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Tortue géographique (Graptemys geographica)

Information sur l’espèce

« Durant l’été de 1816, j’ai découvert dans un marais situé en bordure du lac Érié une tortue qui, d’après moi, n’avait pas encore été décrite … Les lignes et les marques de la dossière font un dessin qui ressemble à une carte géographique, d’où le nom vernaculaire que j’ai donné à cette tortue (LeSueur, 1817). »

Nom et classification

La première mention de la tortue géographique (Graptemys geographica) remonte à 1816 sur les rives du lac Érié (Le Sueur, 1817). La dossière ornée de marques semblables aux courbes de niveau d’une carte lui a valu son nom scientifique (graptos = inscrit ou peint;  = terre; graphikos = qui concerne l’action d’écrire, l’art d’écrire et la peinture) (Froom, 1971; Johnson, 1989). Tous ceux qui ont étudié l’espèce ont remarqué qu’elle est particulièrement farouche et, par conséquent, difficile à observer de près.

Avec ses douze espèces, le genre Graptemys constitue le genre de la famille des Émydidés (ordre des Testudinés) qui contient le plus grand nombre d’espèces et se classe parmi les premiers à ce chapitre pour l’ensemble des tortues. Le nom de Graptemys geographica a changé souvent (Testudo geographica [Le Sueur, 1817]), Emys geographica [Say, 1825], Terrapene geographica [Bonaparte, 1830], Emys megacephala [Holbrook, 1844], Emys labyrintha [Dumeril, 1851], Graptemys geographica [Agassiz, 1857], Clemmys geographica [Strauch, 1862], Malacoclemmys geographica [Cope, 1875], Malacoclemmys geographicus [Davis et Rice, 1883]; noms répertoriés dans McCoy et Vogt, 1990), et les relations évolutionnaires à l’intérieur du genre Graptemys font continuellement l’objet de discussions (Lamb et al., 1994). Le problème est la relation entre les genres Malaclemys et Graptemys. Wood (1977) pense que le genre Graptemys est un groupe polyphylétique issu du genre Malaclemys. Son hypothèse est fondée sur la géologie et sur la tolérance à la salinité de chacun des genres. À partir des caractéristiques ostéologiques et externes, Dobie (1982) a conclu que le genre Graptemys forme un groupe nettement distinct du genre Malaclemys; cependant, il admet que le genre Malaclemys est sans aucun doute plus étroitement apparenté au genre Graptemys qu’à tout autre genre actuellement existant. Dans l’étude la plus récente sur l’évolution du genre Graptemys, fondée sur la génétique, on avance que les genres Graptemys etMalaclemys auraient eu un ancêtre commun issu d’une tortue de type Trachemys et apparu au milieu du Miocène, les genres Malaclemys et Graptemys ayant divergé avant la fin du Miocène. La lignée distincte du Graptemys geographica était constituée il y a de 6 à 8 millions d’années (Lamb et al., 1994). Aucune sous‑espèce n’a été décrite (de McCoy et Vogt, 1990).

Description

La dossière olive à brunâtre est ornée d’un motif réticulé de lignes jaune pâle qui s’estompent à mesure que la tortue vieillit. Elle est ovale, allongée et basse et porte une légère carène médiane; les écailles marginales postérieures sont grossièrement dentelées (Froom, 1971), légèrement denticulées (Babcock, 1971) ou non fortement dentelées (McCoy et Vogt, 1990). Chez les jeunes tortues, la dossière est plus plus fortement carénée, et profondément échancrée à l’arrière et sur les côtés. Le plastron est jaune pâle à crème et habituellement uni, les ponts étant parfois ornés d’un motif de cercles concentriques foncés (McCoy et Vogt, 1990) ou une tache centrale étant présente (Babcock, 1971). Le dessous des écailles marginales est pâle et porte des marques concentriques foncées, centrées à l’avant de chaque suture (Logier, 1939). La tête, le cou et les membres sont vert olive foncé et portent des rayures longitudinales jaune verdâtre; une tache plus ou moins triangulaire se trouve derrière l’œil et est séparée de l’orbite par deux ou trois rayures (McCoy et Vogt, 1990). Toutes les espèces appartenant au genre Graptemys se caractérisent par une tête large et des surfaces de broyage importantes et fortes aux mâchoires (Anderson, 1965), qui sont particulièrement développées dans les populations consommant des mollusques (McCoy et Vogt, 1990).

Il existe un dimorphisme sexuel très net chez la tortue géographique. La dossière de la femelle peut mesurer plus de 25 cm de longueur, tandis que celle du mâle mesure en moyenne 14 cm (Froom, 1971). En moyenne, le poids des mâles n’est que de seulement 20 p. 100 de celui des femelles (Vogt, 1980). Chez le mâle, la tête est plus petite, la queue est plus épaisse et plus longue, les pattes de derrière sont plus grosses, la carène s’estompe moins avec l’âge et le bord postérieur de la dossière est plus anguleux (Carr, 1952). Vogt (1980) voit plusieurs avantages à ce dimorphisme sexuel : Premièrement, il permet un partitionnement des ressources alimentaires, les mâles se nourrissant de petites larves d’insectes et de mollusques énergétiques et les femelles adultes, omnivores, d’invertébrés et de végétaux. Deuxièmement, la petite taille du mâle lui permet de consacrer son énergie à la recherche de femelles, à la parade pré‑copulatoire et à la production de sperme plutôt qu’à la croissance. Enfin, le mâle atteint la maturité sexuelle à une plus petite taille et peut ainsi se reproduire à un plus jeune âge. Dans le cas de la femelle, plus elle est grosse, plus ses pontes sont importantes. En outre, la femelle étant plus grosse, elle se trouverait mieux protégée des prédateurs aviens et mammaliens lorsqu’elle gagne la terre pour pondre (Vogt, 1980).

Études réalisées au Canada

Au Canada, les premières mentions publiées de tortues géographiques sont celles de Logier (1925) et de Patch (1925), qui ont vu l’espèce à la pointe Pelée (Ontario) en 1920, et à Norway Bay (Québec) en 1922, respectivement. Ensuite et jusqu’au début des années 1980, tous les documents sur l’espèce n’avaient trait qu’à sa répartition et consistaient en des mentions dans des inventaires locaux et nationaux des reptiles, à l’exception d’un article sur la physiologie de son sang en Ontario (Semple et al., 1969). Gordon et MacCulloch (1980) ont été les premiers à publier un article sur l’écologie de la tortue géographique au Canada. Ces auteurs y décrivent les préférences en matière d’habitat ainsi que la structure de la population du lac des Deux Montagnes, au Québec. La recherche sur cette population a été poursuivie avec le mémoire de maîtrise de Flaherty (1982), réalisé sous la direction de Roger Bider à l’Université McGill.

Ces premiers résultats ont soulevé des questions en ce qui concerne la situation de l’espèce au Québec. Selon Sarrazin et al. (1983), la tortue géographique était potentiellement menacée au Québec. En 1992, l’espèce a été ajoutée à la liste des espèces potentiellement vulnérables ou menacées au Québec (Beaulieu, 1992). Au cours des années 1990, on a rédigé plusieurs rapports sur la répartition et l’abondance du Graptemys geographica dans la province de Québec (Daigle, 1992), et les études ont été étendues à Norway Bay sur la rivière des Outaouais (Chabot et al., 1993), à la rivière des Outaouais entre Hull et Rapides‑des‑Joachims (Daigle et al., 1994), au fleuve Saint‑Laurent (Centre Saint‑Laurent, 1996) et aux basses‑terres du Saint‑Laurent (Daigle et Lepage, 1997). Le ministère de l’Environnement et de la Faune du Québec a publié récemment un rapport sur la situation de la tortue géographique (Bonin, 1998).

Malgré la grande étendue de l’aire de répartition de la tortue géographique en Ontario, ou en raison de cette grande étendue, on dispose de très peu d’information sur la situation de l’espèce dans cette province. Le Hamilton Herpetofaunal Atlas (Lamond, 1994) contient sur l’espèce de l’information précise mais ancienne. En général, on porte peu attention aux espèces considérées comme septentrionales, et notamment aux effets que peuvent avoir sur elles les pratiques de gestion visant les espèces plus rares. On a tendance à négliger ces espèces jugées communes, jusqu'à ce que les problèmes deviennent évidents (Dodd Jr. et Franz, 1993). L’Ontario Herpetofaunal Summary (OHS) (Oldham, 1997) renferme toutes les observations de la tortue géographique en Ontario depuis la toute première, faite en 1922. L’OHS et l’Atlas des amphibiens et des reptiles du Québec (Bider et Matte, 1994) contiennent des descriptions détaillées de l’aire de répartition de la tortue géographique et d’autres espèces.