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Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation de la physe du lac Winnipeg (Physa sp.) au Canada

Répartition

Comme l’espèce n’a pas encore été officiellement décrite, aucune donnée publiée n’est disponible en ce qui concerne sa répartition. Toutefois, lors des relevés intensifs effectués par Pip (1978, 1985,1992, 2000 et données inédites) dans près de 1 000 localités du Manitoba, de l’Ontario, de la Saskatchewan, du Dakota du Nord et du Minnesota, on n’a découvert le Physa sp. que dans le lac Winnipeg. Aucun des lacs adjacents ni aucun affluent du lac Winnipeg ne semblent abriter cette physe. L’espèce doit donc être endémique au lac.

Parmi les 90 stations examinées dans le lac Winnipeg en 2001 (figure 4), on n’a observé des Physa sp. qu’à 5 endroits (figure 5). À chaque station, les roches et les objets submergés jusqu’à 1 m de profondeur ont été examinés, et des débris ont été prélevés sur les plages. Tous les gastéropodes vivants étaient immédiatement retournés dans leur habitat. Les stations ont été visitées de mai à août.

La répartition du Physa sp. semble être très clairsemée et discontinue au sein du lac, des spécimens ayant été trouvés tant du côté est que du côté ouest du bassin. En effet, la répartition de toutes les communautés de mollusques dans le lac est irrégulière et semble être largement dépendante de la stabilité des substrats de fond. Un nombre très peu élevé de mollusques vivent dans des zones sableuses à découvert, sauf en présence de végétation submergée enracinée. Les communautés de mollusques du lac Winnipeg préfèrent les zones peu profondes et proches du littoral. Toutefois, dans le cadre de la présente étude, on n’a trouvé aucun mollusque à 37 des 90 stations étudiées.

Figure 4.  Répartition des sites du lac Winnipeg étudiés en 2001.

Figure 4.  Répartition des sites du lac Winnipeg étudiés en 2001.

Figure 5.  Répartition connue du Physa sp.

Figure 5.  Répartition connue du Physa sp.

Les échantillons de sédiments de fond prélevés dans des zones profondes éloignées des rivages sont généralement dépourvus de mollusques vivants (Pip, données inédites). Le lac Winnipeg peut être considéré comme appauvri en mollusques, comparativement au lac Manitoba, beaucoup plus productif et moins profond (la profondeur maximale est de 6,3 m, contre 61 m pour le lac Winnipeg).

Comme les grands lacs du Manitoba sont des vestiges du lac glaciaire Agassiz, on se demande pourquoi le Physa sp. est absent de tous les lacs sauf le lac Winnipeg. Cette forme est peut-être apparue (probablement à partir du P. integra) dans les 12 000 ans suivant le recul du glacier, qui a mis à découvert les bassins méridionaux des lacs Winnipeg et Manitoba (Teller et Last, 1981), et isolé le lac Winnipeg. Les Physidés peuvent se différencier rapidement. Par exemple, Remigio et al. (2001) ont trouvé des preuves moléculaires permettant d’affirmer que le P. johnsoni s’est probablement différencié du P. gyrina dans la région de Banff il y a environ 10 000 ans. Les conditions nord-américaines semblent être particulièrement propices à la spéciation des Physidés puisque c’est sur ce continent qu’on trouve le plus grand nombre d’espèces de cette famille.

Par contre, le Physa sp. a peut-être déjà eu une aire de répartition plus vaste avant de disparaître de tous les autres vestiges du lac Agassiz, sauf du bassin le plus profond. Depuis la déglaciation, c’est le lac Winnipeg qui assure l’environnement le plus stable, tandis que le lac Manitoba a subi de grandes fluctuations en termes de taille et de chimie de l’eau, ainsi que des périodes de sécheresse à l’échelle du bassin (Teller et Last, 1981). Ces fluctuations sont reflétées dans la composition des communautés de mollusques dans les archives sédimentaires du lac Manitoba (Pip, 1990). Toutefois, une étude sur les carottes de sédiments du lac Manitoba, couvrant toute l’histoire du lac depuis la déglaciation, n’a pas trouvé d’espèces du genre Physa, et ce, même si le P. gyrina occupe actuellement le lac. Cela est probablement dû au fait que la coquille des individus de ce genre est fragile et ne se conserve pas bien dans les sédiments du fond (Pip, 1988b).

Le lac Winnipeg a également retenu les plus faibles concentrations de matières totales dissoutes (MTD) de tous les grands lacs du centre du Manitoba. La teneur moyenne de MTD était de 164 mg/L (fourchette : de 40 mg/L à 370 mg/L) pour les 90 stations échantillonnées en 2001 dans le lac Winnipeg et de 3 200 mg/L pour le lac Manitoba (Last, 1984; Pip, données inédites). Par conséquent, les conditions chimiques de l’eau des autres lacs sont peut-être inadéquates pour le Physa sp.

Dans le lac Winnipeg, le Physa sp. a été mentionné tant du côté est que du côté ouest du bassin. La teneur en MTD de l’eau du côté oriental du bassin sud est significativement moins élevée (est : 138 mg/L ± 12 écart-type; ouest : 176 mg/L ± 8 écart-type; t = 2,63; p = 0,01) (Pip, en prép.). Cette différence est due à la rivière Winnipeg, qui fournit environ 40 p. 100 de toute l’eau qui s’écoule vers le lac Winnipeg. La rivière prend naissance dans le lac des Bois et draine un bassin reposant sur des roches ignées et métamorphiques du bouclier précambrien (Jones et Armstrong, 2001). Le côté ouest du lac repose quant à lui sur du calcaire ordovicien. Ainsi, l’eau de la rivière Winnipeg et des petits cours d’eau le long du côté oriental a un effet de dilution sur la partie est du bassin.