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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le rorqual bleu au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

 

Chasse à la baleine et protection

Environ 1 500 rorquals bleus ont été capturés dans les eaux de l’Est du Canada entre 1898 et 1951 (Sergeant, 1966; Mitchell, 1974), dont de 80 à 100 par une station baleinière installée à Sept-Îles, au Québec, entre 1911 et 1915 (Mitchell, 1975). Les baleiniers norvégiens et groenlandais qui chassaient entre 1922 et 1958 dans le détroit de Davis, où les prises étaient relativement faibles, n’en ont capturé que 103 (Kapel, 1979). Dans le détroit de Davis, la plupart des rorquals ont été capturés dans la région de la baie Disko, surtout en juillet et en août (Kapel, 1979). Entre la fin du XIXe siècle et 1960, au moins 11 000 rorquals bleus ont été tués dans l’Atlantique Nord, les prises culminant entre 1868 et 1920 (Sigurjónsson et Gunnlaugsson, 1990). Environ 6 000 rorquals ont été capturés dans les eaux islandaises, de 3 500 à 3 800 dans les eaux norvégiennes, et un nombre moins élevé au large des îles Féroé et Shetland, du Spitsberg et de l’Irlande (Christensen et al., 1992).

Après 1951, peu de rorquals bleus ont été capturés dans les eaux de l’Est du Canada, et en 1955, la IWC en interdisait la chasse dans l’Atlantique Nord. L’Islande n’a cependant pas ratifié ce moratoire avant 1960. À partir de 1965, le rorqual bleu était protégé dans tous les océans, sauf dans le Pacifique Nord, pour finalement être protégé à l’échelle mondiale en 1966 (Reeves et al., 1998). Trois rorquals ont cependant été illégalement abattus par des baleiniers à des stations de la côte Est du Canada entre 1966 et 1969 (Mitchell, 1974a).

Dans le Pacifique Nord, les baleiniers ont capturé au moins 9 500 rorquals bleus entre 1910 et 1965 (Ohsumi et Wada, 1972); en 1966, l’espèce a été protégée par la IWC. Selon Tonnessen et Johnsen (1982), quelque 2 000 baleines ont été capturées entre 1919 et 1929 au large de la côte Ouest de l’Amérique du Nord. Dans un rapport chevauchant en partie ce dernier, Rice (1992) fait état de la capture d’au moins 1 378 rorquals bleus par des baleiniers hauturiers au large de la Basse-Californie et de la Californie entre 1913 et 1937.

Le rorqual bleu était chassé depuis les stations côtières de la Colombie-Britannique dès le début du XXe siècle (Pike, 1962; Pike et MacAskie, 1969; Tonnessen et Johnsen, 1982; Webb, 1988; Nichol et Heise, 1992; Gregr et al., 2000). Trois stations se trouvaient sur la côte Ouest de l’île de Vancouver (chenal Sechart-baie Barkley, Kyuquot et Coal Harbour) et deux autres sur les îles de la Reine-Charlotte (Rose Harbour et Naden Harbour) (Pike et MacAskie, 1969). Entre 1910 environ et 1965, date à laquelle la chasse a été interdite par la IWC, Commission baleinière internationale, plus de 600 rorquals ont été capturés. Cette estimation du nombre de rorquals tués est fort conservatrice, car les dossiers de 1905 à 1912 ne sont pas complets. Nichol et Heise (1992) signalent que 640 rorquals bleus ont été capturés entre 1910 et 1943 par les stations de Rose Harbour et de Naden Harbour, d’après l’examen des journaux de bord. C’est en 1923 qu’on a capturé le plus grand nombre de rorquals au cours d’une même année, soit 62. Pendant la plus grande partie de la période où ils ont été chassés au large de la Colombie-Britannique, les rorquals bleus ne constituaient qu’une proportion relativement faible des prises des baleiniers, qui capturaient encore davantage de rorquals à bosse, de rorquals communs, de rorquals boréals et de cachalots.

Les données montrent clairement que la chasse à la baleine a décimé les populations de rorquals bleus dans les eaux de la Colombie-Britannique. Les prises ont diminué au cours des dernières années de la chasse, et entre 1948 et 1965, la longueur moyenne des rorquals capturés a chuté, tout comme le taux de gestation de l’espèce (Gregr et al., 2000). D’après les profils mensuels du nombre de baleines tuées, Gregr et al. (2000) ont conclu que les rorquals bleus migraient le long de l’île de Vancouver en été.

Effets des glaces

La mortalité naturelle attribuable aux glaces charriées par le vent et par les courants à la fin de l’hiver et au début du printemps, chez les rorquals bleus de l’Est du Canada, le long de la côte de Terre-Neuve, est bien documentée (Sergeant, 1982; Sears et al., 1990). Les rorquals du Saint-Laurent portent d’ailleurs sur le dos des cicatrices témoignant de blessures vraisemblablement causées par la glace (Sears et al., 1990).

Prédation

Chez les rorquals bleus du Saint-Laurent, rares sont les spécimens portant les marques en forme de râteau qu’on attribue à une attaque par un épaulard (Orcinus orca), et jamais on n’a signalé d’attaque d’un épaulard contre un rorqual bleu (Sears et al., 1990). Dans la mer de Cortez, au moins 25 p. 100 des rorquals observés (R. Sears, données inédites) portent ce genre de traces. Tarpy (1979) décrit par ailleurs un groupe d’épaulards attaquant et blessant à mort un rorqual bleu au large de la Basse-Californie, ce qui indique que les rorquals peuvent être tués par ce genre de prédateur.

Trafic maritime

La mortalité « non naturelle » due aux navires pourrait constituer un facteur dans le Saint-Laurent, où le trafic maritime est intense, en particulier dans l’estuaire, où il est concentré dans un secteur relativement restreint et où les routes maritimes passent dans des zones régulièrement fréquentées par le rorqual bleu. On a observé de profondes blessures et des cicatrices attribuables à des contacts avec l’hélice ou la coque de gros navires chez 16 p. 100 des rorquals du Saint-Laurent. Malgré le peu de preuves directes que nous possédons de mortalités attribuables à une collision avec un navire, le nombre relativement élevé de rorquals (58) portant des cicatrices que l’on peut relier à une telle collision indique que cela pourrait vraisemblablement poser un problème sérieux. Un jeune rorqual frappé et tué par un pétrolier au large de la Nouvelle-Angleterre a été transporté dans la baie de Narragansett en mars 1998 (National Marine Fisheries Service, 1998). Au large de la Californie, entre 1980 et 1993, les collisions avec des navires ont causé la mort d’au moins quatre (peut-être six) rorquals bleus (Barlow et al., 1997). Il se pourrait que les baleines frappées et tuées par des navires se déplaçant à grande vitesse coulent directement au fond sans qu’on s’en aperçoive. Les porte-conteneurs à grande vitesse, communs partout dans le monde, y compris dans le Saint-Laurent, pourraient constituer l’une des plus lourdes menaces à peser sur l’espèce. On a constaté que les gros navires filant à plus de 14 nœuds (26 km/h) sont la principale source de collisions mortelles chez les baleines (Laist et al., 2001). Transports Canada signale que 5 000 gros navires commerciaux sont passés devant la station de pilotage des Escoumins, dans l’estuaire du Saint-Laurent, à une vitesse moyenne de 12 à 15 nœuds entre avril 2000 et janvier 2001, et que 500 autres sont entrés dans le golfe, mais sans aller au-delà de Baie-Comeau.

Le cas de la baleine noire (Eubalaena glacialis) de l’Atlantique Nord est un bon exemple du lourd impact que peuvent avoir les collisions avec des navires sur une population. Le long du littoral oriental, où de telles collisions ont tué plus de baleines noires que toutes les autres causes de mortalité recensées, au moins 17 baleines ont été tuées de cette façon (Kraus, 1990; Kenney et Kraus, 1993; Knowlton et Kraus, sous presse).

Observation des baleines

La forte hausse des activités d'observation des baleines qui a eu lieu récemment dans l'estuaire du Saint-Laurent entre les Escoumins et le Saguenay, à la limite orientale de l'aire de répartition du rorqual bleu dans le Saint-Laurent, pourrait être une source de préoccupation. Vu le nombre d’embarcations (jusqu'à 50), qui transportent plus de 350 000 touristes par année et font plus de 9 000 sorties pendant la saison (de mai à octobre), elles sont parfois de 7 à 13 à croiser simultanément très près (moins de 20 m) des rorquals bleus. Dans le Pacifique Nord, des entreprises d’observation des rorquals bleus ont vu le jour ou se sont développées en plusieurs endroits sur les côtes de Californie ou dans la mer de Cortez, au Mexique; d’autres sont nées dans la baie de Monterey et le chenal de Santa Barbara au cours des dix dernières années, et plus d'une demi-douzaine de bateaux croisent aujourd’hui dans chaque région.

La vitesse de croisière des bateaux d'excursion varie de 10 à 35 nœuds, la plupart se situant dans le haut de cette gamme. Malgré l’absence de preuves manifestes d'impact sur les rorquals bleus, la présence de ces bateaux si près des baleines et se déplaçant souvent à haute vitesse là où elles se rassemblent en grand nombre pourrait être une cause de stress pour ces animaux, et le phénomène mérite d'être suivi de près. Il serait bon d'adopter une approche prudente compte tenu de la congestion créée par les bateaux d'excursion et les gros navires commerciaux qui passent régulièrement dans cette région.

Pêche

Les engins de pêche, comme les filets maillants, qui ont causé la mort par noyade d'au moins trois rorquals bleus dans le Saint-Laurent depuis 1979, doivent faire l'objet d'une surveillance, même si leurs impacts directs globaux sur l'espèce ne semblent pas aussi graves ni fréquents que ceux de la navigation.

Pollution

Pour une espèce marine comme le rorqual bleu, les impacts sur l'habitat ne se manifestent pas tant sous la forme de la disparition de celui-ci que sous celle de sa dégradation, notamment dans les régions où l'animal entre en étroit contact avec les populations humaines. La dégradation à long terme de l'habitat peut être causée par l'accumulation d'hydrocarbures et d'autres contaminants persistants, comme les PCB et les pesticides, qui ont un effet indésirable sur la chaîne trophique et la reproduction. De fortes concentrations de PCB et de pesticides ont été relevées chez les rorquals bleus du Saint-Laurent (Sears et al., 1999). Un dosage des pesticides organochlorés et des PCB dans des échantillons de graisse prélevées chez 38 mâles et 27 femelles du golfe du Saint-Laurent entre 1992 et 1999 a mis en évidence d'importantes différences entre les mâles et les femelles, ces dernières affichant des concentrations plus faibles à cause du transfert des contaminants lipophiles de la mère aux petits par voie transplacentaire et par le lait. Les profils de contaminants (p. ex. les congénères des PCB) ne semblent toutefois pas différer selon le sexe. Les concentrations de contaminants sont apparues stables pendant la période d’échantillonnage, oscillant respectivement entre 210 et 730 ng/g de lipides et 113 et 245 ng/g de lipides pour le DDT total et les PCB totaux chez les mâles. Les concentrations de contaminants persistants dans la graisse du rorqual bleu étaient environ deux fois inférieures à celles relevées chez le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent, ce qui pourrait s'expliquer par le fait que les rorquals fréquentent la région de façon plus intermittente et se nourrissent à un échelon inférieur de la chaîne trophique par rapport aux odontocètes. Il peut toutefois arriver que les balaenoptéridés mobilisent eux aussi leurs réserves de graisse en hiver, augmentant ainsi leur exposition aux contaminants. Les concentrations de contaminants chez les petits sont souvent similaires à celles des mères, ce qui soulève des préoccupations quant aux impacts toxicologiques de l'exposition aux contaminants durant les premiers stades de la vie, pendant lesquels l'animal est plus vulnérable (Sears et al., 1999; Metcalfe et Koenig, 2001). Il faudra faire d'autres études pour savoir s'il y a un lien entre les contaminants et le taux apparemment faible de mise bas observé dans le golfe du Saint-Laurent. 

Abondance des proies et changement climatique 

Plusieurs indices portent à croire qu'il y a eu, dans le système de courants de la Californie, des changements d’envergure dans l'abondance des proies qui pourraient avoir une incidence sur le rorqual bleu. On a en effet relevé d’importantes chutes dans l'abondance totale de zooplancton au large de la Californie depuis les années 1970, chutes que l’on a associées à l'augmentation de la température des eaux superficielles (Roemmich et McGowan, 1995). Ces changements ont apparemment entraîné un déclin de 90 p. 100 chez un autre prédateur marin se nourrissant d'euphausiacés, le Puffin fuligineux, dans les eaux du Sud et du Centre de la Californie et de l’État de Washington (Veit et al., 1997). L'abondance globale des oiseaux marins au large du Sud de la Californie a chuté de 40 p. 100 entre 1987 et 1994 (Veit et al., 1996), phénomène associé au réchauffement graduel de l'océan et qui pourrait avoir une lourde incidence sur les autres espèces comme le rorqual bleu.