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Tortue géographique (Graptemys geographica)

Habitat

Généralités

La tortue géographique est presque exclusivement aquatique; elle ne sort de l’eau que pour se chauffer au soleil ou pondre ses œufs. Elle vit tant dans les lacs que dans les cours d’eau (Froom, 1971) et préfère les faibles courants, les fonds vaseux et les zones où il y a beaucoup de végétation aquatique (Anderson, 1965; Behler et King, 1979; DeGraff, 1983). L’habitat doit renfermer de bons sites d’exposition au soleil, comme des roches et du bois canard, desquels les tortues peuvent se jeter directement à l’eau en cas de menace (Logier, 1939; Froom, 1971; Cook, 1981). Lorsque les niveaux d’eau sont hauts au printemps, les sites d’exposition au soleil sont habituellement submergés au début de l’été, et les tortues ont tendance à se chauffer au soleil sur les rives. Quand les niveaux baissent, elles préfèrent se chauffer au soleil à distance de la rive et près des eaux profondes. Les sites de bain de soleil doivent être exposés au soleil durant au moins une partie de la journée (Gordon et MacCulloch, 1980). La tortue géographique pond dans du sable ou du sol meubles à une certaine distance de l’eau, peut‑être pour protéger les nids des inondations (Gordon et MacCulloch, 1980; DeGraff, 1983). Au Canada, la tortue géographique hiberne durant environ cinq mois et peut rester active dans des dépressions profondes sous la glace (voir Biologie - Hibernation). Graham et Graham (1992) ont observé que le fond de la rivière au site d’hibernation est généralement de même type que celui du cours d’eau dans son ensemble, avec des zones sablonneuses et graveleuses.

Habitats particuliers

1. Rivière des Outaouais

Règle générale, le courant est faible dans la rivière des Outaouais, qui s’élargit à certains endroits pour former des lacs et des réservoirs (de barrage) d’une superficie de plusieurs centaines d’hectares. La rivière se caractérise par de nombreuses îles et baies, qui constituent habituellement des habitats marécageux à végétation émergente abondante, et par des milieux rocheux où la végétation est rare mais qui offrent beaucoup de sites d’exposition au soleil (Daigle, 1992; Daigle et al., 1994).

À Norway Bay, situé à environ 40 km à l’ouest d’Ottawa, on trouve un groupe de petites îles et une rive sinueuse. Le lit de la rivière est souvent peu profond avec un substrat vaseux et rocheux. La présence d’éléments comme des troncs d’arbre, des billes et des roches dans l’eau ainsi que d’endroits où les tortues peuvent se mettre à l’abri des vagues constituent deux caractéristiques importantes de l’habitat (Chabot et al., 1993). La plupart des tortues étudiées par Chabot et al. (1993) ont été trouvées sur des objets qui émergeaient de l’eau.

Le lac des Deux Montagnes est situé à l’extrémité sud-est de la rivière des Outaouais, avant que celle‑ci ne rejoigne le fleuve Saint‑Laurent. La population de tortue géographique du bassin est du lac a été étudiée en détail. Toutes les baies sont peu profondes, les fonds sont argileux ou sablonneux, et la végétation submergée et émergente est assez étendue. Les arbres tombés et les roches exposées constituent de nombreux sites d’exposition au soleil. Les rives sont formées principalement de roches et de pierres de taille variable enfoncées dans de l’argile sableuse (Gordon et MacCulloch, 1980). Flaherty et Bider (1984) ont trouvé que la structure physique de l’habitat n’était pas le facteur clé dans le choix de l’habitat, étant donné que les sites potentiels de bain de soleil et de ponte n’étaient pas tous utilisés également et qu’il y avait des regroupements de tortues dans les baies du lac. Les sites de bain de soleil étaient souvent éloignés des rives, fixes et orientés vers l’est. Les sites utilisés étaient significativement plus longs, plus loin des rives et de la végétation aquatique et terrestre et en eaux plus profondes que les sites non utilisés (Flaherty, 1982; Flaherty et Bider, 1984).

2. Fleuve Saint‑Laurent

La seule section du fleuve Saint‑Laurent où le G. geographica a été signalé est la section fluviale, qui va de la région de Cornwall, à l’ouest de la frontière du Québec, jusqu’au lac Saint‑Pierre. La section fluviale se caractérise par une plaine inondable assez étendue, favorisant beaucoup la formation de milieux humides. Dans cette section du fleuve, l’eau est douce et il n’y a pas de marées. Les sédiments de la zone riveraine du lac Saint‑François sont surtout de type sable‑limon, tandis que ceux des environs de Montréal sont un mélange de limon‑argile, de gravier et de sable. Les berges de la section fluviale ont souvent été altérées par des routes, des murs, des digues, des brise‑lames ou des barrages construits pour répondre aux besoins des villes, de l’industrie et de l’agriculture; ces ouvrages ont modifié l’équilibre dynamique des rives (voir Facteurs limitatifs) (Centre Saint‑Laurent, 1996).

3. Rives des Grands Lacs

Les rives où vit la tortue géographique se caractérisent habituellement par l’abondance de milieux humides et de plages (tableau 3).

4. États‑Unis

En Pennsylvanie, Pluto et Bellis (1988) ont trouvé que la plupart des tortues se chauffaient au soleil sur des morceaux de bois et des roches situées à environ 22 m de la rive la plus proche, dans les zones d’eaux profondes et calmes du cours d’eau. Une étude menée au Kansas a révélé que l’espèce y exploitait un habitat assez différent (Fuselier et Edds, 1994). Les auteurs ont trouvé le G. geographica seulement dans de petits cours d’eau ombragés au substrat rocheux et graveleux, et non pas dans de plus grands cours d’eau à fond sablonneux. Au Kansas, l’espèce vivait dans des cours d’eau aux rives dénudées et n’a pas été signalée dans des zones où il y avait de grandes quantités de végétation émergente ou submergée.

Différences entre les classes d’âge ou de taille quant à l’utilisation de l’habitat

En Pennsylvanie, l’étude de Pluto et Bellis (1986) laisse penser que les tortues géographiques juvéniles et adultes utilisent des microhabitats différents. Ces auteurs ont trouvé plus souvent de grosses tortues (longueur de la dossière supérieure à 125 mm) dans les zones profondes et calmes du cours d’eau, prenant un bain de soleil à une distance moyenne de 22 m de la berge la plus proche. Les grosses tortues pouvaient mieux se déplacer et s’orienter dans les courants rapides et plongeaient plus longtemps que les juvéniles. Par conséquent, les adultes étaient en mesure d’occuper plus facilement les eaux plus profondes et plus rapides. Au contraire, les petites tortues (longueur de la dossière inférieure à 66,5 mm) préféraient les zones d’eaux peu profondes et calmes situées près de la rive. Pluto et Bellis (1986) ont émis l’hypothèse qu’en vivant dans ces zones, les juvéniles devaient nager beaucoup moins pour respirer et se nourrir. De plus, l’utilisation de cet habitat constitue peut‑être un compromis entre exposition à la prédation terrestre et exposition à la prédation aquatique : dans les eaux plus profondes, les petites tortues seraient plus susceptibles d’être mangées par de gros poissons, alors que, si elles demeuraient sur les rives, cela augmenterait le risque présenté par les prédateurs terrestres. Le comportement de fuite des petites tortues consistait à se cacher sous ou entre de petites roches et débris ligneux plutôt que de se précipiter vers les eaux profondes (Pluto et Bellis, 1986).

D’après l’étude de Pluto et Bellis (1986), les risques de prédation pour les grosses tortues semblent augmenter à mesure que la distance de la rive diminue. Les gros individus évitaient de fréquenter les zones d’eaux peu profondes situées près des rives et de se chauffer au soleil sur les rives ou à proximité, sauf lorsque les sites d’exposition au soleil du milieu du cours d’eau étaient submergés durant les périodes de hautes eaux. Les grosses tortues fuyaient en nageant vers les eaux profondes; elles se cachaient rarement sur les rives.

Tendances et protection

L’urbanisation, l’industrialisation et l’agriculture détruisent l’habitat de la tortue géographique (Gibbons, 1997). La plupart des espèces de tortues peuvent se déplacer vers divers autres habitats dans les régions touchées par le développement, mais les espèces spécialistes en matière d’habitat, comme la tortue géographique, peuvent ne pas pouvoir tolérer certaines altérations de leur habitat et être remplacées par une espèce plus tolérante. Près des latitudes extrêmes de leur aire de répartition, les tortues  sont peut‑être plus menacées (Pritchard, 1997). Par exemple, à Norway Bay, les tortues géographiques sont complètement disparues des sites où on les trouvait régulièrement après que les arbres et les billes sur lesquels elles se chauffaient au soleil aient été enlevés. Les arbres et les billes ont été éliminés pour assainir la rivière, mais cela a eu une incidence négative sur l’habitat de l’espèce (Chabot et al., 1993). Chabot et al. (1993) ont proposé que soient placées dans le milieu des plates‑formes ou de nouvelles billes et ont recommandé que le gouvernement du Québec protège l’habitat dans la région. Pour l’instant cependant, la seule région du Québec dans laquelle l’habitat de l’espèce est protégé est la Réserve nationale de faune du lac Saint‑François (Bonin, comm pers.) (tableau 3). En 1994, on a établi les exigences relatives au Fonds d'assainissement des Grands Lacs 2000 pour la mise en œuvre des projets de restauration des habitats, notamment pour les espèces non gibier telles les reptiles. En principe, le fonds d’assainissement assure la présence de débris ligneux pour les bains de soleil des tortues et de fonds meubles pour l’hibernation dans des régions où la tortue géographique a déjà été signalée (baie Rondeau, port de Hamilton, Grand Toronto, fleuve Saint‑Laurent, rivière Detroit, baie Long Point) (Dunn, 1995).

Même si de nombreuses populations de tortues géographiques sont mentionnées dans des régions déjà protégées (tableau 3), ces populations sont quand même exposées à d’importantes pressions découlant des activités récréatives. En outre, des secteurs protégés et non protégés des rives des Grands Lacs et de la voie maritime du Saint‑Laurent sont exposés à une forte pollution industrielle, au ruissellement agricole et aux déversements de substances toxiques provenant de navires (Gillespie et al., 1991).

Il est difficile d’évaluer l’impact des activités humaines sur les populations de tortues pour lesquelles il n’existe aucune information historique. Par exemple, la construction de barrages dans l’aire de répartition des espèces du genre Graptemys peut avoir nui à leurs populations, mais on ne sait pas dans quelle mesure en raison d’un manque de données sur la situation des populations avant la construction (Gibbons, 1997). Sur le plan de la gestion, la réalisation de relevés avant impact et la collecte de données à long terme faciliteraient la mise en œuvre des stratégies de protection de l’habitat.