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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'antennaire stolonifère (Antennaria flagellaris) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

En gros, seulement 2 p. 100 des secteurs de prairie de Colombie-Britannique étaient officiellement protégés en 1992 (The Land Conservancy of BC, 2002). Or, les prairies et les forêts claires de cette province sont menacées par plusieurs facteurs, dont la pression d’aménagement exercée par la population humaine en expansion, la fragmentation du milieu, son envahissement par les mauvaises herbes et l’utilisation des véhicules tout-terrain (BC WLAP, 2002).

Le facteur qui constitue la menace la plus immédiate pour les populations d’Antennaria flagellaris est leur faible superficie d’occupation (environ 0,22 hectare). En effet, les populations qui occupent une si petite superficie sont extrêmement vulnérables aux variations démographiques et environnementales ainsi qu’à la perte de la variabilité génétique (Primack, 1998). De plus, comme les milieux convenant à l’espèce sont extrêmement restreints, les possibilités de colonisation et d’expansion sont également limitées.

L’habitat potentiel de l’A. flagellaris, soit les versants dénudés et érodés dont les sols font partie de la série Roany, est extrêmement limité. Même à l’intérieur de la superficie (1 750 ha) cartographiée comme appartenant à cette série de sols, il y a deux autres séries de sols (Belfort et Lamont), qui occupent 40 p. 100 (ou 700 ha) de la superficie attribuée à la série Roany. De plus, les sols de cette série hébergent un grand nombre de forêts claires de Pinus ponderosa ou de steppes arbustives dominées par l’Artemisia tridentata (Green et Lord, 1979), ce qui limite d’autant plus les milieux convenant à l’A. flagellaris.

Une autre menace est l’impact éventuel de l’utilisation récréative des véhicules tout-terrain (VTT). Nous avons nous-mêmes observé en 2002 des signes de l’utilisation de VTT et de motos hors-route à proximité des sites. De fait, il y en avait dans tout le secteur, et même aussi près qu’à quelques mètres du site situé le plus au nord. Ces véhicules accèdent facilement au secteur, car seul le périmètre sud est clôturé. Étant donné la nature des versants argileux abrupts où pousse l’A. flagellaris, le milieu pourrait être facilement perturbé par cette activité. Lorsque le milieu est humide, il devient très sensible à l’impact des VTT, et c’est justement à ce moment-là qu’il est le plus recherché par les adeptes de ces véhicules. L’utilisation excessive des VTT dans l’habitat de l’A. flagellaris pourrait perturber suffisamment le terrain pour en modifier radicalement le substrat et ainsi favoriser l’établissement d’espèces exotiques. Une fois les ornières établies, en particulier à contre-pente, les débris organiques s’accumulent, le déplacement naturel du sol ainsi que l’hydrologie des sites risquent d’être perturbés, et le milieu peut devenir plus accueillant pour les espèces non indigènes.

Les terrains privés où se trouvent les populations d’A. flagellaris font partie de la Réserve de terres agricoles (RTA), dont la vocation principale est l’agriculture. Ces terrains semblent donc relativement protégés contre les pressions du développement pour le moment. Aucune demande visant à retirer ces terrains de la RTA aux fins de développement n’a encore été présentée (Wallace, comm. pers., 2003), mais les propriétaires pourraient décider d’en présenter une dans l’avenir. Les demandes visant les sols de la série Roany où pousse l’A. flagellaris pourraient être bien accueillies, car la présence de versants abrupts associée au manque d’eau pour l’irrigation limite l’utilisation que l’on peut faire de ces sols pour l’agriculture. La faible profondeur du sol et la lente perméabilité du matériel sous-jacent favorisent l’érosion de ces sols (Green et Lord, 1979). En outre, les ventes de maisons ont connu une hausse au cours des 12 à 18 derniers mois dans la région de Princeton, suivant en cela la tendance observée dans la vallée de l’Okanagan (Fabri, comm. pers., 2003). Les sites de l’A. flagellaris sont situés dans un rayon de seulement cinq kilomètres de la ville de Princeton. Le premier rédacteur a remarqué qu’au cours des dernières années de nombreuses parcelles de la RTA, dans le sud de la Colombie-Britannique, ont été converties en lotissements résidentiels, en centres commerciaux et en terrains de golf, à la suite de décisions prises par la Commission ou, dans de très rares cas, par l’assemblée législative provinciale.

Le fait que les terrains fassent partie de la RTA peut empêcher le lotissement, mais non certaines autres activités qui peuvent également menacer les populations d’A. flagellaris. Par exemple, il est permis d’y prélever de la terre ou des matériaux de remblayage sans en faire la demande à la Commission des terres agricoles (Provincial Agricultural Land Commission, 2003). Or, toute forme d’aménagement modifiant même légèrement le niveau des eaux souterraines peut être dévastateur pour l’espèce.

Les mesures de lutte contre les mauvaises herbes constituent une autre menace potentielle. Or, les produits peu spécifiques utilisés contre les mauvaises herbes à feuilles larges peuvent sans doute également tuer l’A. flagellaris. Le fait que les populations de cette espèce se trouvent à 50-150 m d’une ligne de transport d’électricité augmente également le risque d’impact dû à la lutte contre les mauvaises herbes.

Le projet d’exploitation du méthane de gisements houillers dans la région de Princeton pourrait avoir des répercussions importantes sur les habitats de l’espèce et sur l’hydrologie des eaux souterraines.