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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le crapet rouge (Lepomis auritus) au Canada – Mise à jour

Biologie

Cycle vital et reproduction

Dans son aire de répartition, le crapet rouge fraie du printemps à l’été, sa reproduction culminant lorsque la température de l’eau varie ente 16,7 et 27,8 °C (Scott et Crossman, 1998). Les mâles arrivent aux frayères avant les femelles et y occupent et défendent un territoire. Le mâle creuse un nid d’un diamètre de 61 à 102 cm à une profondeur de l’eau variant entre 15 et 40 cm (Scott et Crossman, 1998). Gautreau et Curry (2006) ont observé la fraie dans les lacs Yoho et Oromocto de la fin de juin au début de juillet, à des températures de l’eau près de 20 °C. Les nids dans les lacs Yoho (n = 43) et Oromocto (n = 20) avaient un diamètre moyen de 50,9 ± 10,1 cm et une profondeur creusée de 7,1 ± 2,5 cm, et se trouvaient à une profondeur de l’eau de 43,2 ± 8,4 cm. La majorité des nids avaient été creusés dans un dense tapis végétal jusqu’à un substrat de sable grossier ou de fin gravier. Dans le lac Yoho, 72 p. 100 des nids se trouvaient sur des fonds à la végétation clairsemée et sans structures d’abri, alors que, dans le lac Oromocto, 85 p. 100 des nids se trouvaient à 1 m ou moins d’une roche ou d’un billot de bois, et 13 des structures d’abri se trouvaient en bordure des nids. Les nids n’étaient pas rapprochés les uns des autres : 58 p. 100 d’entre eux se trouvaient à plus de 5 m d’un autre nid, et les autres étaient séparés d’environ 2 m les uns des autres (Gautreau et Curry, 2006).

Dans les rivières, les nids sont creusés dans des zones de faible courant ou sont abrités du courant par une structure (Lukas et Orth, 1993; Scott et Crossman, 1998). La femelle pénètre dans le nid sans parade nuptiale du mâle. La fraie se produit rapidement : la femelle pond de petits (~ 2 mm) œufs adhérents de couleur ambre, puis le mâle la chasse du nid et commence à défendre et à aérer les œufs (Lukas et Orth, 1993; Scott et Crossman, 1998). Selon Scott et Crossman (1998), le crapet rouge utilise parfois le nid délaissé par un autre centrarchidé et, ce qui n’est pas surprenant, d’après Carlander (1977), il s’hybride couramment avec d’autres espèces qui lui sont étroitement apparentées, soit le crapet arlequin (Lepomis macrochirus), le crapet Lepomis microlophus, le crapet vert (Lepomis cyanellus), le crapet sac-à-lait (Lepomis gulosus) et le crapet-soleil.

Il n’existe pas de données sur l’âge à maturité, la durée d’une génération et la fécondité du crapet rouge au Canada. Carlander (1977) a observé qu’il atteint la maturité à un poids de 23 g ou dans sa deuxième année. On ignore sa longévité, mais Carlander (1977) a observé des individus de 8 ans, ce qui indiquerait une durée de génération de 4 ans.

La longueur à la fourche moyenne des mâles gardant un nid dans le lac Yoho était de 16,6 cm en 2005 (n = 18) et de 15,7 cm en 2006 (n = 32) (Gautreau et Curry, 2005; Gautreau et Curry, 2006, données inédites). Dans deux rivières du sud-est de la Caroline du Nord, Davis (1972) a mesuré des fécondités de 963 à 8 250 œufs chez des crapets rouges de 139 à 235 mm de longueur totale. Dans la rivière Santa Fe, en Floride, la fécondité a varié de 1 396 à 4 138 œufs chez des individus de 100 à 175 mm de longueur totale (Bass et Hitt, 1974). Buynak et Mohr (1978) ont observé que les larves de crapet rouge mesuraient en moyenne 4,9 mm (longueur totale) à l’éclosion. Selon DeWoody et al. (1998), les larves restent dans le nid une ou deux semaines avant de se disperser.

Alimentation

Le crapet rouge adulte se nourrit principalement de petits insectes aquatiques, d’invertébrés benthiques, y compris des mollusques, et de petits poissons (Sandow et al., 1974; Coomer et al., 1977; Scott et Crossman, 1998, Schultz, 2004). Les jeunes de moins de 1 an se nourrissent surtout de cladocères et de copépodes (Johnson et Johnson, 1984). Dans le sud-est des États-Unis, le crapet rouge adulte préfère activement les chironomides toute l’année, mais il est opportuniste et mange n’importe quoi de taille convenable (Coomer et al., 1977). Il peut ingérer de la végétation et des débris, ainsi que des œufs d’un nid non gardé (Scott et Crossman, 1998). Bass et Hitt (1974) ont étudié le régime alimentaire du crapet rouge dans les rivières Suwannee et Santa Fe (Floride) : il était constitué de 32,2 à 36,2 p. 100 de végétation et de débris. Le reste était composé d’invertébrés, surtout des larves de chironomidés, de trichoptères, d’éphémères et de libellules.

Les estomacs de crapets rouges capturés dans le lac Yoho (N.-B.) contenaient des invertébrés aquatiques (tableau 4), surtout des trichoptères, mais aussi des fourmis, des coléoptères et deux jeunes crapets de l’année d’une espèce non identifiable (Gautreau et Curry, 2006).

Prédation

Les poissons piscivores de grande taille sont les principaux prédateurs du crapet rouge. Au Nouveau-Brunswick, ses prédateurs seraient le brochet maillé (Esox niger), l’achigan à petite bouche (Micropterus dolomieu), la barbotte brune (Ameiurus nebulosus) et l’anguille d’Amérique (Anguilla rostrata), qui fréquentent tous les mêmes eaux que le crapet rouge. Gautreau et Curry (2006) ont signalé du cannibalisme dans la population du lac Yoho. Les œufs du crapet rouge peuvent être la proie de nombreuses espèces de cyprinidés et d’autres crapets (Scott et Crossman, 1998). Il est peu recherché des pêcheurs récréatifs du Nouveau-Brunswick en raison de sa petite taille. Hoffman (1967) a énuméré les infestations de parasites, qui ne semblent pas limiter l’espèce.

Croissance

Gautreau et Curry (2006) ont été les premiers à mesurer la croissance du crapet rouge au lac Yoho, au Canada. Leurs distributions des fréquences des longueurs des crapets rouges capturés présentent 2 classes d’âge distinctes, 2+ et 3+, correspondant à des individus de longueur totale de 91 et de 117 mm, respectivement (figure 4). Ces chercheurs ont déterminé l’âge de 27 crapets rouges par analyse d’écailles. Ils ont mesuré les écailles et ont estimé, par rétrocalcul proportionnel direct, les longueurs des autres classes d’âge à la fin de la saison de croissance (figure 5). Ils ont ainsi estimé des longueurs totales moyennes de 36,2, 64,4, 87,8, 110,6, 127,2 et 140,9 mm pour les poissons de 0+ à 5+ respectivement (Gautreau et Curry, 2006). Davis (1972) a obtenu des données de longueur et d’âge du crapet rouge dans 3 rivières du sud-est de la Caroline du Nord : pour ses 17 échantillons, la longueur totale était de 139 à 142 mm à l’âge 2+, de 150 à 155 mm à 3+, de 171 à 184 mm à 4+, de 184 à 203 mm à 5+ et de 229 à 235 mm à 6+. Ainsi, le crapet rouge du lac Yoho serait plus petit que celui de la Caroline du Nord. Cet écart n’est pas surprenant, car le Nouveau-Brunswick constitue la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce, et la saison de croissance y est plus courte. Dans les lacs Yoho et Oromocto (figure 6), l’espèce présente une longueur totale de 126 ± 26 mm (moyenne + 1 écart-type) et de 143 ± 33 mm, et un poids moyen de 42,4 ± 24,8 g et de 80,9 ± 52,5 g, respectivement (Gautreau et Curry, 2006).

Figure 4. Histogramme des fréquences des longueurs des crapets rouges échantillonnés dans le lac Yoho en septembre 2005 (Gautreau et Curry, 2006).

Figure 4.  Histogramme des fréquences des longueurs des crapets rouges échantillonnés dans le lac Yoho en septembre 2005 (Gautreau et Curry, 2006).

Figure 5. Croissance rétrocalculée à partir des mesures d’écailles de 27 crapets rouges capturés dans le lac Yoho en 2005 (les losanges indiquent la longueur totale (LT) moyenne à la fin de chaque saison de croissance (Gautreau et Curry, 2006).

Figure 5. Croissance rétrocalculée à partir des mesures d’écailles de 27 crapets rouges capturés dans le lac Yoho en 2005 (les losanges indiquent la longueur totale (LT) moyenne à la fin de chaque saison de croissance (Gautreau et Curry, 2006).

Figure 6. Relation longueur-poids des crapets rouges capturés dans les lacs Yoho et Oromocto en 2005 (Gautreau et Curry, 2006).

Figure 6.  Relation longueur-poids des crapets rouges capturés dans les lacs Yoho et Oromocto en 2005 (Gautreau et Curry, 2006).

Déplacements et dispersion

Gatz et Adams (1994) ont suivi les déplacements de crapets rouges individuellement marqués sur une période de 3 ans au Tennessee. Leurs observations portent à croire que l’espèce est plutôt sédentaire, car certains individus marqués sont restés à moins de 50 m de leur site de capture durant 6 mois ou plus, et les deux tiers ne se sont pas déplacés sur plus de 100 m. Quelques individus se sont déplacés sur 4 à 9 km, mais on les a par la suite capturés près de leur site de marquage (première capture). Freeman (1995) a marqué de jeunes crapets rouges selon leur site de capture et les a suivis durant 18 mois : la plupart des recaptures ont été faites à 33 m ou moins du site de capture initial, et très peu d’individus (n = 3) ont été capturés à plus de 100 m, ce qui semble indiquer une forte fidélité au site.

Le crapet rouge effectuerait de petites migrations en fonction de la température de l’eau. Il semble se regrouper en eaux profondes pour y passer l’hiver lorsque la température de l’eau baisse sous 5 ºC (Breder et Nigrelli, 1935; Scott et Crossman, 1998). Au printemps, lorsque la température de l’eau dépasse 16,7 ºC, on trouve les crapets rouges dans les zones peu profondes (de 15 à 46 cm) des lacs ou en aval de rapides dans les cours d’eau, où ils se reproduisent, puis ils se dispersent l’été après la fraie (Houston, 1989).

Relations interspécifiques

On sait que différentes espèces de Lepomispeuvent s’hybrider (Hartel et al., 2002), et cela pourrait être le cas au Nouveau-Brunswick entre le crapet-soleil et le crapet rouge qui fréquentent les mêmes eaux et sont souvent échantillonnés ensemble. Dans certains États américains, on élève des Lepomis hybrides pour soutenir la pêche sportive dans des lacs et des rivières (Bronson et Morris, 2000).

Adaptabilité

Le crapet rouge a été introduit dans quelques régions à l’extérieur de son aire de répartition indigène en Amérique du Nord (y compris dans d’autres pays) et s’y est établi au sein de la communauté de poissons (Page et Burr, 1991; Scott et Crossman, 1998; Maitland, 2000; Schultz, 2004).

Contrairement à d’autres crapets, lorsqu’il est dérangé, le crapet rouge s’élance se cacher sous une roche ou un autre type d’abri au fond, comme le fait le crapet de roche (Scott et Crossman, 1998).