Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Petit polatouche (Glaucomys volans)

Facteurs limitatifs et menaces

Selon J. Bowman (comm. pers., 2005), le taux de survie hivernal serait déterminé principalement par l’abondance de la nourriture emmagasinée, car ce taux varie suivant les fluctuations de la production de graines du chêne et du hêtre avec un délai d’environ un an. D’après lui, la température hivernale a une influence sur l’amplitude des fluctuations interannuelles.

Selon Doby (1984) la nourriture joue un rôle fondamental dans l’écologie hivernale de l’espèce, et l’abondance de la population fluctue suivant l’abondance de la nourriture en Caroline du Nord. De façon analogue, au parc national de la Pointe-Pelée, la population réintroduite de petits polatouches est passée d’au moins 100 individus à l’automne 1994 à seulement 43 individus capturés lors d’un inventaire réalisé en 1997, à la suite d’un effondrement de la production de noix en 1995 (Adams, 1997).

D’autres auteurs ont avancé que c’est le climat qui délimite l’aire de répartition de l’espèce au nord, qu’il s’agisse de l’isotherme moyen de janvier (Muul, 1968) ou d’une température journalière minimum de -15 °C (Stapp et al., 1991). Le petit polatouche, qui est actif la nuit (la période la plus froide de la journée) à l’année longue et dont le mode de locomotion par planage accroît les pertes thermiques, a des besoins énergétiques élevés. Le regroupement et la torpeur constituent des adaptations d’hivernage qui aident à minimiser les pertes énergétiques (Stapp et al., 1991; Stapp, 1992; Merritt et al., 2001).

On ignore à quel seuil la disponibilité des cavités de nidification devient un facteur limitatif pour le petit polatouche. Dans le parc national de la Pointe-Pelée, la disponibilité des cavités de nidification n’a pas été un facteur limitatif pour la réintroduction du petit polatouche (Adams, 1995). Des recherches menées en Caroline du Sud ont également révélé que les sites de nidification ne constituaient pas un facteur limitatif pour le petit polatouche (Brady et al., 2000). La coupe généralisée d’arbres matures et de chicots pourrait nuire aux polatouches, car ceux-ci ne nichent que dans des cavités au Canada.

La perte d’habitat est la principale menace qui pèse sur les petits polatouches. Les activités qui réduisent le couvert forestier global (p. ex. la transformation de terres boisées en aménagements urbains) ou qui éliminent des caractéristiques de la structure forestière au sein d’un peuplement (p. ex. l’enlèvement d’arbres abritant des nids ou la récolte de feuillus matures producteurs de noix) constituent les principales menaces à la survie du petit polatouche, tant au niveau des individus que de la population.

La diminution du couvert forestier, en particulier dans le sud de l’Ontario, a probablement diminué l’abondance du G. volans au cœur de la population des Grands Lacs. La perte d’habitat dans le sud de l’Ontario a été documentée (voir Tendances en matière d’habitat : plaines des Grands Lacs), mais il n’existe aucune donnée démographique (historique ou actuelle) permettant de vérifier s’il en serait découlé une baisse d’effectif.

D’autres espèces de polatouches sont menacées par la perte d’habitat. Deux sous-espèces du grand polatouche, le G. sabrinus coloratuset le G. s. fuscus, occupant les Appalaches, sont considérées en péril (endangered) aux États-Unis (U.S. Fish and Wildlife Service, 2004). En outre, le polatouche de Sibérie (Pteromys volans) est en déclin en Finlande (Hanski, 1998).

On ignore quels sont les besoins du petit polatouche en termes de taille minimale des terrains boisés et de distance par rapport à d’autres habitats occupés. On trouve l’espèce dans de petits boisés (< 10 ha) dans le comté de Norfolk, mais plusieurs de ces boisés se trouvent à proximité de forêts beaucoup plus grandes et sont bien reliés à celles-ci.

Nupp et Swihart (2000) n’ont relevé la présence de petits polatouches que dans des boisés de plus de 6 ha et à proximité d’autres terrains boisés en Indiana. Woodworth et al. (2001) ont observé des petits polatouches dans 28 « fragments de forêt » sur 30 dans le sud de l’Illinois. Cependant, ces endroits se trouvaient à l’intérieur d’un paysage principalement forestier, où la distance maximum entre les fragments était de 643 m; les deux parcelles non occupées par des polatouches étaient les plus isolées.

On a établi que la fragmentation de l’habitat perturbe l’écologie du petit polatouche. Taulman et al. (1998) signalent que la densité d’une population de l’Arkansas a décliné à la suite d’une coupe forestière, alors que les populations dans les peuplements matures adjacents ont augmenté. Dans la même étude, la fréquentation de nids artificiels dans les corridors « verts » (principalement des bandes-tampons riveraines non déboisées) a également augmenté. Les écureuils ont emprunté ces « corridors verts » pour passer d’un fragment de peuplement mature à l’autre (Taulman et Smith, 2004).

L’exploitation forestière qui remplace les feuillus des forêts mixtes pour créer des plantations de conifères en Nouvelle-Écosse est considérée comme une menace pour la population de l’Atlantique (Lavers, comm. pers., 2004). Le G. volans préfère dans une très large mesure les secteurs de forêt mixte en Nouvelle-Écosse et évite les peuplements dominés par les conifères (Lavers, 2004).

Les chats domestiques et les captures accessoires par les trappeurs d’animaux à fourrure sont les principales causes de mortalité directe. Aucune espèce de polatouche ne fait l’objet d’un piégeage commercial et aucune donnée n’est conservée sur les captures accessoires. Cependant, on sait qu’un grand nombre de grands polatouches sont capturés dans des pièges visant d’autres espèces (principalement la martre) dans une grande partie de l’aire de répartition de l’espèce (I. Adams, obs. pers.). On dispose de minces données sur les captures de petits polatouches par des trappeurs au Québec (C. Genest, comm. pers., 2004) et en Nouvelle-Écosse (Lavers, 2004).