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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le rorqual bleu au Canada – Mise à jour

Répartition et structure des stocks

 

Aire de répartition mondiale

Le rorqual bleu est présent dans tous les océans du monde. Comme les autres baleines à fanons (mysticètes), on pense généralement qu'il migre selon la saison entre des aires d'alimentation situées à haute latitude, qu’il fréquente en été et en automne, et des régions situées à plus basse latitude, en hiver, et ce, bien que l'on connaisse mal la répartition hivernale de nombreuses populations.

Atlantique Nord

Dans le monde

D'après les données historiques, l'aire de répartition estivale du rorqual bleu dans l’Atlantique Nord s'étend de l'Est du Canada jusqu'à l'Ouest du Groenland (détroit de Davis), et du détroit du Danemark (à l'ouest de l'Islande) au nord jusqu'à l’île Jan Mayen et à l'archipel du Spitsberg (figure 1) (Ingebrigtsen, 1929; Jongsård, 1955, 1966; Kapel, 1979; Øritsland et al., 1989; Sears, 1990; Øien, 1990; Rice, 1998). On le chassait depuis des stations terrestres dans les eaux de Terre-Neuve et du Labrador, dans le golfe du Saint-Laurent, à l'ouest du Groenland, en Islande, en Norvège, en Irlande, de même qu'aux îles Shetland, Hébrides et Féroé (Reeves et al., 1998). La majorité des mentions récentes proviennent du golfe du Saint-Laurent (Sears et al., 1990), des côtes sud et est de Terre-Neuve (Lien et al., 1987, 1990) et des eaux du plateau Néo-Écossais (Sutclife et Brodie, 1977; CETAP, 1980).

 

Figure 1. Carte de l'Amérique du Nord illustrant la répartition du rorqual bleu sur les côtes Est et Ouest du Canada et dans les eaux environnantes. Les zones plus sombres indiquent des aires connues de concentration.

Figure 1. Carte de l'Amérique du Nord illustrant la répartition du rorqual bleu sur les côtes Est et Ouest du Canada et dans les eaux environnantes. Les zones plus sombres indiquent des aires connues de concentration.

On sait peu de chose sur la répartition hivernale du rorqual bleu dans l'Atlantique Nord. Deux échouages ont été signalés dans le golfe du Mexique (Baughman, 1946; Lowery, 1974), et un rorqual bleu a été tué à l'entrée orientale du canal de Panama en 1922 (Harmer, 1923). Dans l'Est de l'Atlantique Nord, on a signalé des échouages aux Canaries et dans les îles du Cap-Vert, au Cap Blanc, en Mauritanie, et au Cap Vert, au Sénégal (Jongsård, 1955, 1966; Sergeant, 1966; Kapel, 1979; Rice, 1998). Au moins 15 rorquals bleus ont été observés près des Açores par des organisateurs d'excursions d'observation des baleines ces dernières années (Herbert, comm. pers.; Simas et al., 1998; Steiner, comm. pers.; Viallele, comm. pers.), et trois autres ont été observés et photographiés près des îles Canaries (Ritter et Brederlau, 1998). Aucune des photographies d'identification prises aux Açores ou dans les Canaries ne correspondait à des animaux catalogués dans l'Atlantique Nord. Des relevés acoustiques réalisés par la marine américaine à l'aide de séries d'hydrophones ancrés au fond ont permis de détecter des vocalisations de rorqual bleu en hiver jusqu'à la ride médio-atlantique, au sud des Bermudes, et à l'ouest et au sud des îles Britanniques (Clark, comm. pers.).

Selon Gambell (1979), il y aurait deux stocks de rorquals bleus dans l'Atlantique Nord : l'un à l'est et l’autre à l'ouest. D’après les données de photo-identification provenant de l'Est du Canada, les rorquals du Saint-Laurent, de Terre-Neuve, de Nouvelle-Écosse, de Nouvelle-Angleterre et du Groenland appartiendraient tous au même stock, tandis que ceux qui ont été photographiés au large de l'Islande et aux Açores appartiendraient à une population distincte (CETAP, 1982; Wenzel et al., 1988; Sears et Larsen 2002).

Dans l’Est du Canada

C’est surtout dans le golfe du Saint-Laurent qu’on a observé des rorquals récemment (Sears, 1983; Sears et al., 1990), le long des côtes sud-ouest et est de Terre-Neuve, en hiver et au début du printemps, là où des rorquals se sont échoués ou sont restés prisonniers des glaces (Mitchell, 1974a, 1974b, 1975, 1976, 1977, 1978, 1979, 1980, 1981 et 1982; Sergeant, 1966; Lien et al., 1987,1990), de même que dans les eaux du plateau Néo-Écossais (Sutclife et Brodie, 1977; CETAP, 1982).

Les études de photo-identification des rorquals bleus réalisées dans l'Est du Canada, qui ont surtout porté sur les baleines qui fréquentent le golfe du Saint-Laurent entre le printemps et l'automne, ont permis de cataloguer 382 individus depuis 1979 (Sears, 1983; Sears et al., 1990). La plupart de ces baleines ont été observées le long de la Côte-Nord du Québec dans la région des îles Mingan et de l'île d'Anticosti, au large de la Gaspésie, et dans l'estuaire du Saint-Laurent, jusqu’au Saguenay.

Le rorqual bleu pénètre dans le golfe du Saint-Laurent par le détroit de Cabot, entre la fin mars et le début avril, au moment de la débâcle (Lien et al., 1987; Sears et al., 1990), et on l’observe fréquemment dans le Saint-Laurent entre la fin mai et décembre.

Bien qu'on puisse observer des rorquals bleus dès le début avril dans les eaux de la Côte-Nord du Saint-Laurent, on les aperçoit d'abord régulièrement au large de la pointe orientale de la Gaspésie à la fin avril et surtout en juin. À la fin juillet, on les trouve dans l'estuaire du Saint-Laurent, où on a déjà signalé des concentrations de 20 à 40 individus entre le niveau de Forestville et le Saguenay, au mois d'août. Les données de photo-idendification révèlent que les rorquals bleus se dispersent depuis la région de Gaspé vers l'estuaire et la Côte-Nord en juin, en juillet et en août. Les observations atteignent un sommet dans l'estuaire en août, certains individus y restant de deux à trois mois. Bien qu'on en observe encore régulièrement dans l'estuaire en septembre et en octobre, certains des rorquals qui s’y trouvaient en août reviennent vers l'est en longeant la Côte-Nord vers Sept-Îles et les îles Mingan, où on les voit régulièrement à cette époque de l'année. On observe aussi des rorquals bleus, quoique moins souvent, dans le Nord-Est du golfe entre juin et novembre.

On a déjà observé des rorquals bleus dans le Saint-Laurent aussi tard qu'en décembre et en janvier (R. Sears, données inédites), et parfois même jusqu'en février (J. Giard, comm. pers.). En fait, il n’est pas rare d’en observer au large de la pointe orientale de la Gaspésie en décembre. En janvier 1997, on en a aperçu 8 à 10 (R. Sears, données inédites) qui se nourrissaient près de la surface, dans la baie Sainte-Marguerite, près de Sept-Îles, sous la bouillie de glace et tout près des crêpes de glace, à moins de quatre milles de la côte. Ces observations révèlent que, les années où le manteau glaciel est mince, quelques rorquals bleus peuvent rester dans le Saint-Laurent presque tout l'hiver.

Les relevés aériens effectuées au-dessus du Saint-Laurent par Sears et Williamson (1982), ainsi que par Kingsley et Reeves (1998) confirment cette répartition des rorquals bleus le long de la rive nord du golfe, notamment dans la région allant de l'estuaire à l'île d'Anticosti.

Le nombre de rorquals bleus photo-identifiés chaque année dans le Saint-Laurent peut varier de 20 à 105. Sur les 382 baleines cataloguées, un noyau de
40 p. 100 revient régulièrement dans le Saint-Laurent chaque année. Les 60 p. 100 restants ont été observés au cours de moins de trois saisons de terrain depuis 1979, et vivent probablement à l'extérieur du Saint-Laurent, en bordure des eaux du plateau, entre la mer du Labrador et le détroit de Davis, au nord, jusqu'au Bonnet Flamand, à l'est, et en Nouvelle-Angleterre, au sud.

Les données de photo-identification hors du golfe du Saint-Laurent sont limitées. Vingt-six rorquals ont été photographiés à Terre-Neuve, sur la plate-forme Néo-écossaise et dans le golfe du Maine (MICS, données inédites). Neuf des 18 baleines photographiées sur la plate-forme Néo-Écossaise (Hooker et al., 1999; MICS, données inédites) avaient également été observées dans le Saint-Laurent. Trois autres, repérées dans le Sud de la baie de Fundy (Tobin, comm. pers.), ne correspondaient pas aux photographies des baleines identifiées dans le Saint-Laurent, mais l'échantillon est petit. Trois des quatre rorquals bleus photo-identifiés dans le golfe du Maine correspondaient à des baleines observées dans le Saint-Laurent (IWC, 1982; Wenzel et al., 1988), ce qui signifie qu'il s'agit du même stock de l'Est du Canada.

De 1966 à 1969, les baleiniers ont régulièrement observé des rorquals bleus sur la plate-forme Néo-Écossaise entre juin et novembre (Sutcliffe et Brodie, 1977), mais peu de mentions ont été signalées depuis (CETAP, 1982; Scott Kraus, comm. pers.; Clapham, comm. pers.). Des échouages de rorquals bleus isolés ont été signalés à l'île de Sable en 1958 (Sergeant et al., 1970) et sur la rive nord de l'île de Sable en janvier 1974 (Lucas et Hooker, 2000).

Au large de la côte du Labrador, on n'aperçoit des rorquals bleus que de façon sporadique (Sergeant, 1966; Boles, 1980). Les baleiniers chassant depuis le Labrador et Terre-Neuve en capturaient surtout le long des côtes sud et ouest de Terre-Neuve, dans le Nord du golfe du Saint-Laurent et dans le détroit de Belle-Isle, mais rarement à l'est de Terre-Neuve ou du Labrador (Sergeant, 1966). La présence régulière de rorquals bleus dans les eaux du sud-ouest de Terre-Neuve est confirmée par des échouages à la fin de l'hiver et au début du printemps, tel que décrit par Sergeant (1982). On signale également à l'occasion la présence de rorquals bleus à Saint-Pierre et Miquelon (Desbrosse et Etcheberry, 1987).

Le cas d'un rorqual bleu observé régulièrement dans le Saint-Laurent pendant 15 ans et observé de nouveau au large du Groenland en 1988 et en 1989 (Sears et Larsen, 2002) vient corroborer les affirmations d'Ingebrigtsen (1929) et de Jonsgård (1955), selon qui les rorquals bleus présents dans les eaux de l'Est du Canada au printemps migraient vers le détroit de Davis. Bien qu'on ait déjà observé des rorquals bleus dans le détroit d'Hudson, jamais on n'en a vu pénétrer dans la baie d'Hudson (Yochem et Leatherwood, 1985).

Figure 2. Pourcentage de rorquals bleus identifiés par la Station de recherche des Îles Mingan dans le golfe du Saint-Laurent, qui n'avaient jamais été identifiés au cours d'une année antérieure.

Figure 2. Pourcentage de rorquals bleus identifiés par la Station de recherche des Îles Mingan dans le golfe du Saint-Laurent, qui n'avaient jamais été identifiés au cours d'une année antérieure.

Pacifique Nord

Dans le monde

Le rorqual bleu est largement réparti dans toutes les eaux côtières et pélagiques du Pacifique Nord, depuis le Sud du Japon jusqu'au Kamchatcka et aux îles Aléoutiennes occidentales dans le secteur ouest du Pacifique Nord, depuis Hawaï jusqu'aux îles Aléoutiennes dans le centre du Pacifique Nord, et depuis le Pacifique tropical oriental jusqu'au golfe d'Alaska dans le secteur est du Pacifique Nord (figure 1). Les données sur sa répartition proviennent des régions où l'espèce était chassée autrefois, de rapports d'observation et d'enregistrements de vocalisations. La chasse s'est pratiquée dans la première moitié du XXe siècle, surtout au sud et au nord du Japon, au large du Kamchatcka et des îles Kouriles, au sud des îles Aléoutiennes et dans le golfe d'Alaska, ainsi qu'au large de la Colombie-Britannique, de la Californie et de la Basse-Californie (Nishiwaki, 1966; Brueggeman et al., 1985; Ohsumi et Wada, 1972; Rice, 1966; Pike et MacAskie, 1969; Gregr et al., 2000).

La répartition de l'espèce depuis la fin de la chasse à la baleine est plus ambiguë. Les mentions demeurent rares dans la portion occidentale du Pacifique Nord. Les navires de reconnaissance japonais ont signalé la présence de rorquals bleus dans de vastes secteurs du Nord du Pacifique Nord, même après la fin de la chasse intensive (Wada, 1980). Des relevés effectués dans d'anciennes régions de chasse à la baleine au large des Aléoutiennes et dans le golfe d'Alaska n'ont pas permis d'y repérer de rorquals bleus (Rice et Wolman, 1982; Brueggeman et al., 1987, 1988; Reeves et al., 1985; Forney et al., 1995). On a détecté des vocalisations dans de nombreux secteurs du Pacifique Nord, et même dans des régions où les mentions de l'espèce sont rares (McDonald et al., 1995; Stafford et al., 1999, 2001; Stafford, 2000; Watkins et al., 2000; Northrop et al., 1971; Thompson et Friedl, 1982). Les appels détectés témoignent certes de la présence de rorquals bleus dans de nombreux secteurs de leur ancienne aire de répartition, mais ils ne permettent pas d'en déterminer le nombre.

La structure du stock de rorquals bleus dans le Pacifique Nord n’est pas bien définie. Pour la International Whaling Commission (IWC), ces rorquals font partie d'une même unité de gestion (Donovan, 1991). Gambell (1979) délimite trois grandes zones de concentration estivale, entre lesquelles il peut y avoir des échanges. Dernièrement, Reeves et al. (1998) ont évoqué l'existence possible d'au moins cinq sous-populations se mélangeant à des degrés inconnus : 1) Sud du Japon (probablement disparue aujourd’hui); 2) Nord du Japon/Kouriles/Kamchatka; 3) îles Aléoutiennes (hivernage au nord d’Hawaï); 4) Est du golfe d’Alaska; 5) Californie/Mexique. L’analyse des vocalisations a permis de distinguer deux types d’appels distincts : un qui prévaut dans l’Ouest et le Centre du Pacifique Nord, et l’autre dans l’Est (Stafford et al. 2001). Il semble donc y avoir au moins deux populations de rorquals bleus dans le Pacifique Nord d’après les différences dans les types d’appels, ce qui porte à croire qu'il pourrait en exister d’autres populations, dont certaines ont peut-être disparu à l'époque de la chasse à la baleine.

Des recherches récentes ont porté sur une grosse population qui se déplace au minimum depuis le Pacifique tropical oriental jusqu’au large de la Californie, au nord. Les études de photo-identification ont mis en évidence d'importants déplacements entre la mer de Cortez et la côte Ouest de la Basse-Californie à la fin de l’hiver et au printemps, et la Californie en été et en automne (Calambokidis et al., 1990; Sears, 1987). Malgré l'impressionnant volume de renseignements recueillis sur les vocalisations, les déplacements, les habitudes alimentaires et la taille des populations de ce groupe, plusieurs aspects fondamentaux de leurs déplacements et de leur structure démographique ne sont toujours pas bien compris.

On observe des rorquals bleus dans le Pacifique tropical oriental (PTO) pendant la majeure partie de l’année, ce qui indique soit que les populations des hémisphères Nord et Sud fréquentent ces eaux en alternance, soit qu’il s’y trouve une population résidente (Reilly et Thayer, 1990; Wade et Friedrichsen, 1979). En se fondant sur la photo-identification des baleines (Chandler et al., 1999), sur les déplacements de baleines munies d’étiquettes électroniques et suivies par satellite (Mate et al., 1999), ainsi que sur la similarité des appels acoustiques (Stafford et al., 1999, 2001), on a montré dernièrement que les rorquals bleus présents en hiver dans le PTO font partie de la grande population du Nord-Est du Pacifique. Par contre, la photo-identification n’a pas encore permis d’apparier les rorquals bleus observés en été dans le PTO à ceux du Nord-Est du Pacifique. Deux types d’appels qu’on croit propres au rorqual bleu austral ont également été détectés dans le PTO, quoique plus au sud que l’endroit où les appels des animaux de l’Est du Pacifique Nord étaient prévalants; ces appels atteignaient également un pic pendant la saison opposée (l’été austral) (Stafford et al., 1999). Ces résultats évoquent une utilisation saisonnière alternée des eaux du PTO par les populations de rorquals bleus des hémisphères Sud et Nord.

Les relations entre les rorquals bleus observés entre le PTO et la Californie et ceux que l’on retrouve plus au nord jusqu'en Alaska, demeurent ambiguës. On a peu observé de rorquals au nord de la Californie dernièrement, bien qu’on en ait aperçu quelques-uns récemment au large de l’Oregon, de la Colombie-Britannique et de l’Alaska. On détecte toutefois régulièrement des appels de rorquals bleus de l’Est du Pacifique Nord (identiques à ceux entendus dans le PTO et au large de la Californie) au large de l’Oregon, de l’État de Washington, de la Colombie-Britannique et dans le golfe d’Alaska (Stafford et al., 2001; Stafford, 2000; McDonald et al., 1995).

Un certain nombre d’indices nous portent à croire que les rorquals bleus qui hivernent au large de l’Amérique centrale et du Mexique et estivent principalement au large de la Californie sont distincts de ceux qui estivent au large de l’Alaska. Ces indices sont les suivants : 1) la présence apparente de la totalité de cette population au large du Mexique et de la Californie, indiquée par la concordance étroite entre les relevés sur transects réalisés à partir de navires et les estimations établies par des programmes de marquage-recapture d’animaux identifiés individuellement (Barlow et Calambokidis, 1995), de même que la présence d'un grand nombre de rorquals au large de la Californie au printemps, en été et à l’automne; 2) l'existence d'importantes différences de longueur entre les rorquals bleus capturés au large de l'Alaska lors de la chasse à la baleine et ceux qui ont été capturés ou mesurés par des méthodes photogrammétriques au large de la Californie (Gilpatrick et al., 1995); 3) la présence, sur les rorquals bleus de Californie, d’épizoïtes d’eaux tempérées (rémoras, balanes et copépodes) qu’on ne trouve pas sur les autres mysticètes qui migrent vers des eaux froides plus au nord (Rice, 1992); 4) l’échec apparent du rétablissement des rorquals bleus dans les aires qu’ils fréquentaient autrefois en Alaska (Rice et Wolman, 1982; Brueggeman et al., 1987, 1988; Reeves et al., 1985; Forney et al., 1995), qui contraste avec l'état de la population du large de la Californie et du Mexique, abondante et en expansion (Barlow, 1994).

Dans l’Ouest du Canada

Bien qu’on ait chassé le rorqual bleu jusqu’en 1967 en Colombie-Britannique (Pike et MacAskie, 1969; Gregr, 2000), on ne l’a observé que rarement ces dernières années au large de la province ou dans les eaux adjacentes de l’État de Washington ou du Sud-Est de l’Alaska. Il faudra toutefois faire d’autres relevés dans les anciens territoires de chasse de l’Ouest du Canada pour s’assurer que la rareté des mentions ne découle pas de l’insuffisance des efforts de recensement. Un rorqual bleu a été aperçu le 12 juin 1997 près des îles de la Reine-Charlotte, dans le Nord de la Colombie-Britannique; cette mention est analysée plus en détail ci-dessous. On a aussi observé récemment quelques rorquals isolés au sud de l’île de Vancouver en été (Brian Gisborne, comm. pers.), ainsi qu’un autre au large du cap Scott, au nord de l’île de Vancouver, le 1er octobre 2001, à 50°17 4’de latitude N. et 132°13’ de longitude O., depuis le NR Tully. Cummings (comm. pers.) a réalisé des enregistrements acoustiques au nord des îles de la Reine-Charlotte, et on a régulièrement détecté des rorquals bleus à l’aide de six hydrophones placés sur le fond marin au large de la Colombie-Britannique et dans le golfe d’Alaska (Stafford, 2000). On a également entendu des vocalisations de rorqual bleu dans les eaux pélagiques et côtières de la Colombie-Britannique, notamment à l’aide de batteries d’hydrophones placées sur le fond marin, en été et en automne, au large de l’Oregon et de l’État de Washington (Stafford, 1995; Stafford et Fox, 1998; McDonald et al., 1995).

Des baleiniers japonais qui effectuaient des relevés de reconnaissance dans le Pacifique Nord entre 1965 et 1978 ont signalé la présence de rorquals bleus dans les eaux de la Colombie-Britannique (Wada, 1980). Bien qu’il soit difficile de traduire la fréquence des observations réalisées dans le cadre de ces relevés en termes de densité ou d'abondance, cette fréquence n’en est pas moins passablement élevée pour les deux blocs de 5 degrés (de 45 à 55º de latitude N. et de 130 à 135º de longitude O.) du large de la Colombie-Britannique, comparativement à la plupart des autres secteurs du Pacifique Nord ayant fait l’objet de relevés.

Les déplacements des rorquals bleus dans les eaux de la Colombie-Britannique ont été documentés de plusieurs façons. On s’est servi d'étiquettes de repérage implantées dans les baleines par les baleiniers pour étudier leurs déplacements d’après l’endroit où elles étaient tuées et où on récupérait les étiquettes par la suite. Le Japon, la Russie et les États-Unis (Omura et Ohsumi, 1964; Rice, 1966; Ivashin et Rovnin, 1967; Ohsumi et Masaki, 1975) ont mis en place des programmes d’étiquetage de repérage des rorquals bleus dans le Pacifique Nord. Le déplacement le plus long d'un animal provenant du large de la Colombie-Britannique a été noté pour un rorqual bleu marqué le 4 mai 1963 au large de l’île de Vancouver et récupéré un an plus tard, le 21 juin 1964, juste au sud de l’île Kodiak (Ivashin et Rovnin, 1967). Cette observation vient étayer l’idée selon laquelle les rorquals bleus qu'on capturait dans les eaux de la Colombie-Britannique se rendaient dans leurs aires d’alimentation du golfe d’Alaska ou en revenaient.

Les déplacements d'un rorqual seul au large de la Colombie-Britannique ont également été documentés par photo-identification. Cette baleine (no 1110), identifiée le 12 juin 1997 (photographiée par Randy Burke) au large des îles de la Reine-Charlotte, dans le Nord de la province, a été aperçue de nouveau dans le chenal de Santa Barbara le 10 juillet 1997, parmi les centaines de rorquals bleus identifiés au large de la Californie dans le cadre de l’étude à long terme menée par Cascadia Research. Ce déplacement représente une distance minimale de 2 500 km, parcourue en 28 jours au maximum, ce qui donne une vitesse moyenne minimale légèrement supérieure à 3,7 km/h. Cette baleine a été observée de nouveau quelques jours plus tard, soit le 14 juillet 1997, juste à l’ouest du chenal de Santa Barbara.

Cette observation constitue le premier appariement entre des rorquals bleus identifiés dans les eaux de la Californie et des eaux plus septentrionales. On avait certes déjà émis l'hypothèse que les rorquals se déplaçaient de la Californie jusqu’aux aires d’alimentation en Alaska (Rice, 1974), mais sans guère disposer de preuves directes. La direction et le choix du moment de ce déplacement depuis les îles de la Reine-Charlotte vers la Californie sont également étonnants. En effet, au printemps et au début de l’été, la plupart des rorquals bleus observés le long de la côte du Mexique et de la Californie semblent prendre la direction nord. Le déplacement vers le sud de cet animal au début de l’été ne correspond pas à ce profil. Cette baleine se déplaçait vers le sud lorsqu’elle a été aperçue au large de la Colombie-Britannique.

Ces observations récentes des déplacements et les similitudes relevées entre les types d’appel entendus entre la Colombie-Britannique et les autres secteurs de l’Est du Pacifique Nord indiquent que les rorquals bleus des eaux de l’ouest canadien font partie de la grande population de l’Est du Pacifique Nord, qui estive principalement au large de la Californie. Cependant, malgré les quelques renseignements dont nous disposons, l’étendue de leur présence et les profils de leurs déplacements demeurent en grande partie inconnus.