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Tortue géographique (Graptemys geographica)

Facteurs limitatifs et menaces

Au Canada, les tortues géographiques font face à de nombreuses menaces, mais il existe peu d’évaluations quantitatives à ce sujet. Comme elles sont à limite septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce, il est presque certain que, à l’instar d’autres espèces de tortues vivant au Canada, elles atteignent l’âge de la maturité beaucoup plus tard et ne se reproduisent sans doute pas avant l’âge d’au moins 12 ans. Par ailleurs, le taux d’échec de la nidification est certainement élevé en raison des températures d’incubation relativement basses par rapport à celles que connaissent les populations vivant plus au sud (Holt, 2000; Flaherty, 1982; Galbraith et al., 1997). De plus, les tortues géographiques sont peut‑être exceptionnellement vulnérables aux attaques de leurs œufs par une mouche sarcophage (Metasarcophaga : Tripanurga importuna [Walker]) (S. Marshal, comm. pers.). Dans le parc provincial Rondeau, toutes les tortues géographiques inspectées étaient infestées d’asticots de cette mouche en 2001 (Gillingwater et Brooks, 2002). Les asticots tuent les embryons et les jeunes de l’année.

Commerce

L’expansion du commerce international des espèces sauvages a contribué largement au déclin de nombreuses populations de tortues (Luiff, 1997). Les tortues n’étant pas des espèces suscitant un grand intérêt, on accorde peu d’importance au piégeage et au commerce de ces animaux (Galbraith et al., 1997). Même si le G. geographica n’est pas une espèce populaire dans le commerce des espèces sauvages (Carr, 1952; Anderson, 1965), sa ressemblance avec plusieurs autres espèces (tortue pseudogéographique [genre Graptemys], tortues peintes, Pseudemys spp. et Trachemys spp.) (Conant et Collins, 1991) recherchées comme nourriture et animaux de compagnie peut représenter un danger pour elle. Aux État‑Unis, de 1989 à 1993, les exportations totales d’espèces du genre Graptemys ont augmenté de 673 tortues/année à 37 233 tortues/année, et la valeur unitaire a presque triplé (Anon. 1996a). Cette augmentation énorme du commerce et la difficulté de distinguer les espèces ont été à l’origine de la proposition d’inclure toutes les espèces du genre Graptemys dans l’annexe II de la CITES. L’annexe II comprend les espèces qui, bien que non menacées d’extinction pour le moment, pourraient le devenir si le commerce n’est pas strictement contrôlé. Elle comprend aussi les espèces qui doivent être réglementées afin de contrôler efficacement le commerce d’autres espèces actuellement menacées ou susceptibles de l’être (par exemple en raison de la difficulté de distinguer les spécimens d’espèces actuellement menacées ou susceptibles de l’être  des spécimens d’autres espèces) (U.S. Fish and Wildlife Service, 1996). On connaît très peu l’incidence du commerce international sur les populations des Graptemys, mais l’augmentation du nombre de tortues exportées, combinée à la faible taille des pontes et aux faibles fréquences de reproduction, est préoccupant.

Empiètement urbain

La plus grande partie de l’aire de répartition de la tortue géographique est située dans la région la plus densément peuplée du pays, en particulier près des voies navigables et des lacs les plus utilisés. Par conséquent, l’espèce est régulièrement exposée aux effets des activités récréatives et de l’aménagement (Gordon et MacCulloch, 1980; Centre Saint‑Laurent, 1996). Les activités récréatives (navigation de plaisance et baignade) augmentent fortement sur le lac des Deux Montagnes en juillet et en août. En 1996, on comptait 82 marinas et quais dans la section fluviale du fleuve Saint‑Laurent (Centre Saint‑Laurent, 1996). Les activités perturbatrices et la nature farouche des tortues pourraient contribuer à éloigner les individus d’habitats utilisables. Au moment de l’étude de Gordon et MacCulloch (1980) sur la population de tortues géographiques, on prévoyait aménager d’autres baies du lac à des fins récréatives. Or, 50 p. 100 des tortues utilisaient ces baies, qui renfermaient des habitats susceptibles d’être utilisés pour la nidification. En supposant que les activités récréatives sont effectivement nuisibles aux tortues géographiques, Gordon et MacCulloch (1980) prévoyaient qu’il ne faudrait pas plus de quinze ans pour que la population devienne gravement affaiblie. 

Les aménagements de tout genre le long des rives peuvent détruire des habitats importants parce que les tortues font leur nid et se chauffent au soleil dans les zones sablonneuses à proximité de l’eau. Les femelles pourraient être forcées de se déplacer pour trouver de bons sites de nidification et se trouver ainsi exposées aux véhicules et même aux ratons laveurs, plus nombreux près des régions urbaines (Anon. 1996). Même dans des zones relativement protégées et non développées comme celle du lac Opinicon dans la région de la station de biologie de la Queen’s University, la construction de chalets sur les rives, et en particulier sur les îles, détruit des aires de nidification et entraîne une augmentation de la circulation automobile et du nombre de femelles tuées sur la route durant la période de nidification (G. Blouin‑Demers, S. Holt, M. Gross; comm. pers., 2002). La construction de barrages peut nuire aux tortues géographiques de plusieurs façons. Par exemple, la femelle est fidèle à son site de nidification, et la hausse artificielle des niveaux d’eau peut inonder et détruire des sites de nidification (Flaherty, 1982). En outre, le nombre de sites de ponte se trouve réduit par la diminution de l’action des vagues et des crues printanières, qui favorise la colonisation des rives sablonneuses par la végétation. Enfin, la disparition de rapides réduit la quantité d’oxygène dissous dans l’eau (voir Biologie - Hibernation) (Centre Saint‑Laurent, 1996). On estime qu’entre 1945 et 1988, 3 240 hectares d’habitat aquatique ont été dégradés dans la section fluviale par le remblayage, le drainage, l’empiètement et les changements de débit (Centre Saint‑Laurent, 1996). Ces problèmes ont aussi pour effet de réduire les effectifs des mollusques dont les tortues se nourrissent.

Malgré les projets d’assainissement dans les Grands Lacs, il existe encore certaines sources de contamination (Anon. 1996). Les Grands Lacs constituent la plus grande source de pesticides et contribuent pour 40 p. 100 à la charge de polluants du fleuve Saint‑Laurent. Cornwall, Massena et Montréal déversent dans le fleuve d’importantes quantités de rejets industriels, et l’industrie des pâtes et papiers pollue la rivière des Outaouais (Bonin et al., 1995). Les rives du lac Saint‑François sont fortement contaminées par les BPC, et on pense que le lac des Deux Montagnes peut constituer une zone de dépôt et d’accumulation de sédiments contaminés (Centre Saint‑Laurent, 1996). Des études sur les effets des contaminants présents dans le fleuve Saint‑Laurent sur les chélydres serpentines (Chelydra serpentina) ont révélé que de fortes concentrations d’organochlorés dans les testicules peuvent réduire la viabilité de la progéniture (Hebert et al., 1993). Les contaminants sont assimilés par les producteurs primaires et se concentrent d’un niveau trophique à l’autre (Hebert et al., 1993). Pour ce qui est des tortues géographiques, la consommation d’Unionidés entraînerait l’accumulation de métaux lourds, d’organochlorés et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques. Malheureusement, les moules zébrées, qui sont devenues plus nombreuses que les Unionidés et qui sont également consommées par les tortues géographiques, peuvent renfermer des concentrations de contaminants, en particulier de mercure, plusieurs fois supérieures à celles mesurées dans les populations d’Unionidés indigènes (Serrouya et al., 1995). De plus, au cours des dernières années (2000‑2001), on a trouvé environ 30 tortues géographiques adultes mortes dans le parc provincial Rondeau; on ne connaît pas la cause de leur mort (Gillingwater, comm. pers, 2002). Les ratons laveurs (Procyon lotor) tuent des tortues géographiques de toutes tailles et mangent une grande partie des œufs pondus (Gillingwater et Brooks, 2002).

Les premiers stades de développement sont souvent les plus sensibles aux effets toxiques des contaminants de l’environnement. Étant donné que les concentrations de contaminants dans les tortues adultes augmentent en fonction de l’âge et de la taille, il y a peut‑être une relation entre l’âge ou la taille de la mère et la viabilité des œufs. Les œufs pondus par les tortues plus vieilles ou plus grosses recevraient la plus grande charge de produits toxiques et mourraient en plus fortes proportions (Hebert et al., 1993). Cependant, on ne peut confirmer ou rejeter ces hypothèses, car aucune étude à ce sujet n’a été faite en ce qui a trait à la tortue géographique.