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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation de l’aristide à rameaux basilaires (Aristida basiramea) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Habitat limité

L’Aristida basiramea ne semble pousser que sur les sols siliceux, acides, à végétation clairsemée associés aux rivages post-glaciaires. On pourrait penser que l’inféodation de l’espèce à cet habitat particulier ne limite pas démesurément sa dispersion; cependant, ce type de milieu est en fait très restreint dans le Sud de l’Ontario et du Québec. L’espèce a dû être plus abondante durant diverses périodes, notamment durant la période hypsithermale (il y a 7 000 ans) et plus récemment, dans le comté de Simcoe, durant la période de déboisement massif qui a eu cours entre 1860 et 1880. Aujourd’hui, ces étendues de terrain sablonneux dégagé sont beaucoup plus réduites, et leur qualité s’est fortement dégradée, en conséquence de la mise en valeur du territoire, de la plantation de conifères pour stabiliser le sol et de la succession végétale naturelle qui s’opère en l’absence d’incendie.

Extraction de sable

Le rivage des lacs glaciaires Algonquin et Nipissing où subsistent des étendues de sable dénudé est souvent utilisé par la population locale comme carrière de sable facile d’accès, en Ontario comme au Québec.

Succession végétale

En Ontario, les populations d’A. basiramea ont survécu en grande partie grâce aux perturbations anthropiques qui ont empêché la succession naturelle de s’opérer. Ainsi, à Christian Island, l’aménagement d’un terrain de baseball, relativement peu utilisé, a contribué à la survie de plusieurs dizaines de milliers d’individus de l’espèce en empêchant leur habitat d’être envahi par des arbustes. À l’inverse, la station d’Anten Mills ne compte plus qu’un petit nombre d’individus dispersés parmi les conifères plantés au bord de l’escarpement du lac Algonquin. Autrefois, le feu et les périodes de sécheresse intense contribuaient probablement à tenir la végétation en échec dans les milieux de prédilection de l’A. basiramea. Or, depuis une centaine d’années, l’homme mène une lutte acharnée contre le feu dans le comté de Simcoe, et l’absence de ce régime naturel de perturbation est probablement à l’origine de la disparition des milieux propices à l’espèce.

Activité humaine

L’A. basiramea est de toute évidence menacé par certaines perturbations anthropiques à caractère permanent, comme le lotissement; par ailleurs, il doit sa survie à certaines formes récentes de perturbation légère qui empêchent son habitat d’être envahi par des espèces plus compétitives et tolérantes à l’ombre. Ainsi, à l’île Beausoleil, l’espèce pousse à l’emplacement d’un ancien établissement de pionniers; au lac Macey, elle a envahi un milieu rendu des plus favorables par les activités entourant l’exploitation d’une tourbière; à Christian Island, l’espèce se compte en dizaines de milliers d’individus dans un terrain de baseball. Les stations d’Anten Mills et de Cazaville sont les seules où on peut voir des traces de circulation de VTT et de motos. À Cazaville, les VTT constituent une des principales menaces pour l’espèce, alors qu’à Anten Mills, la circulation des VTT est tellement faible qu’elle crée peut-être même une perturbation mineure favorable à l’espèce. Bien qu’il n’y ait aucun programme de gestion de l’espèce en Ontario, diverses formes de perturbation liées à l’activité humaine semblent compatibles avec la présence de l’A. basiramea, et même favorables à celle-ci.

Plantation de conifères

À partir de 1920, des conifères ont été plantés sur les rives de nombreux lacs du comté de Simcoe, dans le cadre de très ambitieux programmes de stabilisation et de mise en valeur de ces sols tenus pour inutilisables. Nombre de ces plantations ont donné des peuplements denses de pin rouge et de pin sylvestre, où l’A. basiramea ne peut survivre. Les plantations de conifères constituent également une des principales menaces pour la station de Cazaville, au Québec (Coursol, comm. pers., 2003).

Espèces envahissantes

En 2001, plusieurs espèces envahissantes étaient présentes dans les milieux où pousse l’Aristida basiramea, à savoir le nerprun bourdaine (Rhamnus frangula), la centaurée maculée (Centaurea maculosa), le mélilot blanc (Melilotus albus) et le pin sylvestre (Pinus sylvestris). Sur les sols sableux et secs, en particulier après plusieurs années consécutives de sécheresse, seul le pin sylvestre arrive vraiment à l’emporter sur l’A. basiramea. La station du lac Macey et celle d’Anten Mills sont parsemées de pins sylvestres.

Lotissement

Il ne fait aucun doute que le lotissement réduira et peut-être même détruira complètement ce qu’il reste de milieu convenant à l’Aristida basiramea à Anten Mills. Le type de lotissement dont il s’agit, visant en priorité les sites avec vue imprenable pour la construction de maisons de grande valeur avec un terrain d’une certaine étendue, est particulièrement menaçant pour l’A. basiramea et les autres espèces reliquales associées aux rivages postglaciaires. Les maisons qui seront construites au sommet de l’escarpement du lac Algonquin, notamment à Anten Mills, auront une vue imprenable sur l’escarpement du Niagara, situé à 30 km plus à l’ouest. Ce genre de site est de plus en plus recherché, surtout dans le contexte actuel d’une demande effreinée de lots à bâtir dans le comté de Simcoe.