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Rapport de situation du COSEPAC sur le meunier de Salish au Canada 2002

Besoins en matière d'habitat

Selon Pearson (1998c), le meunier de Salish fréquente des habitats variés. Dernièrement, il en a observé une concentration dans les zones profondes de secteurs d'amont marécageux à couvert dense (Pearson, comm. pers., 2002). Au Canada, il en a trouvé dans de petits cours d’eau de basses terres associés à des étangs. La vitesse d'écoulement, de même que la profondeur et les types hydrauliques des cours d’eau où l’on trouve l’espèce varient, mais c'est dans les zones à courant lent, à substrat de sable ou de limon végétalisé, avec couvert végétal, qu’on la capture le plus souvent (Inglis et al., 1992). On ne connaît pas son habitat d'hiver, mais elle a vraisemblablement besoin d'un refuge hors du cours principal pendant les périodes de débit élevé. Bien qu’on en ait trouvé dans les mêmes habitats que les adultes, les jeunes de l'année semblent préférer les zones où le couvert végétal surplombant est plus dense (Inglis et al., 1992); on les rencontre le plus souvent en pêchant à la senne dans les tronçons formant des bassins.

Inglis souligne par ailleurs qu'on ne connaît toujours pas les préférences et les limites de température du meunier de Salish même si, d’après des données circonstancielles, il peut survivre au moins à de courtes expositions à des températures élevées, comme le meunier rouge qui lui est étroitement apparenté. Ces deux poissons ont en effet souvent été capturés dans des eaux dont la température dépassait les 20 oC en été. Inglis mentionne qu'on a capturé des meuniers de Salish qui ont été remis à l'eau avec des saumons, dans une fosse isolée du ruisseau Cave où l'eau était à 21 oC. Lors d'un nouvel échantillonnage de la fosse, tous les cohos étaient morts. Ce chercheur note en outre que le meunier rouge acclimaté à 14 oC tolère des températures élevées, la température létale supérieure se situant à 26,9 oC (Black, 1952). Ces niveaux de tolérance aux températures pourraient aussi s'observer chez le meunier de Salish, mais on ne possède encore aucune donnée à cet effet.

Tendances

Des habitats du meunier de Salish ont disparu ces dernières années à cause de l’exploitation agricole, industrielle et urbaine. L'espèce ne fréquente plus la rivière Campbell. On ne l'a par ailleurs jamais observée dans les rivières Sumas, Vedder et Chilliwack entre le ruisseau Chilliwack et le bassin de la Nooksack, la population précaire du ruisseau Salwein faisant figure d’exception. La présence de cette dernière population donne à penser qu'historiquement, l’aire de répartition a dû être plus large et inclure la Sumas, ce qui permettrait d’expliquer la répartition actuelle. Malheureusement, on ne possède aucune mention canadienne de l'espèce antérieure à 1950. Le meunier de Salish a disparu du ruisseau Howes (un affluent du ruisseau Bertrand, figure 4) et est confiné à quelques portions d’autres bassins (Chilliwack, Salmon, Miami et Campbell), probablement à cause du remodelage du tracé des cours d’eau, de l'irrigation et du ruissellement pollué associé à l'agriculture. La prédominance, au Canada, des meuniers de Salish en milieu lotique ne semble pas concorder avec la répartition américaine de l’espèce, qui englobe deux lacs très éloignés l'un de l'autre, en plus de ce que Blood (1993) décrit comme un marécage.

À l'heure actuelle, la sensibilisation du public à la situation du meunier de Salish favorise un certain rétablissement dans de petites portions de son aire de répartition antérieure. On continue cependant à déboiser les berges sur les terres agricoles classées, et plusieurs sources importantes de sédiments et de matières nutritives dégradent ou détruisent l'habitat à l'échelle locale. Si l'intérêt que manifestent actuellement les citoyens pour l'espèce se maintient et si ce poisson continue de fréquenter les mêmes habitats qu'aujourd'hui, il y a peut-être lieu d'être optimiste pour la survie de l'espèce. L’expansion agricole, industrielle et urbaine menace cependant toutes les populations et nuit aux efforts de rétablissement et peut-être aussi à la diversité génétique des populations (p. ex. haplotypes du ND2 de l’ADNmt trouvés seulement dans la population du ruisseau Pepin).

Des poissons exotiques de l'Est de l'Amérique du Nord ont été introduits mais sans qu’on n’ait jamais signalé d'effets indésirables. Les Lepomis et les Micropterus consomment toutefois certainement des alevins et certains adultes dont la taille s’y prête. Aucune étude n’a non plus été faite sur l’effet de l’introduction du ouaouaron sur l’espèce dans la région à l'étude. En 2000, plusieurs milliers de jeunes achigans ont été interceptés à une barrière à poissons au moment où ils quittaient les étangs d'un affluent du ruisseau Pepin pour le cours principal, où l’on trouve la plus forte concentration de meuniers de Salish au Canada. Les intenses efforts d’éradication des achigans n'ont rien donné, et la barrière n'est plus en opération à cause de contraintes budgétaires (Pearson, comm. pers., 2002).

Protection et propriété des terrains 

La plupart des terres et des eaux adjacentes au ruisseau Pepin appartiennent à des municipalités ou à des industries; les terres qui bordent le ruisseau Salwein et la rivière Salmon sont des propriétés privées ou fédérales; tous les autres cours d’eau coulent sur des terrains privés (voir Pearson [1998a,b,c, et comm. pers., 2002], qui a fourni les renseignements suivants sur la protection de l'habitat et la propriété des terrains).

Ruisseau Cave (figure 4) 

Un projet visant à aider les poissons à franchir un barrage leur a facilité le passage. Un projet de rétablissement des milieux humides en amont a été jugé irréalisable (Pearson, comm. pers., 2002). 

Ruisseau Bertrand (figure 4)

Divers graves problèmes d'habitat du poisson ont des répercussions sur le ruisseau. Des années de dragage et de canalisation dans les eaux en amont ont fait disparaître la complexité du lit, les refuges hors du cours principal ainsi que l’habitat de reproduction. Quelques projets mis sur pied par des groupes locaux d'intendance environnementale ont toutefois permis d’atténuer ce problème. En plus d’être ainsi affectés, les tronçons du cours moyen manquent d'ombrage sur leurs rives et sont sérieusement endommagés par le bétail. Les travaux d’amélioration doivent mettre l’accent sur la construction de clôtures et la végétalisation de ce segment, car la température de ses eaux influe sur les tronçons très productifs situés en aval. Certains de ces tronçons d’aval ont par ailleurs été endommagés par le bétail et leurs berges sont érodées, problèmes auxquels il faudrait également remédier. 

Ruisseau Pepin (figure 4)

Le plus grave problème d'habitat auquel a fait face le ruisseau était causé par la charge massive de sédiments provenant de gravières situées en amont. Une couche de plus de 1 m d'argile s’est en effet déposée dans le chenal sur une distance d'au moins 1 km en aval de la source du ruisseau. Divers projets de clôturage ont bloqué l'accès du bétail aux tronçons d'aval depuis 1995. L'aménagement de radiers et la lutte locale contre l'alpiste roseau pourraient par ailleurs profiter aux populations de meunier et de naseux des zones cultivées près de l'Avenue 0. L'éclaircissement des denses peuplements d'aulnes sur les berges des zones boisées du parc régional du lac Aldergrove (PRLA) et la plantation d'un sous-étage de conifères pourraient considérablement accélérer la succession naturelle et la recharge du ruisseau en gros débris ligneux. Deux projets expérimentaux de création d'habitat ont été mis en œuvre dernièrement sur le territoire visé. 

Ruisseau Fishtrap (figure 4) 

Le principal problème lié à l'habitat au ruisseau Fishtrap tient à la température élevée des eaux en été dans les tronçons du cours supérieur, dans les environs de la Route 1, de même qu'à l'absence, dans la majeure partie du bassin, de complexité du lit, d'habitat hors du chenal principal et de connexions hydrologiques dans la zone riparienne. La plantation de végétation sur les berges pour réguler la température dans le cours supérieur et les initiatives de complexification du chenal (projets réalisés de concert avec la lutte contre l'alpiste roseau) dans l'ensemble du bassin sont les grandes priorités au chapitre des améliorations à apporter. À plus long terme, il faudra prendre des mesures pour régler les problèmes de qualité et de quantité des eaux pluviales dans les zones urbaines.