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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue de l'Ouest (Clemmys marmorata) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

D'après les comptes rendus historiques portant sur la tortue de l'Ouest, il semble que la principale cause du déclin des populations ait été la récolte commerciale généralisée à des fins alimentaires. En 1879, Lockington notait que la tortue se raréfiait dans la région de San Francisco, malgré son abondance antérieure, par suite de la forte demande du marché (cité dans Carr, 1952). Selon un autre auteur (True, 1884, cité dans Carr, 1952), on trouvait presque toujours des tortues dans les marchés de San Francisco dans les années 1880, les prix ayant augmenté à 3 ou 6 $ la douzaine dans les années 1920 (Storer et Carl, 1944, dans Carr, 1952). Même avant la colonisation de l'Ouest de l'Amérique du Nord, la tortue de l'Ouest était récoltée comme aliment par les Autochtones de la Californie (Ernst et al., 1994).

Plus récemment, l’altération et la destruction de l'habitat ont entraîné une importante diminution de l'aire de répartition de la tortue de l'Ouest sur la côte Ouest de l'Amérique du Nord. Plus de 90 p. 100 des milieux humides ont disparu en Californie par suite de l’exploitation agricole (Lovich et Meyer, sous presse). La construction de barrages, l’exploitation agricole et l'étalement urbain sont mentionnés parmi les causes du déclin de la tortue de l'Ouest en Oregon, notamment dans la vallée de la Willamette (site Web du USACE). Les barrages modifient le débit et la température des cours d'eau et inondent les habitats riverains, tandis que l’exploitation urbaine à proximité des cours d'eau élimine des aires de nidification et d'hivernage terrestres cruciales pour l'espèce. Ces divers facteurs entraînent également une fragmentation des populations de tortues et de leur habitat, et créent des obstacles infranchissables entre des éléments importants de leur habitat (Reese et Welsh, 1998a, b). Nombre de tortues traversent aussi les routes dans les régions agricoles de la Californie (Reese et Welsh, 1997), ce qui les expose à une forte mortalité routière.

Enfin, dans l’État de Washington, la maladie et la prédation des jeunes par des espèces exotiques ont gravement limité le recrutement dans les deux populations restantes. Le gros ouaouaron, espèce indigène de l'Est de l'Amérique du Nord introduite sur la côte ouest, est devenu l'un des principaux prédateurs des jeunes tortues de l'Ouest (Cook, 1984; site Web du WPTP). Comme nous l'avons déjà mentionné dans la section sur la croissance et la survie, les espèces qui vivent longtemps caractérisées par une fécondité et une survie au nid faibles doivent compenser ces facteurs par un taux de survie des jeunes élevé pour maintenir la stabilité de leurs populations (Reese et Welsh, 1998b; Congdon et al., 1993). Cela est particulièrement important pour les petites populations qui essaient de se rétablir après une hausse de la mortalité due à des événements stochastiques, comme l'épidémie de maladie respiratoire qui a frappé les populations de l’État de Washington en 1990. Cette épidémie a tué environ 25 p. 100 des 150 à 200 tortues de l'Ouest de la gorge du Columbia, et sur les 40 tortues malades qui ont été traitées au jardin zoologique de Woodland Park à Seattle, seules 13 ont survécu (site Web du WPTP).

À la limite septentrionale de l’aire de répartition, le cycle vital des tortues présente souvent des particularités qui limitent le taux de croissance des populations (Litzgus et Brooks, 1998). Les températures globalement plus basses, et notamment la moins longue durée des étés, retardent l’atteinte de la maturité sexuelle, réduisent le nombre des couvées que peuvent produire les femelles dans une année, et empêchent de nombreux œufs d'éclore. Bien que tous les exemples de facteurs limitatifs et de menaces présentés ici aient trait aux populations américaines de la tortue de l'Ouest, les pressions exercées par la récolte des tortues, l’altération de l'habitat, la mortalité routière et la prédation par les ouaouarons pourraient toutes avoir eu une incidence sur les populations de tortue de l'Ouest de la Colombie-Britannique. Comme les populations septentrionales de l'espèce étaient probablement plus petites et moins capables de récupérer après un déclin, ces menaces et ces facteurs limitatifs pourraient au moins en partie expliquer la disparition de l'espèce du Canada.