Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation de la physe du lac Winnipeg (Physa sp.) au Canada

Information sur l'espèce


Nom et classification
Embranchement Mollusques
Classe Gastéropodes
SuperfamillePhysacés
Famille Physidés

 

La systématique des Physidés est en désordre depuis plus d’un siècle. Le grand nombre des formes intermédiaires et des écomorphes qui ont été observés a contribué à la confusion et aux erreurs d’identification. Ainsi, de nombreux rapports publiés ne sont peut-être pas fiables. Selon Te (1973), les caractères de la coquille et de la radula peuvent être d’une valeur limitée sur le plan systématique pour certaines espèces de cette famille. La morphologie de la gaine du pénis se montre très utile, particulièrement pour le groupement des espèces, et peut être corrélée avec d’autres caractères, notamment le type de spire (Te, 1974). Toutefois, en termes pratiques, Te a continué de fonder sa clé d’identification des Physidés du Michigan sur la forme générale de la coquille (Te, 1975).

Les comparaisons de séquences génétiques sont des indicateurs utiles des relations phylogénétiques. La systématique moléculaire fournit les évaluations les plus justes du statut taxinomique, et ses méthodes sont particulièrement efficaces chez les groupes prédisposés à l’homoplasmie. On a entrepris des travaux moléculaires sur des Lymnéidés (Remigio, sous presse) et sur trois espèces de Physidés de l’Ouest canadien (Remigio et al., 2001). Une étude sur les allozymes d’espèces choisies du genre Physa a permis d’établir une certaine différenciation interspécifique (Liu, 1993). Néanmoins, on n’a pas encore effectué d’étude moléculaire exhaustive sur les Physidés.

L’utilisation de « Physella » et de « Physodon » comme désignations génériques des Physidés de l’Amérique du Nord a été contestée par Clench (1930). La confusion qui a suivi l’utilisation de ces noms a incité Te (1975) à recommander d’éviter l’emploi des genres « Physella » et « Physodon » pour « Physa », du moins jusqu’à ce qu’un examen rigoureux du statut de ces groupes soit effectué. Toutefois, le terme « Physella » en tant que désignation générique a été par la suite utilisé par Te et Clarke (1985), Liu (1993), et Remigio et al. (2001). Dans le présent rapport, toutes les espèces sont désignées au niveau du genre Physa (sensu lato).

Trois espèces décrites de Physa vivent au sein du bassin hydrographique du lac Winnipeg : P. gyrina (physe commune), P. integra (physe robuste des lacs) et P. jennessi skinneri (physe émoussée des Prairies). Un quatrième taxon, encore non décrit, fait l’objet du présent rapport de situation; on le désigne par les noms « Physa sp. », ou « physe du lac Winnipeg ».

 

Description

La physe du lac Winnipeg (figure 1) semble être bien distincte morphologiquement du P. gyrina (figure 2) et du P. integra (figure 3). La coquille est petite (habituellement < 11 mm de long), fragile et globuleuse; la spire est déprimée, et le labre est mince. Parmi les autres espèces nord-américaines dont la surface de la coquille globuleuse ressemble à celle du Physa sp. figurent le P. globosa Haldeman 1841 (présent au Kentucky, en Ohio et au Tennessee) et le P. utahensis (présent au Wyoming, au Colorado et en Utah) (voir Burch, 1989).

Le P. integra se distingue du P. gyrina par sa coquille épaisse et robuste, ses tours méplans, sa spire plus aiguë, ses sutures dentées, ses varices blanches et épaisses, et son labre externe blanc particulièrement calleux (LaRocque, 1968; Clampitt, 1970). Clarke (1973, 1981) n’a pas inclus le Manitoba dans l’aire de répartition du P. integra, qu’il fixe à l’est des réseaux Grands Lacs-Saint-Laurent et Ohio-Mississippi. Toutefois, Mozley (1938, in LaRocque, 1968) a signalé le P. integra dans le ruisseau Muckle, près de Clandeboye (milieu humide situé à l’extrémité sud du lac Winnipeg). Par ailleurs, des relevés ultérieurs réalisés par Pip (1978, 2000) ont trouvé cette physe dans plusieurs localités du Sud du Manitoba.

Figures 1-3. Physidés du lac Winnipeg. 1) Physa sp.; 2) Physa gyrina; 3) Physa integra

Figures 1-3. Physidés du lac Winnipeg. 1) Physa sp.; 2) Physa gyrina; 3) Physa integra.

On ne trouve pas le P. jennessi skinneri dans le plan d’eau principal du lac Winnipeg, cette sous-espèce préférant les bras morts. Dans le cadre de la présente évaluation, on ne l’a trouvée qu’au site 9, un chenal à embarcations protégé situé derrière une marina. On reconnaît facilement le P. jennessi skinneri grâce à son apex émoussé, à sa transparence et à ses derniers tours aplatis.

La coquille de la physe du lac Winnipeg présente une surface terne, souvent piquée; les coquilles fraîches sont gris bleuâtre. Cela contraste avec la coquille luisante, dorée ou brun pâle des spécimens du P. gyrina vivant dans le lac Winnipeg. Les stries de croissance du P. gyrina sont marquées par des épaississements axiaux blancs, généralement bordés d’une strie bourgogne. Ces stries colorées sont absentes chez le P. integra et le Physa sp.

Le P. ancillaria Say 1825 a souvent une forme quelque peu globuleuse; toutefois, le labre externe est plus comprimé et aplati que chez le Physa sp. Mozley (1938, in LaRocque, 1968) a signalé le P. ancillaria dans le lac Shoal, à Indian Bay (Manitoba), près de la frontière avec l’Ontario. Pourtant, lors de ses relevés dans le lac Shoal de 1983 à 1986, Pip (données inédites) n’a trouvé aucun P. ancillaria; elle n’y a recueilli que des P. gyrina. LaRocque (1968) jugeait que le P. ancillaria et le P. heterostropha étaient en fait la même espèce. Ce dernier n’a pas été observé au Manitoba.

Le P. sayii Tappan 1838 a peut-être lui aussi plusieurs écomorphes à coquille renflée. Toutefois, le statut de ce nom est actuellement ambigu, des formes intermédiaires entre le P. gyrina et le P. sayii ayant été rapportées (Te, 1975). Le tableau I (tiré de LaRocque, 1968) résume les ratios péristome/hauteur de la coquille. L’annexe I, quant à elle, présente une comparaison par Te (1975) des caractères de la coquille d’espèces de Physidés pertinentes trouvées dans des parcelles « typiques » du Michigan.

Tableau I.  Ratios péristome/hauteur de la coquille des Physidés rapportés par LaRocque (1968).
EspèceRatio péristome/hauteur de la coquille

Physa ancillaria

P. gyrina

P. integra

de 0,7 à 0,8

de 0,5 à 0,7

de 0,6 à 0,7

Le tableau II résume les ratios des caractères de la coquille des populations du P. gyrina, du P. integra et du Physa sp. du lac Winnipeg. Chez la physe du lac Winnipeg, la coquille est, de manière constante, proportionnellement plus large que haute (hauteur totale). Elle présente également le ratio moyen péristome/hauteur le plus élevé. Le test de comparaisons multiples de Duncan (Zar, 1974) a montré que, pour la coquille, les ratios largeur/hauteur du Physa sp. étaient significativement plus élevés que ceux du P. gyrina et du P. integra (F = 12,2, p < 0,0002). Les variances entre les espèces étant significativement différentes pour le paramètre du ratio péristome/hauteur de la coquille (d’après le test d’homogénéité des variances de Bartlett-Box), le test non paramétrique de Kruskal-Wallis a été appliqué (Zar, 1974). Selon le résultat obtenu, le ratio péristome/hauteur de la coquille du P. gyrina était significativement différent des ratios du P. integra et du Physa sp. (chi carré = 6,85, p = 0,03). Ainsi, la largeur relative de la coquille semble être le meilleur, mais pas le seul, caractère de différenciation.

Chez le Physa sp. à l’état vivant, le corps est gris pâle, avec des taches noires éparses. Le P. gyrina, par contre, est foncé, presque noir, et ses tentacules sont plus courts. Le périostracum des deux espèces est noir.

L’holotype a été déposé au Musée canadien de la nature sous le nom de Physa winnipegensis (catalogue no CMNML 093695).

Tableau II.  Ratios (+ écart-type) des mesures moyennes de la coquille pour les Physidés du lac Winnipeg.
EspèceLargeur de la coquille/hauteur de la coquilleLongueur du péristome/hauteur de la coquille
Physa gyrina0,61 (+ 0,02)0,76 (+ 0,01)
Physa integra0,67 (+ 0,02)0,74 (+ 0,03)
Physa sp.0,72 (+ 0,01)0,81 (+ 0,01)


Tableau III.  Fréquences relatives (%) des trois Physidés du lac Winnipeg aux sites où a été trouvé le Physa sp.
No du siteN (total)P. gyrinaP. integraPhysa sp.
6540 60
212483 17
2828213742
5711 8218
7734592417