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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Béluga au Canada – Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Béluga
Delphinapterus leucas

Information sur l’espèce

Le béluga, Delphinapterus leucas, est une baleine à dents de taille moyenne qui devient complètement blanche lorsqu’elle parvient à la maturité sexuelle, vers l’âge de 7 ans. Les mâles adultes atteignent une longueur de 4,5 m, et les femelles, de 3,5 m. Les animaux des deux sexes ont la même apparence. À la naissance, les petits sont de couleur gris foncé, et ils pâlissent progressivement à mesure qu’ils grandissent.

Le béluga est également appelé dauphin blanc, marsouin blanc ou baleine blanche. En anglais, on l’appelle beluga whale ou white whale. Dans les dialectes inuktitut, inuvialuit et inupiat, il porte le nom de qilalugaq ou de siqsuaq.

 

Répartition

Les données actuelles confirment qu’il convient encore de répartir les bélugas du pays en sept populations, qui se distinguent par leurs zones d’estivage largement séparées et par leurs différences génétiques : 1) la population de l’estuaire du Saint‑Laurent, qui tend à se concentrer autour de l’embouchure du Saguenay; 2) la population de la baie d’Ungava, qui occupe toute la baie en été; 3) la population de l’est de la baie d’Hudson, qui passe l’été dans les eaux situées entre Kuujjuarapik et Inukjuak, dans la région de la Petite rivière de la Baleine et de la rivière Nastapoka; 4) la population de l’ouest de la baie d’Hudson, qui occupe les secteurs de la rivière Seal et des fleuves Nelson et Churchill ainsi que les eaux situées plus au nord, jusqu’à l’île Southampton et au détroit de Roes Welcome pendant les mois d’été et au début de l’automne; 5) la population de l’est du haut Arctique et de la baie de Baffin, qui passe l’été dans les régions du détroit de Lancaster, du détroit de Barrows, du détroit du Prince‑Regent et du détroit de Peel, dans le haut Arctique canadien; 6) la population de la baie Cumberland, qui semble demeurer toute l’année dans la région de la baie Cumberland, particulièrement dans le fjord Clearwater en juillet et en août; 7) la population de l’est de la mer de Beaufort, qui occupe le delta du Mackenzie et qui migre vers le golfe d’Amundsen et des régions situées plus au nord, jusqu’au détroit du Vicomte de Melville, à la fin de l’été.

Toutes les populations effectuent une migration depuis les eaux libres qui leur servent d’aire d’hivernage pour se rendre vers leurs lieux printaniers et estivaux de mise bas et d’alimentation; elles passent habituellement l’été dans des estuaires.

 

Taille et tendances des populations

Il existe de grandes différences dans l’étendue de l’aire de répartition géographique et la taille des sept populations de bélugas. 1) La population de l’estuaire du Saint-Laurent compterait entre 900 et 1 000 individus. Les indices d’abondance ne révèlent aucune tendance notable depuis 1988. 2) Les bélugas de la baie d’Ungava sont trop peu nombreux pour qu’il soit possible de fournir une estimation démographique. Il se peut que cette population soit disparue. 3) La population de l’est de la baie d’Hudson régresse rapidement et compte actuellement autour de 2 000 individus. Les niveaux de récolte récents pourraient en entraîner la disparition d’ici dix ans. 4) La population de l’ouest de la baie d’Hudson compte au moins environ 23 000 bêtes, mais elle fait l’objet d’une chasse substantielle. 5) La population de l’est du haut Arctique et de la baie de Baffin est estimée à quelque 20 000 individus. Il se pourrait qu’elle se répartisse en deux populations distinctes : la population de l’ouest du Groenland (environ 5 000 bélugas), qui fait l’objet d’une chasse intense, et la population des eaux du Nord (environ 15 000 bélugas), qui est peu chassée. 6) La population de la baie Cumberland est constituée d’environ 1 500 bélugas et pourrait s’être accrue depuis les années 1980. 7) La population de l’est de la mer de Beaufort est estimée à 39 000 individus, chiffre considéré comme prudent, et elle est exploitée à un niveau nettement inférieur au rendement équilibré.

 

Habitat

En été, les bélugas partagent leur temps entre les régions côtières et les régions extracôtières. Les sept populations tendent à se concentrer dans certains estuaires, où elles s’arrêtent peu après la rupture de la banquise côtière et où elles muent. Elles y retournent aussi occasionnellement tout au long de l’été. L’automne venu, les bélugas entament leur migration vers d’autres endroits, notamment vers certaines eaux profondes, où ils peuvent se nourrir de façon intense. Ils poursuivent ensuite leur route vers des secteurs où la banquise couvre entre 4/10 et 8/10 de la surface de l’eau, et ils y passent l’hiver.

 

Biologie

Le béluga a une durée de vie moyenne de 15 à 30 ans, mais il peut vivre au‑delà de 40 ans, et il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 5 à 7 ans. Les données scientifiques donnent à penser que les adultes peuvent mettre bas tous les trois ans en moyenne. Le régime alimentaire se compose de diverses espèces de poissons et d’invertébrés. On sait peu de choses au sujet de leur comportement d’accouplement, parce que la saison des amours a lieu en hiver dans les eaux extracôtières. Les ours blancs, les épaulards et les chasseurs inuits sont leurs principaux prédateurs. Les bélugas se situent entre les poissons et les ours dans la pyramide trophique de l’Arctique.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Les sources de mortalité naturelles comprennent la prédation par l’épaulard et l’ours blanc, qui chasse souvent le béluga lorsque celui-ci devient prisonnier des glaces. Le béluga a l’habitude de retourner à certains cours d’eau bien précis malgré d’intenses pressions de chasse, ce qui le rend vulnérable aux ours et à l’être humain. Dans le cas de la population de bélugas du Saint‑Laurent, les perturbations, la pollution et la perte d’habitat constituent des menaces supplémentaires.

 

Protection actuelle ou autres désignations

La chasse au béluga est interdite dans l’estuaire du Saint-Laurent depuis 1979 en vertu de la Loi sur les pêches. Le plan de rétablissement du béluga du Saint-Laurent met l’accent sur la recherche et la gestion de cette population. De plus, la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec lui attribue le statut d’espèce menacée. En vertu de la loi qui a créé le parc marin du Saguenay – Saint-Laurent, les bélugas du Saint-Laurent font l’objet de mesures spéciales qui les protègent contre le harcèlement. Dans la baie d’Ungava et l’est de la baie d’Hudson, pour enrayer la situation critique des populations de ces deux régions, le Nunavik et le ministère des Pêches et des Océans du Canada ont conclu un plan de cogestion qui contingente la chasse et l’interdit dans certains secteurs. Quant aux bélugas de la baie Cumberland, ils sont cogérés par la Pangnirtung Hunters and Trappers Association, le ministère des Pêches et des Océans du Canada et le Conseil de gestion de la faune du Nunavut, et le quota annuel pour la chasse se situe actuellement (en 2003) à 41 bêtes. Les collectivités du Nunavik sont également assujetties à des quotas, et il a été recommandé de réduire considérablement le niveau de récolte des bélugas appartenant à ce qui pourrait être la population distincte de l’ouest du Groenland. Enfin, la population de l’est de la mer de Beaufort est cogérée par des comités de chasseurs et de trappeurs, par le Conseil de gestion du gibier des Inuvialuits, par le ministère des Pêches et des Océans et par le Comité mixte de gestion de la pêche.

Les bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent font l’objet de recherches et de discussions qui se poursuivent, visant à protéger la population et son habitat contre diverses menaces anthropiques.

Dans le cas de la baie Cumberland et du Saint-Laurent, les efforts de gestion semblent avoir contribué à stabiliser les populations.