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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue de l'Ouest (Clemmys marmorata) au Canada

Taille et tendances des populations

L'effectif de la tortue de l'Ouest sur la côte Ouest de l'Amérique du Nord a considérablement diminué depuis la fin du XIXe siècle, où on en trouvait presque toujours en vente dans les marchés de San Francisco (True, 1884, cité dans Carr, 1952). La population canadienne du Clemmys marmorata a disparu depuis près de 50 ans, et la totalité de l'espèce est devenue rare ou a disparu dans l’extrême nord et l’extrême sud de son aire de répartition. Des relevés effectués dans l’État de Washington entre 1985 et 1990 ont confirmé que l'espèce n'était plus présente dans le fjord Puget (où elle abondait autrefois) et que les deux seules populations restantes se trouvaient dans la gorge du Columbia (Washington Dept. of Wildlife, 1991). L'effectif de ces populations totalisait de 150 à 200 individus, et a chuté après qu'une maladie respiratoire a tué près de 25 p. 100 des tortues en 1990 (WDW, 1993). Grâce à l'élevage en captivité, à la protection des nids dans la nature et à la lutte contre les prédateurs effectués dans le cadre du Western Pond Turtle Project, le nombre des tortues est passé à 450 ou 500 individus (K. Slavens, données inédites).

On pense que la population actuelle de l'Oregon a chuté à moins de 10 p. 100 de son effectif historique (soit à environ 2 000 individus) (site Web du Woodland Park Zoo). Le déclin le plus marqué est survenu dans la vallée de la Willamette, où les barrages sont nombreux. Dans le cadre du Willamette Valley Project, le United States Army Corps of Engineers (USACE) et l'Oregon Department of Fish and Wildlife surveillent et gèrent la population. Le USACE a recensé entre 22 et 28 nids de tortue de l'Ouest chaque année depuis 1992 (USACE, données inédites).

On ne possède actuellement aucune estimation des populations de tortue de l'Ouest pour la Californie, le Nevada et la Basse-Californie, mais l'espèce y a décliné et continue de décliner étant donné que 90 p. 100 des milieux humides de Californie ont disparu à cause de l’exploitation agricole (Lovich et Meyer, sous presse). Cette tortue demeure toutefois localement abondante dans certains secteurs du Nord de la Californie. Dans un bassin versant, au début des années 1970, on estimait l'abondance du Clemmys marmorata à 215 individus par hectare de milieu aquatique; on a même une fois trouvé 50 tortues dans une fosse profonde d'un ruisseau (Bury, 1986b). D'après les renseignements démographiques que nous possédons pour le Nevada, les populations isolées des rivières Truckee et Carson auraient disparu (Buskirk, 1991, cité dans Ernst et al., 1994). On ne possède aucune estimation pour la Basse-Californie.

Dans le premier relevé des reptiles et des amphibiens de Colombie-Britannique, Lord (1866), naturaliste à la British Boundary Commission, a noté sous l'entrée Actinemys marmorata qu’il avait observé cette espèce dans presque tous les lacs et étangs à l'est et à l'ouest des monts Cascades, et qu’elle était aussi commune dans l'île de Vancouver (Cook, inédit). La description qu'il fait de cette tortue (couleur de base olive avec des taches plus foncées; partie ventrale jaune vif) ne donne pas assez de détails pour permettre d'établir avec certitude qu'il s'agit bien du Clemmys marmorata. Selon F. Cook (comm. pers.), cette description pourrait s'appliquer à la tortue peinte de l'Ouest (Chrysemys picta belli), seule autre tortue d'eau douce connue dans la région. Toutefois, le C. p. belli, avec son plastron orné d'un grand motif foncé, le rouge vif de ses écailles marginales, sa tête et son cou ornés de rayures jaune vif et sa dossière dépourvue de marques foncées (Ernst et al., 1994; Carr, 1952; Cook, 1984), ne correspond pas du tout à la description de Lord. En fait, cette description du A. marmorata correspond pratiquement en tous points à celle donnée pour le C. marmorata dans les descriptions modernes (Carr, 1952; Ernst et al., 1994). Aucun spécimen du C. marmorata (ou de l'A. marmorata) provenant du relevé de la Boundary Commission n'a été déposé au British Museum, mais Lord avait effectivement identifié à tort un jeune C. p. belli récolté dans l'île de Vancouver comme étant un A. marmorata, erreur relevée par Storer (1937; F. Cook, comm. pers.). Comme le C. p. belli, le jeune C. marmorata porte sur son plastron un motif foncé, mais qui disparaît avec l’âge (Carr, 1952). Étant donné que le C. marmorata et le C. p. belli étaient les deux seules espèces de tortue d'eau douce présentes dans le Sud de la Colombie-Britannique au milieu du XIXe siècle, et que la tortue décrite par Lord comme ayant un plastron jaune vif ne peut avoir été un C. p. belli, il semble bien que le C. marmorata ait été commun à l'époque dans le sud de la province et même sur l'île de Vancouver. Toutefois, l'absence de C. marmorata parmi les spécimens de musée recueillis de Lord soulève de sérieux doutes quant à ses allégations. Comme ces deux espèces de tortue sont totalement différentes, si le C. marmorata n'était effectivement pas présent sur l'île de Vancouver, on peut penser que Lord a été fort négligent, ou qu'il était incompétent ou malhonnête. Malheureusement, on ne pourra jamais tirer au clair cette énigme.