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Programme de rétablissement de la tortue luth

2.5 Les populations importantes au plan national

Les tortues luths fréquentant les eaux canadiennes du Pacifique sont considérées comme étant génétiquement distinctes des tortues qui se retrouvent dans les eaux de l'Atlantique. Cette différence a été évoquée pour la première fois par Pritchard (1979) et confirmée par des analyses d'une divergence de séquence de l'ADN mitochondrial et confirmée par des analyses de divergence de séquence par Dutton et al. (1999). Le stock du Pacifique comprend au moins deux populations isolées au plan de la reproduction, nommément les populations de l'Est du Pacifique et celles de l'Ouest du Pacifique, décrites à la section 2.2.1. Chacune d'elles peut justifier d'être reconnue comme une population nationale importante mais on ne sait pas encore si les tortues de la population de l'Est du Pacifique fréquentent les eaux de l'Ouest du Pacifique. Les deux populations sont incluses dans le présent Programme de rétablissement.

2.6 Le rapport de la population et les tendances

2.6.1 Le monde

Les estimations de la population des tortues luths s'appuient sur le nombre de femelles couvant, d'où notre approximation relative plutôt qu'absolue, donnée qui peut par ailleurs être faussée par le rapport mâle femelle.  Quoiqu'il en soit, les tendances sont évidentes. Quand on tient compte des stocks du Pacifique et de l'Atlantique, le nombre global de tortues luths femelles couvant est passé de 115 000 en 1980 (Pritchard 1982) à 34 500 en 1995 (Spotila et al. 1996). Cet effondrement inquiétant est réparti de façon aléatoire, la nidification accusant un déclin plus accentué dans les populations du Pacifique où on enregistre sur certaines plages des taux de mortalité aussi élevés que 33% (Spotila et al. 2000). Un grand nombre de tortues a été tué en haute mer au cours d'opérations de pêche (Wetherall 1993; Eckert et Sarti 1997), tandis que la récolte des œufs, l'élimination des femelles couvant et la destruction de l'habitat des plages de nidification ont également constitué des facteurs importants (Chan and Liew 1996). L'activité de nidification dans l'Atlantique peut être plus stable mais elle a également des périodes de hausse et de baisse, ce qui rend la tendance encore plus difficile à saisir.

La tortue luth est classée par l'IUCN comme « sérieusement en péril » (80% de baisse de population en dix ans ou trois générations). Elle se trouve également sur la liste de CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), une entente internationale qui garantit que le commerce des animaux et des plantes sauvages ne menace pas leur survie et à l'Annexe 1 de la Convention sur la conservation des espèces migratrices, qui classe l'espèce comme menacée d’extinction.

Les sections suivantes présentent la situation et les tendances des populations de l'Est et de l'Ouest du Pacifique, cette dernière peut être plus directement pertinente aux eaux canadiennes.

Les populations de nidification de l'Est du Pacifique

Jusqu'à tout récemment, la plus importante population de tortues luths nidifiaient sur la côte du Pacifique au Mexique. Le nombre de ces tortues, dont les aires d'approvisionnement incluaient le sud au large du Pérou et du Chili, a radicalement chuté au cours des dernières années. Mexiquillo Beach, une plage de référence sur la côte mexicaine, a enregistré un affaissement du nombre de nids, qui sont passés de 5 000 dans les années 1980 à moins de 100 et cet effondrement est considéré comme représentatif de la population entière de l'Est du Pacifique (Sarti 2002). La saison de nidification de 2001-2002 a été la pire des 20 dernières années, tant en termes de nombres de femelles que de nombres de nids. On croit que ce recul est attribuable surtout à la récolte des œufs et à la pêche accidentelle des tortues.

Les populations de nidification de l'Ouest du Pacifique

La population de tortues luths de l'Ouest du Pacifique, qu'on présume être la source de la plupart des adultes en quête de nourriture au large des côtes canadiennes du Pacifique, comprend les populations qui pondent en Malaisie, en Indonésie (Papoua), en Papouasie-Nouvelle-Guinée et aux Îles Salomon, avec une contribution plus modeste des plages du Vanuatu, de Fidji, de Chine et d'Australie. Les sites les plus importants sont l'Indonésie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Malheureusement, les tendances de la population ne sont pas aussi bien connues que pour les populations de l'Est du Pacifique et les rapports écrits sont peu nombreux et contradictoires.

Trengganu, un des États côtiers de l'Est de la Malaisie, fut jadis un des principaux secteurs de nidification de la tortue luth mais il a amorcé une glissade dramatique.  La population de Rantau Abang a chuté d'environ 10 000 nids dans les années 1950 à moins de 20 dans les dernières années (Liew 2002). Ce déclin semble s'être produit en deux temps, le premier coïncidant avec le développement rapide de l'industrie de la pêche au Trengganu au milieu des années 1970, et le deuxième avec le lancement, en 1978, par les Japonais, de la pêche aux calmars en haute mer avec des filets dérivants dans le Nord du Pacifique. Les plages de nidification ont également été la cible, à partir des années 1940, d'un excès de récolte d'œufs, souvent atteignant les 100%. Depuis ces événements, la chute annuelle a été en moyenne de 16%. Seules deux femelles ont été vues nidifier en 1994 (Chan and Liew 1996).

Les autres principaux sites de nidification dans l'Ouest du Pacifique sont les plages de la Papouasie (l'ex-Irian Jaya), une partie de l'archipel de l'Indonésie qui partage une masse terrestre avec la Nouvelle-Guinée. Dans les années 1980, de petits secteurs de nidification en Indonésie ont été observés dans l'Ouest de Sumatra et le Sud-est de Java (Suarez and Starbird 1996). La plupart des tortues dans les nids de Papoua à la plage de Jambursba Medi (Hitipeuw 2002; Putrawidjaja 2000), où plus de 80% des nids ont été la cible des braconniers, des prédateurs que sont les cochons sauvages et de l'érosion (Hitipeuw 2002; Suarez et Starbird 1996).          On a fait état que de 1993 à 1996, le nombre des couvées de tortues luths déposées à la plage de Jambursba Medi aurait été stable (Hitipeuw 2002; Dermawan 2002); cependant, les tendances à long terme sont imprécises et possiblement à la baisse (Hitipeuw 2002).

2.6.2 Le Canada du Pacifique

L'information sur les observations sur les eaux côtières de la Colombie-Britannique est extrêmement parcellaire et il n'est présentement pas possible de se prononcer sur les tendances de la population.

2.7 Les exigences générales de l'habitat

Les habitats qui ont besoin d'être pris en considération couvrent la nidification, la reproduction et l'alimentation. On en connaît trop peu sur les modèles de distribution quant aux habitats d'approvisionnement, les voies de migration et le nombre d'années entre la naissance et la maturité sexuelle.  

Dans l'habitat de nidification, les femelles ont besoin d'une plage sablonneuse avec une approche en eaux profondes, pratiquement dépourvue d'obstacles comme des rochers ou du corail (Pritchard 1971; Ernst et Barbour 1989). Les exigences de l'habitat pour les nouveau-nés et les juvéniles semblent presque exclusivement un climat tropical jusqu'à ce que la carapace des tortues dépasse les 100 cm de longueur (Eckert 2002a). Les juvéniles plus imposants et les jeunes adultes partagent probablement des habitats avec des luths adultes. 

Les adultes fréquentent les eaux plus froides, incluant les plateaux continentaux au large du Canada et du Nord-est des États-Unis (Shoop and Kenney 1992). Ils suivent les systèmes océaniques de fronts où la productivité est élevée, ce qui se traduit par des concentrations considérables de proies (Lutcavage 1996). La côte de la Colombie-Britannique fournit un habitat d'alimentation; cependant, aucune étude n'a été effectuée pour vérifier les secteurs d'habitat d'approvisionnement spécifique qui sont importants pour les luths.   Par conséquent, il est impossible de repérer l'habitat présentement occupé par les tortues luths dans les eaux du Canada du Pacifique ou la superficie de l'habitat essentiel nécessaire pour rétablir et soutenir une population viable.  

2.7.1 L'habitat essentiel

Au paragraphe 2, la LEP définit l'habitat essentiel comme « L'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ». Il est difficile de définir l'habitat essentiel pour les tortues luths puisque chaque étape de leur cycle biologique requiert différentes exigences qui se répartissent sur un vaste bassin océanique. Bien que la base de connaissances pour aider à déterminer l'habitat essentiel augmente avec les nouveaux projets de recherche, il n'est pas possible pour l'heure d'identifier un habitat essentiel pour cette espèce. Comme le prévoit la loi, si l'information est incomplète et ne permet pas d'identifier l'habitat essentiel dans le cadre du Programme de rétablissement, il faut alors préparer un calendrier d'études. Une fois mis en œuvre, le calendrier livrera de nouveaux renseignements qui aideront à identifier l'habitat essentiel de l'espèce.

Vous retrouverez à l'Annexe 1 l'échéancier d'études, qui est en quelque sorte  une liste de projets de recherches sur l'habitat de la tortue luth du Pacifique. Une fois ces projets terminés, on espère que les résultats permettront à Pêches et Océans Canada d'être en mesure de préciser dans un plan d'action l'habitat essentiel pour cette espèce.

2.8 Le rôle écologique

Les tortues luths adultes se régalent des méduses et autres invertébrés pélagiques au corps flasque, qui consomment de vastes quantités de zooplanctons et de larves de poisson. Ainsi, elles occupent une position importante dans la chaîne alimentaire marine. On peut présumer que les tortues luths jouent un rôle important dans l'écosystème en aidant à maintenir un équilibre entre le nombre de proies et les organismes qui se nourrissent de ces proies. Elles forment également une composante importante de l'écosystème terrestre en fournissant des substances nutritives à savoir leurs œufs non éclos ou fendus et les coquilles elles-mêmes dont se nourrissent les animaux terrestres qui les transportent à l'intérieur des terres (Eckert 2002c).

2.9 Les facteurs sociaux et économiques

Il y a très peu de pêches directement axées sur les tortues luths adultes partout dans le monde parce que la peau du reptile est généralement considérée comme peu savoureuse. Cependant, les habitants de l'île de Kai Kecil en Indonésie pratiquent une chasse rituelle à la tortue luth adulte (Suarez and Starbird 1996). Plusieurs habitants vivant près des secteurs de nidification mangent et vendent les œufs des tortues luths.

Les luths ont une ne se rapprochent probablement pas assez, et en nombre suffisant, de la terre ferme pour avoir une quelconque importance pour le tourisme.  Bien que les Premières nations côtières connaissent la luth, de l'information anecdotique très limitée provenant de la baie Clayoquot, située au centre de l'aire d'alimentation du Canada du Pacifique, ne présente aucune utilité ou importance spéciale (Webster 2002, comm. pers.). Si une étude ethnographique portant sur l'importance des tortues luths pour les Premières nations côtières devait être effectuée, elle devrait inclure des groupes couvrant tout le territoire de l'aire connue des observations. 



[1]La LEP exige que les programmes de rétablissement incluent « la désignation de l'habitat essentiel de l'espèce dans la mesure du possible, en se fondant sur la meilleure information accessible, notamment les informations fournies par le COSEPAC » [LEP, p.41(c)].