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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le bouche coupante au Canada – Mise à jour

Biologie

Généralités

Les étapes clés du cycle vital sont la ponte des œufs, qui sont déposés sur un substrat propre à texture grossière (Moodie, 1966), le stade juvénile (qui nécessite un habitat marginal envahi par les herbes et à courant lent), le stade adulte (substrat grossier dans l’habitat plus profond du chenal principal de la rivière) et l’hivernage (habitat lacustre plus profond relié au chenal principal). Le bouche coupante ne semble pas plus vulnérable que les autres Cyprinidés à l’une ou l’autre de ces étapes du cycle vital.


Reproduction

Le bouche coupante est relativement grand pour un Cyprinidé et peut vivre jusqu’à 22 ans (Lassuy, 1990), mais l’âge maximal signalé dans une population canadienne est de 6 ans (Moodie, 1966), et l’âge moyen des adultes dans la population du lac Wolfe étudiée par Moodie était de 4 à 6 ans. Selon Moodie, les mâles atteignaient la maturité sexuelle à 3 ans et les femelles, à l’âge de 4 ans en général. La reproduction à un âge tardif est un facteur qui contribue à la vulnérabilité d’une espèce, mais ce facteur est moins préoccupant dans le cas du bouche coupante parce que cette espèce n’est pas l’objet d’une pêche sportive ou commerciale.

Dans le cas des populations fluviales, l’habitat et le substrat utilisés pour la fraye sont en grande partie inconnus, mais il s’agit probablement d’un substrat constitué de gravier grossier, de cailloux et de roches, comme on l’a observé chez des espèces étroitement apparentées (par exemple, le méné rose, la sauvagesse du nord et le méné deux-barres) et chez les populations lacustres (Moodie, 1966, résumé dans Scott et Crossman, 1974). La présence d’hybrides (établie d’après les caractéristiques morphologiques des intermédiaires; Patten, 1960; Stewart, 1966) indique que la fraye se déroule peut-être dans des habitats similaires pour toutes ces espèces. La présence de juvéniles dans l’habitat marginal de grands cours d’eau donne à penser que la fraye se déroule dans des radiers du chenal principal plutôt que dans des petits affluents, mais il s’agit là d’une hypothèse. Les populations lacustres frayent dans de petits tributaires (Moodie, 1966). Moodie (1966) a également observé la fraye uniquement à des températures de 17 °C ou plus, et a établi à 6 200 œufs le nombre moyen d’œufs par femelle, fondé sur 6 individus. On ne possède pas davantage de détails sur le comportement et les besoins liés à la reproduction, en particulier pour les populations fluviales.


Survie

On possède peu d’information sur la structure d’âge, la stabilité ou le taux de survie des populations à différentes étapes du cycle vital, ainsi que sur les facteurs qui influent sur la mortalité. L’information disponible provient de la population lacustre étudiée par Moodie (1966, résumé dans Scott et Crossman, 1974). Moodie (1966) a observé des taux de croissance plus élevés chez le bouche coupante de la rivière Okanagan, mais on n’a pas pu déterminer clairement si cette différence reflète des différences intrinsèques dans la qualité de l’habitat ou des effets liés à la densité.

Le potentiel de croissance des populations septentrionales est probablement faible, car les températures et une saison de croissance plus courte limitent vraisemblablement la croissance et le développement des individus. Il est possible qu’il y ait un échec périodique du recrutement dans les populations du nord, étant donné que ce genre de situation est documenté dans le cas d’autres espèces de poissons d’eaux tempérées vivant près de la limite nord de leur aire de répartition (Schuter et al., 1980; Schuter et Post, 1990), mais aucune donnée ne vient étayer cette hypothèse dans le cas du bouche coupante.


Physiologie

Le bouche coupante est un Cyprinidé d’eaux tempérées, et il est probable que les seuils minimaux de température permettant le développement et la croissance aux divers stades du cycle vital (œufs, juvéniles, croissance des adultes et développement des gonades) limitent la répartition de l’espèce en Colombie-Britannique, mais on n’a pas clairement déterminé quel stade précis du cycle vital serait limitatif. L’absence de populations dans des plans d’eau où la température maximale est inférieure à 20 °C ou 2 100 degrés-jours par année (Rosenfeld et al., 2001) appuie l’hypothèse selon laquelle la température est un facteur limitatif.


Déplacements et dispersion

On ne sait rien sur les déplacements du bouche coupante et sa capacité de coloniser un endroit, ni sur ce qui représente un obstacle pour un poisson adulte. On ignore dans quelle mesure le fleuve Fraser constitue une barrière partielle ou complète pour les adultes des populations vivant dans ses affluents; des adultes ont été capturés dans le chenal principal du Fraser (Don McPhail, zoologie de la UBC, comm. pers., 1999), ce qui semble indiquer qu’il y pourrait y avoir certains échanges entre les populations vivant dans les divers affluents.

Il est peu probable qu’il y ait une immigration naturelle à partir des populations du sud, aux États-Unis (bassin du Columbia), vers les populations canadiennes. Il existe une barrière hydrodynamique naturelle dans la rivière Kettle, à Cascade (Colombie-Britannique), qui empêcherait la dispersion naturelle vers l’amont, ainsi qu’un autre obstacle sur la rivière Okanagan, à Okanagan Falls. Les populations du bassin du Fraser sont plus fragmentées et apparemment réparties en groupes relativement isolés. Les populations vivant dans les rivières Blackwater/Nazko/ Euchiniko, Salmon/Muskeg, haute Chilcotin, Nicola et Shuswap sont relativement isolées les unes des autres et ne peuvent pas être repeuplées naturellement à partir de celles de l’extérieur du Canada.


Nutrition et interactions interspécifiques

La productivité des systèmes (disponibilité des éléments nutritifs influant sur la production d’algues) peut probablement constituer un facteur limitatif pour les populations de bouches coupantes, en ce sens que les taux de croissance seraient plus faibles dans les cours d’eau moins productifs. C’est peut-être l’une des raisons qui expliquent pourquoi les populations sont confinées aux cours d’eau et aux lacs intérieurs plus productifs de la Colombie-Britannique, contrairement à celles des autres espèces de cyprinidés (par exemple, le méné rose). Cependant, il existe une forte corrélation entre la productivité des systèmes et la température de l’eau (les cours d’eau de l’intérieur sont à la fois plus chauds et plus productifs), de sorte qu’il est difficile d’établir une distinction entre les effets liés aux conditions trophiques et ceux de la température.

La compétition avec d’autres espèces peut être un facteur limitatif dans certaines populations ou certains habitats, mais il ne s’agit là que d’une hypothèse. Il est moins probable que la compétition soit un facteur important pour les adultes étant donné que leur mode d’alimentation et d’utilisation des ressources est relativement unique dans l’ichtyofaune de la Colombie-Britannique (bien qu’il soit probable que les meuniers – à grandes écailles et de l’ouest – se nourrissent également de périphyton sur des substrats durs). Les bouche coupante juvéniles forment des bancs mixtes avec le méné rose, le méné deux-barres et la sauvagesse du nord, et ils consomment probablement des ressources similaires, de sorte que la compétition revêt probablement une plus grande importance au stade juvénile, mais, là encore, il s’agit que d’une hypothèse.


Comportement et adaptabilité

Le bouche coupante est une espèce assez fortement spécialisée sur le plan trophique et morphologique. La spécialisation des pièces buccales de l’adulte nécessite la présence de périphyton sur des substrats durs en quantité suffisante pour assurer la subsistance des poissons. Cependant, le bouche coupante demeure un poisson omnivore et consomme des invertébrés et des algues au stade adulte – de fait, on peut le capturer à la pêche à la mouche ou en utilisant des appâts vivants (par exemple, des vers). De même, le bouche coupante montre une certaine flexibilité quant à ses besoins en matière d’habitat en ce sens qu’il habite soit des lacs, soit des cours d’eau, pour autant que ceux-ci présentent le substrat dur dont les adultes ont besoin pour se nourrir, ainsi que les habitats propices à la fraye et à la croissance des jeunes.

Le bouche coupante ne semble pas être particulièrement vulnérable aux perturbations ou aux événements stochastiques, mais cette notion est fondée sur des données restreintes, de sorte qu’elle est largement théorique. Comme les populations septentrionales de bouches coupantes sont en faibles densités et quelque peu isolées, elles peuvent être plus exposées à des perturbations liées à des événements stochastiques, et la probabilité d’un rétablissement ou d’une recolonisation est plus faible chez ces populations que dans le cas des populations ou des espèces dont la densité est plus élevée ou dont la répartition est plus continue.

Moodie et Lindsey (1972) ont signalé un comportement agressif de bouches coupantes élevés en aquarium, mais il n’est pas clairement déterminé si l’espèce est territoriale en milieu sauvage (cela semble peu probable, mais il serait intéressant de le vérifier).