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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le naseux de la Nooksack au Canada – Mise à jour

Biologie

Cycle vital et reproduction

Le naseux de la Nooksack fraie la nuit sur des substrats grossiers de rapides (McPhail, 1997) entre avril et le début de juillet (Pearson, 2004). Les R. cataractae mâles et femelles de la rivière Alouette établissent et défendent de petits territoires de reproduction (d’environ 10 cm de diamètre) qui se concentrent dans les secteurs en amont des rapides. Les femelles quittent leur territoire la nuit pour courtiser les mâles territoriaux qui, eux, quittent rarement leur territoire, même pour s’alimenter, jusqu’à 24 h après le frai au moins (Bartnik, 1972; 1973). Les femelles pondent, selon leur taille, entre 200 et 2 000 œufs, et on pense que les adultes fraient chaque année (McPhail, 1997), mais, compte tenu de la longue durée de la période de frai, il est possible que les femelles pondent plusieurs fois (Roberts et Grossman, 2001).

Au Manitoba, les œufs du R. cataractae éclosent au bout de 7 à 10 jours à une température de 15,6 ºC, mais demeurent dans le gravier pendant une autre semaine, jusqu’à ce que le sac vitellin ait été absorbé (Scott et Crossman, 1973).Les jeunes de l’année émergent du substrat au milieu de l’été et se nourrissent de zooplancton et de larves de chironomidés dans les bassins peu profonds et marginaux aux substrats de sable et de boue.Au bout de quatre mois environ (longueur du corps d’à peu près 45 mm), les poissons acquièrent une flottabilité négative et gagnent l’habitat de rapides. Les poissons ont une durée de vie de quatre à six ans et atteignent la maturité sexuelle à la fin de leur deuxième été, ce qui indique que la durée de génération serait de trois ans (McPhail, 1997).

L’hybridation du R. cataractae avec plusieurs autres cyprinidés sympatriques, notamment avec le méné rose (Richardsonius balteatus), une espèce qui, comme le naseux de la Nooksack, occupe la rivière Brunette, a été documentée (Scott et Crossman, 1973).


Prédateurs

Les adultes sont probablement, à l’occasion, la proie de la truite fardée côtière (Oncorhynchus clarki clarki), de la truite arc-en-ciel (O. mykiss) et du chabot piquant (Cottus asper), lesquels cohabitent avec les populations connues de naseux de la Nooksack (Pearson, 2000).Les juvéniles sont probablement eux aussi capturés par ces poissons de même que par le saumon coho juvénile (O. kisutch). Tous les bassins hydrographiques canadiens occupés par le naseux de la Nooksack sont également colonisés par un ou plusieurs prédateurs introduits, notamment le ouaouaron (Rana catesbeiana), la barbotte (Ameiurus nebulosus), le crapet-soleil (Lepomis gibbosus) et l’achigan à grande bouche (Micropterus salmoides). L’incidence de ces prédateurs sur la population de naseux de la Nooksack est inconnue. Aucune de ces espèces n’occupe couramment les segments de rapides privilégiés par le naseux de la Nooksack. Parce qu’il s’alimente la nuit (McPhail, 1997), le naseux de la Nooksack est peut-être moins vulnérable aux prédateurs diurnes (Culp, 1989).


Physiologie

Il n’y a que peu d’information sur les tolérances ou les préférences du naseux de la Nooksack pour des paramètres de la qualité de l’eau comme l’oxygène dissous, le pH et la température. Les activités semblent minimales à des températures inférieures à 11 oC, et le poisson s’alimente normalement à des températures supérieures à 20 oC (Pearson, 2004). Lors d’un relevé réalisé dans la péninsule Olympic, le naseux de la Nooksack a été observé dans des cours d’eau dont la température était bien au-delà de la moyenne (17,6 oC, étendue de 14,0 à 22,0; Mongillo et Hallock, 1997). Le naseux de la Nooksack est probablement très mal adapté à l’hypoxie, les habitats de rapides étant généralement bien oxygénés.


Déplacements et dispersion

Le naseux de la Nooksack occupe généralement un petit domaine vital et ne semble pas se déplacer sur de longues distances une fois parvenu à l’âge adulte. Après avoir étudié deux segments de 200 m, Pearson (2004) a démontré que la distribution des mouvements des naseux de la Nooksack était extrêmement leptocurtique (avec biais vers de courtes distances) relativement à la distribution des mouvements détectables. Au cours de l’étude sur 14 mois, plus de 50 p. 100 des naseux adultes marqués ont été recapturés à moins de 5 m de leur lieu de capture initial et 92 p. 100 à moins de 50 m. Trente pour cent des individus ont été recapturés exactement au même endroit, certains plus d’une année après leur capture initiale. Les poissons se déplaçaient autant en amont qu’en aval, et le déplacement le plus long enregistré était de 205 m. Aucun des individus recapturés n’a franchi les 2,2 km séparant les deux secteurs étudiés. En 15 mois, les naseux de la Nooksack colonisateurs (n=9) n’ont pas pénétré plus profondément que 560 m dans une déviation nouvellement construite de 960 m (Pearson, données inédites), ce qui indique que l’aire de répartition annuelle maximale serait inférieure à 1 km. Les données donnent à penser qu’une importante portion de la population est sédentaire. Hill et Grossman (1987) ont également observé que le R. cataractae occupait de petits domaines vitaux (moyenne de 13,7 m). Les déplacements relativement longs (centaines de mètres) de certains individus portent cependant à croire qu’une partie de la population franchit peut-être de longues distances, une habitude documentée chez un certain nombre de poissons de rapides (Nakamura et al., 2002; Gowan et al., 1994; Smithson et Johnston, 1999). Les juvéniles se dispersent peut-être passivement en aval, mais cette hypothèse n’a pas été étudiée.

La distribution regroupée dans les bassins hydrographiques et la dispersion limitée des adultes indiquent l’existence de métapopulations. Les données actuelles, particulièrement sur la dispersion des juvéniles, ne sont cependant pas suffisantes pour permettre une estimation.

La présence de liens de migration entre les populations canadiennes est fort peu probable puisque les migrants auraient à parcourir au moins 10 kilomètres d’habitat largement impropre à l’espèce dans l’État de Washington ou, comme dans le cas de la rivière Brunette, à franchir la ligne de partage des eaux entre les bassins hydrographiques du Fraser et de la Nooksack.


Relations interspécifiques

Les naseux de la Nooksack adultes se nourrissent principalement d’insectes vivant dans les rapides, alors que les jeunes de l’année s’alimentent surtout d’ostracodes et de pupes de chironomidés (McPhail, 1997). Les concurrents se limitent probablement aux truites fardées côtières et aux truites arc-en-ciel juvéniles, les seuls autres poissons qui se nourrissent couramment dans les rapides occupés par le naseux de la Nooksack (Pearson, 2004). Il existe peu de données sur le parasitisme, mais la majorité des individus souffrent de légères infestations de la maladie des points noirs (Neascus sp.), des kystes sous-cutanés de trématodes qui semblent n’avoir qu’une incidence mineure lorsque l’infestation est faible (Vinikour, 1977).


Adaptabilité

Dans l’ensemble, les caractéristiques du cycle vital du naseux de la Nooksack (petite taille, courte durée de génération, pontes potentiellement multiples chaque année) devraient permettre une croissance rapide de la population, un prompt rétablissement à la suite de perturbations de petite échelle, la colonisation rapide des habitats restaurés ou créés à quelques centaines de mètres de populations existantes et l’introduction ou la réintroduction de l’espèce dans les habitats convenables. Sa stratégie de cycle vital la rend toutefois vulnérable aux perturbations chroniques ou de grande échelle (Winemiller et Rose, 1992; Detenbeck et al., 1992).