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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le naseux de la Nooksack au Canada – Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Naseux de la Nooksack
Rhinichthys cataractae ssp.

Information sur l’espèce

Le naseux de la Nooksack est un méné au corps fuselé et presque rond en coupe transversale. Sa tête triangulaire présente un museau bulbeux qui surplombe la bouche.Ses nageoires pectorales sont larges, en forme de pagaies et servent d’hydrofoils dans les courants rapides. Le corps est vert gris au-dessus de la ligne latérale, d’un jaune terne, et blanc gris en dessous. Des marques pâles distinctes paraissent sur le dos du poisson, à chaque extrémité de la nageoire dorsale. Une bande noire est présente; elle se limite à la tête, devant les yeux, chez l’adulte, mais se prolonge sur les flancs, jusqu’à la queue, chez les juvéniles. Les mâles ont des nageoires pectorales légèrement plus longues, mais autrement, les deux sexes sont difficiles à distinguer. Le naseux de la Nooksack est génétiquement distinct des autres formes de R. cataractae dans les bassins hydrographiques des fleuves Fraser et Columbia, dont il se distingue physiquement par la présence d’écailles plus grosses, mais moins nombreuses. Le plus gros spécimen jamais enregistré au Canada mesurait 114 mm (du bout du museau à la fourche de la queue) et pesait 16,1 g. On croit que le naseux de la Nooksack est une sous-espèce du naseux de rapides (Rhinichthys cataractae), mais il pourrait aussi être une espèce distincte.

Répartition

Le naseux de la Nooksack est confiné aux rivières et aux cours d’eau du nord-ouest de l’État de Washington et de la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique.Des populations ont été confirmées dans quatre cours d’eau au Canada : le ruisseau Bertrand, le ruisseau Pepin, le ruisseau Fishtrap et la rivière Brunette. Certains, mais pas tous, des R. cataractae de deux autres bassins hydrographiques, ceux des rivièresCoquitlam et Alouette, portaient des marqueurs de l’ADNmt de l’espèce, mais on ignore si cela témoigne d’une hybridation passée entre les formes de R. cataractae de la Nooksack et des fleuves Columbia et Fraser ou est plutôt le fruit de leur coexistence actuelle dans ces bassins.

Habitat

Le naseux de la Nooksack est un spécialiste des habitats des rapides (eaux peu profondes à débits modérés). Il est rarement présent dans les cours d’eau qui ont des rapides sur moins de 10 p. 100 de leur longueur ou dans les segments où de longs bassins profonds séparent les rapides. Les densités des adultes sont à leur niveau le plus élevé à des profondeurs de 10 à 20 cm, à des vélocités de l’eau de 20 à 35 cm/s et au-dessus de substrats de gravier meuble, de pierres ou de rochers. Au cours de leur premier été, les juvéniles occupent des bassins calmes et peu profonds (de 10 à 20 cm) dont le substrat est fin et qui sont situés en aval de rapides. Au Canada, le naseux de la Nooksack est associé aux petits et aux moyens cours d’eau (de 1 à 10 m de largeur), mais cette association témoigne sans doute davantage de la disponibilité de l’habitat dans les bassins hydrographiques qu’il occupe que d’une réelle préférence.

Biologie

Le naseux de la Nooksack fraie la nuit entre avril et le début juillet, et fraie peut-être plus d’une fois au cours d’une saison. Les jeunes de l’année émergent du gravier au milieu de l’été, occupent des bassins peu profonds et marginaux aux substrats de sable ou de boue, et s’y nourrissent de zooplancton. Au bout de quatre mois environ (longueur corporelle d’environ 45 mm), les individus migrent vers l’habitat de rapides. Le naseux de la Nooksack a une durée de vie de quatre à six ans et atteint la maturité sexuelle à la fin de son deuxième été. Les caractéristiques du cycle vital de l’espèce (petite taille, courte durée de génération) devraient permettre une croissance rapide, un prompt rétablissement à la suite de perturbations de petite échelle et une expansion rapide dans des habitats restaurés ou créés à proximité. La majorité des adultes semblent couvrir moins de 50 m annuellement. Le naseux de la Nooksack est particulièrement inactif à des températures inférieures à 11 oC, mais s’alimente normalement à des températures supérieures à 20 oC. Les adultes se nourrissent principalement d’insectes aquatiques et sont probablement la proie de la truite fardée côtière (Oncorhynchus clarki clarki), de la truite arc-en-ciel (O. mykiss) et du chabot piquant (Cottus asper). Ces poissons, ainsi que le saumon coho juvénile (O. kisutch) chassent probablement également les juvéniles.

Taille et tendances des populations

Les données actuelles ne sont pas suffisantes pour permettre d’estimer la taille totale de la population, mais tout porte à croire qu’elle compte moins de 10 000 individus. La densité semble être demeurée relativement élevée depuis les années 1960 dans le cours inférieur du ruisseau Bertrand, mais semble avoir décliné dans les ruisseaux Pepin et Fishtrap. La disparition apparente du naseux de la Nooksack des affluents d’amont des ruisseaux Fishtrap et Bertrand depuis les années 1960 semble indiquer que le déclin se poursuit (McPhail, 1997). Aucune estimation n’a encore été faite pour la population récemment découverte dans la rivière Brunette.

Facteurs limitatifs et menaces

Les populations canadiennes de naseux de la Nooksack sont limitées par la disponibilité de leur habitat de choix, soit les rapides de grande qualité, et par la majorité des principales menaces liées à la perte ou à la dégradation de cet habitat. Les menaces imminentes susceptibles d’avoir une incidence sur la population sont notamment le manque d’eau à la fin de l’été (assèchement des rapides), la destruction physique de l’habitat de rapides (dragage, canalisation, etc.), l’accumulation de sédiments dans les rapides et la disparition de rapides attribuable aux barrages de castors. Les menaces imminentes dont l’incidence est incertaine sont notamment la toxicité des effluents des égouts pluviaux des villes, les faibles niveaux d’oxygène dissous à la fin de l’été, la prédation par des espèces introduites et la fragmentation de l’habitat causée par des barrières physiques ou par la dégradation ou la destruction de parcelles d’habitat. L’ampleur relative des menaces varie d’un bassin hydrographique à l’autre.

Importance de l’espèce

Le naseux de la Nooksack appartient à la faune de la Chehalis, un groupe de poissons qui aurait évolué à la suite d’un isolement géographique pendant les glaciations du Pléistocène dans un refuge maintenant libre de glace qui se trouve aujourd’hui dans l’État de Washington. Cette espèce revêt un intérêt considérable pour l’étude de l’évolution biologique et de la biogéographie.

Protection actuelle

Le COSEPAC a accordé en 1997 le statut d’espèce en voie de disparition au naseux de la Nooksack et l’espèce a subséquemment été inscrite à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP). La Loi sur les espèces en péril interdit la destruction de l’habitat désigné comme habitat essentiel dans un programme de rétablissement ou dans un plan d’action approuvé, mais le ministre compétent doit prononcer un décret avant que l’interdiction ne puisse s’appliquer. Il est néanmoins interdit de nuire au naseux de la Nooksack ou de le capturer dans toutes les eaux canadiennes. Son habitat bénéficie également d’une certaine protection en vertu de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral. Dans l’ébauche d’un programme de rétablissement, l’équipe de rétablissement a proposé que soient désignés comme habitat essentiel en vertu de la LEP 21,3 km des affluents de la rivière Nooksack, mais la résidencede l’espèce n’a pas été définie en vertu de cette loi.