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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue de l'Ouest (Clemmys marmorata) au Canada

Biologie

Comme la tortue de l'Ouest n'a que rarement été observée en Colombie-Britannique et ne l'a plus du tout été depuis 1959, aucune étude sur sa biologie au Canada n'a été faite.

Reproduction

On ne possède actuellement que très peu d'information sur le cycle de vie de la tortue de l'Ouest. La documentation est contradictoire quant à l'âge à la maturité, au moment de la copulation et à la période de nidification. Cela pourrait s'expliquer par des différences environnementales dans l'aire de répartition de l'animal, notamment en ce qui concerne la température, bien que certaines des divergences les plus marquées apparaissent parmi les populations du seul État de Washington. La tortue de l'Ouest atteint la maturité aux alentours de 8 à 10 ans, ou lorsque sa dossière atteint une longueur de 135 à 140 mm (Ernst et al., 1994). D'après les renseignements recueillis dans les populations de l’État de Washington, les femelles atteignent la maturité à l'âge de 10 à 15 ans, et les mâles à 8 à 12 ans (site Web du WPTP). On a observé la copulation sur le terrain en avril, en mai, en juin et à la fin août (Ernst et al., 1994; rapport provisoire de l’IEP). La nidification a lieu de la fin mai au début juin dans la population de la rivière Mojave (Lovich et Meyer, sous presse), de la mi-juin à la mi-juillet dans la population de la rivière Trinity (Reese et Welsh, 1997), et de mai à août dans les populations de l’État de Washington (rapport provisoire de l’IEP; site Web du WPTP).

Avant la nidification, les femelles de la population de la rivière Trinity se sont rendues plusieurs fois sur la terre ferme (entre 2 et 11 fois) pour s’enfouir dans une litière de feuilles durant des périodes pouvant atteindre trois jours (Reese et Welsh, 1997). Ce comportement pourrait leur permettre d'accroître leur température corporelle afin d'optimiser le développement préponte de l'embryon, étant donné que la température au sol est supérieure à celle de l'eau au printemps (ibid.), ou de trouver un milieu favorable à la ponte. Les femelles creusent des nids en forme de flacon dans des sites dégagés, secs et exposés au sud (Ernst et al., 1994; Reese et Welsh, 1997). La taille de la couvée varie de 2 à 11, et il semble qu'il puisse y avoir plusieurs pontes par année (Ernst et al., 1994).

Les nouveau-nés de la population de la rivière Trinity n'ont pas quitté le nid avant le printemps suivant (Reese et Welsh, 1997). On ignore s'ils ont hiverné dans la cavité du nid ou si c'est le développement de l'embryon qui a été suspendu jusqu'à peu de temps avant l'émergence en mars. La période d'incubation des tortues de l’État de Washington variait de 90 à 130 jours (site Web du WPTP). Le sexe des petits est déterminé par la température d'incubation (M. Ewert, comm. pers.).

Croissance et survie

À l'éclosion, la dossière des tortues de l'Ouest est d’une longueur de 25 à 29 mm, et elle atteint 27,8 à 33,9 mm au début de la deuxième saison (Ernst et al., 1994). Carr (1952) a rapporté pour la dossière de l’espèce une longueur maximale de 18 cm; la base de données de l'IEP (rapport provisoire de l’IEP) donne une longueur maximale de 21 cm; la longueur moyenne serait de 15 cm (Carr, 1952). La tortue qui a vécu le plus longtemps en captivité a atteint plus de 12 ans (Ernst et al., 1994). On ne connait pas l'âge maximal que peut atteindre l’espèce dans la nature; les estimations varient de plus de 20 ans (ibid.) à 30-40 ans (rapport provisoire de l’IEP), et même jusqu'à 50 ans (site Web du WPTP).

Une étude démographique de la population de la rivière Trinity a révélé que la structure par âge y est biaisée en faveur des adultes. Dans l'ensemble, les jeunes ne constituaient que 25 p. 100 des captures totales, et on a recapturé nettement moins de jeunes que d'adultes pendant toute la durée de l'étude (Reese et Welsh, 1998b). Il se pourrait que la probabilité de capture des jeunes soit faible, mais le faible taux de recapture pourrait aussi s'expliquer par leur moins grande probabilité de survie. Malgré le taux de survie élevé des adultes, la survie au nid naturellement faible de la tortue de l'Ouest fait qu’il est crucial que le taux de survie des jeunes soit élevé pour que les populations puissent demeurer stables à long terme (Reese et Welsh, 1998b; Congdon et al., 1993).

Habitudes alimentaires

La tortue de l'Ouest a un mode d’alimentation opportuniste, pouvant même être nécrophage. À l'état sauvage, on l'a vue se nourrir de plantes, d’algues, de crustacés, d’insectes adultes et à l'état larvaire, de poissons, de grenouilles, de couleuvres et de carcasses de canards et de souris; en captivité, elle mange de tout, depuis la nourriture pour chiens jusqu'aux vers de terre et à la laitue romaine (Ernst et al., 1994). Les mâles mangent des proies plus grosses et une proportion plus élevée d'aliments d'origine animale que les femelles, qui consomment davantage d'algues. Les jeunes mangent des aliments de plus petite taille, et en plus grande quantité que les adultes (Bury, 1986a).

Comportement

La tortue de l'Ouest s’alimente généralement dès le lever du soleil (de 5 h 30 à 8 h), mais peut aussi se nourrir pendant toute la journée en été (Ernst et al., 1994). Elle se déplace en direction aval et amont vers différents bassins, tôt le matin et en soirée, à la recherche de lieux convenables pour se nourrir et se chauffer au soleil (ibid.). L'exposition au soleil a lieu surtout entre 9 h et 10 h (Bury, 1972). La tortue défend agressivement sa place au site d'exposition au soleil lorsque celui-ci devient encombré. Les tortues se poussent et s'éperonnent, se menacent en ouvrant le bec et vont parfois jusqu'à se mordre (Bury, 1986b). Les adultes ouvrent parfois le bec pour intimider les jeunes qui occupent déjà un bon site et peuvent même les déloger en les poussant (Ernst et al., 1994).

Hibernation

Les tortues hibernent tant sur la terre ferme que dans l'eau (Ernst et al., 1994; Reese et Welsh, 1997). Sur les 12 tortues munies d'un radioémetteur suivies par Reese et Welsh (1997), dix ont choisi des sites d'hibernation dans des boisés (décidus, conifériens et mixtes) et deux ont hiverné dans des plans d'eau lentiques. Toutes les tortues sont allées sur la terre ferme en septembre, mais elles ont changé d'emplacement jusqu'à quatre fois avant le début décembre, moment où elles ont choisi leur site définitif. L'émergence a débuté en février et s'est terminée en juin (Reese et Welsh, 1997). Dans la vallée de la Willamette, l’observation la plus hâtive d’une tortue de l'Ouest a été faite le 28 février, et la plus tardive, le 19 novembre (Evenden, 1948 dans Ernst et al., 1994). L'espèce peut aussi estiver pendant les périodes de sécheresse en s'enfouissant dans le fond boueux des cours d'eau ou des bassins (Bury, 1986b; Ernst et al., 1994).