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Programme de rétablissement de la lamproie du ruisseau Morrison

Information sur l'espèce

Nom latin : Lampetra richardsoni var. marifuga

Dernière désignation du COSEPAC :Mai 2000

Statut selon le COSEPAC : En voie de disparition

Statut selon la LEP :En voie de disparition, août 2003

Raison du statut du COSEPAC : Endémique à la Colombie-Britannique, cette petite population unique est susceptible de perdre son habitat en raison de l’expansion urbaine et de la construction d’autoroutes.

Présence au Canada :Colombie-Britannique

Historique des statuts du COSEPAC : Désignée en avril 1999 comme espèce menacée. Le statut a été réévalué et modifié pour le porter à « en voie de disparition » en mai 2000. L’évaluation de mai 2000 était basée sur de nouveaux critères quantitatifs appliqués à l’information du rapport du statut de 1999 (Beamish et al. 1999).

Nom commun :Lamproie du ruisseau de Morrison

Historique

1. Description de l’espèce

1.1 Biologie

Les lamproies font partie de la superclasse des invertébrés Agnathe, des poissons caractérisés par l’absence de mâchoires chez ses individus. Les lamproies se distinguent par un corps cylindrique, anguilliforme et dépourvu d’écailles, avec une bouche ronde en forme de suçoir d’où surgissent une série de dents coupantes et cornues. Elles possèdent une nageoire caudale, souvent composée de deux sections; elles n’ont pas de nageoires paires (Figure 1).  Le squelette est cartilagineux, une caractéristique qui fait que peu de fossiles de l’espèce existe. Les lamproies possèdent sept paires de branchies prenant la forme de sacs branchiaux, chacun assorti d’une ouverture vers l’extérieur (Scott and Crossman 1973).  Il existe de 40 à 45 espèces de lamproies à l’intérieur de 9 genres, selon les interprétations actuelles des experts (ITIS 2005). 

On retrouve les lamproies habituellement dans les eaux de mer et les eaux douces tempérées; la répartition de l’espèce à travers le monde est principalement concentrée dans l’hémisphère nordique (Scott and Crossman 1973).  Environ le tiers des espèces de lamproies sont anadromes. Arrivées à l’âge adulte, les espèces de lamproies sont soit des parasites externes d’autres espèces de poisson soit non-parasitaires. Toutes les lamproies sont sémalpares et meurent après le frai. (Larson 1980).

Il est difficile de donner un âge précis à une lamproie (Beamish and Medland 1988; Kostow 2002). Leur phase larvaire est distincte et suivie par une métamorphose (parfois appelée transformation (Scott and Crossman 1971), dont la durée varie selon l’espèce. Les larves, appelées ammocètes (Figure 2), vivent dans le lit des ruisseaux et les sédiments des lacs (Scott and Crossman 1971).  Les ammocètes sont munis d’yeux qui ne voient pas et sont dépourvus de dents et de disque oral, leur bouche est recouverte d’une sorte de capuchon oral. Les ammocètes se nourrissent en filtrant les plantes microscopiques, les matières animales et les détritus organiques qui passent à travers ce capuchon oral (p. ex. Manion 1967; Moore1973, 1980; Sutton et al. 1994; Mundahl et al. 2005).

Figure 1.  Photo d’une lamproie du ruisseau Morrison prise au printemps 2005. Le spécimen, d’environ 12 cm de longueur, est à trois ou quatre mois après la métamorphose. Photo de Jim Palmer.

Figure 1.  Photo d’une lamproie du ruisseau Morrison prise au printemps 2005. Le spécimen, d’environ 12 cm de longueur, est à trois ou quatre mois après la métamorphose. Photo de Jim Palmer.

En Colombie-Britannique, on dénombre quatre espèces connues de lamproies (Beamish 1985).  Non anadrome et non parasitaire, Lampetra richardsoni habite l’eau douce et se retrouve la plupart du temps dans les ruisseaux. La lamproie du Pacifique, L. tridentata, est anadrome et parasitaire; elle hante surtout les ruisseaux côtiers et les zones côtières maritimes. L. ayresi est anadrome et parasitaire. Elle peut être très abondante dans le fleuve Fraser et se retrouve fréquemment dans le détroit de Georgie, au cours de son étape parasitaire. Très peu de recherches ont été effectuées sur les espèces à l’extérieur du bassin de Georgie. L. macrostoma, décrit à l’origine par Beamish (1982), est parasitaire et on suppose qu’elle est une descendante de L. tridentata.  On l’a recensée seulement dans les lacs Cowichan et Mesachie (Beamish 1998).

Figure2.  Caractéristiques externes de l’ammocète (tiré de McDermott 2003).

Figure2.  Caractéristiques externes de l’ammocète (tiré de McDermott 2003).

Traduction de la figure

Branchial (gill) pore : foramens branchiaux (branchies)

Branchial region : région branchiale

Eye spot : Ocelle

Oral Hood : capuchon oral

Second Dorsal Fin : Deuxième nageoire dorsale

Caudal Ridge : arête caudale

Cloaca : cloaque

Caudal Fin : nageoire caudale

Un cinquième taxon a été repéré et on croit qu’il ne se retrouve que dans le ruisseau Morrison, sur l’île de Vancouver (Beamish 1985).  Il a été découvert en 1977 (Beamish 1985) et on pense qu’il est un descendant de L. richardsoni, qu’on a baptisé L. richardsoni var. marifuga (Beamish 1987).  C’est un bel exemple d’une forme parasitaire donnant naissance à une forme non-parasitaire. Bien que décrit en détails, la lamproie du ruisseau Morrison n’a pas été classée dans aucun groupe taxinomique. Le groupe taxinomique de ces formes demeure quelque peu incertain et des recherches additionnelles sont nécessaires pour clarifier leur  groupe d’appartenance. Dans le présent programme de rétablissement, le nom commun de lamproie du ruisseau de Morrison est utilisé pour parler de la seule variété L. richardsoni var. marifuga.

Il existe trois types différents de lamproies dans le ruisseau Morrison. D’abord, le type L. tridentata, qu’on peut distinguer facilement tant sous forme d’ammocète qu’après la métamorphose (Beamish 1985).  On ne peut distinguer les deux autres formes de L. richardsoni qu’à certaines étapes de leur développement (Beamish 1985).  Il n’est pas certain que ces deux formes sont des phénotypes de cycle de vie différents d’une même espèce ou des lignées séparées (Beamish 1985; Beamish et al. 1999).  La preuve semble pencher en faveur de deux formes distinctes de cycle biologique à l’intérieur d’une seule lignée (c.-à-d. un polymorphisme).  De multiples formes de cycles biologiques sont fréquentes à l’intérieur d’autres espèces de poissons mais il s’agit de la seule population connue au monde de lamproies ayant plus d’un phénotype de cycle biologique (Beamish 1987).

Une des formes de cycle biologique est le « normal », L. richardsoni. Ce type vit entièrement en eau douce, est non-parasitaire et ne se nourrit pas à l’âge adulte. Il se métamorphose en septembre, passe l’hiver dans le gravier du lit des rivières et, après le frai en mai ou juin, meurt. (R. Beamish, pers. comm.). Les ammocètes vivent dans le lit des sédiments de ruisseau pendant une période variant de trois à sept ans et atteignent environ 13 cm de longueur. Les adultes reproducteurs sont légèrement plus petits, habituellement de huit à 12 cm de longueur; ils sont de couleur brun foncé ou noir (McDermott 2003).  Les dents sont présentes dans le disque oral, mais s’usent rapidement et deviennent émoussées (Beamish 1985).

La deuxième forme se nomme L. richardsoni var. marifuga. La majeure partie des connaissances acquises sur le cycle de vie de cette espèce provient des observations faites en laboratoire (Beamish 1987).  Il n’est pas encore possible de faire la différence entre les ammocètes de L. richardsoni et de L. richardsoni var. marifuga car les ammocètes n’ont pas encore été identifiés hors de tout doute pour chacune des formes. On parvient à faire la différence entre les individus peu après leur métamorphose. La forme marifuga se distingue par sa dentition puisque ses dents, contrairement aux autres lamproies, demeurent tranchantes, ce qui lui permet de se nourrir en devenant le parasite d’une variété de poissons; elle vit jusqu’à un an de plus que ses congénères et conserve une coloration argentée jusqu’à la fin de septembre, avant le frai. Elle est fréquemment, mais pas toujours, plus imposante (c.-à-d. 15 à 18 cm) au moment du frai que la variété plus commune (Beamish 1985, 1987; McDermott 2003), ce qui laisse croire que les individus se nourrissent après leur métamorphose. Le comportement d’accouplement ou de nutrition n’a pas été observé en pleine nature bien qu’en laboratoire, les adultes L. richardsoni var. marifuga aient attaqué sans se faire prier une variété de poissons morts et vivants (Beamish 1985). Le moment du frai et de l’alevinage des ammocètes est apparemment semblable à celui du L. richardsoni.

On croit que les différences de taille visent à empêcher le croisement entre L. richardsoni et L. richardsoni var. marifuga (R. Beamish, pers. comm.); cependant, en se fondant sur des caractéristiques morphologiques, il est possible que les lamproies L. richardsoni var. marifuga soient une version hybride du croisement entre L. richardsoni et L. ayresi.  Cette hypothèse est cependant jugée peu vraisemblable (R. Beamish, pers. comm.): L. ayresi n’a pas été observée dans le ruisseau Morrison Creek et L. richardsoni var. marifuga n’affiche aucune tolérance physique à l’eau de mer (Beamish 1985), sapant davantage cette hypothèse.

1.2 Répartition

La lamproie du ruisseau Morrison est extrêmement endémique. On la retrouve seulement dans le bassin hydrologique du ruisseau de Morrison, un affluent de la rivière Puntledge sur l’île de Vancouver, Colombie-Britannique (Figure 3).  Le ruisseau Morrison est un cours d’eau quelque peu inhabituel pour ce secteur parce que son cours supérieur est dominé par des marécages, mais on ne comprend pas les raisons qui expliquent que cette forme de vie se soit développée seulement à cet endroit. Il est possible que les caractéristiques uniques du bassin hydrologique (cours supérieur étendu formé d’un habitat marécageux, important débit entrant et températures et débits stables) aient compté pour beaucoup dans l’évolution de cette variété.  La répartition de la lamproie à l’intérieur du ruisseau Morrison n’est pas connue, en particulier dans les marécages du cours supérieur, où il est difficile de prélever des échantillons. Cependant, des salmonidés ont été observés dans la partie supérieure du cours supérieur presque à la limite et les lamproies ont été observées dans des zones inaccessibles aux cohos. (J. Palmer, pers. comm.).  Les lamproies sont de bons nageurs, effectuant habituellement une migration vers les cours d’eau supérieur des ruisseaux (Scott and Crossman 1971), donc il n’y a pas de raison a priori de s’attendre à ce que la lamproie limite sa répartition à l’intérieur du ruisseau Morrison.  Les ammocètes sont peut-être plus nombreuses dans les habitats marécageux (R. Beamish, pers. comm.).  Les tentatives pour trouver des lamproies du ruisseau de Morrison à l’intérieur de la rivière Puntledge et dans d’autres rivières de ce secteur se sont avérées vaines (R. Beamish, pers. comm.).

1.3 Abondance

On a effectué peu de recherches sur la lamproie du ruisseau Morrison et on n’a jamais estimé  la population de cette variété. Au début des travaux, elle était régulièrement capturée (Beamish 1985) et les adultes continuent d’être capturés et dénombrés à une barrière de dénombrement des saumoneaux, exploitée par des bénévoles (J. Palmer, communication personnelle).  En aucun temps, le décompte n’a été élevé (normalement < 100 individus), mais il n’existe aucune indication de grandes fluctuations de populations ou de déclins (Beamish 1985).  Les prises par unité d’effort n’ont pas été utilisées pour évaluer les tendances parce que l’échantillonnage n’a pas été mené de manière uniforme au cours des années. À partir de son expérience personnelle dans l’échantillonnage des lamproies en Colombie-Britannique, R. Beamish en conclut que la variété est rare dans le système Morrison. Cependant, il n’existe aucune preuve que la variété soit en déclin et on ne peut tirer de conclusion certaine à partir des données existantes.

1.4 Importance pour les citoyens

L’importance spéciale de la lamproie du ruisseau Morrison est avant tout de nature scientifique (p. ex. se référer à la partie 16 pour une liste partielle de la documentation scientifique). Il n’existe aucune valeur commerciale à cette variété. En tant que groupe, la lamproie n’est en général pas tenue en haute estime en raison de la nature parasitaire pour certaines espèces de salmonidés ou d’autres espèces hautement valorisées.  L’introduction de lamproies dans d’autres systèmes s’étant soldée par de considérables dégâts (Fuller et al. 1999) n’ajoute rien de bon à la mauvaise réputation de l’espèce. D’un autre côté, d’autres considèrent la lamproie du ruisseau de Morrison comme un membre de la faune indigène, avec ses propres valeurs intrinsèques, incluant sa contribution à la biodiversité, l’éducation, son rôle écologique et son apport à la science. En tant qu’objet de recherche scientifique, la lamproie du ruisseau Morrison représente un intérêt considérable de par sa nature extrêmement endémique et sa présence unique sous plus d’une forme de cycle biologique. On a suggéré que la lamproie du lac Morrison pouvait être une sorte de chaînon manquant entre les formes parasitaires et non-parasitaires (Beamish 1985).  La valeur culturelle de la lamproie du ruisseau Morrison pour les Premières nations n’a pas été étudiée dans le présent rapport, bien qu’il soit nécessaire de souligner que la lamproie du Pacifique, plus grosse, comporte une signification culturelle importante pour les peuples des Premières nations dans certaines régions (Close et al. 2002).  La présence de lamproies représente en général un bon indicateur de la qualité et de l’à-propos d’un habitat pour le saumon du Pacifique. (R. Beamish, pers. comm.).

Figure 3.  Répartition de la lamproie du ruisseau Morrison. (Carte fournie par le ministère de l’énergie, des mines et des ressources pétrolières, http://www.em.gov.bc.ca/mining/Geolsurv/MapPlace/themeMaps.htm).

Figure 3.  Répartition de la lamproie du ruisseau Morrison. (Carte fournie par le ministère de l’énergie, des mines et des ressources pétrolières, http://www.em.gov.bc.ca/mining/Geolsurv/MapPlace/themeMaps.htm).