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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’omble à tête plate Salvelinus confluentus au Canada - 2012

Menaces et facteurs limitatifs

Plusieurs facteurs concourent à limiter les effectifs d’ombles à tête plate au Canada. Certains sont des facteurs limitatifs naturels, mais ceux qui représentent les pires menaces découlent de perturbations anthropiques.

Facteurs limitatifs naturels

Les facteurs limitatifs naturels examinés ci-après agissent dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’omble à tête plate, et donc sur la totalité des UD. Les tendances géographiques de leur incidence dans chacune des UD sont mises en lumière plus loin dans des sous-sections distinctes.

Les besoins particuliers de l’omble à tête plate en matière d’habitat constituent les facteurs limitatifs naturels les plus importants (examiné par Rieman et McIntyre, 1993; Dunham et al., 2003). Cette espèce a notamment besoin d’eau froide (en règle générale, d’une température inférieure à 12 °C) et d’un habitat très particulier pour la fraye et le grossissement, et ces exigences influent fortement sur son occurrence et expliquent sa répartition irrégulière caractéristique (Rieman et McIntyre, 1993; Dunham et al., 2003; voir Besoins en matière d’habitat). Le réchauffement du climat observé aux limites méridionales de son aire de répartition mondiale influe sur sa répartition irrégulière dans ces zones (Dunham et al.,2003). Cette sensibilité fait de l’omble à tête plate un excellent indicateur des perturbations de l’environnement. Les interactions avec d’autres espèces de poissons constituent vraisemblablement un autre facteur déterminant de la répartition et de l’abondance de l’omble à tête plate; l’intensité de la compétition exercée par d’autres espèces comme la truite arc-en-ciel ou la truite fardée semble par ailleurs varier en fonction de la température de l’eau, tandis que l’abondance des espèces-proies comme le saumon rouge influe aussi probablement sur la croissance et la survie de l’omble à tête plate (voir Relations interspécifiques).

Le faible taux de reproduction qui caractérise l’omble à tête plate constitue un autre facteur limitatif. Dans les tronçons propices, le taux de survie, qui dépend de la densité de la population, semble limiter la production des tacons d’âge 1+ à une densité moyenne d’environ 8 poissons/100 m2ou moins (Hagen, 2008, et documents cités dans cet article). Cette incidence de la densité sur le taux de survie des juvéniles risque d’influer sensiblement sur l’abondance de l’espèce aux stades ultérieurs de son cycle vital (Johnston et al., 2007). D’autres caractéristiques de la biologie de l’espèce, par exemple son statut de prédateur aquatique de niveau trophique supérieur et sa grande fidélité à l’égard des sites, peuvent également contribuer aux densités relativement faibles de ses populations (voir Taille et tendances des populations). Conjugués à un flux génique limité (Taylor et al., 2001; Taylor et Costello, 2006) et à la tendance naturelle à la fragmentation des populations, ces facteurs rendent l’omble à tête plate vulnérable aux phénomènes stochastiques qui peuvent entraîner sa disparition de certaines localités. De tels exemples de disparition naturelle risquent même d’être communs (Rieman et McIntyre, 1993, 1995). La tendance à l’appauvrissement de la variation génétique neutre au sein des populations d’ombles à tête plate et le haut degré de différenciation entre ces populations (voir Structure spatiale et variabilité de la population) indiquent une tendance démographique historique marquée par les goulots d’étranglement et les disparitions locales.

Ces facteurs limitatifs rendent l’omble à tête plate vulnérable aux activités humaines et à leur impact (Rieman et McIntyre, 1993, 1995). Cependant, l’espèce a adopté au fil de son évolution diverses stratégies qui lui permettent de faire face aux variations des conditions du milieu et qui pourraient l’aider à survivre aux effets des changements anthropiques. Par exemple, sa plasticité phénotypique et l’évolution de ses caractéristiques biologiques en fonction de la densité des populations -- maturation plus rapide et fréquence plus élevée des épisodes reproductifs chez les populations de densité plus faible -- pourraient l’aider à résister dans une certaine mesure aux perturbations (Johnston et Post, 2009).

Menaces anthropiques

La disparition graduelle de l’omble à tête plate des zones aménagées observée au cours du dernier siècle (Rieman et al., 1997; USFWS, 1999, 2008; Rodtka, 2009) traduit bien la sensibilité environnementale de cette espèce, mais les raisons de cette vulnérabilité restent obscures. La plupart des données recueillies à ce sujet sont corrélatives par nature, et il faut s’attacher à déterminer les mécanismes responsables du phénomène. Néanmoins, trois facteurs anthropiques principaux sont vraisemblablement responsables du déclin observé : perte dans le réseau d’habitat causée par la dégradation et la fragmentation; interactions (hybridation et compétition) avec des espèces introduites; surpêche (Rieman et McIntyre, 1993; BCMWLAP, 2004; Brewin, 2004; Rodtka, 2009). Les effets de ces facteurs s’observent dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce, et les descriptions présentées dans les sous-sections distinctes ci-dessous sont pertinentes à toutes les UD canadiennes de l’espèce. Cependant, le type et la portée des menaces varient à l’échelle régionale et locale; les informations disponibles concernant chacune des UDsont examinées ci-dessous, dans les sous-sections qui leur sont consacrées.

Il peut être extrêmement difficile de prédire et de quantifier les effets de menaces anthropiques précises et leurs interactions avec d’autres menaces et facteurs limitatifs naturels. Par exemple, le rétablissement des connexions entre les milieux naturels détruites sous l’effet des activités humaines peut réduire le risque de disparition en facilitant les déplacements. Cependant, il peut en même temps favoriser l’introduction d’espèces non indigènes (Fausch et al., 2008) ou accroître le risque d’éviction de populations sédentaires jusque-là isolées par des populations migratrices plus grandes (Hagen, 2008). Par ailleurs, un habitat vierge autorisant la coexistence d’un éventail complet de types de cycles vitaux -- y compris des individus migrateurs de grande taille et très féconds -- peut permettre à l’omble à tête plate de mieux résister à l’introduction d’autres espèces et à persister dans certains bassins versants (Nelson et al., 2002). Lorsque ces ombles migrateurs disparaissent (par exemple, par suite de la perte ou de la fragmentation de l’habitat ou d’une surpêche), les espèces non indigènes risquent d’avoir moins de mal à évincer ou à remplacer les ombles à tête plate sédentaires qui restent (Dunham et al., 2008). Même si nous connaissons encore mal ces interactions, il ne fait aucun doute que cet ensemble de menaces anthropiques peut nuire considérablement aux chances de persistance de beaucoup de populations d’ombles à tête plate (Rieman et McIntyre, 1993; BCMWLAP, 2004; Brewin, 2004; Rodtka, 2009).

Perte du réseau d’habitat

La dégradation et la fragmentation de l’habitat d’eau douce causées par des pratiques d’utilisation des terres destructrices telles que la foresterie commerciale, la production hydroélectrique, la mise en valeur des ressources pétrolières, gazières et minières, l’agriculture, l’urbanisation et l’aménagement des routes qui accompagne ces activités ont déjà fait l’objet de nombreuses études (répertoriées dans Rieman et McIntyre, 1993; Ripley et al., 2005; Rodtka, 2009). La disparition graduelle de l’omble à tête plate des zones aménagées au cours du dernier siècle (Rieman et al., 1997; USFWS, 1999, 2008; Rodtka, 2009) donne à penser que ces perturbations ont tendance à provoquer chez l’espèce une réaction biologique négative. En effet, on constate souvent une corrélation négative significative (P < 0,05) entre la densité du réseau routier, utilisée comme mesure indirecte de la perturbation de l’habitat, et l’occurrence de l’omble à tête plate (Rieman et al., 1997; Baxter et al., 1999; Dunham et Rieman, 1999; Ripley et al., 2005; Scrimgeour et al., 2008).

Dégradation de l’habitat

On ne saurait s’étonner de la sensibilité environnementale de l’omble à tête plate compte tenu de ses besoins très particuliers en matière d’habitat. Certaines variables, comme la température et la profondeur de l’eau, la vitesse du courant, la nature du substrat et la disponibilité des abris jouent un rôle crucial dans la persistance de cette espèce adaptée aux eaux froides (voir Besoins en matière d’habitat). La longue période hivernale d’incubation des œufs et de développement des alevins rend ces stades vitaux particulièrement vulnérables. On observe par exemple une corrélation négative entre l’occurrence de l’omble à tête plate et le pourcentage des interstices du substrat remplis de sédiments fins (Weaver et White, 1985; Ripley et al., 2005). Les eaux souterraines jouent un rôle de premier plan dans la préservation de l’habitat de haute qualité requis pour ces stades, ainsi que dans la survie à l’hiver chez beaucoup de populations d’ombles à tête plate (Baxter, 1997; Baxter et McPhail, 1999; Baxter et Hauer, 2000; Ripley et al., 2005). Outre ses incidences directes, la dégradation de l’habitat, en influant sur la disponibilité et l’abondance des proies, exerce une incidence indirecte sur la survie de ce prédateur aquatique de niveau trophique supérieur.

On connaît mal les mécanismes par lesquels les pratiques destructrices d’utilisation des terres réduisent l’occurrence et l’abondance de l’omble à tête plate. Les incidences de ces pratiques sur la qualité de l’habitat sont probablement liées aux changements qu’elles entraînent dans la composition et l’âge des forêts, changements qui influent sur l’apport en eaux souterraines et en débris ligneux, causent la disparition des fosses profondes et la simplification des chenaux, réduisent le couvert végétal, et provoquent une augmentation du ruissellement et des apports en sédiments, de même que des fluctuations de la teneur en nutriments de l’eau. Ces effets peuvent conduire à une détérioration de la qualité de l’eau, à une raréfaction des abris, à une hausse de la température et de la clarté, à une accélération de la sédimentation et à une perturbation des régimes d’écoulement qui déstabilise le lit des cours d’eau (examiné par Rieman et McIntyre, 1993; Ripley et al., 2005; Rodtka, 2009). Par exemple, la mise en valeur des bassins versants mène souvent à une augmentation de la température des cours d’eau lorsqu’elle se traduit par une destruction de la végétation riveraine (Holtby, 1988; Johnson et Jones, 2000; Post et Johnston, 2002).

La sensibilité de l’omble à tête plate aux hausses de la température de l’eau ne se limite pas seulement aux effets localisés de la perturbation du couvert forestier, mais aussi à ceux du changement climatique planétaire (Rieman et McIntyre, 1993; Rieman et al., 1997, 2007). Le changement climatique entraînera probablement dans la plupart des régions d’Amérique du Nord une augmentation des températures supérieure à la moyenne mondiale; le réchauffement projeté pourrait varier en moyenne entre 3 et 5 °C sur la majeure partie du continent (Christensen et al., 2007). Or, de tels changements limiteraient la disponibilité de l’habitat propice à l’omble à tête plate, et augmenteraient les risques d’invasion et d’éviction par d’autres espèces adaptées à des eaux plus chaudes (Kelehar et Rahel, 1996; Rahel et al., 1996; Porter et Neritz, 2009). On prévoit par ailleurs une hausse des précipitations hivernales et une baisse des précipitations estivales dans les régions occidentales du continent (Christensen et al., 2007). Les crues hivernales provoquées par les précipitations abondantes et les inondations glaciaires pourraient en outre endommager l’habitat de fraye et de grossissement de l’omble à tête plate. Les changements de ce type risquent d’être particulièrement préjudiciables pour les populations d’ombles à tête plate qui se trouvent plus au sud, où les températures dictent déjà la limite méridionale de l’aire de répartition (Dunham et al., 2003). Dans ces zones, les simulations fondées sur une hausse de 5 °C conduisent à une réduction de 69 % de la longueur des cours d’eau offrant un habitat propice aux salmonidés d’eaux froides dans un bassin versant du Wyoming, dans les Rocheuses (Rahel et al., 1996), et à une réduction de 92 % de la superficie de l’habitat natal propice à l’omble à tête plate sur une période de 50 ans dans la portion intérieure du bassin versant du Columbia, aux États-Unis (Rieman et al., 2007). Personne ne s’est penché sur les incidences possibles de ces changements, notamment l’expansion possible de l’aire de répartition vers le nord.

Fragmentation de l’habitat

Outre leurs besoins très précis en matière d’habitat, les populations migratrices ont besoin de corridors migratoires reliant de manière continue les aires de fraye aux aires d’alimentation et d’hivernage. La viabilité de ces populations dépend donc de leur aptitude à accéder à ces divers milieux à chacun des stades de leur cycle vital (Rieman et McIntyre, 1993). Plusieurs activités peuvent causer la fragmentation de l’habitat de l’omble à tête plate. Les barrages hydroélectriques sont des obstacles évidents qui peuvent menacer la viabilité des populations d’ombles à tête plate dans l’ensemble de leur aire de répartition (États-Unis : Neraas et Spruell, 2001; Colombie-Britannique : Decker et Hagen, 2008; Hagen, 2008; Alberta : examiné par Rodtka, 2009). Ils peuvent isoler les populations et empêcher les migrations entre les milieux productifs propices à la croissance des juvéniles et des adultes (Swanberg, 1997b; Neraas et Spruell, 2001; Decker et Hagen, 2008; Hagen, 2008), en plus de modifier et de détériorer l’habitat (Brown, 1995; Decker et Hagen, 2008; Hagen, 2008).

L’aménagement de routes peut aussi entraîner la fragmentation de l’habitat de l’omble à tête plate à cause des ponceaux suspendus et des nombreux autres petits obstacles bloquant le passage des poissons (examiné par Rieman et McIntyre, 1993; Ripley et al., 2005; Rodtka, 2009). Outre ces obstacles physiques, d’autres phénomènes peuvent nuire d’une manière plus subtile aux déplacements des poissons. Par exemple, les zones dégradées par l’augmentation de la température de l’eau ou de la vitesse du courant peuvent détruire et fragmenter l’habitat (Rieman et McIntyre 1993; BCMWLAP, 2004; Hagen, 2008).

La fragmentation de l’habitat limite le flux génique et rend les populations isolées encore plus sensibles à la disparition locale due aux effets stochastiques ou déterministes (Lande, 1993; Dunham et Rieman, 1999). Par ailleurs, une réduction de la connectivité régionale nuit aux possibilités de recolonisation et favorise ainsi la disparition des populations à l’échelle régionale (Rieman et al.,1997). La fragmentation de l’habitat risque d’avoir sur la répartition de l’omble à tête plate une incidence encore plus préjudiciable que la simple perte d’habitat, et de provoquer des taux de disparition des populations encore plus élevés (Rieman et McIntyre, 1995).

Interactions avec les espèces introduites

Les effets de l’aménagement et de la mise en valeur des terres sont responsables dans une très grande mesure du déclin des populations (examiné par Rieman et McIntyre, 1993; BCMWLAP, 2004; Rodtka, 2009), mais l’invasion par les espèces introduites constitue également une menace non négligeable pour les populations d’ombles à tête plate (Donald et Alger, 1993; Leary et al., 1993). Des espèces introduites comme le touladi, la perchaude (Perca flavescens), l’achigan à petite bouche (Micropterus dolomieui), l’achigan à grande bouche (Micropterus salmoides), le doré jaune (Sander vitreus) et le grand brochet (Esox lucius) constituent toutes des menaces pour l’omble à tête plate, mais l’omble de fontaine risque fort de présenter le plus grand danger compte tenu des conséquences négatives possibles de ses interactions directes avec l’omble à tête plate (voir Relations interspécifiques) et de la vaste zone de chevauchement de leurs aires de répartition respectives. On a commencé dès la fin du XIXe siècle à introduire dans le nord-ouest du continent ce poisson prisé des pêcheurs sportifs, dont l’aire de répartition d’origine se trouve dans l’est de l’Amérique du Nord. Cette espèce a depuis réussi à envahir la plus grande partie de l’aire de répartition de l’omble à tête plate (Fuller et al., 1999) et coexiste avec ce dernier dans nombre de bassins versants (Rieman et McIntyre, 1993).

Des données anecdotiques concernant l’existence d’un rapport négatif entre l’occurrence de l’omble à tête plate et la présence de l’omble de fontaine jettent un blâme sévère sur cette espèce non indigène pour le déclin des populations d’ombles à tête plate dans la plus grande partie de son aire de répartition (Paul et Post, 2001; Rich et al., 2003; Rieman et al., 2006; McCleary et Hassan, 2008). L’analyse hiérarchique confirme que l’omble de fontaine peut influer sur les déplacements vers l’amont de l’omble à tête plate, même si les conditions environnementales (y compris l’altitude et la température; Rieman et al., 2006) influent fortement sur l’ampleur de ces déplacements. Même si l’élimination complète des populations d’ombles à tête plate victimes de l’invasion de l’omble de fontaine ne doit pas être tenue pour acquise, un refoulement même partiel de l’omble à tête plate vers l’amont des cours d’eau risque de gravement menacer les populations de cette espèce, dont la densité est déjà faible. Comme l’occurrence de l’omble à tête plate diminue à mesure que les cours d’eau rétrécissent (Rieman et McIntyre, 1995; Earle et al., 2007; McCleary et Hassan, 2008), les populations repoussées vers l’amont deviendront graduellement plus petites et plus isolées, et donc plus vulnérables à une disparition locale (Lande, 1993; Dunham et Rieman, 1999).

L’effondrement des populations d’ombles à tête plate survenu au début des années 1990 dans le système du lac Flathead et de la rivière Flathead, dans le nord-ouest du Montana, illustre bien les effets dévastateurs et imprévisibles que peuvent avoir des espèces non indigènes sur l’omble à tête plate. Cette catastrophe qui a frappé des populations d’ombles à tête plate jusque-là considérées comme abondantes et stables a été causée par l’introduction simultanée du touladi et d’un invertébré non indigène, la crevette opossum (Mysis relicta;Spencer et al., 1991). Ces deux espèces ont profondément modifié l’écosystème et les interactions de tout le réseau trophique (Spencer et al., 1991).

Surpêche

L’omble à tête plate a longtemps été considéré comme un « poisson poubelle » à cause de sa tendance à se nourrir d’autres salmonidés (McPhail, 2007; Dunham et al., 2008). La mise en œuvre de campagnes d’éradication et la construction de routes rendant son habitat plus accessible ont conduit à l’épuisement des stocks de cette espèce dans certaines régions, y compris certaines parties du sud de l’Alberta et de la Colombie-Britannique (McPhail, 2007; Dunham et al., 2008). Cependant, un changement d’attitude à l’égard de l’omble à tête plate et l’adoption de meilleures pratiques de gestion (voir Statuts et protection juridiques) ont atténué la menace de disparition que la surpêche faisait peser sur de nombreuses populations canadiennes de l’espèce (McPhail, 2007). Néanmoins, les populations faisant l’objet d’une réglementation plus stricte de la pêche sportive n’ont pas toutes montré des signes de rétablissement (examiné par Rodtka, 2009; Hagen et Decker, 2011). L’échec des mesures mises en place dans certains systèmes pourrait être en partie attribuable à la très grande capturabilité de l’omble à tête plate. La mortalité due aux captures accidentelles, au braconnage et au non-respect de la réglementation sur la pêche menace toujours les populations de cette espèce dans certaines régions (Post et al., 2003; Earle et al., 2007; Rodtka, 2009; Hagen et Decker, 2011). Les réseaux routiers aménagés pour répondre aux besoins des activités urbaines et industrielles peuvent exacerber cette menace en facilitant l’accès aux sites de pêche (examiné par Rieman et McIntyre, 1993; Ripley et al., 2005; Rodtka, 2009). Des simulations fondées sur des estimations raisonnables de l’effort de pêche, de la mortalité due à la pêche avec remise à l’eau et des prises illégales démontrent que la préservation d’un grand nombre de populations d’ombles à tête plate continuera d’exiger l’application d’une réglementation stricte de la pêche sportive (Post et al., 2003).

Même s’il n’existe pas de documents publiés sur les taux de mortalité de l’omble à tête plate dans les cours d’eau faisant l’objet d’une pêche intensive à d’autres salmonidés du Pacifique, la mortalité due aux prises accessoires des pêches commerciale et sportive ciblant ces autres espèces de poissons pose un risque pour l’omble à tête plate. Outre le taux de mortalité accru dû aux hameçons (Paul et al., 2003), les ombles à tête plate sont souvent confondus avec d’autres espèces d’ombles ou de truites (Rodtka, 2009); beaucoup de pêcheurs sportifs ne savent toujours pas reconnaître un des caractères morphologiques distinctifs de l’omble à tête plate : l’absence de taches sur la nageoire dorsale (Rodtka, 2009). L’introduction d’autres poissons prisés des pêcheurs sportifs, comme l’omble de fontaine, vient encore accroître cette menace (Paul et al., 2003).

Certaines caractéristiques du cycle vital de l’omble à tête plate, comme la maturité tardive, la faible fécondité et une tendance à ne pas frayer tous les ans, nuiront au rétablissement des populations décimées par les perturbations anthropiques (Paul et al., 2003; Post et al., 2003; Johnston et al., 2007; Johnston et Post, 2009). Sa grande capturabilité rend également l’omble à tête plate particulièrement vulnérable à la surpêche, même lorsque l’effort de pêche est faible, et les limites de capture, réduites (Paul et al.,2003; Post et al., 2003; Brenkman et al.,2007).

UD1 [lignée génétique 1 : populations de la côte sud de la Colombie-Britannique]

L’impact global des menaces établi pour cette UD est « élevé/faible » (calculateur des menaces de l’UICNtableau 2). L’absence d’une tendance générale au sein des populations de cette UD se reflète dans la variété des désignations du statut de conservation des aires principales provisoires : l’une est désignée « à risque », une autre est jugée « à faible risque » de disparition du pays, et le statut des trois autres reste « non classé » (annexe 2). Étant donné les lacunes considérables dans les connaissances sur les populations d’ombles à tête plate de cette région, il est difficile de définir les menaces dans une UD, où celles-ci peuvent être variées et propres au site (Hagen et Decker, 2011). Les menaces les plus importantes recensées sont décrites ci-dessous.

Tableau 2. Résumé de l’évaluation des menaces qui pèsent sur l’omble à tête plate dans chacune des unités désignables (UD). Les menaces sont classées selon le système de l’UICN. L’impact est calculé à partir des données disponibles sur la portée et la gravité (« non calc. » signifie que les valeurs n’ont pas été calculées parce qu’elles n’entrent pas dans le calendrier de l’évaluation). L’impact global des menaces attribué peut s’écarter de la valeur calculée compte tenu du « meilleur jugement professionnel ». Version accessible du Tableau 2
MenaceImpact
 UD1UD2UD3UD4UD5
1. Développement résidentiel et commercialMoyenFaibleInconnuFaibleFaible
2. Agriculture et aquacultureMoyenInconnuInconnuFaibleInconnu
3. Production d’énergie et exploitation minièreNon calc.MoyenInconnuFaibleFaible
4. Corridors de transport et de serviceMoyenFaibleInconnuFaibleNon calc.
5. Utilisation des ressources biologiquesFaibleFaibleInconnuFaibleFaible
6. Intrusions et perturbations humainesNon calc.MoyenInconnuFaibleFaible
7. Modification du système naturelMoyenFaibleInconnuFaibleFaible
8. Espèces et gènes envahissants ou problématiquesMoyenNon calc.InconnuÉlevéMoyen
9. PollutionInconnuInconnuInconnuInconnuInconnu
10.  Phénomènes géologiquesNon calc.Non calc.Non calc.Non calc.Non calc.
11.  Changement climatique et conditions météorologiques extrêmesMoyenNon calc.Non calc.MoyenMoyen
Impact global des menaces calculéÉlevéÉlevéFaibleÉlevéÉlevé
Impact global des menaces attribuéÉlevé/ faibleÉlevé/ faibleFaibleÉlevé/MoyenÉlevé/faible

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Perte du réseau d’habitat

Les nombreuses centrales hydroélectriques et leurs barrages connexes construits dans la région du Lower Mainland (BCME, 2011), l’urbanisation rapide, l’agriculture, le développement des réseaux de transport et, dans une moindre mesure, la foresterie, peuvent dégrader et/ou fragmenter l’habitat de l’omble à tête plate dans cette UD(Hagen et Decker, 2011).

Espèces introduites

Les populations canadiennes d’ombles de fontaine sont concentrées dans le sud-est de la Colombie-Britannique et le sud-ouest de l’Alberta (Fuller et al., 1999; McPhail, 2007). Les ombles de fontaine issus du programme d’empoissonnement provincial sont distribués dans moins d’une centaine de lacs (en date de 2001; Pollard et Down, 2001). Plusieurs projets ont été mis en œuvre en Colombie-Britannique pour répondre aux préoccupations suscitées par la menace que fait peser l’omble de fontaine sur les populations d’ombles à tête plate. Par exemple, une ébauche de politique élaborée en 1998 préconise que l’on mette un terme à l’expansion du programme d’empoissonnement, que l’on stérilise tous les poissons produits dans le cadre de ce programme et que l’on mette en œuvre un projet pilote visant à élaborer des méthodes d’empoissonnement moins risquées (Pollard et Down, 2001).

Surpêche

L’omble à tête plate anadrome risque d’être particulièrement exposé aux prises accessoires compte tenu des multiples migrations qu’il effectue entre les milieux d’eau douce et d’eau salée ainsi que de sa tendance à former des bancs dans les estuaires (Taylor et Costello, 2006; Brenkman et al., 2007). Les prises accessoires d’ombles à tête plate anadromes dans le cadre de la pêche aux saumons du Pacifique au filet maillant dans le nord-ouest de l’État de Washington ont fait l’objet d’une étude (Brenkman et al.,2007). On pense par ailleurs qu’en dépit de la réglementation en vigueur la pêche illégale pourrait présenter une menace pour les populations d’ombles à tête plate, en particulier dans l’aire principale provisoire de Lillooet (Hagen et Decker, 2011).

UD2 [lignée génétique 2 : populations de l’ouest de l’Arctique]

L’impact global des menaces établi pour cette UD est « élevé/faible » (tableau 2). La tendance générale au déclin des populations albertaines de cette UD se reflète dans le classement du risque de disparition -- « risque élevé » ou « à risque » -- attribué à 11 (73 %) des aires principales (figure 11, annexe 1). Ripley et al. (2005) ont eux aussi conclu à l’existence d’une menace importante de disparition des populations albertaines d’ombles à tête plate de cette UD : utilisant la densité des réseaux routiers et le degré d’exploitation commerciale des forêts en guise de mesures indirectes de la perturbation de l’habitat, ils ont prévu la disparition locale de l’espèce dans 24 à 43 % des tronçons de cours d’eau qu’elle fréquente actuellement dans le bassin versant de la rivière Kakwa, au cours des 20 prochaines années. En raison du peu d’informations disponibles sur les populations d’ombles à tête plate vivant dans cette UD, le statut de conservation de la majorité des aires principales provisoires qui la composent (n = 26, 87 %) reste « non classé » (annexe 2). Trois des 4 aires principales qui restent appartiennent à l’UHE du cours inférieur de la rivière de la Paix et sont toutes classées « à risque » (annexe 2). La quatrième appartient à l’UHE du cours supérieur de la rivière de la Paix et est classée « risque potentiel » (annexe 2). Comme dans les autres UD, les menaces sont propres à un lieu précis et varient d’un bassin versant principal à l’autre. Par exemple, le cours supérieur de la Liard est en grande partie considéré comme une zone éloignée et vierge, tandis que le cours inférieur de la rivière de la Paix est soumis à des pressions considérables découlant d’un développement accéléré (Hagen et Decker, 2011). Les menaces les plus importantes recensées sont décrites ci-dessous.

Facteurs limitatifs naturels

La productivité réduite des eaux plus froides caractérisant la portion nord de l’aire de répartition de l’omble à tête plate limite probablement la densité des populations de cette espèce (Mochnacz et Reist, 2007; Mochnacz et al., 2009). Par ailleurs, les populations du nord de cette UD risquent de mettre plus de temps que les populations du sud à se rétablir des effets négatifs à cause de leur croissance plus lente et de la fréquence moins élevée de leurs épisodes reproductifs (Stewart et al., 2007a; Mochnacz et al., en cours d’examen). Étant donné cette sensibilité probable aux perturbations, il est raisonnable de prévoir que les activités de développement auront une incidence (Cott et al., 2008) sur l’habitat de l’omble à tête plate dans les Territoires du Nord-Ouest (Mochnacz et al., en cours d’examen).

Perte du réseau d’habitat

Il convient de porter une attention particulière, dans cette UD, à la perturbation de l’habitat causée par les pressions intenses exercées par le développement dans le bassin du cours inférieur de la rivière de la Paix, en Colombie-Britannique et en Alberta. Les activités d’exploration et d’extraction de l’industrie pétrolière et gazière, l’exploitation minière, la récolte du bois et l’ensemble des activités connexes (p. ex., aménagement de routes, urbanisation) sont les sources les plus communes de préoccupations (Rodtka, 2009; Hagen et Decker, 2011). Ces problèmes se posent également, à un degré moindre cependant, dans le bassin du cours inférieur de la rivière Liard, en Colombie-Britannique (Hagen et Decker, 2011) et au Yukon (Connor et al., 1999). S’il se matérialise, le projet de barrage hydroélectrique au site C, sur la rivière de la Paix, pourrait menacer les populations des aires principales des rivières Halfway-de la Paix, Murray, Moberly et Pine/Sukunka. Il conduirait probablement à la transformation de l’habitat fluvial en habitat lacustre (réservoir), ainsi qu’à des changements de biocénoses et de stratégies dans le cycle vital des poissons. On pourrait négliger d’aménager des passes migratoires sur le site du barrage.

Malgré les dangers qu’elles font courir aux populations d’ombles à tête plate, ces activités n’ont fait l’objet que de peu d’études, si ce n’est celle de Scrimgeour et al. (2008), qui conclut à l’existence d’un rapport négatif entre l’occurrence de l’omble à tête plate dans les bassins versants des rivières Kakwa et Simonette, dans le centre-ouest de l’Alberta, et le pourcentage de perturbation causée par les activités d’exploration et d’extraction des ressources pétrolières et gazières et par la récolte du bois. Ripley et al. (2005) ont par ailleurs fait état de l’existence d’une corrélation négative entre l’intensité des activités de foresterie commerciale (superficie cumulée du sous-bassin visée par la récolte) menées dans le bassin de la Kakwa et l’occurrence de l’omble à tête plate. Ces deux études ont également montré que la densité du réseau routier peut en général servir de mesure indirecte de la perturbation de l’habitat et qu’il existe une corrélation négative significative (P < 0,05) entre ce facteur et l’occurrence de l’omble à tête plate (Ripley et al., 2005; Scrimgeour et al., 2008).

La sensibilité de l’omble à tête plate à la détérioration de la qualité de l’eau due aux rejets de métaux lourds par les activités minières est aussi mal connue (cependant, voir Hansen et al., 2002a; idem, 2002b; idem, 2002c). On s’inquiète toutefois de la contribution possible des activités minières dans la région des pentes du nord-est albertain sur le déclin des stocks d’ombles à tête plate dans cette région. On observe dans cette région (Casey et Siwik, 2000) des teneurs élevées en sélénium, substance qui peut réduire le recrutement dans les populations de poissons en augmentant le taux de malformation aux stades précoces de développement (Hodson et al., 1980; Hodson et Hilton, 1983). Des biopsies de muscles indiquent que les teneurs en sélénium dépassent effectivement le seuil de toxicité à partir duquel elles commencent à nuire au succès de reproduction chez la plupart des ombles à tête plate capturés en aval de mines de charbon (Palace et al.,2004). Il faudra cependant procéder à des analyses plus approfondies des œufs d’ombles à tête plate pour mieux comprendre l’incidence du sélénium sur la survie et le recrutement de cette espèce dans ces milieux aquatiques perturbés (Palace et al., 2004). Le projet d’exploitation d’une mine de charbon dans la région de la rivière Murray, dans la portion inférieure du bassin de la rivière de la Paix, pourrait présenter un risque pour les ombles à tête plate qui frayent dans cette zone.

Les barrages hydroélectriques peuvent poser un risque pour les populations d’ombles à tête plate, mais ils sont relativement peu nombreux dans le nord de la Colombie-Britannique et en Alberta. Ceux qui existent dans cette UD sont regroupés sur le cours supérieur de la rivière de la Paix (BCME, 2011; Hagen et Decker, 2011). Toutefois, le projet de barrage hydroélectrique au site C, sur la rivière de la Paix, pourrait menacer gravement les populations d’ombles à tête plate de l’UHE du cours inférieur de cette rivière (Hagen et Decker, 2011).

Espèces introduites

Les populations canadiennes d’ombles de fontaine se trouvent surtout dans le sud de la Colombie-Britannique et le sud-ouest de l’Alberta (Fuller et al., 1999; McPhail, 2007), mais la présence de cette espèce a néanmoins eu un effet négatif sur l’occurrence de l’omble à tête plate dans cette UD (McCleary et Hassan, 2008). Bien qu’on ait mis fin à la plupart des opérations d’empoissonnement utilisant l’omble de fontaine dans l’aire de répartition albertaine de l’omble à tête plate (voir Protection, statuts et classements), un programme provincial maintient ses opérations dans moins d’une centaine de lacs en Colombie-Britannique (en date de 2001; Pollard et Down, 2001). Comme le décrit la sous-section portant sur l’UD1 [lignée génétique 1 : populations de la côte sud de la Colombie-Britannique], plusieurs projets ont été mis en œuvre en Colombie-Britannique pour répondre aux préoccupations suscitées par la menace que font peser sur les populations d’ombles à tête plate les ombles de fontaine utilisés dans le cadre de ce programme d’empoissonnement (Pollard et Down, 2001). Le nombre grandissant de touladis dans le réservoir Williston (UHE du cours supérieur de la rivière de la Paix) constitue également à l’heure actuelle une menace faible, mais croissante. (Hagen et Decker, 2011).

Surpêche

On observe curieusement que certaines populations d’ombles à tête plate de cette UD(p. ex., dans le lac Pinto) affichent une tendance à la hausse, alors que d’autres, qui ont fait l’objet d’une réglementation stricte de la pêche sportive (p. ex., dans la rivière Kakwa) n’ont laissé constater aucun changement (examiné par Rodtka, 2009). L’absence de changement dans certains bassins versants peut être attribuée en partie à la capturabilité élevée de l’omble à tête plate, la mortalité des poissons due aux hameçons, le braconnage et le non-respect de la réglementation sur la pêche constituant toujours des menaces importantes dans certaines régions (examiné par Rodtka, 2009). Le risque de surpêche de l’omble à tête plate est considéré comme une menace modérément grave dans certains lieux de l’UHE du cours supérieur de la rivière de la Paix (Hagen et Decker, 2011). De plus, l’augmentation de la mortalité due à la pêche sportive, laquelle peut être liée à une meilleure accessibilité des sites (Ripley et al.,2005), deviendra probablement une menace dans les régions éloignées de cette UDqui ont connu une expansion du réseau routier en vue de favoriser l’extraction des ressources primaires et où il reste difficile d’appliquer la réglementation.

UD3 [lignée génétique 2 : populations du Yukon]

L’impact global des menaces attribué à cette UD est « faible » (tableau 2). On connaît très mal la répartition de l’omble à tête plate dans cette UD, et encore moins son effectif et ses tendances (annexe 2). On s’attend à ce qu’elle soit vulnérable, mais il existe dans cette région éloignée très peu de menaces anthropiques. Le degré de menace estimé est donc jugé faible (Hagen et Decker, 2011), ce qui donne à conclure que la situation de l’espèce dans cette UD est relativement peu préoccupante.

Facteurs limitatifs naturels

Comme les populations nordiques de l’UD2 [lignée génétique 2 : populations de l’ouest de l’Arctique], celles qui se trouvent dans cette UD se caractérisent vraisemblablement par des densités plus faibles et se rétablissent plus lentement que les populations méridionales lorsqu’elles sont exposées à des effets négatifs.

Perte du réseau d’habitat

Il n’existe dans cette UD aucun barrage hydroélectrique menaçant l’habitat de l’omble à tête plate (BCME, 2011). De plus, le réseau routier est très peu développé, et peu d’activités minières y ont été pratiquées par le passé (Hagen et Decker, 2011).

UD4 [lignée génétique 2 : populations des rivières Saskatchewan et Nelson]

L’impact global des menaces attribué pour cette UD est « élevé/moyen » (tableau 2). La tendance générale au déclin des populations constatée dans cette UD se reflète par le classement de 30 (91 %) de ses aires principales dans les catégories « risque élevé » ou « à risque » (figure 11; annexe 1). Les menaces importantes recensées sont décrites ci-dessous.

Perte du réseau d’habitat

Toutes les pratiques d’utilisation des terres considérées comme des menaces générales à l’intégrité de l’habitat de l’omble à tête plate dans l’ensemble de l’aire de répartition canadienne ont contribué au déclin des populations de cette espèce dans le sud-ouest de l’Alberta au cours du milieu du XXe siècle (p. ex., foresterie commerciale, production d’hydroélectricité, exploitation pétrolière, gazière et minière, agriculture, urbanisation et aménagement des routes qui accompagne ces activités, et changement climatique; voir annexe 3). Cependant, on possède peu de données quantitatives sur les effets de ces activités sur les populations d’ombles à tête plate de cette UD.

Les barrages hydroélectriques peuvent présenter un risque pour les populations d’ombles à tête plate, mais ils sont moins nombreux en Alberta qu’en Colombie-Britannique. Néanmoins, la concentration au pied du barrage Oldman des ombles à tête plate reproducteurs qui cherchent à atteindre leurs aires de fraye (on a omis d’aménager des passes migratoires à cet endroit) illustre bien le risque de fragmentation de l’habitat de ce genre de développement (Fernet et O’Neil, 1997).

On peut s’attendre à ce que les effets anticipés du changement climatique planétaire (Christensen et al., 2007) sur l’habitat de l’omble à tête plate dans son aire de répartition canadienne soient exacerbés dans l’habitat pluvieux de cette UD, même si aucun modèle de simulation ne permet à l’heure actuelle de corroborer cette hypothèse.

Espèces introduites

L’omble de fontaine est particulièrement abondant dans le sud-ouest de l’Alberta (Fuller et al., 1999; McPhail, 2007). On pense que son introduction dans cette région a joué un rôle dans la tendance historique au déclin des populations d’ombles à tête plate dans cette UD (Paul et Post, 2001; Fitch, 1997). C’est la raison pour laquelle la plupart des projets d’empoissonnement utilisant cette espèce (ainsi que la truite brune) dans l’aire de répartition albertaine de l’omble à tête plate ont été interrompus depuis plus de 8 ans ou, dans certains cas, remplacés par des projets utilisant uniquement des poissons triploïdes stériles (voir Protection, statuts et classements).

Les résultats d’un projet d’éradication de l’omble de fontaine dans le ruisseau Quirk, dans le sud-ouest de l’Alberta (Paul et al., 2003; Earle et al., 2007; voir Protection, statuts et classements) montrent à quel point il peut être difficile de supprimer les espèces introduites pour favoriser le rétablissement de l’omble à tête plate. Les ombles de fontaine installés dans ce milieu se sont montrés relativement résistants même à la pêche sélective grâce à leur croissance rapide, à leur maturation précoce et à leur capturabilité relativement plus faible (proportion de la population vulnérable capturée par unité d’effort de pêche) que celle affichée par les salmonidés indigènes, dont l’omble à tête plate (Paul et al., 2003; Earle et al., 2007). Compte tenu de sa grande capturabilité, de sa croissance lente et de sa maturation tardive, l’omble à tête plate se montre par contre très sensible à la surpêche et pourrait même subir les contrecoups des projets d’éradication d’espèces introduites (Paul et al., 2003; Earle et al., 2007).

Surpêche

La réduction de la menace de disparition posée par la surpêche dans cette UDdepuis la mise en œuvre d’une réglementation stricte sur la pêche sportive (voir par exemple les lacs Lower Kananaskis, Jacques et Harrison, et les rivières Clearwater et Sheep; Johnston et al., 2007; examiné par Rodtka, 2009) se traduit par l’accroissement de certaines populations d’ombles à tête plate autrefois exploitées. Néanmoins, les populations d’ombles à tête plate du sud-ouest de l’Alberta qui faisaient l’objet de tels règlements n’ont pas toutes affiché des changements (voir par exemple les rivières Elbow et Highwood et le ruisseau Quirk; examiné par Rodtka, 2009). L’absence de résultats dans certains milieux pourrait être attribuable en partie à la grande capturabilité de l’omble à tête plate, la mortalité des poissons due aux hameçons, le braconnage et le non-respect de la réglementation sur la pêche constituant toujours des menaces importantes dans certaines régions (examiné par Rodtka, 2009).

UD5 [lignée génétique 2 : populations du Pacifique]

L’impact global des menaces attribué à cette UD est « élevé/faible » (tableau 2). Comme pour la plupart des autres UD de l’omble à tête plate, les lacunes considérables dans les connaissances sur cette espèce nuisent à l’évaluation complète des menaces qui pèsent sur cette UD. Le statut de conservation de la majorité des aires principales provisoires (n = 52, 67 %) et de plusieurs de ses UHE (n = 7, 41 %) reste en effet toujours « non classé » (annexe 2). On sait néanmoins que les menaces varient d’un grand bassin versant à l’autre de cette vaste UD (Hagen et Decker, 2011), et on constate sans surprise que le risque de disparition de l’espèce, lorsqu’il est défini, est très variable : « risque élevé » (n = 4); « à risque » (n = 7) « risque potentiel » (n = 3) et « faible risque » (n = 12) (annexe 2). Le risque de disparition de l’omble à tête plate est « faible » dans une UHE, celle du cours supérieur de la Kootenay, et il est qualifié de « potentiel » dans 4 autres UHE. Les UHE de la rivière Flathead et du cours supérieur de la Skeena sont celles où la situation est la plus préoccupante puisqu’elles renferment des aires principales « à risque » (annexe 2). Les menaces les plus importantes recensées sont décrites ci-dessous.

Perte du réseau d’habitat

Les barrages hydroélectriques qui se trouvent dans cette UD se concentrent dans la région du centre-sud qui englobe le bassin du haut Columbia, la région Thompson-Okanagan et l’intérieur de la région Cariboo-Chilcotin (BCME, 2011; Hagen et Decker, 2011). Les données recueillies dans cette UD montrent que les barrages peuvent dégrader l’habitat de l’omble à tête plate, en plus d’isoler les populations sédentaires et d’empêcher les poissons migrateurs de se déplacer entre leurs aires de fraye et leurs aires d’alimentation. L’inondation des cours d’eau et des lacs peut détruire les aires de fraye et de grossissement, et dégrader l’habitat des adultes, tandis que la réduction du débit des cours d’eau peut dégrader l’habitat des adultes en aval à cause de la sédimentation (Brown, 1995; Decker et Hagen, 2008; Hagen, 2008). Cependant, comme l’omble à tête plate recherche de préférence des eaux d’amont plus froides et à plus grande altitude pour frayer, il n’est pas aussi exposé que les autres salmonidés à ces incidences (Hagen, 2008). La restauration des berges des cours d’eau et l’élimination des obstacles à la migration peuvent rétablir l’habitat et sa connectivité, mais il faut prendre garde de ne pas créer d’autres effets néfastes tels que le remplacement des populations sédentaires jusque-là isolées par des populations migratrices plus grandes (Hagen, 2008).

Les risques liés à la construction de barrages ne sauraient être sous-estimés, mais les réservoirs associés peuvent favoriser les populations d’ombles à tête plate capables de passer d’un mode de vie fluvial à un mode de vie lacustre. Dans les portions d’amont des bassins de la Kootenay et du Columbia, les réservoirs ont favorisé au cours des 30 dernières années une augmentation considérable des populations de saumons rouges, accompagnée d’une augmentation de l’abondance des prédateurs de cette espèce, y compris l’omble à tête plate (Jamieson, comm. pers., 2010).

La destruction massive des peuplements de pins provoquée récemment par le dendroctone du pin ponderosa constitue une autre grave menace pour les populations d’ombles à tête plate dans certaines portions de l’UD (en particulier l’UHE du cours moyen du Fraser, mais également certaines parties des UHE des rivières Homathko-Klinaklini, Bella Coola-Dean et Thompson) puisqu’elle pourrait causer un régime thermique sensiblement plus chaud de l’eau (Hagen et Decker, 2011). Ces incidences s’atténueront probablement à long terme, à mesure que la forêt se régénérera, mais le changement climatique aura probablement des effets de plus en plus délétères sur les régimes thermiques de l’habitat de l’omble à tête plate. Les changements apportés à l’habitat par le réchauffement planétaire auront probablement une incidence plus grande sur les populations d’ombles à tête plate des États-Unis, où la température détermine déjà la limite méridionale de l’aire de répartition (Dunham et al., 2003), mais l’évaluation des bassins versants alimentés principalement par l’eau de la fonte des neiges, dans la région de Cariboo-Chilcotin de l’UHEdu cours moyen du Fraser, en Colombie-Britannique, donne à penser que les effets du réchauffement planétaire sur la température et les précipitations engendreront à long terme, d’ici les années 2080, une réduction considérable de l’habitat fluvial à eaux froides (Porter et Neritz, 2009). On reconnaît en fait déjà la grave menace que pourrait faire peser le changement climatique sur la persistance à long terme de l’omble à tête plate dans plusieurs aires principales provisoires des UHE du cours moyen du Fraser, de la rivière Thompson et du Columbia-lacs en Flèche (Hagen et Decker, 2011). Il pourrait aussi présenter une menace pour les UHE des cours supérieur et inférieur de la Kootenay, des rivières Bella Coola-Dean et du cours supérieur du Fraser (Hagen et Decker, 2011). Les cours d’eau fréquentés par l’omble à tête plate en aval des zones d’amont glaciaires qui se trouvent dans certaines portions de cette UD (p. ex., certaines portions des UHE des rivières Homathko-Klinaklini et Thompson, du Columbia-lacs en Flèche et du cours moyen du Fraser) seront probablement protégés contre une telle dégradation des régimes thermiques (Hagen et Decker, 2011).

D’autres menaces liées aux activités de mise en valeur des bassins hydrographiques pèsent également sur l’habitat des UHE de cette UD (Hagen et Decker, 2011). Ces menaces risquent à certains endroits d’être généralisées (p. ex., exploitation minière dans l’UHE du cours supérieur de la Kootenay et exploitation forestière dans les UHE du cours supérieur du Columbia et du cours inférieur de la Kootenay (Hagen et Decker, 2011). Certains projets de mise en valeur des bassins hydrographiques (p. ex., projets hydroélectriques dans l’UHE Homathko-Klinaklini, exploitation minière dans les UHE des cours supérieurs de la Nass et de la Stikine et celles des rivières Nakina et Taku, et projet de centre de loisirs dans l’UHE de la rivière Thompson) risquent de poser de graves menaces nécessitant une attention immédiate (Hagen et Decker, 2011).

Espèces introduites

Les ombles de fontaine qui vivent dans cette UD se concentrent dans le sud-est de la Colombie-Britannique (Fuller et al., 1999; McPhail, 2007). La menace qu’ils posent est reconnue dans plusieurs zones de l’UD (UHE du cours supérieur du Columbia, du Columbia-lacs en Flèche et du cours supérieur du Fraser) (Hagen et Decker, 2011). L’actuel programme provincial d’empoissonnement utilisant l’omble de fontaine en Colombie-Britannique ne vise désormais que moins d’une centaine de lacs (en date de 2001; Pollard et Down, 2001), mais plusieurs projets ont pour objet de répondre aux préoccupations qu’il suscite (voir la sous-section consacrée à l’UD1 [lignée génétique 1 : populations de la côte sud de la Colombie-Britannique], Pollard et Down, 2001). L’incursion du touladi dans l’UHEde la rivière Flathead est considérée comme une grave menace (Hagen et Decker, 2011).

Surpêche

La surpêche constitue probablement la menace historique la plus importante qui pèse sur l’omble à tête plate de l’UHEdu cours moyen du Fraser, avec l’aménagement de barrages hydroélectriques (Hagen et Decker, 2011). Comme ailleurs (p. ex., rivière Wigwam; Pollard et Down, 2001), certaines populations d’ombles à tête plate de cette UHE se sont rétablies à la suite de la mise en œuvre d’une réglementation plus stricte de la pêche sportive (p. ex., lac Quesnel; Porter et Nelitz, 2009). Le risque d’une surpêche persiste cependant dans certaines aires principales de cette UHE et d’autres UHE (p. ex., rivière Thompson, cours inférieur et supérieur de la Skeena, cours supérieur de la Nass, Iskut-cours inférieur et supérieur de la Stikine; Hagen et Decker, 2011).

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