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Information sur l'espèces

2. Information de base sur le Béluga du Saint-Laurent

2.1 Population

2.1.1 Signification de la population

Les bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent sont considérés comme une population relique et marginale de l’Arctique.  Le caractère distinct de cette petite population de bélugas, concentrée principalement aux environs de l’embouchure du Saguenay, tient à l’éloignement géographique des autres populations de béluga.  Seuls quelques individus fréquentent occasionnellement la côte nord du Golfe Saint-Laurent ou la région sud du Labrador, ce qui semble exclure tout lien contemporain entre les bélugas du Saint-Laurent et les populations sub-arctiques du Québec et du Nunavut.

Les bélugas du Saint-Laurent sont plus distincts sur le plan génétique que toutes les autres populations canadiennes de bélugas.  Ils possèdent un haplotype qui ne se retrouve nulle part ailleurs et un autre qu’ils partagent uniquement avec les bélugas de l’est de la Baie d’Hudson, en particulier ceux de l’estuaire de la Nastapoka.  Il se peut donc que les bélugas du Saint-Laurent et ceux de l’est de la Baie d’Hudson soient issus de la mer intérieure qui servit de refuge pendant la dernière période de glaciation.

2.1.2 Répartition

Cette population est concentrée dans la partie du Saint-Laurent qui subit l’influence des eaux du Saguenay.  L’aire d’estivage est bien délimitée et a peu changé au cours des 20 dernières années.  Les bélugas, essentiellement distribués entre l’île du Bic en aval et l’Île-aux-Coudres en amont, ont été observés dans tout ce territoire estival au cours des récents recensements aériens.

On sait peu de choses par contre sur l’aire d’hivernage des bélugas du Saint-Laurent.  Il semble toutefois y avoir une légère augmentation du nombre de bêtes qui fréquentent les secteurs situés un peu plus loin en aval pendant les mois d’hiver.

Les bélugas du Saint-Laurent n’occupent plus qu’une petite partie de leur ancien territoire estival, qui s’étendait en aval jusqu’à Pointe-des-Monts et Cap-Chat et au-delà de l’Île-aux-Coudres en amont.  Les bélugas qui fréquentaient l’embouchure de la Manicouagan ont fait l’objet d’une chasse intensive et il se peut finalement que le harnachement hydro-électrique de la rivière ait entraîné leur disparition.

2.1.3 Taille et tendance

Cette population fait l’objet de recensements depuis 1973.  L’analyse des données du recensement aérien photographique de 2000 n’indique aucun accroissement significatif du nombre de bélugas depuis 1988, date à partir de laquelle la méthodologie d’inventaire a été standardisée.  Bien que la série complète des données de ces recensements, qui sont en fait des indices d’abondance, semble suggérer une hausse de la population, cette interprétation est contestée.  La conclusion la plus prudente est donc de considérer que la population est stable, jusqu’à confirmation du contraire.

Dans le Saint-Laurent, les scientifiques ont mesuré expérimentalement un facteur de correction des données pour tenir compte des animaux qui sont submergés et donc invisibles lors de la photographie aérienne.  L’utilisation de ce facteur vise à transformer l’indice d’abondance pour en tirer une estimation de la taille réelle de la population recensée. Les résultats ont donné un facteur de correction de +109%, ce qui est comparable aux facteurs développés pour les inventaires de bélugas effectués dans l’arctique.  Les récentes estimations du nombre total de bélugas dans la population du Saint-Laurent, ainsi corrigées pour tenir compte des animaux submergés, sont de 1 209 individus pour le recensement de 1997 et de 952 animaux pour 2000.  La différence s’explique en bonne partie par l’erreur intrinsèque due à la méthodologie d’échantillonnage photographique.

Dans les années à venir, la normalisation des méthodes de recensement introduite en 1988 et la surveillance périodique de cette population permettront probablement aux chercheurs d’estimer avec justesse les tendances démographiques.

2.2 Biologie

2.2.1 Morphologie

Le béluga, Delphinapterus leucas, est un mammifère marin.  Il s’agit d’une petite baleine à dents qui se caractérise par l’absence de nageoire dorsale, la présence d’une structure en forme de melon au dessus du bec et par sa couleur complètement blanche à l’age adulte.   Les males atteignent une longueur de 2.6 m à 4.5 m et les femelles une taille inférieure à environ 80 % de celle des males, pour un maximum de 3.5 m.  Les animaux des deux sexes ont la même apparence.  A la naissance, les petits sont de couleur grise, parfois avec des taches plus foncées.  Ils font alors 150 cm de longueur.  A l’age d’un an, ils atteignent déjà 60 à 65 % de la taille de leur mère, soit environ 2 m. Les juvéniles plus âgés pâlissent graduellement jusqu’à l’atteinte de la maturité. 

2.2.2 Reproduction

La femelle du béluga atteint la maturité sexuelle vers l’age de 4 à 7 ans, et le mâle un peu plus tard, vers l’age de 6 ou 7 ans.  L’accouplement a probablement lieu à la fin de l’hiver ou au printemps, dans les aires d’hivernage.  Il est estimé que la gestation dure de 12.8 mois à environ 14.5 mois, selon les études.  La mise-bas semble se produire au début de l’été bien qu’on l’ait rarement observée.  La lactation dure vraisemblablement de 20 mois à 32 mois, toujours selon les études.  On estime qu’il y aurait une période d’environ 3 ans entre deux gestations successives.

2.2.3 Démographie

Le béluga a une durée de vie variant entre 15 et 30 ans, approximativement.  La plupart des paramètres démographiques obtenus pour le béluga ont été tirés des carcasses d’animaux morts.  La fréquence des ages chez les bélugas récoltés est sujette à divers biais d’échantillonnage qui rendent presque impossible le calcul exact du taux de survie des individus dans la population.  Il est donc également difficile d’établir une estimation du taux d’accroissement de la population à l’aide des données démographiques.  Théoriquement toutefois, il est possible qu’une population de bélugas non chassés puisse croître à un rythme de 2.5 % à 3.5 % par année, en absence de frein environnemental.

2.2.4 Comportement

Les bélugas ont tendance à se regrouper en troupeaux qui se distinguent souvent en fonction du sexe et de la présence de juvéniles.  Le patron de distribution à l’intérieur du territoire occupé reflète probablement les besoins écologiques et comportementaux des différents groupes sociaux. En effet, les bélugas démontrent une grande fidélité aux sites spécifiques qu’ils fréquentent et près d’une vingtaine de ces sites ont été identifiés dans l’estuaire du Saint-Laurent et dans le Saguenay.  L’attachement à des sites spécifiques semble être fonction de la matrilinéarité (groupe social centré sur une mère) et la protection de ces sites revêt une importance cruciale.  Deux des sites qui sont davantage connus sont la passe de l’Île-aux-Lièvres et la baie Sainte-Marguerite dans le Saguenay.

2.2.5 Régime alimentaire

On ne connaît pas suffisamment bien l’écologie alimentaire du béluga du Saint-Laurent pour déterminer si leurs besoins alimentaires ne rencontrent aucun problème.  La diète du béluga est variée et se compose de plusieurs espèces de poisson et d’invertébrés.  Le hareng, le capelan, le poulamon, les calmars et les vers polychètes sont parmi les espèces identifiées.  Cependant, ses stratégies d’alimentation ou les proies disponibles dans l’habitat qu’il fréquente pendant la longue saison hivernale demeurent inconnues.  Le niveau trophique occupé par le béluga dans le Saint-Laurent est semblable mais quand même différent de ceux des espèces de phoques.  On se questionne d’ailleurs sur la possibilité que ces autres mammifères marins soient en compétition avec le béluga pour certaines ressources alimentaires.

2.3 Pourquoi le COSEPAC a-t-il désigné le Béluga du Saint-Laurent comme une espèce menacée ?

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D’après les récents recensements aériens, la population de l’estuaire du Saint-Laurent est considérée comme stable ou, à tout le moins, ne semble pas régresser ni progresser de façon mesurable.  Elle compterait un millier d’animaux, dont environ 600 seraient matures et capables de contribuer à la reproduction.  C’est nettement supérieur au chiffre qui avait été établi à l’époque où le COSEPAC lui avait conféré le statut de population en voie de disparition.  On présumait alors que la population comptait 350 individus et qu’elle était en déclin.  Lors de la révision de la situation en 2004, notant que le nombre total d’individus en état de participer à la reproduction était inférieur à 1000, le COSEPAC a conclu que cette population devait être considérée comme menacée.  Le rapport détaillé ayant servi à l’évaluation du statut est disponible sur le site internet du registre public.

2,4 Quelles menaces pèsent sur cette espèce ?

Bien que les bélugas soient exposés à divers facteurs de mortalité naturelle, comme la prédation et les maladies infectieuses, ce sont essentiellement les menaces anthropiques qu’il convient de cerner et de gérer en vue de favoriser le rétablissement de la population du Saint-Laurent.

La perte et la perturbation d’habitats représentent une menace permanente pour les bélugas du Saint-Laurent, qui vivent dans une zone relativement restreinte, très peuplée et très fréquentée par les humains.  La navigation commerciale et les activités d’observation des baleines se sont considérablement intensifiées dans la région au cours des 40 dernières années.  On a également montré que les bateaux avaient un effet marqué sur le comportement vocal des bélugas.  On sait peu de choses sur les réactions de stress immédiates ou chroniques que pourraient avoir les bélugas face à ces divers facteurs de perturbation, et on ignore également quels en sont les effets sur leur comportement, que ce soit pour l’alimentation, l’accouplement ou les soins donnés à la progéniture.

De nombreuses carcasses de bélugas ont été récupérées le long des côtes habitées de l’estuaire du Saint-Laurent.  Les chercheurs ont ainsi pu recueillir un volume considérable de données sur les causes de la mortalité.  Ces données suggèrent par exemple, qu’il pourrait exister un lien entre la prévalence élevée des tumeurs cancéreuses et l’exposition des bélugas du Saint-Laurent aux polluants industriels. En effet, on mesure la présence et des taux souvent élevés de divers contaminants connus pour leurs propriétés toxiques et cancérigènes. Cependant, l’existence d’une relation de cause à effet directe entre les polluants et les pathologies observées, et la représentativité des carcasses récupérées pour la mesure du taux de cancer chez les bélugas vivants, font l’objet de débats scientifiques.  Comme il existe peu d’information sur les taux de cancer chez d’autres populations de bélugas et comme les carcasses du Saint-Laurent avec des tumeurs cancéreuses appartenaient principalement à de vieux animaux, il est difficile de résoudre cette question.  Par ailleurs, il ne fait aucun doute que les bélugas du Saint-Laurent sont davantage exposés que les autres populations de bélugas du pays aux risques posés par les polluants.

Le petit effectif et la faible diversité génétique de cette population ont amené des chercheurs à émettre l’hypothèse voulant que la consanguinité réduise peut-être le taux de reproduction.  La diversité génétique de cette population est plus faible que celle des autres populations canadiennes, mais il est difficile d’évaluer dans quelle mesure la consanguinité est un facteur limitatif.  Il convient de noter que dans des conditions de goulot d’étranglement génétique possible, certains mammifères marins, en particulier des populations de phoques de diverses espèces, sont déjà parvenus à recouvrer de fortes densités après avoir été réduits à de très faibles nombres.  On craint également que d’autres phénomènes génétiques, tels des mutations par exemple, pourraient réduire la capacité de résistance à certains agents pathogènes dans la population de l’estuaire du Saint-Laurent.

Parmi les autres facteurs limitatifs possibles, il faut mentionner la concurrence pour les ressources que livrent aux bélugas les pêcheurs commerciaux et d’autres populations croissantes de mammifères marins tels que le phoque du Groenland et le phoque gris.  Il faudrait mener des recherches plus détaillées avant de pouvoir évaluer de façon critique l’effet de cette concurrence, surtout parce que les bélugas se nourrissent d’une gamme variée de proies et qu’ils sont capables de plonger en eau profonde pour obtenir leur nourriture.  Cependant, il convient de noter que, malgré un taux élevé de récupération des carcasses, aucun cas d’inanition n’a été détecté.