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Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation de la physe du lac Winnipeg (Physa sp.) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Deux facteurs importants nous préoccupent quant à la survie du Physa sp. :

A. Son habitat se trouve dans les zones peu profondes et proches du littoral, où l’intrusion humaine et les perturbations sont les plus fortes.

B. L’eutrophisation du lac s’est substantiellement accélérée au cours de la dernière décennie.

Le lac Winnipeg reçoit l’eau de plusieurs rivières et ruisseaux. Son bassin hydrographique est énorme, puisqu’il va des Rocheuses, en Alberta, au réseau du lac des Bois, en Ontario. Les projets d’aménagement et autres activités au sein de ce vaste bassin peuvent avoir un effet sur la qualité de l’eau du lac Winnipeg.

Quarante pour cent du volume d’eau pénétrant dans le lac Winnipeg vient de la rivière du même nom. Dans la région drainée (environ 137 000 km2) par la rivière Winnipeg se déversent des effluents de fabriques de pâtes et papiers, des effluents miniers et des matières provenant de l’érosion des zones de forêts exploitées. La rivière Saskatchewan, quant à elle, représente environ 33 p. 100 du volume entrant. Elle sillonne une superficie d’environ 416 000 km2, où l’utilisation des terres agricoles est souvent intensive, et ses eaux transportent des effluents provenant des activités forestières, des grands centres urbains et des fabriques de pâtes. À la différence des rivières Winnipeg et Rouge, la rivière Saskatchewan pénètre dans le lac par le bassin nord, près de l’exutoire; c’est pourquoi ses eaux n’influent pas autant sur le bassin sud que les deux autres cours d’eau. La décharge de la rivière Rouge représente 8 p. 100 seulement du volume total qui entre dans le lac Winnipeg, mais elle contient les eaux usées de Winnipeg et de plusieurs autres centres urbains, en plus de transporter de grandes quantités d’eaux de ruissellement agricole. Les crues sporadiques du bassin de cette rivière entraînent une hausse de la concentration de divers contaminants rejetés dans l’eau à la suite de l’inondation des agglomérations, des bassins d’eaux usées, des entrepôts de produits chimiques et de déchets ainsi que des lieux d’enfouissement. Par exemple, après les inondations de 1997, on a détecté des concentrations élevées de nutriments, de métaux lourds, de PCB et de pesticides (toxaphène et DDT) dans le lac Winnipeg (CMI, 2000).

D’innombrables petits cours d’eau et tranchées de drainage se déversent dans le lac. Au cours des deux dernières décennies, nombre de municipalités autour du lac ont sans cesse élargi et modernisé le système de drainage des terres pour promouvoir l’agriculture. Cela a contribué à accélérer l’introduction de nutriments du sol, de substances chimiques agricoles et de limon dans le lac, particulièrement pendant le ruissellement printanier et les saisons humides. La charge d’azote et de phosphore semble augmenter significativement dans plusieurs cours d’eau de la portion sud du bassin hydrographique (Jones et Armstrong, 2001).

Le littoral du lac Winnipeg continue de subir d’importantes activités d’aménagement à des fins résidentielles et récréatives. Des communautés urbaines, comme Gimli, sont installées juste au bord du lac, et les lotissements abritant un grand nombre de chalets se multiplient dans des zones qui appartenaient autrefois à la Couronne ou qui n’avaient pas encore été exploitées par des propriétaires privés. Cette forme d’exploitation exerce un vaste éventail d’effets négatifs sur l’environnement :

●      défrichage des terres en vue de l’aménagement de lotissements de chalets, de routes et de lignes de transport d’énergie;

●      modifications physiques du rivage par les propriétaires de chalets et les promoteurs en vue d’ouvrir ou d’améliorer des plages, et d’aménager des marinas, des quais, des épis, des remises à bateaux, des escaliers, des rampes, des chenaux;

●      enlèvement des roches dans les zones de baignade et de navigation;

●      apport de nutriments et de produits chimiques domestiques provenant de champs d’épuration, de latrines et de réservoirs de stockage mal entretenus;

●      apport de nutriments provenant des engrais à gazon et à jardin;

●      apport de nutriments provenant des déchets d’animaux domestiques;

●      perturbation causée par les bateaux à moteur et les motomarines ainsi que les véhicules tout-terrain utilisés en eau peu profonde;

●      épandage d’herbicides (sur le sol pour lutter contre les mauvaises herbes et dans l’eau pour lutter contre les macrophytes aquatiques) tant par des particuliers que par des municipalités le long des routes et des emprises, ainsi que par Manitoba Hydro le long des couloirs de lignes de transmission; épandage dans les parcs, les aires à pique-nique et les terrains de camping se trouvant au bord du lac;

●      utilisation de sulfate de cuivre et d’autres algicides pour tuer les algues;

●      épandage de pesticides pour éliminer les insectes nuisibles;

●      abandon des déchets dans la nature;

●      utilisation d’agents de conservation toxiques (p. ex. pentachlorophénol, cuprinol et arsenic) pour les quais, les ponts, l’extérieur des chalets et les poteaux électriques;

●      utilisation de produits chimiques contre la poussière et la glace sur les routes;

●      déversements d’essence par les moteurs de bateaux et les véhicules stationnés;

●      lessivage des toxines provenant des peintures sur la coque des bateaux (p. ex. tributylétain).

Les effets sont particulièrement graves dans les zones où les centres urbains et autres communautés habitées à l’année sont situés au bord même du lac, comme c’est le cas de Gimli, ou dans les collectivités autochtones permanentes. Ces dernières sont accessibles par traversier ou, en hiver, par des routes aménagées sur la glace. Le camionnage des denrées lourdes vers ces collectivités s’effectue surtout en hiver. L’existence de routes praticables l’hiver contribue aux émissions de diesel, d’huiles, de fluide hydraulique et d’autres contaminants.

Une route visant à faciliter les activités d’exploitation forestière est en cours de construction le long du rivage est du lac, et le développement récréatif suivra dans cette zone. La multiplication des activités forestières dans le bassin augmentera l’érosion et l’apport de nutriments dans le lac. Les sols du bouclier précambrien du côté oriental du lac se trouvent à très faible profondeur, affleurent souvent sur des pentes prononcées et sont facilement déstabilisés. Les activités forestières exercent des effets négatifs importants sur la qualité de l’eau des rivières et des ruisseaux qui parcourent les forêts coupées à blanc (voir par exemple Huttunen et al., 1990). Les cours d’eau qui sillonnent les zones exploitées envoient de la matière organique dissoute, des solides en suspension, des débris ligneux et du phosphore dans le lac Winnipeg (Pip, en prép.).

Manitoba Hydro a commencé à régulariser le niveau du lac Winnipeg en 1976 pour contrôler le débit entrant dans la rivière Nelson à des fins de production hydroélectrique. Il a été reconnu que la régularisation peut avoir plusieurs répercussions, notamment augmenter les taux d’érosion des rivages, rétrécir la largeur des plages et dégrader les milieux humides (MH, sans date). On prévoit installer une nouvelle ligne de transmission du côté est du lac, qui n’est pas encore développé. La construction de la ligne devrait durer une dizaine d’années.

Dans le bassin sud, les berges s’érodent à un rythme de 0,5 m par année; dans certaines localités, elles perdent plus de 8 m par année (MH, sans date). Par ailleurs, la construction de quais et de brise-lames a causé l’accumulation de matières transportées et l’altération des rivages. Dans d’autres secteurs, les propriétaires de chalets et les municipalités ont importé du remblai et ont épandu du sable pour réduire l’érosion. Une mauvaise gestion des rivages a aggravé le problème dans les secteurs où les berges du lac sont sableuses. Par exemple, on a permis la création de sentiers et la destruction de végétation stabilisante pour que les propriétaires puissent avoir vue sur le lac de leur chalet. En outre, l’utilisation de véhicules tout-terrain est de plus en plus nuisible. Les tentatives des propriétaires pour stabiliser les berges qui s’effritent et pour empêcher que leur terrain ne rétrécisse consistent souvent à décharger des déchets provenant de vieux immeubles, de la ferraille et des pneus de caoutchouc. Tous ces matériaux peuvent contenir des matières dangereuses.

Les grandes exploitations agricoles, particulièrement les porcheries, se sont multipliées à un rythme inquiétant au Manitoba. Le nombre de porcs produits dans la province a augmenté de 30 p. 100 de 1999 à 2001 pour atteindre un total de 6,5 millions. D’après les projections, ce nombre devrait augmenter encore. La production de bétail et de volaille poursuit aussi son expansion. La production de bétail est particulièrement intensive à l’ouest du lac Winnipeg; du rivage, on peut voir des exploitations agricoles. Les fermes d’élevage produisent des nutriments, des métaux lourds, des sels et de la matière organique, qui peuvent s’écouler en dehors des limites des propriétés ou ruisseler à partir des champs où ont été répandus les fumiers. Plusieurs exploitants épandent le fumier sur des champs enneigés en hiver; au printemps, ces déchets sont rapidement lessivés, sous l’action de l’eau de fonte, vers les tranchées et les cours d’eau qui se déversent dans le lac.

La réaction de nombreux propriétaires de centres de villégiature et de chalets face au problème grandissant des algues consiste à rejeter des quantités énormes de sulfate de cuivre et d’algicides organiques dans l’eau pour tenter d’éliminer les algues nuisibles. Cette pratique entraîne évidemment des mortalités massives, et les nutriments qui en résultent produisent une autre prolifération d’algues, qui nécessite un autre épandage. Les substances chimiques employées sont toxiques pour les invertébrés aquatiques et les poissons. En menant cette étude, nous avons découvert que les concentrations de cuivre dans ces secteurs peuvent atteindre le seuil toxique dans l’eau (la plus forte concentration enregistrée lors du relevé de 2001 était de 188 mg/L). À titre de comparaison, d’après les Recommandations canadiennes pour la qualité des eaux : protection de la vie aquatique, les concentrations ne doivent pas dépasser les 2-6 mg/L. Le cuivre, une fois épandu, peut s’accumuler dans les sédiments de fond avant d’être libéré plus tard, quand les sédiments sont perturbés ou emportés par les courants littoraux vers d’autres parties du rivage. Les métaux peuvent aussi être recyclés dans l’eau par des macrophytes enracinés ou être remaniés par bioturbation par les invertébrés benthiques.

Plusieurs installations d’extraction minière et de traitement du minerai se trouvent dans le bassin oriental du lac Winnipeg. La plupart de ces exploitations sont des mines d’or. Il y a une grande mine de tantale dans le bassin hydrographique de la rivière Winnipeg. De telles exploitations libèrent des métaux lourds et de l’arsenic (le minerai d’or se trouve surtout sous forme d’arsénopyrite) dans l’environnement. L’acidité des eaux du bouclier précambrien rend les métaux plus solubles et plus toxiques, et leur permet d’être transportés vers l’aval. Plusieurs cours d’eau récepteurs de ces effluents sont, sur une grande distance, dépourvus de toute forme de vie. La présente étude a trouvé que les concentrations moyennes de cadmium, de plomb et de cuivre dans la zone littorale orientale étaient supérieures à celles observées du côté occidental du lac.

Une autre source de métaux lourds dans les zones peu profondes du lac est constituée par les plombs de chasse, qui se sont accumulés dans les zones de chasse à la sauvagine. Le plomb continue d’empoisonner la sauvagine et se lessive de façon continue sur une longue période. Les plombs de pêche et les déchets immergés, les épaves et les véhicules terrestres abandonnés sont aussi d’autres sources de métaux. Au cours de la présente étude (2001), on a trouvé des teneurs en plomb allant jusqu’à 23 mg/L dans l’eau de ces endroits.

Les fabriques de pâtes au bord des rivières Winnipeg et Saskatchewan rejettent des quantités importantes de déchets organiques dans l’eau. À l’aval des fabriques, de grands tronçons de ces cours d’eau sont tapissés de matière organique réfractaire, qui empêche les communautés benthiques de se développer normalement. Les déchets de la fabrique de Pine Falls située au bord de la rivière Winnipeg peuvent être transportés à la baie Traverse, dans le lac (p. ex. site 90), où ils sont redistribués par les courants.