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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation de l’aristide à rameaux basilaires (Aristida basiramea) au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce

Aux États-Unis, l’Aristida basiramea se rencontre dans des milieux rares, par exemple des pinèdes claires, mais se trouve également sur des terrains envahis par les mauvaises herbes. Dans Flora of the Great Plains (McGregor et Barkley, 1986), la description de l’habitat de l’espèce comprend les bords de routes, les pâturages et les terres improductives. Allred (2001) souligne que la présence de plantes du genre Aristida est associée à un sol perturbé ou dégradé. En Ontario et au Québec, l’espèce semble confinée à des terrains sablonneux et secs à végétation clairsemée, situés sur les crêtes de sable et les dunes basses des rivages post-glaciaires. La position des quatre populations connues d’Ontario dans le Nord du comté de Simcoe et à l’île Beausoleil voisine s’explique probablement par le fait que c’est dans cette région qu’on trouve la plus grande étendue non perturbée de rivages postglaciaires. Reznicek (comm. pers., 2001) affirme que l’A. basiramea est une espèce reliquale de la période hypsithermale, associée aux lacs post-glaciaires. Bien qu’aucune analyse ne semble avoir été faite, les sols des quatre stations de l’espèce sont certainement acides.

On pourrait dire que l’A. basiramea est une espèce de début de succession, dont l’habitat peut cependant être maintenu durant de longues années par l’action du feu, de la sécheresse ou d’autres facteurs de perturbation. Or, l’étalement urbain et la suppression des feux qui ont cours depuis un siècle dans le Sud de l’Ontario et du Québec ont entraîné une perte importante de l’habitat de l’espèce, dont il ne reste plus que de faibles étendues très fragmentées. Ainsi, à l’extrémité nord de la péninsule Penetang, notamment à l’est du parc provincial Awenda, on trouve de grandes étendues de forêts denses, où les clairières sablonneuses sont extrêmement rares.

Dans les stations d’Ontario et du Québec, l’espèce dominante est le Danthonia spicata, et les principales espèces associées sont le Rumex acetosella, l’Agrostis gigantea, une espèce de Polytrichum, le Panicum implicatum, le Poa compressa, le Solidago nemoralis, le Carex merritt-fernaldii, le Rubus allegheniensis, l’Agropyron repens, le Cyperus houghtonii et le Cyperus lupulinus subsp. macilentus.

Des cinq populations canadiennes connues, celles de Christian Island et de Cazaville sont les plus abondantes; elles comptent chacune plus de dix mille individus et sont probablement capitales pour la survie à long terme de l’espèce au Canada. Au sud et à l’ouest de la station de Christian Island, on trouve des milieux qui semblent répondre aux besoins de l’espèce, et il est fort possible que l’île en recèle d’autres que l’auteur n’a pas eu le temps d’explorer avant de rédiger le présent rapport. Quant à la région de Cazaville, elle a été explorée trois fois au cours des deux dernières années, et les chances d’y découvrir d’autres sous-populations sont minces (Coursol, comm. pers., 2002).

Tendances

En 1975, Reznicek notait que la population du lac Macey était très dispersée et que l’espèce était parfois assez abondante dans les secteurs les plus dénudés. En 1981, il notait que la population de Christian Island était abondante (entre 60 et 80? individus) et que l’A. basiramea était parmi les espèces dominantes là où le sable est plus ou moins dénudé.

L’extrémité nord de la péninsule Penetang connaît un développement assez rapide; cependant, le type de communauté végétale qu’on y trouve sur les terrains sablonneux existe encore ailleurs, notamment à l’île aux Chrétiens et à l’est du parc provincial Awenda.

Les milieux pouvant servir d’habitat à l’A. basiramea dans le Sud de l’Ontario et du Québec se sont rétrécis considérablement depuis un siècle, en conséquence de plusieurs facteurs : succession végétale naturelle vers le stade arboré et, simultanément, suppression des incendies de forêt naturels; déboisement et mise en culture des terres; plantation de conifères sur une grande échelle; aménagement accrû des rivages (anciens et nouveaux) pour l’habitation et les loisirs (dont l’utilisation de VTT); extraction commerciale de sable.

Dans le comté de Simcoe, la transformation du paysage s’est accélérée dans les dernières années. Barrie (110 000 habitants) est de toutes les municipalités canadiennes celle qui connaît l’expansion la plus rapide année après année, Wasaga Beach (16 000 habitants) venant souvent au deuxième rang. L’étalement urbain est très courant dans le reste du Nord du comté, et l’aménagement des rives des Grands Lacs progresse rapidement. La majeure partie de la superficie de terrain sablonneux à végétation clairsemée du comté de Simcoe ne bénéficie d’aucune protection, et le peu qui est protégé n’est pas suffisant pour garantir la survie à long terme de l’Aristida basiramea.

Protection et propriété des terrains

La station de l’île Beausoleil est la seule à bénéficier d’un niveau de protection appréciable, du fait qu’elle est située dans un parc national; cependant, elle se trouve en dehors de la zone protégée du parc.

Christian Island – La station de Christian Island se trouve à l’intérieur de la réserve de la Première nation Beausoleil, sur un terrain dont le conseil de bande détient la propriété. À l’heure actuelle, la bande examine les possibilités de mise en valeur de ce terrain (Kopagog, comm. pers., 2001).

L’île aux Chrétiens est une AINS d’importance régionale. La Loi sur l’aménagement du territoire de l’Ontario ne reconnaît aucun statut particulier à ces AINS, et les décisions concernant l’aménagement des aires naturelles importantes situées dans une réserve indienne sont, bien entendu, du ressort du conseil de bande concerné.

Lac Macey – La population du lac Macey se trouve sur un terrain privé où l’ancien propriétaire a exploité durant plusieurs années une petite entreprise d’extraction de tourbe. L’installation de conditionnement et d’expédition de la tourbe était aménagée à l’extrémité sud de la tourbière ainsi que sur les platières riveraines et dunes adjacentes. La population d’A. basiramea semble vigoureuse aux endroits où le sol a été perturbé. L’exploitation de la tourbière a été abandonnée en 1995.

Le terrain privé où se trouve la population d’Aristida basiramea est très proche du parc provincial Awenda. La présence d’une AINS, d’un milieu humide d’importance provinciale et d’une espèce ayant le statut S1 le rendent intéressant comme aire de conservation pouvant être annexée au parc. L’acquisition de ce terrain figurait parmi les priorités du plan de gestion du parc dressé en 1990. En fait, ce terrain devait faire partie du territoire du parc Awenda d’après les limites originales tracées dans les années 1970 (Tully, comm. pers., 2001), avant que toute activité d’extraction de tourbe n’ait cours. On a même pensé que les mesures d’expropriation entreprises par le Ministère à l’époque seraient à l’origine de la décision du propriétaire d’exploiter la tourbière. Au début des années 1990, les propriétaires du terrain l’ont proposé à l’administration du parc, mais le prix demandé a été jugé prohibitif. En 1998, Tim Tully s’est adressé à la Société canadienne pour la protection de la nature (SCPN); cependant, comme le terrain n’était pas sur le marché, la SCPN n’a pas donné suite à sa requête. Le lac Macey figure au deuxième rang de la liste des terrains que l’administration du parc souhaite acquérir, et le Nord du canton de Tiny a été ajouté à la liste de priorités de la SCPN. Le lac Macey est un site de choix pour les organismes de conservation de la nature; il pourrait être acquis conjointement par la SCPN et le MRNO et géré par l’administration du parc provincial Awenda.

La station d’A. basiramea du lac Macey se trouve à l’intérieur de l’aire provinciale d’intérêt naturel et scientifique (AINS) Macey Lake Bog, à moins de 120 mètres de la tourbière du lac, milieu humide d’importance provinciale. Le plan officiel d’aménagement du territoire du canton de Tiny prévoit pour ces milieux humides le niveau 1 de protection environnementale, qui est le niveau le plus élevé. Le plan exige, pour tout développement sur la bande de 120 mètres de terrain entourant le milieu humide, une étude d’impact sur l’environnement réalisée conformément à l’article C6 du plan, suivie de l’approbation du Conseil, qui n’est accordée que sous réserve des commentaires des organismes compétents.

Il importe de mentionner que le plan officiel d’aménagement du territoire du canton de Tiny reconnaît les statuts d’espèce menacée et d’espèce en voie de disparition attribués par le COSEPAC et le MRNO et prévoit pour les parties importantes de l’habitat des espèces concernées le niveau 1 de protection environnementale. Sur les terres bénéficiant d’une protection environnementale officielle, seules sont permises les activités de conservation et les loisirs passifs. Toute construction, édification d’ouvrage et transformation du paysage y sont interdites. L’aménagement de terrains de golf n’est pas considéré comme un usage à des fins récréatives passives. Par ailleurs, le plan officiel ne comporte aucune disposition visant à mettre fin à l’exploitation agricole des terres bénéficiant du niveau 1 de protection environnementale (The Planning Partnership, 2000).

Île Beausoleil – La station d’A. basiramea de l’île Beausoleil ne se trouve pas dans une zone protégée du parc national, mais plutôt dans une zone récréative, ou administrative. L’administration du parc ne prévoit aucun changement d’aménagement dans l’immédiat, et le surintendant de même que l’écologiste du parc ont été informés qu’une espèce très rare pousse derrière le centre d’accueil des visiteurs. Ils se sont montrés disposés à prendre les mesures nécessaires pour protéger l’espèce, y compris un brûlage dirigé (Upton, comm. pers., 2001).

Anten Mills – Le terrain où se trouve la station d’A. basiramea a été vendu en 2001 à un promoteur immobilier, qui détient déjà toutes les autorisations nécessaires pour le subdiviser en 87 lots. La majeure partie de la population de l’espèce pousse le long de la crête du rivage du lac Algonquin, là où justement doivent être construites des habitations unifamiliales. Heureusement, une partie de cette population se trouve dans un secteur réservé, à la demande des autorités du canton de Springwater, comme milieu naturel à jouissance passive. L’auteur a informé le planificateur du canton du statut attribué au A. basiramea et des lieux précis où pousse l’espèce, il s’est rendu sur les lieux avec un conseiller du promoteur. Cependant, comme le lotissement a déjà été entièrement approuvé, le mieux qu’on puisse espérer est probablement de sauver une partie de la population en la déplaçant. C’est ce que l’auteur a proposé au promoteur, et, au printemps, avec l’aide d’un opérateur de rétrocaveuse, il fera prélever les pieds d’A. basiramea qui se trouvent sur la crête et les fera transplanter à proximité des sous-populations qui se trouvent plus bas.

Cazaville – La population de Cazaville est située sur des terrains privés appartenant probablement à plus d’une centaine de propriétaires différents. Il n’y a eu aucune communication avec eux. Aucune installation industrielle n’est envisagée pour ce secteur (Coursol, comm. pers., 2002).