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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le crapet rouge (Lepomis auritus) au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

La documentation sur le crapet rouge ne décrit son habitat que de façon générale. Houston (1989) indique que l’espèce pourrait être adaptée à un large éventail d’habitats. Dans les cours d’eau, il semble occuper des zones de courant lent, des fosses et des bras abandonnés, habituellement où le substrat est rocheux ou graveleux (Scott et Crossman, 1998). Dans les lacs, il fréquente des herbiers au substrat vaseux ou sableux (Scott et Crossman, 1998). Les résultats de l’échantillonnage d’automne dans le lac Yoho (N.-B.) cadrent bien avec cette description générale de l’habitat lacustre de l’espèce, les plus forts taux de capture ayant été obtenus près de gros débris ligneux, de digues de castors et de denses herbiers submergés ou émergés (Gautreau et Curry, 2006). Des données plus précises sur le comportement de reproduction du crapet rouge semblent indiquer qu’il a besoin de zones dégagées, souvent à proximité d’une structure d’abri quelconque (Gautreau et Curry, 2006). D’après Richmond (1940), il pourrait aussi frayer dans des eaux à marée saumâtres.

Whittier et al. (1999) ont trouvé le crapet rouge dans 14 p. 100 des 203 lacs (d’une superficie allant de 1 ha à près de 1 000 ha) aléatoirement choisis pour leur relevé dans le nord-est des États­-Unis. Bien qu’ils aient plutôt trouvé l’espèce dans les lacs les plus grands et les plus profonds du relevé, 4 des 5 du Nouveau-Brunswick que l’on sait abriter le poisson sont relativement petits (< 200 ha; tableau 2).

Tableau 2a. Description des lacs du Nouveau-Brunswick abritant le crapet rouge. Les dates d’échantillonnage dans la colonne « Notes sur la population » renvoient aux enregistrements dans le tableau 1. Les dimensions des lacs sont tirées de Lake summary surveys, New Brunswick Aquatic Data Warehouse ou directement des relevés de terrain (MRNNB, données inédites). Les données plus détaillées sur le lac Yoho proviennent du ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick (MENB) (1991), et celles pour le lac George du MDN (1992). Les utilisations des terres environnantes ont été déterminées par l’interprétation d’orthophotos aériennes prises en 2002 (échelle de 1/10 000).
SiteNotes sur la populationDescription du lacÉtat trophique/qualité de l’eauPérimètre et paysage environnant
Lac Yoho

Présente sur plusieurs années d’échantillonnage :

  • 1993
  • 1995-1998
  • 2001-2003
  • 2005

Estimation de la population en 2005 = 810±115

Superficie = 123,4 ha
Volume = 4,8 millions de m³
Taux de renouvel. = 1,9/an
Superf. du bassin versant = 9,73 km²
Profondeur moyenne = 3,66 m Profondeur maximale = 11,3 m
Mésotrophe
Aucune évolution de la qualité de l’eau observée de 1975 à 1991; propice à la vie aquatique, mais faible productivité (voir aussi le tableau 3)
Périmètre du lac presque entièrement aménagé : chalets et résidences permanentes
Paysage environnant surtout forestier
Lac Oromocto

Présente sur plusieurs années d’échantillonnage :

  • 1979
  • 1996
  • 1998-1999
  • 2001-2002
  • 2004-2005
Superficie = 4042,9 ha
Profondeur max. = 13,4 m
Profondeur moy. = 5,6 m
Mésotrophe
pH = 6,5
Alcalinité = 3,5 mg/L
(1969)

65 % du périmètre est boisé.
Utilisation des terres environnantes :

  • lots résidentiels : 33 %
  • forêt : > 50 %
  • agriculture : 10 %
  • terres humides/autres : 10 %

Divers secteurs du paysage environnant ont connu différentes périodes d’exploitation forestière.

Lac Anne

Présente sur plusieurs années d’échantillonnage :

  • 1966-1967
  • 2000

Selon les observations faites durant l’échantillonnage de 2000, la population serait importante.

Superficie = 17,1 haAucune donnée disponiblePérimètre et paysage forestiers. L’exploitation forestière à différentes périodes a touché 40 % des terres environnantes, peut-être près de la rive dans quelques petits secteurs. Un camp.
Lac OramDécrite comme abondante dans le relevé de 1999Superficie = 36,0 haAucune donnée disponiblePérimètre et paysage forestiers. L’exploitation forestière à différentes périodes a touché 30 % des terres environnantes, mais il semble y avoir une zone tampon boisée autour du lac.
Lac Swan CreekPrésence signalée en 2001Superficie = 164,2 haAucune donnée disponiblePérimètre forestier : 90 %, Aménagement du rivage : 10 %, notamment un pont-jetée près de la décharge.
Lac GeorgeCapture (2001) d’hybrides (L. gibbosusxL. auritis)Superficie = 77,4 ha
Bassin versant : 21 390 ha
Vol. = 4 870 353 m³
Débit = 159 960 492 m³/an;
Temps de séjour = 0,03 an
Prof. max. = 18 m
pH = 6,3
Alcalinité = 1,5
Phosphore total = 0,023 mg/L
Matière en suspension = 10,0 mg/L
Propriété du MDN. Beaucoup d’exploitation forestière dans les environs, mais il resterait une zone tampon boisée autour du lac.

 

Tableau 2b. Description des sites fluviaux du Nouveau-Brunswick abritant le crapet rouge. Les dates d’échantillonnage dans la colonne « Notes sur la population » renvoient aux enregistrements dans le tableau 1. Les utilisations des terres environnantes ont été déterminées par l’interprétation d’orthophotos aériennes prises en 2002 (échelle de 1/10 000).
SiteNotes sur la populationDescription de la rivièreQualité de l’eauPérimètre et paysage environnant
Rivière RusagonisSignalée en 1967-1968.
Aucune donnée récente
Longueur = 22,1 km
Superficie du bassin versant = 280 km²
Aucune donnée disponible

Rivière évaluée sur toute sa longueur
Pour les 10 km en aval :

  • forêt/terres humides : 90 %
  • agriculture/autre : 10 %

Partie amont :

  • forêt/terres humides : 10 %
  • aagriculture/autre : 90 %
Rivière Oromocto SudSignalée à Mill Settlement en 1960
Aucune donnée récente
Longueur = 38 km
Bassin versant : 710 km²
Aucune donnée disponible

Rivière évaluée sur 4 km
Rives boisées : 90 %
Utilisation des terres environnantes

  • forêt : 50 %
  • agriculture : 40 %
  • autre : 5 %

Exploitation forestière ayant touché 35 % de ces terres à différentes périodes.

Rivière OromoctoSignalée à Pride’s Landing en 1960
Aucune donnée récente
Longueur = 36 km
Bassin versant : 2 000 km²
Aucune donnée disponible

Rivière évaluée sur 4 km
Rives boisées : 100 %
Utilisation des terres environnantes

  • forêt (plaine d’inondation) : 99 %
  • autre : 1 %
Rivière Canaan à l’île ColesSignalée en 1968
Aucune donnée récente
Longueur = 110 km
Bassin versant : 2 100 km²

Relevée de 1996 à 2006 à 18 sites :

  • 1 = excellente
  • 12 = bonne
  • 5 = passable

% d’échantillons respectant les normes pour les principaux indicateurs :

  • Oxygène dissous : 100 %
  • E. coli : 5 %
  • Nitrate : 100 %
  • pH :
  • 78 %

Rivière évaluée sur 4 km
Rives boisées : 90 %
Utilisation des terres

  • forêt/terres humides : 85 %
  • agriculture/autre : 15 %

Utilisation des terres à l’échelle du bassin versant (MENB), 2007)

  • forêt : 86,6 %
  • agriculture : 3,2 %
  • terres humides : 6,7 %
  • occupation humaine : 0,4 %
  • eau : 2,0 %
  • autre : 1,1 %
Rivière Saint-Jean à GagetownSignalée à 200-300 m en aval du traversier en 2005Longueur totale = 660 km
Bassin versant : 55 268 km²
Longueur en aval du barrage = 190 km
Bassin versant : 14 810 km²

Relevée à l’échelle du bassin versant de 2003 à 2006 à 30 sites (entre parenthèses = nbre de sites en aval du barrage Mactaquac; la plupart de ces sites se trouvent dans des affluents) :

  • 2 (2) = excellente
  • 23 (11) = bonne
  • 4 (1) = passable
  • 1 (1) = médiocre

% d’échantillons respectant les normes pour les principaux indicateurs :

  • Oxygène dissous : 100 %
  • E. coli : 98 %
  • Nitrate : 100 %
  • pH : 96 %

Rivière évaluée sur 4 km
Rives boisées : 80 % (mais une seule rangée d’arbres)
Utilisation des terres environnantes

  • agriculture : 80 %
  • terres humides/réservoirs artificiels : 20 %

Utilisation des terres à l’échelle du bassin versant (MENB, 2007)

  • forêt : 83 %
  • agriculture : 6 %
  • terres humides : 5 %
  • occupation humaine : 2 %
  • eau : 2 %
  • autre : 2 %
Rivière KennebecasisAucune donnée récenteLongueur de la rivière = 118 km
Bassin versant : 2 090 km²

Relevée de 1999 à 2006 à 18 sites :

  • 2 = excellente
  • 20 = bonne
  • 5 = passable

% d’échantillons respectant les normes pour les principaux indicateurs :

  • Oxygène dissous : 100 %
  • E. coli : 74 %
  • Nitrate : 100 %
  • pH : 100 %

Utilisation des terres à l’échelle du bassin versant (MENB, 2007)

  • forêt : 78,5 %
  • agriculture : 15,4 %
  • terres humides : 2,0 %
  • occupation humaine : 1,8 %
  • eau : 0,3 %
  • autre : 2,0 %

Selon Whittier et al. (1999), le crapet rouge pourrait être moins tolérant des conditions acides et eutrophes que les autres centrarchidés (achigan et crapet) de la région. Les habitats occupés par le crapet rouge présentent une plage de pH allant de 7,0 à 7,5 (2e et 3e quartiles, valeurs extrêmes d’environ 5,5 et 8,5). Toutefois, en Georgie, il semble que l’espèce fréquente des cours d’eau de pH allant de 4,5 à 6,0 (Coomeret al., 1977). Au Nouveau-Brunswick, on ne dispose de données de qualité de l’eau détaillées que pour 1 des 5 lacs contenant du crapet rouge, soit le lac Yoho qui couvre une superficie de 131 ha et qui est décrit comme mésotrophe. Les échantillons d’eau recueillis à différents intervalles entre 1975 et 1991 ont présenté un pH médian constant d’environ 6,6 (médiane variant de 6,5 à 6,81 et valeurs individuelles de 6,1 à 7,0).

Les rares données sur la concentration d’éléments nutritifs sont plus uniformes : les concentrations de phosphore total des échantillons de Whittier et al. (1999) dans le nord-est des États-Unis (valeurs variant de moins de 5 µg/l à plus de 10 µg/l) et celles dans le lac Yoho (moins de 10 µg/l, tableau 3) sont comparables.

Tableau 3. Données de qualité de l’eau du lac Yoho (Nouveau-Brunswick) : comparaison des variables mesurées en 1975 et en 1991. Données du ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick (1991).
AnnéepHAlcalinité totale (mg/l)Conductivité (us/cm)Phosphore total (mg/l)Chlorophyllea(mg/m³)Disque de Secchi
1975 (*1976)6,1-7,0
Méd. = 6,6
(N = 40)
0,71-5,89
Méd. = 2,34
(N = 40)
21,9-30,2 Méd.=23,9
(N = 40)
< 0,01-0,01
Méd. = 0,01
(N = 6)
0,1-1,5
Méd. = 0,55
(N = 30)
*3,5-5,0
Méd. = 4,0
(N =11)
1991 (*1990)6,5-6,7
Méd. = 6,6
(N = 15)
3,9-20
Méd. = 4,1
(N = 15)
32-33
Méd. = 33
(N = 15)
0,0-0,004
Méd. = 0,0
(N = 15)
*2,881-8,277
Méd. = 5,264
(N = 6)
4,0-5,0
Méd. = 5,0
(N = 15)
Tableau 4. Contenus stomacaux de crapets rouges échantillonnés dans le lac Yoho en septembre 2005 (Gautreau et Curry, 2006).
FamilleOrganismes ingérésNombre%
Trichoptères, larvesPhryganéidés177,4
Trichoptères, larvesDipseudopsidés167,0
Trichoptères, larvesLépidostomatidés41,7
Trichoptères, larvesPolycentropodidés10,4
Trichoptères, larvesNon identifiés73,1
TotalTrichoptères, larves 4519,7
Odonates, nymphes (libellules)Coenagrionidés31,3
Odonates, nymphes (libellules)Non identifiés31,3
TotalOdonates, nymphes (libellules) 62,6
Éphéméroptères, nymphes (éphémères)Leptophlébiidés31,3
Éphéméroptères, nymphes (éphémères)Non identifiés20,9
TotalÉphéméroptères, nymphes (éphémères) 52,2
ChironomidésChironomidés208,7
AmphipodesAmphipodes11449,8
ColéoptèresGyrinidés10,4
ColéoptèresCérambycidés31,3
ColéoptèresNon identifiés20,9
TotalColéoptères 62,6
NématodesNématodes2510,9
HyménoptèresFormicidés (fourmis)41,7
DiptèresNon identifiés20,9
Poissons, jeunes de l’annéeCentrarchidés20,9
Total des organismes ingérés 229100

Au Nouveau-Brunswick, la présence du crapet rouge a aussi été signalée dans des cours d’eau de tailles différentes, allant de la petite rivière Rusagonis au cours principal de la rivière Saint-Jean.

Tendances en matière d’habitat

Il est actuellement impossible de mesurer directement les tendances en matière d’habitat du crapet rouge, étant donné la nature générale de la description de son habitat et le manque de données sur la répartition de l’espèce dans la plupart des lacs et des rivières où on l’a signalée au Nouveau-Brunswick. L’étude récente de Gautreau et Curry (2006) sur l’espèce dans les lacs Yoho et Oromocto est la première à fournir des données de référence sur l’habitat du crapet rouge dans la province. Toutefois, l’analyse sommaire d’orthophotos aériennes (prises en 2002 à l’échelle de 1/10 000) a permis de déterminer les sites qui ont été ou continuent d’être les plus susceptibles à la perte d’habitat (tableau 2).

Le lac Yoho se distingue des autres lacs du Nouveau-Brunswick abritant le crapet rouge par l’ampleur de l’aménagement résidentiel de ses rives : des chalets et des résidences permanentes occupent presque tout le pourtour du lac. Ce développement a incité le ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick à y surveiller la qualité de l’eau de 1975 à 1991. Les variables suivantes ont été mesurées sur cette période : pH, alcalinité, conductivité, dureté, densité des bactéries, productivité, phosphore total, sodium, potassium, nitrates et nitrites, matières en suspension et plusieurs métaux, soit Fe, Mn, Cu, Pb, Zn, Cd et Al (MENB, 1991). Cette étude a également comparé les profils de température et d’oxygène dissous à quatre intervalles. Aucune de ces séries chronologiques n’a présenté de tendance significative, mais on a observé de légères hausses du phosphore total (tableau 3). L’aménagement des rives et les autres pressions anthropiques touchant les quatre autres lacs étaient beaucoup moindres que ceux observés au lac Yoho (tableau 2).

On a également analysé des orthophotos des cours d’eau abritant le crapet rouge : on en a caractérisé les rives sur une distance de quatre kilomètres, soit deux en amont et deux en aval du site où la collecte de l’espèce a probablement eu lieu (tableau 2). Par contre, on a analysé la rivière Rusagonis sur presque toute sa longueur, mais on n’a pas analysé la rivière Kennebecasis du tout, parce que les sites de capture ne sont pas précisés pour ces cours d’eau. La rivière Rusagonis est le plus menacé ou altéré des cours d’eau étudiés. La Kennebecasis aussi serait vulnérable au développement et à l’agriculture dans sa vallée. Malheureusement, il est impossible de déterminer si les activités humaines ont nui au crapet rouge dans ces rivières parce qu’il n’y a pas de données récentes sur l’espèce dans ces milieux.

Protection et propriété

Les rives de la plupart des lacs et rivières abritant le crapet rouge appartiennent à de nombreux propriétaires, y compris la Couronne. Par contre, une bonne partie des terres bordant la rivière Oromocto et le lac Swan Creek appartiennent au ministère de la Défense nationale (MDN). En effet, la base des Forces canadiennes de Gagetown couvre en grande partie la rivière Oromocto et le lac Swan Creek, et il englobe le site potentiel du lac George.

Les occurrences signalées dans les lacs de la Musquash Est se trouvent dans l’aire protégée Loch Alva et font partie des réserves d’eau protégées de la ville de Saint-Jean.

Les habitats aquatiques du Nouveau-Brunswick sont protégés en vertu de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral et des lois provinciales suivantes : Loi sur l'assainissement de l'environnement, Loi sur les terres et forêts de la Couronne et la Loi sur l'assainissement de l’eau.