Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le naseux de la Nooksack au Canada – Mise à jour

Mise à jour
Rapport de situation du COSEPAC
sur le
naseux de la Nooksack
Rhinichthys cataractae ssp.
au Canada
2007

Information sur l'espèce

Nom et classification

Classe :
Actinoptérigiens
Ordre :
Cypriniformes
Famille :
Cyprinidés
Genre :
Rhinichthys
Espèce :
Rhinichthys cataractae
Sous-espèce :
Rhinichthys cataractae ssp.
Noms communs :
   Français
Naseux de la Nooksack
   Anglais
Nooksack dace


On croit que le naseux de la Nooksack (figure 1) est une sous-espèce du naseux de rapides (Rhinichthys cataractae), mais il pourrait aussi être une espèce distincte (J. D. McPhail, comm. pers., 2006). Le naseux de la Nooksack appartient à la faune de la Chehalis, un groupe de poissons qui aurait divergé de la faune du fleuve Columbia pendant le Pléistocène par isolement géographique dans un refuge glaciaire qui se trouverait aujourd’hui dans l’État de Washington (McPhail, 1967; McPhail, 1997). Il compte parmi plusieurs naseux étroitement apparentés du Pacifique Nord-Ouest dont la relation taxinomique est incertaine. La forme la plus répandue occupe les bassins hydrographiques des fleuves Columbia et Fraser. Au nombre des formes divergentes, il y a notamment le naseux Umpqua (R. evermanni Snyder), du bassin hydrographique du fleuve Umpqua, et le naseux Millicoma, un naseux non décrit, du bassin hydrographique du fleuve Coos, les deux se trouvant en Oregon, ainsi que le naseux de la Nooksack (Bisson et Reimers, 1977; McPhail, 1967). Aucune de ces formes ne semble sympatrique.


Figure 1 : Naseux de la Nooksack mâle (20 mai 1999, ruisseau Pepin, UTM 10U 539071 5428930)

Figure 1. Naseux de la Nooksack mâle (20 mai 1999, ruisseau Pepin, UTM 10U 539071 5428930).


Description morphologique

La morphologie du R. cataractaetémoigne d’une préférence pour les habitats fluviaux d’eau vive. Le corps du poisson est fuselé et presque rond en coupe transversale. La tête triangulaire présente un museau bulbeux qui surplombe la bouche et une légère bosse au niveau de la nuque. Les yeux sont petits par rapport à la longueur de la tête. Les nageoires pectorales sont larges, en forme de pagaies et servent d’hydrofoils dans les courants rapides. Les nageoires pelviennes sont petites, et la nageoire caudale est peu entaillée et présente des lobes arrondis. Le corps est vert gris au-dessus de la ligne latérale, d’un jaune terne, et blanc gris en dessous. La vessie natatoire est petite et peu développée (Scott et Crossman, 1973). Le poisson porte des marques pâles distinctes sur le dos à la base antérieure et postérieure de la nageoire dorsale et une bande noire distincte sur la tête, devant les yeux. Chez les juvéniles, cette bande se prolonge sur les flancs jusqu’à la queue. Les mâles ont des nageoires pectorales légèrement plus longues, mais autrement, les deux sexes sont difficiles à distinguer (McPhail, 1997). Comparativement aux autres populations de R. cataractae des bassins hydrographiques des fleuves Fraser et Columbia, le naseux de la Nooksack a un pédoncule caudal plus effilé et des écailles plus grosses et moins nombreuses (de 50 à 59 contre 60 à 73 sur la ligne latérale; McPhail, 1967; Bisson et Reimers, 1977).Le plus gros spécimen jamais enregistré au Canada mesurait 114 mm (du bout du museau à la fourche de la queue) et pesait 16,1 g (Pearson, 2004). Les valeurs moyennes des principales caractéristiques morphologiques (nombre d’écailles sur la ligne latérale et de rayons sur la nageoire dorsale) pour les populations récemment identifiées des rivières Coquitlam et Alouette sont intermédiaires entre les deux formes et montrent des variations plus importantes. La taille de l’échantillon ne suffit pas actuellement à déterminer si les distributions sont unimodales ou bimodales (J. D. McPhail, comm. pers., 2006).


Description génétique

Le naseux de la Nooksack du bassin de la rivière Nooksack se distingue du R. cataractae des bassins des fleuves Columbia et Fraser par la fréquence allélique d’un allozyme (Pgi-1 allèle lent; McPhail et Lindsey, 1986) et par la distance génétique calculée à partir de la variation de l’ADNmt. Une étude détaillée de séquençage de l’ADNmt pour le groupe d’espèces dont fait partie le R. cataractae est présentement en cours (J. D. McPhail, comm. pers., 2006). Ce groupe comprend le naseux Umpqua, R. evermanni (n=15; endémique au fleuve Umpqua, Oregon), et plusieurs autres formes possibles du R. cataractae, dont le naseux de la Nooksack (n=20) et le naseux Millicoma (n=5; endémique à la rivière Coos, Oregon; Bisson et Reimers, 1977), et la forme plus répandue des bassins hydrographiques des fleuves Columbia et Fraser (n=5 dans 6 sites en Colombie-Britannique et dans l’État de Washington). Les premiers résultats ont montré une différence dans environ 2 p. 100 des sites du gène du cytochrome b (1 141 pb) et de la région témoin (892 pb) de l’ADNmt entre le naseux de la Nooksack et le R. cataractae des fleuves Columbia et Fraser, ce qui donne à penser que la divergence entre ces deux groupes s’est produite il y a environ 2 millions d’années, soit avant le Pléistocène.Ce niveau de divergence dépasse celui observé entre le meunier rouge, Catostomus catostomus, et le meunier de Salish, Catostomus sp. (1,15 p. 100; McPhail et Taylor, 1999, 2000), et est similaire à celui observé entre le naseux moucheté, R. osculus, le naseux léopard, R. falcatus et le naseux d’Umatilla, R. Umatilla (1,3-2,8 p. 100; McPhail et Taylor, données inédites). Il y a de petites différences (0,3-0,4 p. 100) entre les populations de naseux de la Nooksack des bassins hydrographiques de la péninsule Olympic, des basses terres de la baie Puget et de la vallée du Fraser. La rivière Willipa, la seule occupée au sud de la rivière Chehalis, accueille une population qui présente une divergence un peu plus importante par rapport aux autres populations de naseux de la Nooksack, soit environ 1 p. 100 des sites (McPhail et Taylor, données inédites).

La structure de la population canadienne est encore incertaine. Jusqu’en 2004, on croyait que le naseux de la Nooksack était limité aux affluents de la rivière du même nom et que le naseux de rapides du nord-ouest occupait tous les affluents du fleuve Fraser. De récents travaux de génétique et de morphométrie ont cependant révélé que tous les R. cataractae de la rivière Brunette (un affluent du fleuve Fraser) étaient des naseux de la Nooksack (McPhail et Taylor, données inédites). Les échantillonnages préliminaires permettent également de croire que le génome mitochondrial du naseux de la Nooksack est observé chez de nombreux individus des bassins hydrographiques voisins, c’est-à-dire ceux des rivières Coquitlam (47 p. 100, n=30) et Alouette (28 p. 100, n=32), mais est absent chez la population du ruisseau Norrish (n=30), lequel se trouve un peu plus loin à l’est (figure 3). On ne sait pas exactement s’il s’agit-là d’une preuve d’hybridation passée ou d’une sympatrie avec hybridation occasionnelle. Il est essentiel de clarifier cette situation pour pouvoir déterminer le statut taxinomique du naseux de la Nooksack. Si les populations de naseux de rapides du nord-ouest et de naseux de la Nooksack constituent des entités sympatriques distinctes dans les rivières Coquitlam et Alouette, le statut d’espèce à part entière serait alors probablement justifié. En revanche, si ces populations consistent en des hybrides introgressés, la désignation de sous-espèce serait plus appropriée (McPhail, comm. pers., 2006). Un marqueur nucléaire pour le naseux de la Nooksack est requis, mais n’a pas encore été développé.


Unités désignables

Les populations de naseux de la Nooksack occupent deux bassins hydrographiques indépendants en Colombie-Britannique, ceux du bas Fraser et de la rivière Nooksack; ce dernier se déverse dans le détroit de Georgie dans l’État de Washington. La dispersion d’un bassin à l’autre est fort peu probable, bien qu’il se forme de brèves connexions certaines années entre des affluents en amont lors d’inondations. Aucune donnée ne permet toutefois de considérer ces populations comme deux unités désignables séparées conformément aux lignes directrices du COSEPAC pour reconnaître les unités désignables inférieures à l’espèce (COSEPAC, 2006).