voir la section 7 ci‑dessus), pourrait fournir un aperçu intéressant de l’histoire des flores septentrionales.

9.    Lacunes dans les connaissances

            Nous avons besoin d’information sur la taille et la répartition de la population, le cycle vital de l’espèce, la génétique de la population, l’habitat, les menaces et les facteurs limitatifs.

9.1.      Besoins en relevés

            Il est nécessaire de terminer les relevés dans les habitats convenables situés dans l'aire de répartition connue de l'espèce afin de vérifier la présence de l'espèce et de préciser la taille de la population. Il faudra également effectuer des relevés pour vérifier la présence de l'espèce dans les secteurs voisins pouvant présenter un habitat semblable comme Belle‑Isle, la côte méridionale du Labrador et le cap Burnt.

9.2.      Besoins en recherche biologique et écologique

            D’autres renseignements sur l’identification de l’espèce, les paramètres du cycle vital (longévité, reproduction, croissance), la génétique de la population et les exigences précises en matière d’habitat sont nécessaires. Il est indispensable d’avoir cette information ainsi que des données sur les menaces et les facteurs limitatifs pour effectuer une analyse de la viabilité de la population; il est également important d’en disposer pour peaufiner la définition de l’habitat essentiel et pour appuyer des activités de conservation ex situ. Quoique non essentielle au rétablissement, une étude génétique comparative pourrait fournir un aperçu des relations évolutives et de l’origine du saule des landes.

9.3.      Besoin en matière de recherche visant à préciser les menaces

Le rapport de situation (Anions, 2000) énumère les menaces naturelles et anthropiques qui s’exercent sur l’habitat. L’importance de chacune de ces menaces ainsi que leur fréquence dans le paysage doivent être évaluées. Des ravageurs et des agents pathogènes ont été notés sur le saule des landes. Il faut les identifier et évaluer leur incidence possible. Il est possible que le saule des landes soit sensible aux changements climatiques, car son habitat restreint dépend apparemment de paramètres climatiques restreints qui agissent sur une étroite bande côtière. Pour déterminer les tendances, des données climatiques à long terme pourraient être utiles. Les relevés et la recherche pourraient aussi permettre de cerner d’autres menaces et d’autres facteurs limitatifs.