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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi) et le caribou de la Toundra (Rangifer tarandus groenlandicus) (Population de Dolphin-et-Union) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins de l’espèce en matière d’habitat

Miller (1991) a décrit l’habitat du caribou de Peary, qui est déjà assez bien connu pour ne pas nécessiter de grande révision. Le climat des îles Reine-Élisabeth a été résumé par Miller (1991) : les conditions météorologiques y sont variables et rigoureuses, avec des étés courts et frais et des hivers longs et froids. Les précipitations annuelles totales moyennes étant généralement inférieures à 100 mm, la majeure partie de l’aire de répartition peut être catégorisée comme un désert polaire. Les températures moyennes de l’air sont inférieures à -17,7 °C de décembre à mars, et les moyennes quotidiennes ne dépassent 0 °C qu’après le 1er juin dans l’extrême sud de la région ou le 15 juin dans le nord. Les années les plus rigoureuses, la couverture nivale peut persister de la mi-août à juillet de l’année suivante. Dans les îles de l’Arctique, le climat présente une forte variation régionale, avec des gradients est-ouest et nord-sud des précipitations et des températures, en raison de l’influence des masses d’air du Pacifique dans l’ouest et de celles de l’Atlantique dans l’est (Maxwell, 1981).

Les considérations suivantes sur l’habitat sont tirées de Miller (1991). Les champs de glace, le sol dénudé et les roches limitent la superficie de fourrage adéquat pour le caribou de Peary à un faible pourcentage de la zone totale. Le caribou de Peary exploite des habitats secs à humides portant une végétation rare à modérée. Il choisit les fourrages très digestibles quand il y en a; sinon, il se nourrit de plus grandes quantités de fourrages qui le sont moins. Les gagnages d’été sont des habitats mésiques portant des carex (Carex spp.), des saules (Salix arctica), des graminées et dicotylédones, surtout de la saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia). En hiver, le caribou exploite des sites plus exposés où la couche de neige est moins épaisse. Dans l’île Somerset, l’aire d’hivernage se compose surtout d’affleurements rocheux irréguliers, où la neige est d’épaisseur variable, mais généralement molle et moins souvent croûtée. Les gagnages d’hiver sont des zones xériques portant des dryades (Dryas integrifolia), de la saxifrage à feuilles opposées, des saules de l’Arctique, des carex et des lichens.

Le caribou peut se déplacer de 3 à 4 km par heure tout en se nourrissant activement (Milleret al., 1982). Dans les conditions idéales, lorsque la neige est molle et relativement peu profonde, l’animal se contente de repousser avec son nez la neige qui recouvre la végétation. Lorsque la neige est plus épaisse mais encore en-dessous d’un certain seuil de dureté, il creuse de petits cratères épars individuels, contrairement aux grandes zones dégagées souvent utilisées par le bœuf musqué et le caribou de la toundra du continent. Une fois que la neige a passé un seuil de dureté et atteint une plus grande densité, le caribou recherche sa nourriture à des sites sans neige ou à des sites où il n’y a qu’une mince couche de neige fraîche. Il peut aussi briser les bords de zones de neige compactée par le vent pour accéder à la végétation.

Dans l’île Banks, en hiver, le caribou va souvent creuser des cratères dans la neige des habitats de terrain élevé (toundra sèche, toundra à tertres et toundra pierreuse) où elle est souvent plus molle et moins profonde que dans les prairies humides; on peut se baser sur l’épaisseur et la dureté de la neige pour déterminer la rigueur de l’hiver (Larter et Nagy, 2000b).

Schaefer et Messier (1994) ont décrit la structure spatiale des communautés végétales dans le sud-est de l’île Victoria : (1) prairies humides à dominance de plantes graminoïdes (Carex aquatilis-C. Atrofusca-Eriophorum angustifolium), (2) prairies plus humides à saules et carex (Salix lanata-Kobresia spp.-Arctagrostis latifolia), (3) pentes mésiques-hydriques à eau de fonte (Eroiphorum angustifolium et Cassiope tetragona), (4) terrains secs à végétation éparse (Poa spp.-Carex rupestris-Saxifraga tricuspidata-Oxytropis maydelliana), (5) plages soulevées à végétation rare, (6) zones mésiques-xériques de Carex rupestris-C. misandra-Kobresia spp.-Dryas spp.), (7) communautés xériques très exposées de Carex ruprestris-Cetraria-Saxifraga oppositifolia, et (8) communautés mésiques inter-polygonales d’Arctagrostis latifolia--Dryas spp.-Oxytropis maydelliana.

L’île Banks est le seul habitat du caribou de Peary présentant de grandes collines portant une bonne végétation, qui tombent essentiellement dans la catégorie « toundra humide » de la base de données North American Land Cover issue d’images satellitaires (Gunn et Dragon, 1998). Les quatre principaux habitats du caribou dans l’île Banks sont les suivants (Kevan, 1974; Wilkinsonet al., 1976; Ferguson, 1991; Larter et Nagy, 2000b) :

  1. Les prairies humides à carex sont des basses terres hydriques généralement planes caractérisées par le carex aquatique (Carex aquatilis), la linaigrette de Scheuchzer (Eriophorum scheuchzeri) et la dupontia de Fisher (Dupontia fisheri).
  2. La toundra sèche se compose de sites bien drainés sur les parties moyennes à supérieures des pentes. La végétation est dominée par la dryade à feuilles entières (Dryas integrifolia) et le saule arctique (Salix arctica).
  3. La toundra à tertres se trouve sur des pentes modérément accentuées, et se caractérise par des tertres isolés portant surtout des arbrisseaux nains, dont la dryade à feuilles entières, le saule arctique et la cassiopée tétragone (Cassiope tetragona).
  4. La toundra pierreuse a un substrat de gravier grossier et porte une végétation éparse. On trouve ce type d’habitat dans les zones exposées au vent, sur les crêtes et sur les barres de gravier et de sable.

Les aires de mise bas, de post-mise bas et de rut sont des habitats critiques, étant donné que les caribous sont vulnérables quand ils s’y regroupent. C’est un aspect particulièrement important, puisque ces endroits sont utilisés à des étapes du cycle biologique où la continuité de l’apport en nourriture est essentielle pour le maintien de la condition physique et la croissance des faons. Les biches sont fidèles à leurs aires de mise bas (Gunn et Miller, 1986; Heard et Stenhouse, 1992; tous cités in Gunn, 1993), mais la mise bas se fait à une densité moindre et est plus dispersée que les fortes densités généralement observées chez le caribou de la toundra (Gunn et Fournier, 2000; Nishi et Buckland, 2000). La fidélité aux sites de mise bas est cependant contrebalancée par des changements occasionnels des sites utilisés sur le territoire traditionnel d’une population, ce qui laisse le fourrage se reconstituer dans un endroit pendant que les animaux exploitent une autre partie du territoire. De plus, le caribou peut changer d’aire de mise bas si les conditions de neige et de glace à un endroit le font en chercher de meilleures ailleurs. Le caribou de l’île Banks met bas sur les pointes nord-ouest et nord-est de l’île, et sur le centre-est de la côte sur le détroit du Prince-de-Galles en face de l’île Victoria (Larter et Nagy, 2000a). De même, le troupeau de Minto dans l’île Victoria met bas sur le bord du détroit du Prince-de-Galles en face de l’île Banks, alors que la population de Dolphin-et-Union met bas au sud du détroit de Prince-Albert (Gunn, 1993). Le savoir traditionnel autochtone donne à penser que le troupeau de Dolphin-et-Union met bas, ou du moins le faisait, au nord du détroit de Prince-Albert (Gunn, 1993).

Les aires de mise bas des populations de Prince-de-Galles – Somerset et de la péninsule de Booth ont inclus la région de la baie Wrottesley dans le nord-ouest de la péninsule de Booth; la région de la baie Aston sur la côte nord-ouest de l’île Somerset; le sud-ouest des plaines Arrow Smith, le nord-est de la région côtière entre la baie Young et la baie Inner Browne, la côte nord-ouest et la région « péninsulaire » du mont Clarendon dans le nord-ouest de l’île Prince-de-Galles et l’ouest de l’île Russell (Fischer et Duncan, 1976; Miller et Gunn, 1978, 1980; Miller et Kiliaan, 1981; Miller et al., 1982). De nombreux caribous de l’île Somerset gagnaient autrefois l’île Prince-de-Galles pour la mise bas (Gunn et Dragon, 1998).

La variabilité de paramètres météorologiques tels que les températures quotidiennes moyennes et la hauteur de neige contribuent à la rigueur du climat (Miller et Gunn, 2003a). En effet, le Haut-Arctique étant proche des limites climatiques pour la croissance des végétaux, l’aire de répartition du caribou de Peary se situe sur les marges des territoires adéquats pour les herbivores. La saison de croissance des végétaux y est courte, et de durée relativement constante, mais elle peut débuter plus ou moins tard selon l’année (Svoboda, 1977). Par exemple, Svoboda (1977) a indiqué qu’il ne s’est écoulé que 45 à 80 jours entre la fonte de la neige et le moment où la température moyenne est retombée sous le point de congélation en 1970, 1971 et 1972, sur les basses terres Truelove dans l’île Devon. À Resolute, dans l’île Cornwallis, le nombre de jours avec des températures supérieures à 0 °C pendant les trois mêmes années était de 61±13,5, avec une plage de 46 à 72 jours (Miller et Gunn, 2003a). Donc, certaines années, le renouveau de la végétation peut être retardé d’au moins deux à trois semaines en juin, au moment où les biches allaitantes ont besoin de la nourriture de grande qualité fournie par la nouvelle croissance.

La disponibilité absolue du fourrage (croissance végétale) est régie par la variabilité du climat (moment de survenue et type des chutes de neige, etc.), tout comme sa disponibilité relative pendant la période de 10 mois de neige et de températures sous zéro. Ainsi, le caribou de Peary vit dans un « système de pâturage hors équilibre », où ce sont des variables sporadiques et non prévisibles – la neige et la glace – qui déterminent généralement le sort des individus (p. ex. Caughley et Gunn, 1993; Behinke, 2000; Miller et Gunn, 2003). Dans de telles conditions environnementales, c’est grâce à sa vaste répartition sur diverses régions climatiques que le caribou de Peary a augmenté sa probabilité de persistance.

Tendances de l’habitat

Miller (1991) a fait remarquer que, dans la gestion des ongulés de régions tempérées, on considère que c’est l’aire d’hivernage qui régit les limites hautes de la population mais, dans l’Arctique, l’aire d’estivage peut elle aussi être critique étant donné la brièveté de la saison pendant laquelle le caribou peut reconstituer ses réserves adipeuses. Miller n’a rien trouvé qui indique qu’un de ces habitats puisse être un facteur limitatif en termes de disponibilité absolue du fourrage. Les scientifiques qui mènent des recherches sur le caribou de Peary (p. ex. Gunn, 1998b; Miller, 1998; Larter et Nagy, 2000b; Ferguson et al., 2001; Gunn et Dragon, 2002; Miller et Gunn, 2003b) prennent soin de faire une distinction entre la disponibilité absolue de la nourriture et sa disponibilité relative ou saisonnière quand la glace et la neige imposent des limites en hiver.

Les collectivités vont vraisemblablement grossir et le pétrole et le gaz être exploités; cependant, les effets de cette situation sur l’habitat seront très certainement localisés, et la tendance générale de l’habitat ne sera pas modifiée. Le transport atmosphérique entraîne certes des polluants dans l’Arctique, mais ses implications pour les tendances de l’habitat restent inconnues (Arctic Monitoring and Assessment Programme, 1997). Chez les caribous de la presqu’île Kent échantillonnés en 1993, Belkin (comm. pers. à Gunn et Nishi, 1998) a trouvé des concentrations relativement basses d’organochlorés, de métaux lourds et de radionucléides.

Protection et tenure

La plus grande partie de l’aire de répartition du caribou de Peary se situe au Nunavut, mais l’île Banks, le quart nord-ouest de l’île Victoria et la majeure partie du complexe Melville dans le sud-ouest des îles Reine-Élisabeth et la quasi-totalité du groupe des Premiers ministres dans le nord-ouest des îles Reine-Élisabeth font partie des Territoires du nord-ouest. La plus grande partie des terres du Nunavut et des Territoires du nord-ouest appartiennent à la couronne fédérale.

Un nouveau parc national, Aulavik (12 000 km²), a été créé dans l’île Banks (le parc national de Quttinirpaaq, 39 500 km², dans l’île d’Ellesmere, lui est antérieur). La réserve nationale de faune de Polar Bear Pass, d’une superficie terrestre de 2 461 km², est située dans le centre de l’île Bathurst. Il y a aussi deux refuges d’oiseaux migrateurs dans l’île Banks. On prévoit en outre de créer un parc national dans le nord de l’île Bathurst. Bien que ces désignations assurent une protection de l’habitat, les Inuits et les Inuvialuits conservent leurs droits, définis dans les règlements des revendications territoriales, à une chasse de subsistance du caribou de Peary sur tous les territoires protégés.

Autorités responsables de la gestion

Sur l’aire de répartition du caribou de Peary, les espèces sauvages sont gérées conjointement par les gouvernements et les Inuvialuits en vertu de la Convention définitive des Inuvialuits, et par les gouvernements et les Inuits en vertu de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. Bien que ces ententes ne présentent pas les mêmes termes, elles reconnaissent en général les droits ancestraux des Inuits et des Inuvialuits de gérer la récolte d’espèces sauvages, sous réserve seulement de considérations de conservation et de santé publique. Les circonstances dans lesquelles les gouvernements soit fédéral soit territorial peuvent intervenir dans ces droits sont soigneusement définies dans les ententes. Les instances premières de gestion sont les deux conseils de co-gestion des espèces sauvages : le Conseil consultatif de la gestion de la faune (CCGF) pour la région désignée des Inuvialuits dans les Territoires du nord-ouest et le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut (CGRFN) pour le Nunavut. Bien que leurs mandats diffèrent quelque peu, les deux réunissent des représentants des Autochtones et du gouvernement.

Dans les Territoires du nord-ouest, le Conseil de gestion du gibier représente les comités de chasseurs et trappeurs de six collectivités de l’Arctique et nomme des membres inuvialuits au CCGF; le ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique (gouvernement des Territoires du nord-ouest) et le Service canadien de la faune (gouvernement du Canada) participent au CCGF et effectuent des recherches. Au Nunavut, le ministère du Développement durable du territoire et le Service canadien de la faune nomment des membres qui siègent au CGRFN, avec des Inuits nommés par leurs organisations régionales. Parmi les membres du CGRFN figurent aussi des représentants d’autres ministères fédéraux et de Nunavut Tunngavik Inc. Tous les membres du CGRFN, en tant qu’institution publique, représentent l’intérêt du public et pas nécessairement les intérêts ou opinions des organes qui les ont nommés. Ces conseils sont appuyés par des associations locales de chasseurs et trappeurs et d’autres comités communautaires :

  • Comité des chasseurs et trappeurs de Sachs Harbour
  • Comité des chasseurs et trappeurs d’Olokhaktomiuk (île Holman)
  • Association Kugluktuk Angonaitit
  • Association des chasseurs et trappeurs de Burnside, baie Bathurst
  • Organisation des chasseurs et trappeurs d’Omingmaktok, Bay Chimo
  • Ekaluktutiak Hunters and Trappers Organization, Cambridge Bay
  • Association des chasseurs et trappeurs de Spence Bay, Taloyoak
  • Organisation des chasseurs et trappeurs de Gjoa Haven
  • Organisation des chasseurs et trappeurs de Kurtairojuark, Kugaaruk
  • Association des chasseurs et trappeurs de Kitikmeot
  • Association inuite de Kitikmeot
  • Association inuite de Qikiqtaani
  • Organisation des chasseurs et trappeurs de Resolute Bay
  • Organisation des chasseurs et trappeurs de Grise Fiord
  • Conseil de la faune de Qikiqtaaluk, région de Baffin

Les ministères et les conseils de gestion de la faune concernés collaborent sans égards aux frontières des diverses instances, conformément aux dispositions des ententes des revendications territoriales.