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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le crapet rouge (Lepomis auritus) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

La documentation sur le crapet rouge comprend peu d’information sur les facteurs limitatifs pour l’espèce, qui semble pouvoir s’adapter à une large gamme de conditions écologiques. Bien que le crapet rouge préfère des eaux claires et propres, on signale qu’il se porte bien dans des eaux de pH variant de 4,8 à 8,4, de salinité allant jusqu’à 8 parties par mille ou de température pouvant atteindre 37 ºC (Carlander, 1977). Selon Houston (1989), l’espèce se porterait mieux lorsque sa densité n’est pas trop forte et que peu de prédateurs sont présents.

Les menaces les plus évidentes pour les espèces aquatiques au Nouveau-Brunswick sont l’aménagement résidentiel des rives (tableau 2), l’exploitation forestière, les activités agricoles et la modification de cours d’eau. Bien que la modification des rives ou la coupe forestière en bordure de plans d’eau puissent directement nuire à l’habitat, leurs plus grands impacts toucheraient sans doute la qualité de l’eau.

Pour évaluer les menaces pesant sur l’espèce, deux approches ont été combinées. Premièrement, on a classé le niveau de pression sur l’habitat en analysant des orthophotos des terres entourant les lacs ou les tronçons de cours d’eau où le crapet a été signalé.

Deuxièmement, on a examiné des données ou indices de qualité de l’eau, en particulier à la lumière des pressions attribuables aux utilisations des terres environnantes. On dispose de données sur la qualité de l’eau du lac Yoho, lesquelles ont été obtenues dans le cadre du programme de surveillance réalisé par le ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick de 1975 à 1991 (tableau 3). Les variables suivantes ont été mesurées : pH, alcalinité, conductivité, dureté, densité des bactéries, productivité, phosphore total, sodium, potassium, nitrates et nitrites, matières en suspension et plusieurs métaux (Fe, Mn, Cu, Pb, Zn, Cd et Al) (ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick, 1991). Cette étude a également permis de comparer les profils de température et d’oxygène dissous à quatre intervalles.

Des données de qualité de l’eau, présentées sous deux formes, sur un certain nombre de rivières du Nouveau-Brunswick ont récemment été rendues disponibles. Des moyennes pondérées ont servi à classer chaque site dans une de cinq catégories de qualité de l’eau (excellente, bonne, passable, médiocre ou mauvaise) définies par rapport à l’indice de qualité de l’eau du Conseil canadien des ministres de l’Environnement (CCME). De plus, on a calculé le pourcentage des échantillons respectant les normes du CCME pour quatre indicateurs importants (oxygène dissous, E. coli, nitrate et pH). On dispose de résultats pour trois rivières où la présence du crapet rouge a été signalée, soit les rivières Saint-Jean, Canaan et Kennebecasis.

Facteurs limitatifs et menaces – Lacs 

Le lac Yoho se démarque des quatre autres lacs du Nouveau­Brunswick où l’on a récemment signalé la présence du crapet rouge par l’ampleur de l’aménagement de ses rives : presque tout son rivage est occupé par des chalets et des résidences permanentes (tableau 2a). La qualité de l’eau dans ce lac n’a présenté aucune tendance temporelle significative, même si l’on a observé de légères hausses du phosphore total (tableau 3). Bien qu’il ne soit pas possible de déterminer si la population de crapets rouges a diminué durant cette période, les estimations de l’abondance faites par Gautreau et Curry (2006) indiquent que le lac abrite une population assez importante de l’espèce.

La pression attribuable aux activités humaines est beaucoup plus faible dans les quatre autres lacs inclus dans l’analyse (tableau 2a). Les captures répétées de crapets rouges dans les campagnes d’échantillonnages ou les observations de populations assez importantes semblent indiquer qu’aucune menace appréciable ne pèse sur ces populations.

Facteurs limitatifs et menaces – Cours d’eau 

Dans le cas des cours d’eau où l’on a signalé la présence du crapet rouge, on en a caractérisé les rives sur une distance de quatre kilomètres, soit deux en amont et deux en aval du site présumé des enregistrements de l’espèce (tableau 2b). Par contre, on a analysé la rivière Rusagonis sur presque toute sa longueur et on n’a pas analysé la rivière Kennebecasis du tout, parce que les sites de capture ne sont pas précisés pour ces cours d’eau. La rivière Rusagonis est le plus menacé ou altéré des cours d’eau étudiés. La Kennebecasis aussi serait vulnérable au développement et à l’agriculture dans sa vallée.

Les relevés de la qualité de l’eau de la rivière Saint-Jean réalisés de 2003 à 2006 montrent que, pour les 30 sites évalués, la qualité de l’eau était excellente ou bonne à 25 sites, passable à 4 sites et médiocre à seulement 1 site en aval de Fredericton. Bien que tous les indicateurs, y compris les teneurs en oxygène dissous et en nitrate, aient été acceptables, les densités d’E. coli et les valeurs de pH dépassaient les normes reconnues (ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick, 2007). La qualité de l’eau passable ou médiocre pourrait être attribuable à des rejets industriels ponctuels à divers endroits dans le réseau hydrographique, soit un certain nombre d’usines de transformation alimentaire et d’usines de pâtes et papiers, ainsi qu’à de nombreux effluents d’eaux usées municipales ou non et au ruissellement sur des zones urbanisées. L’élimination de la végétation riveraine, laquelle cause une érosion accrue, pourrait aussi contribuer à réduire la qualité de l’eau.

Des relevés semblables ont été réalisés dans les rivières Canaan et Kennebecasis de 1996 à 2006. Pour les 28 sites évalués dans la Kennebecasis, la qualité de l’eau était excellente ou bonne à 23 sites et passable à 4 sites en raison de fortes densités d’E. coli liées à l’élimination de la végétation riveraine et des apports d’éléments nutritifs provenant des activités agricoles et municipales (ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick, 2007). Pour les 25 sites évalués dans la rivière Canaan, la qualité de l’eau était excellente ou bonne à 16 sites, et passable à 9 sites. Dans ces 9 sites, la densité d’E. coli et le pH dépassaient les normes, présumément en raison de l’élimination de la végétation riveraine et des pratiques agricoles de gestion du fumier et d’accès du bétail aux cours d’eau (ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick, 2007).

En résumé, même s’il existe peu de données récentes sur le crapet rouge dans les rivières Canaan et Kennebecasis, la qualité de l’eau de ces milieux ne semble pas être limitative, sauf dans certaines zones localisées. Les populations dans ces zones problématiques pourraient être particulièrement vulnérables en raison des déplacements apparemment restreints de l’espèce, mais ces endroits ne constituent qu’un faible pourcentage de la superficie totale d’habitat disponible.

Autres facteurs limitatifs et menaces 

Étant donné que le crapet rouge ne serait présent que dans le sud-est ou le sud du Nouveau-Brunswick, le barrage Mactaquac, construit en 1968, environ 18 km en amont de Fredericton, est le seul barrage hydroélectrique sur la rivière Saint-Jean ayant pu influer sur l’espèce. Il n’existe pas de données sur la répartition historique du crapet rouge dans la rivière Saint-Jean, et nos connaissances actuelles à cet égard sont sans doute incomplètes compte tenu du caractère localisé des populations. Le seul enregistrement récent de l’espèce, à Gagetown, quelque 45 km en aval de Fredericton, montre au moins qu’elle existe encore dans la rivière.

Il faut cependant remarquer que la capacité limitée de déplacement ou de dispersion de l’espèce réduirait son potentiel d’expansion dans d’autres habitats propices à l’intérieur d’un même réseau hydrographique et empêcherait essentiellement sa migration vers un autre réseau fluvial.