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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le brochet vermiculé au Canada

Information sur l'espèce

Rapport de situation du COSEPAC
sur le
brochet vermiculé
Esox americanus vermiculatus
au Canada
2005

Nom et classification

Classe :
Actinoptérygiens
Ordre :
Esociformes
Famille :
Esocidés
Genre :
Esox
Espèce :
Esox americanus Gmelin, 1789
Sous-espèce :
Esox americanus vermiculatus Lesueur, 1846
Noms communs :
Français :
Brochet vermiculé (Bergeron et Dubé, 2000)
Anglais :
Grass pickerel

 

Dans la Ve édition de la liste des noms communs et scientifiques des poissons des États-Unis et du Canada de l’American Fisheries Society (Robins et al., 1991), on reconnaissait deux sous-espèces d’Esox americanus; elles étaient désignées séparément. Toutefois, il a été décidé de ne pas inscrire les sous-espèces dans la VIe édition (Nelson et al., 2004); par conséquent, la seule entrée est « Esox americanus Gmelin 1789, brochet d’Amérique ». « Brochet d’Amérique » est le nom commun de la sous-espèce nominale. D’abord tenus pour une espèce à part entière (Cuerrier, 1944; Legendre, 1952), ces brochets sont maintenant séparés en deux sous-espèces (Crossman, 1962a; Lachance, 2001). Les rédacteurs ont donc la liberté de désigner séparément les sous-espèces valides (Crossman, 1966; Reist et Crossman, 1987; Nelson et al., 2004) afin de nommer clairement les populations dont ils traitent. Nous avons choisi cette option dans le cadre du présent rapport de situation, en particulier parce que la sous-espèce americanus est aussi présente au Canada, où sa répartition est limitée au Québec (voir Lachance, 1997; 2001).

Actuellement, on reconnaît cinq espèces dans la famille des Esocidés. Toutefois, López et al. (2000) ont proposé d’y inclure des espèces faisant actuellement partie de la famille des Umbridés. Ils diviseraient les Esocidés en deux sous-familles : les Esocinés, avec les genres Esox et Novumbra, et les Dallinés, avec le genre Dallia. Ils limiteraient la famille des Umbridés à trois espèces du genre Umbra. Ces résultats ont été confirmés au moyen de l’ADN nucléaire (López et al., 2004). Pendant très longtemps, la famille a été classée dans le sous-ordre des Esocoidei de l’ordre des Salmoniformes. À la suite du démantèlement de l’ordre Salmoniformes, la plupart des intervenants ont classé les brochets et les espèces apparentées dans un ordre distinct : les Esociformes.

La répartition de la famille dans l’hémisphère Nord est circumpolaire. Seul le brochet de l’Amour (Esox reicherti) n’est pas indigène de l’Amérique du Nord. La répartition naturelle des petits brochets se limite à l’est de l’Amérique du Nord.

Description

On confond souvent les brochets vermiculés (figure 1) avec les jeunes grands brochets (Esox lucius) ou, moins fréquemment, avec les jeunes maskinongés (Esox masquinongy). Le corps du brochet vermiculé est typique des brochets : long, relativement étroit, de cylindrique à subcylindrique. Si l’on examine des individus de diverses espèces de la famille ayant la même longueur, les petits brochets sont plutôt cylindriques, tandis que les autres sont latéralement comprimés (Crossman, 1962a). Les autres traits marquants de la famille sont notamment l’emplacement postérieur des nageoires dorsale et anale, la grande bouche (« bec de canard ») munie de nombreuses dents et la queue fourchue. Le corps du brochet vermiculé est de couleur variable, mais il est généralement de vert à brunâtre et présente de 12 à 24 bandes foncées, étroites, irrégulières et plus ou moins verticales ainsi qu’une bande médio-dorsale brunâtre. Des barres préorbitaire, sous-orbitaire et postorbitaire de couleur foncée sont évidentes sur la tête. Les nageoires ne sont pas de couleur foncée et n’ont pas de marques. Les brochets juvéniles possèdent une bande latérale proéminente de couleur pâle qui se brise à mesure qu’ils croissent (voir la figure 1-A, B, et C).


Figure 1. Brochet vermiculé (Esox americanus vermiculatus)

Figure 1. Brochet vermiculé (Esox americanus vermiculatus).

A. Adulte, 25,4 cm; B. Brochet juvénile, 16 cm; C. Jeune de l’année, 10.2 cm (LT). A et C. Photos tirées de Crossman (1962a); B. Photo de E. Holm © MRO.


Le brochet vermiculé se distingue du grand brochet et du maskinongé par : sa petite taille à l’âge adulte; son corps moins comprimé latéralement; la présence évidente de barres préorbitaire, sous-orbitaire et postorbitaire (ces deux dernières sont absentes ou moins évidentes chez les espèces plus grandes), qui sont noires et obliques; ses joues et ses opercules entièrement recouverts d’écailles (l’un ou les deux sont recouverts d’écailles à moitié chez les deux autres espèces); ses pores submandibulaires, au nombre inférieur à 10 (10 ou plus chez les deux autres espèces); ses écailles entaillées (cordiformes) sur les flancs (autres que celles associées à la ligne latérale) et entre les nageoires pelviennes, ses rayons branchiostèges, au nombre de 11 à 13 (de 13 à 19 chez le grand brochet et le maskinongé). Le brochet maillé, pour sa part, compte de 14 à 17 rayons branchiostèges et présente sur les flancs des marques foncées semblables aux  mailles d’une chaîne, sur un fond pâle ou jaunâtre. Le brochet vermiculé se distingue du brochet d’Amérique par : son museau long et étroit, à la configuration dorsale légèrement concave (le brochet d’Amérique a un museau court et large, à la surface supérieure convexe); la formule de ses rayons branchiostèges de 4+7 ou de 4+8 (ceux sur le cératohyal + ceux sur l’épihyal; voir Crossman, 1960) (le brochet d’Amérique présente une formule de 5+5 ou de 5+8); ses écailles cordiformes au nombre inférieur à cinq, en rang vertical sur le flanc (plus de 5 chez le brochet d’Amérique) et dans l’angle entre les nageoires pelviennes (5 et plus chez le brochet d’Amérique) et par ses nageoires paires jaunes pendant l’époque de la fraye (celles du brochet d’Amérique sont orange à rouges) (Scott et Crossman, 1973).

Unités désignables

Selon Crossman (1966), on retrouve des formes intermédiaires entre les deux sous-espèces dans une vaste zone qui comprend les affluents du golfe du Mexique, depuis la rivière St. Johns, en Floride, jusqu’à la rivière Biloxi, au Mississippi. Dans cette région, les individus présentent un ensemble de traits qui porte à confusion. Selon de récents travaux génétiques où des systèmes marqueurs d’ADN nucléaire et mitochondrial ont été utilisés (Butler, Crossman et Wilson, données inédites), les populations atlantiques (Esox americanus americanus) et mississippiennes (Esox americanus vermiculatus) sont génétiquement distinctes. Les individus intermédiaires représentaient une troisième forme unique (M. Butler, Université Trent, Peterborough [Ontario], comm. pers.). Ces résultats indiquent que le brochet vermiculé et le brochet d’Amérique constituent des unités évolutionnaires significatives; ces brochets peuvent donc être considérés comme des unités désignables de l’Esox americanus.

Il a été proposé (P. Dumont, ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec; Longueuil [Québec], comm. pers., 2005) que trois populations étaient présentes au Québec : celles du lac Saint-François, de Coteau-du-Lac et du lac Saint-Louis. Ces trois portions du Saint-Laurent sont séparées par une série d’obstacles naturels. Entre 1912 et 1958, des barrages et des déversoirs ont fermé la portion entre le lac Saint-François et le lac Saint-Louis; cependant, aucune preuve génétique ou autre n’indique que ces populations sont isolées les unes des autres ou de celles de l’Ontario sur le plan reproductif. Actuellement, il n’existe pas d’unités admissibles au-dessous du niveau de la sous-espèce.