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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le bouche coupante au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Le bouche coupante est extrêmement abondant dans de nombreux cours d’eau de son aire de répartition aux États-Unis. C’était l’espèce la plus abondante prise dans la rivière Yakima (Patten et al., 1997), et ce poisson est tout aussi abondant en Oregon (Lassuy, 1990). La densité des juvéniles peut être extrêmement élevée, et la taille des populations vivant dans les grandes rivières est inconnue, mais probablement de l’ordre de dizaines de milliers d’adultes.

La densité et la taille des populations sont beaucoup plus faibles en Colombie-Britannique que dans la partie sud (États-Unis) de l’aire de répartition de l’espèce. Cette situation est probablement liée aux conditions climatiques plus rigoureuses observées vers l’extrémité nord de l’aire de répartition. Dans les populations plus septentriondes de la Colombie-Britannique, le bouche coupante est souvent l’une des espèces les plus rares de la communauté ichtyenne, où il représente en général 2 p. 100 ou moins des prises de poissons dans un bassin hydrographique. Les bouches coupantes capturés récemment dans la rivière Salmon (Muskeg), au nord de Prince George, ne représentaient que 3 ou 4 individus (en comptant les juvéniles) parmi le bon millier de poissons pris pendant l’inventaire des pêches dans l’ensemble du bassin hydrographique. Les faibles densités observées dans les rivières du nord aux eaux plus froides contrastent avec celles des populations de la rivière Nicola, où le bouche coupante est signalé comme étant l’élément dominant de la communauté ichtyenne (R. L. Vadas, comm. pers., 1998). Les populations sont peut‑être un peu plus nombreuses également dans les rivières Kettle et Okanagan, en Colombie-Britannique.

La structure des populations de bouches coupantes n’est pas clairement établie. On n’a pas encore déterminé clairement si le fleuve Fraser constitue un obstacle au déplacement des adultes entre les affluents; selon Haas (1998), les populations sont nettement isolées, mais des adultes ont été capturés dans le chenal principal du Fraser (Don McPhail, zoologie, UBC, comm. pers., 1999), ce qui donne à penser qu’il pourrait y avoir un certain échange d’adultes entre les populations des affluents. De même, il n’est pas clairement établi que les populations lacustres (par exemple, dans le bassin de l’Euchiniko) sont réellement distinctes des populations fluviales d’un même bassin hydrographique. Toutefois, le bouche coupante occupe au moins huit grands bassins hydrographiques, et, en s’appuyant sur des critères prudents, on peut probablement considérer les populations ou complexes de populations de ces bassins comme autant de populations distinctes, soit celles des réseaux Blackwater/Nazko/Euchiniko, Salmon/Muskeg, Similkameen, Okanagan, Kettle, haute Chilcotin, Nicola et Shuswap. Cependant, il est possible que la répartition et la taille des populations dans certains de ces bassins soient très limitées et que les poissons s’y trouvent en densités très faibles.

Il n’y a pas de vraies données disponibles sur les tendances des populations de bouches coupantes en Colombie-Britannique. L’espèce semble occuper actuellement les mêmes bassins hydrographiques que lors des relevés effectués il y a plusieurs décennies, ce qui indiquerait qu’il n’y a pas eu de contraction évidente de l’aire de répartition, sans toutefois donner une idée des tendances des populations. Don McPhail (comm. pers.) signale qu’un certain nombre de populations lacustres de bouches coupantes ont été éliminées par les organismes provinciaux qui gèrent les pêches dans le but de réduire la compétition avec les truites arc-en-ciel ensemencées dans les lacs, et il pense qu’il serait peut‑être approprié de réintroduire l’espèce à ces endroits1. À ma connaissance, il n’y a aucune donnée documentée sur les populations de bouches coupantes dans l’État de Washington et en Oregon, où l’espèce est plus abondante et répandue.

Tout comme les tendances à long terme de la répartition de l’espèce, les tendances à long terme de la taille d’une population peuvent être fortement influencées par le changement climatique. Le réchauffement de la planète peut avoir une incidence positive sur le développement et la croissance du bouche coupante à divers stades de son cycle vital, amenant une hausse de la densité et de la taille des populations. Cependant, cette hypothèse suppose qu’il n’y a pas de tendances au niveau de la qualité de l’habitat (c’est-à-dire pas de dégradation de l’habitat); par ailleurs, les effets du changement climatique peuvent être complexes parce qu’ils s’accompagnent de changements dans les régimes de précipitations et de modifications connexes dans le débit des rivières ainsi que d’interactions complexes avec les prédateurs, les compétiteurs et les maladies, de sorte que les résultats nets du changement climatique sont difficiles à prévoir.

Étant donné qu’il n’y a pas d’estimations fiables (ou même non fiables) de la taille des populations canadiennes, il est extrêmement difficile de formuler des hypothèses sur le nombre d’individus matures au Canada. Une population comme celle qu’abrite la rivière Blackwater (ce qui inclut les rivières Nazko et Euchiniko ainsi que les lacs qui y sont associés) pourrait comprendre au moins de 2 000 à 5 000 individus. S’il y a huit bassins hydrographiques que l’on peut probablement considérer comme abritant des populations distinctes ou des complexes de populations en appliquant des critères prudents, soit les bassins des rivières Blackwater/Nazko/Euchiniko, des rivières Salmon/Muskeg, de la Similkameen, de l’Okanagan, de la Kettle, de la haute Chilcotin, de la Nicola et de la Shuswap, et si l’on considère probable qu’au moins 4 d’entre eux (Blackwater, Okanagan, Kettle et Nicola) abritent des populations comparables, on obtient une population cumulative que l’on peut estimer très grossièrement à un effectif de 8 000 à 20 000 individus pour 4 populations, et que l’on peut arrondir à 10 000 à 30 000 si l’on ajoute les 4 autres populations, probablement plus petites. La confiance dans ce genre d’estimation est toutefois extrêmement faible.

En l’absence d’estimations fiables de la taille ou des tendances des populations, et par conséquent au regard des énormes lacunes dans nos connaissances sur la situation du bouche coupante et la taille des populations, il semble que ce poisson maintienne son aire de répartition en Colombie-Britannique (et ailleurs), et il n’y a aucun raison évidente de croire que les populations ont diminué au cours des dernières années. Cela dit, ce serait une bonne idée d’effectuer un échantillonnage régulier dans le but de déterminer l’abondance du bouche coupante à plusieurs sites indicateurs et de recueillir ainsi des données sur les conditions de base, qui permettront ensuite d’évaluer les tendances des populations en fonction du temps.

Apparemment, le bouche coupante demeure une espèce répandue dans l’État de Washington et en Oregon. Le degré de différenciation ou d’adaptation des populations canadiennes de bouches coupantes à l’échelle locale dans le bassin du Columbia est peu connu, mais de toute façon, des barrages ou des obstacles naturels aux déplacements empêcheraient une dispersion vers le Canada. Les populations du bassin du Fraser sont plus fragmentées que celles du fleuve Columbia et ont une répartition relativement discontinue. Les populations des rivières Blackwater/Nazko/Euchiniko, des rivières Salmon/Muskeg, de la haute Chilcotin, de la Nicola et de la Shuswap sont relativement isolées les unes des autres et ne peuvent pas être reconstituées naturellement à partir de l’extérieur du Canada. Il est également probable que ces populations présentent des différences par rapport à celles des États-Unis.




Notes de bas de page

1 Après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1970, la Province a mis sur pied un programme de « remise en valeur des lacs » qui prévoyait le traitement chimique de lacs dans le but d’éliminer des espèces indésirables avant d’introduire des « espèces plus désirables ». Alex Peden (membre du SSE des poissons d’eau douce) a commencé à faire le bilan des lacs touchés, des espèces éliminées, des espèces introduites et de la situation actuelle des populations par rapport à la situation antérieure au traitement. Sur plus de 50 lacs qu’il a pu retrouver jusqu’à présent, deux abritaient des bouches coupantes avant le traitement et n’en contiennent plus. L’information à ce sujet est résumée à l’annexe 1. R. Campbell, coprésident, SSE des poissons d’eau douce du COSEPAC.