Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Béluga au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Au Canada, les sept populations de bélugas retiennent l’attention des organismes de conservation depuis un certain temps déjà. Le COSEPAC a attribué un statut à chacune d’elles. Les scientifiques ont depuis entrepris de nombreux travaux de recherche, notamment pour recueillir de l’information sur l’effectif de chaque population. Le ministère des Pêches et des Océans du Canada s’est servi des estimations démographiques récentes pour produire plusieurs nouveaux rapports de situation. Les populations de bélugas sont ordinairement évaluées au moyen de recensements aériens. Dans certains cas, aucun rajustement n’est fait pour tenir compte des animaux en plongée qui ne sont pas visibles depuis les airs; les effectifs se trouvent alors grandement sous-estimés (par un facteur très approximatif de deux; National Marine Fisheries Service, 2002).

 

Tableau 1 : Sommaire des sept populations canadiennes de bélugas, avec estimations des effectifs totaux (voir le texte), caractérisation qualitative de la taille actuelle de chaque population par rapport à sa taille d’avant le début de la chasse à la baleine, et tendances
StockEffectif approximatif actuel de la populationEffectif actuel comparé à l’effectif originalTendance démographique
Saint-Laurent~952FaibleStable ou en hausse
Baie d’Ungava< ~50Faible ou population disparue?
Est de la baie d’Hudson~2 045FaibleEn régression
Ouest de la baie d’Hudson~50 000Note de bas de page aÉlevé?
Est du haut Arctique et baie de Baffin~21 213??
Baie Cumberland~1 547FaibleEn hausse ou stable
Est de la mer de Beaufort~39 258Note de bas de page aÉlevéEn hausse?

Les estimations du nombre d’animaux matures (présentées dans les résumés techniques) correspondent à environ 60 % des effectifs totaux estimés figurant dans le présent tableau.

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Dans le cas des dénombrements non corrigés pour les animaux en plongée, les estimations démographiques les plus récentes ont été ici multipliées par deux, suivant la procédure du National Marine Fisheries Service (2002). Il s’agit d’une correction très approximative (voir le texte).

Retour à la première référence de la note de bas de page a


Population de l’estuaire du Saint-Laurent

Cette population fait l’objet de recensements depuis 1973. Kingsley (1998) a tenté d’établir des facteurs de correction afin de comparer les résultats de dix recensements effectués entre 1973 et 1995. Il a conclu que la population comptait en moyenne 17 bélugas de plus par année (erreur-type = 4) et que l’indice d’abondance de 1995 était de 650 bélugas (erreur-type = 40), ce qui représente peut-être plus du double de certaines des estimations les plus basses du début des années 1980 (Pippard, 1985). Mais il n’est pas absolument certain que la population affiche une réelle tendance à la hausse, et la question est fortement débattue. Michaud et Béland (2001) soutiennent que seuls les recensements effectués depuis 1988 peuvent être comparés et que la tendance apparente n’est pas significativement différente de celle d’une population stable. L’analyse des données du recensement aérien photographique le plus récent (Gosselin et al., 2001) n’indique aucun accroissement significatif du nombre de bélugas depuis 1988.

Si les recensements aériens permettent aux chercheurs d’établir un indice d’abondance, les études récentes fondées sur des photographies aériennes (Sergeant et Hoek, 1988; Kingsley, 1996) et les études sur le comportement de plongée, à l’aide de la télémétrie, leur fournissent des moyens de corriger les données pour tenir compte des animaux qui sont submergés pendant les recensements et donc invisibles depuis les airs (Martin et Smith, 1992). Dans le Saint-Laurent, les scientifiques ont adopté une approche différente afin d’obtenir un facteur de correction qui tienne compte des bélugas en plongée. Des groupes de bélugas ont été observés à partir d’un hélicoptère en vol stationnaire, et leurs disparitions et réapparitions ont été chronométrées. Des maquettes de bélugas (de taille adulte et de taille juvénile; de couleur blanche et de couleur grise), immergées à diverses profondeurs, ont aussi été photographiées et observées depuis les airs. Les résultats ont donné un facteur de correction de +109 p. 100 (Kingsley et Gauthier, 2002), ce qui s’approche de ceux obtenus pour les bélugas de l’Arctique (entre +75 p. 100 et + 100 p. 100) à partir d’études télémétriques satellitaires sur le comportement de plongée (Martin et Smith, 1992; Heide-Jørgensen et al., 1998). Il convient de mentionner que les différentes méthodes ne produisent pas nécessairement des facteurs de correction comparables en raison d’indices visuels supplémentaires qui peuvent être présents pendant l’observation aérienne de bélugas vivants en déplacement.

Dans les années à venir, la normalisation des méthodes de recensement et la surveillance périodique de cette population permettront probablement aux chercheurs d’estimer avec justesse les tendances démographiques. Les récentes estimations, corrigées pour tenir compte des animaux submergés, étaient de 1 209 individus (erreur‑type = 189) pour 1997 (Kingsley et Gauthier, 2002) et de 952 animaux (erreur‑type = 16 p. 100) pour 2000 (Gosselin et al., 2001).


Population de la baie d’Ungava

Un recensement aérien a été effectué en 1983, en 1993 et en 2001 sur des bandes ou des lignes de transect couvrant chaque fois 25 p. 100 de la superficie de la baie d’Ungava (Smith et Hammill, 1986; Kingsley, 2000; Gosselin et al., 2002). Aucun béluga n’a été aperçu sur les lignes de transect pendant ces vols. Des vols de reconnaissance côtiers effectués en même temps que les recensements extracôtiers sur les lignes de transect n’ont permis de déceler qu’un très faible nombre de bélugas, même dans les estuaires où ils avaient l’habitude de se concentrer, tels que ceux de la rivière Mucalic, de la rivière George et de la rivière de la Baleine. Au cours du dernier recensement, aucun béluga n’a été aperçu pendant les vols de reconnaissance sur les côtes.

Il faudrait au moins 200 bélugas dans la baie d’Ungava pour qu’il soit possible d’en détecter à partir des airs sur des lignes de transect. À la lumière d’observations faites à l’extérieur de ses lignes de transect, Kingsley (2000) conclut que l’effectif de la population de la baie d’Ungava pourrait atteindre 50 bélugas.

De 1980 à 2000, on a assisté à une réduction notable de l’âge médian des bélugas capturés par les chasseurs des collectivités du Nunavik, dans le nord du Québec. En effet, il est passé de 14 ans pendant la période de 1980 à 1987 à 9 ans pendant la période de 1993 à 1999 (Lesage et al., 2001). Dans le cas des bélugas capturés dans la baie d’Ungava, l’âge médian est encore moins élevé, soit 8,5 ans.

Les Inuits de Kangirsuk, sur la côte nord-est de la baie d’Ungava, indiquent avoir constaté une baisse du nombre de bélugas dans leur région. Ils sont incertains des raisons de cette régression, mais ils évoquent comme cause probable l’intensification des perturbations causées par le bruit.

Les données recueillies donnent toutes à penser que la population de bélugas de la baie d’Ungava est très peu nombreuse et pourrait même ne plus exister. Il n’y a plus actuellement aucun rassemblement estuarien notable connu, et les observations faites dans les principaux estuaires de la région ne révèlent aucune concentration importante de bélugas pendant les mois d’été.


Population de l’est de la baie d’Hudson

La surchasse qui continue de se pratiquer dans l’est de la baie d’Hudson représente une grande source de préoccupation depuis quelques années (Bourdages et al., 2002). Les derniers recensements aériens effectués pendant l’été de 2001 (Gosselin et al., 2002) et la nouvelle analyse des données d’un recensement réalisé en 1985 (Smith et Hammill, 1986) révèlent que la population de bélugas de l’est de la baie d’Hudson a régressé de près de 50 p. 100 depuis 1985. Les estimations démographiques rajustées et corrigées pour tenir compte des animaux en plongée étaient de 3 849, de 2 137 et de 2 453 animaux respectivement pour les années 1985, 1993 et 2001 (Bourdages et al., 2002). Lorsque ces estimations sont intégrées à des modèles démographiques, la taille médiane de la population pour 2001 est estimée à 2 045 bélugas (Bourdages et al., 2002). Bourdages et al. (2002) ont estimé l’effectif de la population jusqu’en 2011 à l’aide de divers scénarios de chasse et de modèles démographiques. Si les taux de récolte actuels demeurent inchangés, cinq des neufs modèles donnent une probabilité de disparition supérieure à 95 p. 100 pour 2011.

Le plan quinquennal de gestion du béluga (anon., 1996) qui a été mis en place recommande une limite de capture de 90 animaux dans l’est de la baie d’Hudson, de 100 animaux dans le détroit d’Hudson et de 50 animaux dans la baie d’Ungava. On pense maintenant que le total autorisé des captures annuelles pour l’est de la baie d’Hudson est trop élevé (MPO, 2001) et qu’il contribue au déclin continu de la population. Cette hypothèse est corroborée par une baisse importante de l’âge moyen des animaux abattus par les chasseurs (Lesage et al., 2001) et par une régression marquée du nombre d’animaux observés dans la principale zone de concentrations estuariennes estivales (Doidge, 1994; Hammill, 2001).

La gestion des bélugas de l’est de la baie d’Hudson est compliquée par le fait qu’une proportion inconnue d’individus sont capturés dans le détroit d’Hudson pendant la migration printanière ou automnale. De récentes données génétiques révèlent que les bélugas de l’est de la baie d’Hudson représentent un pourcentage important des captures des collectivités du Nunavut et du Nunavik. Ces proportions ne sont pas encore bien définies, et il faudra effectuer des travaux d’échantillonnage pendant de nombreuses années encore pour obtenir des estimations fiables (de March et Postma, 2003). Les modèles faisant appel aux meilleures données estimatives sur les captures (y compris les individus frappés mais perdus) et aux estimations démographiques les plus récentes pour l’est de la baie d’Hudson permettent de conclure que les niveaux d’exploitation actuels entraîneraient la disparition de la population de l’est de la baie d’Hudson dans un temps relativement court. Hammill (2001) a conclu que le nombre actuel de captures, soit une moyenne de 106 bélugas par année, est trop élevé (Lesage et al., 2001) et qu’il faudrait réduire la récolte à 40 animaux par année pour qu’elle soit soutenable. À l’issue d’une évaluation plus récente, Bourdages et al. (2002) ont établi qu’un quelconque rétablissement de la population de l’est de la baie d’Hudson ne pourrait se faire sans que le nombre total de captures soit ramené à moins de 20 bélugas par année. Les bélugas de l’est de la baie d’Hudson sont également chassés dans le détroit d’Hudson, si bien qu’il est difficile d’en contrôler la récolte annuelle. Il a été recommandé que la chasse soit complètement interdite dans l’est de la baie d’Hudson et que le taux de récolte soit réduit à 100 individus par an dans le détroit d’Hudson, à la lumière des estimations les plus récentes sur la proportion (19 p. 100) de bélugas de l’est de la baie d’Hudson qui sont abattus dans ce secteur (de March et Postma, 2003).

Plusieurs facteurs entrent en jeu dans l’évaluation des effets de la chasse sur la population de l’est de la baie d’Hudson, mais ils sont encore mal connus. Pour améliorer les estimations des prélèvements totaux, il faudra recueillir de meilleures données sur les pertes d’animaux frappés mais non récoltés, soumettre un plus grand nombre de spécimens du détroit d’Hudson et d’autres secteurs à des analyses génétiques et améliorer la production de rapports sur la chasse. Pour estimer de façon plus précise l’effectif total, il importera de peaufiner les facteurs de correction pour les animaux en plongée pendant les recensements aériens.

En 1985, en 1993 et en 2001, le nombre estimatif de bélugas présents dans la baie James, secteur voisin de celui que fréquente la population de l’est de la baie d’Hudson, était estimé respectivement à 1 842, 3 141 et 7 901 animaux (Gosselin et al., 2002). Aucun de ces résultats n’a été corrigé pour tenir compte des bêtes submergées. L’affiliation génétique de ces bélugas demeure inconnue, parce que seul un très faible nombre d’échantillons a été prélevé à cet endroit. L’augmentation apparente du nombre de bélugas au fil des recensements aériens ne peut pas s’expliquer par une croissance de la population; elle résulte probablement de différences dans la couverture des relevés et des déplacements des animaux, qui entrent dans la baie et en sortent au fil des saisons. Il n’y a pas de chasse dans la baie James en été, mais, pour peaufiner les futurs plans de gestion, il importera de tenir compte des individus de ce groupe qui sont abattus par les chasseurs d’autres collectivités du Nunavut et du Nunavik au printemps et à l’automne.

Les Inuits du Nunavik signalent que les bélugas se font rares dans certains secteurs. Les bélugas étaient autrefois nombreux le long de la côte et à l’embouchure de petites rivières, près d’Inukjuak (Elie Weetaltuk, comm. pers., 1983), et dans la rivière Nastapoka (Doidge et al., 2002). D’autres régions, telles que celles de Salluit et de la Grande rivière de la Baleine, accueillent aujourd’hui un faible nombre de bélugas. De l’avis général, ces changements seraient liés aux perturbations accrues causées par les bateaux à moteur et les navires commerciaux, de même qu’à une chasse excessive (Doidge et al., 2002; McDonald et al., 2002).


Population de l’ouest de la baie d’Hudson

Aucun recensement aérien n’a été effectué dans l’ouest de la baie d’Hudson depuis plus de 15 ans. Richard et al. (1990) et Richard (1993) ont estimé, à la lumière de recensements réalisés de 1978 à 1987, que cette population comptait plus de 23 000 bélugas, auxquels s’ajoutaient 1 300 bélugas fréquentant la partie sud de la baie d’Hudson le long du littoral du nord de l’Ontario, ainsi que quelque 700 animaux se concentrant dans le secteur nord de la baie d’Hudson. Aucun de ces chiffres n’a été corrigé pour tenir compte des bélugas submergés; il s’agit donc de nettes sous-estimations.

Les bélugas de l’ouest de la baie d’Hudson passent tout l’été dans les eaux peu profondes des zones côtières. Les résultats obtenus à partir de quatre bélugas munis de marques télémétriques révèlent qu’ils plongent rarement à plus de 40 mètres de profondeur en août. Ils commencent à plonger en eau profonde dès le début de leur migration vers l’est en septembre (Martin et al., 2001). Comme les bélugas demeurent en eau peu profonde tout l’été durant, les facteurs de correction généralement applicables à d’autres populations de bélugas de l’Arctique qui plongent en eau profonde (Martin et Smith, 1992; Heide-Jørgensen et al., 1998) risquent de ne pas convenir à cette population. Les recensements aériens permettent sans doute de repérer une proportion plus importante de bélugas dans les eaux peu profondes de l’ouest de la baie d’Hudson, mais d’autres facteurs, tels que la turbidité et l’agglutination des animaux, pourraient également influer sur les estimations.

En 2003, les collectivités de l’ouest de la baie d’Hudson et du sud-est de l’île de Baffin ont capturé 502 bélugas de la population de l’ouest de la baie d’Hudson (S. Cosens, MPO, Winnipeg, comm. pers., 2004). À ce nombre s’ajoutent les bélugas de la population de l’ouest de la baie d’Hudson capturés aux îles Belcher (Sanikiluaq), peut-être 88 p. 100 des 70 captures faites là en 2003, soit environ 62 animaux, et ceux capturés dans le détroit d’Hudson par les collectivités du nord du Québec, soit environ 200 animaux (S. Cosens et P. Richard, MPO, Winnipeg, comm. pers., 2004). Ainsi, les captures totales de bélugas de la population de l’ouest de la baie d’Hudson se sont élevées à environ 764 animaux, ce qui représente une hausse considérable par rapport aux dernières années, où le total des captures a été d’environ 500 animaux par année (S. Cosens et P. Richard, MPO, Winnipeg, comm. pers., 2004).


Population de l’est du haut Arctique et de la baie de Baffin

À l’issue de récents recensements aériens effectués dans l’est du haut Arctique canadien pendant l’été, Innes et al. (2002b) estiment la population à 21 213 bélugas, résultat corrigé pour tenir compte des animaux submergés (IC à 95 p. 100 = de 10 985 à 32 619). Il n’est pas possible de comparer les résultats de ce recensement à ceux des autres effectués antérieurement (Smith et al., 1985), parce que la période de l’année et la zone survolée n’étaient pas les mêmes. La détection des tendances de l’abondance des bélugas au moyen de recensements aériens dans l’habitat estival de l’est du haut Arctique canadien demeurera toujours problématique, en raison de la grande superficie des eaux occupées par les bélugas et des différences interannuelles dans les dates de dislocation de la banquise, qui se répercutent sur les déplacements saisonniers des bélugas (Smith et Martin, 1994; Richard et al., 2001a).

Les chasseurs de l’est du haut Arctique capturent moins de 100 bélugas par été (DFO, 1999). Au cours d’un exercice de modélisation, Innes et Stewart (2002) ont estimé à 17 328 (de 5 750 à 27 996) le nombre de bélugas qui estivaient dans l’est du haut Arctique et qui demeuraient également dans la baie de Baffin et les eaux du Nord pendant l’hiver. Ils ont établi que le rendement équilibré maximal était de 317 animaux (de 25 à 1 107). Ces chercheurs concluent donc que les niveaux de récolte actuels sont inférieurs au rendement équilibré maximal.

Les recensements aériens effectués de 1981 à 1999 révèlent une régression de l’effectif des bélugas qui passent l’hiver sur la côte ouest du Groenland. Pour 1998 et 1999, on en estimait le nombre à 7 941 (IC à 95 p. 100 = de 3 650 à 17 278), ce qui ne différait pas significativement de l’estimation de 11 563 bélugas (de 8 560 à 15 621 animaux) établie pour 1993-1994. Cependant, lorsque l’indice d’abondance de 1981-1982 (3 302, SE = 958) est comparé à celui de 1998-1999 (735, SE = 025), la différence est significative (Heide-Jørgensen et Aquarone, 2002; Innes et Stewart, 2002).

Pour la période de 1979 à 1999, les estimations concernant les captures annuelles de bélugas sur la côte ouest du Groenland (données corrigées pour tenir compte des captures non déclarées et des pertes attribuables à l’enfoncement, y compris les animaux morts piégés par les glaces) variaient de 650 à 941 animaux (Heide-Jørgensen et Rosing-Asvid, 2002). En se servant des estimations démographiques les plus élevées pour le groupe de l’ouest du Groenland, Innes et Stewart (2002) ont calculé que le rendement équilibré pour 1999 aurait été de 109 bélugas débarqués. Leur modèle laisse entrevoir que ce groupe d’hivernants aurait perdu 50 p. 100 de son effectif de 1981 à 1994, comparativement à 62 p. 100 d’après l’ensemble des recensements aériens hivernaux analysés par Heide-Jørgensen et Reeves (1996).

Les Inuits de trois de quatre collectivités de l’ouest du Groenland croient que le nombre de bélugas a légèrement baissé ou est demeuré stable. Ceux de la quatrième collectivité font état d’une augmentation possible. La plupart des chasseurs indiquent avoir remarqué un grande différence dans le nombre de bélugas d’année en année (Thomsen, 1993).


Population de la baie Cumberland

Par suite des grandes chasses commerciales organisées dans la baie Cumberland de 1868 à 1939, en particulier dans le fjord Clearwater, principal lieu de rassemblement des bélugas, la population originale est passée de quelque 5 000 individus (Mitchell et Reeves, 1981) à moins de 1 000 dans les années 1970 (Brodie et al., 1981). Les recensements aériens effectués dans le fjord Clearwater ont permis d’établir un indice d’abondance pour cette population. En 1979, les chercheurs ont dénombré au plus 550 bélugas, et, de 1979 à 1982, ils en ont compté un maximum de 541 (Richard et Orr, 1986). En août 1990, les dénombrements maximums dans le fjord Clearwater variaient de 454 à 497 animaux, alors que les dénombrements effectués lors de deux recensements réalisés en 1999 dépassaient les 700. Un nombre important de bélugas ont également été aperçus en 1999 lors de recensements sur des bandes de transect dans la baie Cumberland proprement dite et dans la zone extracôtière (Richard et Baratin, 2002).

À l’issue des recensements de 1999, les chercheurs ont estimé à 1 547 (IC à 95 p. 100  = de 1 187 à 1 970; MPO, 2002a) le nombre de bélugas appartenant à la population de la baie Cumberland, après correction pour les animaux submergés. En l’absence de données antérieures comparables, il est difficile de se prononcer sur les tendances démographiques.

Le nombre de bélugas qui pénètrent dans le fjord Clearwater aurait baissé depuis les années 1940. Les Inuits de Pangnirtung croient que la chasse commerciale intensive pratiquée dans la première moitié du 20e siècle en est la principale cause (Kilabuk, 1998). Le quota de chasse pour cette population est actuellement de 41 animaux, prélevés par la collectivité de Pangnirtung.


Population de l’est de la mer de Beaufort

Les recensements aériens effectués en 1992 produisent un indice d’abondance de 19 629 individus (IC à 95 p. 100 = de 15 131 à 24 125) (Harwood et al., 1996) pour cette population, sans correction pour les animaux submergés. À l’issue d’études télémétriques VHF, on sait maintenant que certains bélugas de cette population se déplacent vers le nord-ouest, dans les eaux couvertes de glace du détroit du Vicomte de Melville, pour se nourrir pendant les mois d’été (Richard et al., 2001b). L’indice d’abondance ci‑dessus représente probablement une sous‑estimation, parce qu’il est fondé uniquement sur des recensements effectués dans le secteur du delta du Mackenzie (MPO, 2000). Le National Marine Fisheries Service des États-Unis (2002) a tenté de corriger l’estimation produite par Harwood et al. (1996) en tenant compte des animaux en plongée, et il est arrivé à une estimation de 39 258 individus, chiffre encore considéré comme prudent.

Les captures effectuées par les Inuvialuits sont consignées depuis 1973. Même si la population humaine s’est accrue dans la région pendant cette période, le nombre de bélugas récoltés a légèrement diminué. En tout, 186 animaux par année seraient prélevés dans cette population, ce qui comprend les bélugas frappés mais perdus et les bêtes qui ont été capturées en Alaska (Harwood et al., 2002). Il faut ajouter à ce total les bêtes abattues par des chasseurs russes pendant les mois d’hiver, mais ce nombre serait apparemment très faible. Les chasseurs continuent de débarquer de vieux bélugas de grande taille, ce qui indique que le niveau de capture actuel a peu d’impact sur la population et qu’il se situe bien en deçà du rendement équilibré (MPO, 2000).

Le béluga constitue l’une des principales ressources des Inuvialuits (McGhee, 1974). Dans les 100 dernières années, les techniques de chasse ont beaucoup évolué : des kayaks, les chasseurs sont passés aux baleiniers, puis aux bateaux munis de moteurs hors-bord (Day, 2002). Malgré l’augmentation de la population humaine dans le delta du Mackenzie, les captures annuelles totales de bélugas demeurent relativement inchangées depuis 20 ans, tout comme la structure par âge des captures débarquées (MPO, 2000; Harwood et Smith, 2002). Les Inuvialuits n’ont remarqué aucun changement dans l’abondance ou la répartition des bélugas dans leurs territoires de chasse.