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Petit polatouche (Glaucomys volans)

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Stabb (1988) a fait une description complète des besoins en matière d’habitat du petit polatouche. Cette description a été corroborée par des travaux plus récents (Fridell et Litvaitis, 1991; Adams, 1995; Taulman et al., 1998; Taulman, 1999; Lavers, 2004; Taulman et Smith, 2004). Les besoins primaires en habitat sont principalement des arbres matures produisant desnoix dont l’espèce se nourrit et des cavités de nidification dans des arbres.

Dans la partie nord de son aire de répartition, le petit polatouche occupe des forêts dominées par des feuillus produisant des noix dont il s’alimente, et comptant quelques conifères, généralement du pin (Pinus spp.) (Doby, 1984; Gilmore et Gates, 1985; Adams, 1995; Lavers, 2004). Du côté de la population de l’Atlantique, le G. volans occupe des forêts peuplées de hêtres à grandes feuilles (Fagus grandifolia), de pruches du Canada (Tsuga canadensis), de chênes rouges, de frênes blancs (Fraxinus americana) et de pins blancs (Pinus strobus). Les arbres (morts ou vivants) où le petit polatouche choisit de faire son nid tendent à avoir un diamètre plus grand que les arbres exempts de nid (Gilmore et Gates, 1985; Adams, 1995; Taulman, 1999; Lavers, 2004).

Des études récentes ont démontré que le petit polatouche privilégie les peuplements forestiers anciens (Adams, 1995; Taulman, 1999; Lavers, 2004; Taulman et Smith, 2004). En Nouvelle-Écosse, l’âge des peuplements aux environs des nids est en moyenne de 87,9 années ±27,7 (n = 41), soit un âge significativement plus élevé que celui de peuplements de lieux choisis au hasard (Lavers, 2004). Dans le parc national de la Pointe-Pelée, les petits polatouches ont manifesté une préférence marquée pour les peuplements anciens à la suite de leur réintroduction dans le parc (Adams, 1995). L’âge du peuplement en soi n’est pas aussi important que les attributs auxquels ces peuplements sont généralement associés. Les feuillus âgés produisent davantage de noix et tendent à offrir un plus grand nombre de cavités. Les peuplements jeunes et les peuplements faisant l’objet d’une coupe sélective pour conserver les sites de nidification ainsi qu’un nombre suffisant d’arbres producteurs de noix pourraient également accueillir le petit polatouche (on ignore toutefois quel est le nombre « suffisant » d’arbres producteurs de noix). On doit noter toutefois que les densités élevées d’individus observées dans des peuplements jeunes pourraient comprendre des individus subordonnés ou des juvéniles ayant été déplacés vers un habitat de moindre qualité (Goertz et al., 1975; I. Adams, observation personnelle).

La proximité de l’eau pourrait également être importante (Sonenshine et al., 1979; Taulman, 1999). Dans les terrains boisés du comté de Norfolk, en Ontario, qui renferment la population source pour la réintroduction de l’espèce dans le parc national de la Pointe-Pelée, les individus ont été le plus souvent capturés dans des marécages inondés au printemps et dominés par l’érable argenté (Acer saccharinum). Après leur remise en liberté à la Pointe-Pelée, les petits polatouches ont généralement occupé des habitats similaires (Adams, 1995). Lorsque inondées, ces forêts pourraient offrir une protection aux polatouches en empêchant les prédateurs terrestres d’accéder aux arbres dans lesquels ils ont édifié leurs nids.

Le petit polatouche est un nicheur secondaire des cavités. Le Pic mineur (Picoides pubescens) et le Pic chevelu (P. villosus) sont les principaux excavateurs des cavités occupées par le G. volans (Sollberger, 1940; Muul, 1968). Celui-ci occupe également des cavités formées par des branches cassées ou la maladie. Lavers (2004) a observé que seulement 28 p. 100 de 46 nids avaient été excavés par des pics. De façon analogue, la plupart des nids de la Pointe-Pelée se trouvaient dans des trous de nœud ou de branches cassées d’arbres vivants (Adams, 1995). Les petits polatouches occupent volontiers des structures faites par l’homme pour nidifier, notamment des greniers, des dépendances et des nichoirs installés pour les oiseaux. Dans la partie sud de leur aire de répartition, les petits polatouches construisent aussi des nids faits de matières végétales (Dolan et Carter, 1977).

L’entrée de la cavité a généralement un diamètre de 3,5 à 5 cm (Muul, 1968). Stabb (1988) a observé que la hauteur des cavités de nidification était en moyenne de 6,6 m (1,3 à 14,0 m). À la Pointe-Pelée et dans le comté de Norfolk, les cavités tendent à se situer dans la partie supérieure de cette plage, dans les houppiers d’arbres vivants et matures ou dans de grands chicots (Adams, obs. pers.). En Nouvelle-Écosse, la hauteur moyenne d’un groupe de nids a été établie à 5,4 m ± 3,3 (n = 46; Lavers, 2004).


Tendances en matière d’habitat : plaines des Grands Lacs

Environ 90 p. 100 des terrains boisés originels du sud de l’Ontario ont été détruits avant 1920 (Larson et al., 1999). Environ 13 p. 100 de ce territoire a depuis été remis en état, en grande partie parce qu’il s’agissait de terres agricoles marginales. Les efforts de la province ont contribué à protéger d’autres terrains boisés d’importance contre le développement (Larson et al., 1999). On ignore si ces terrains boisés sont suffisamment grands, contigus et matures pour accueillir le petit polatouche et s’ils sont dotés des éléments caractéristiques de l’habitat convenable pour l’espèce.

La région de Haldimand-Norfolk a perdu 80 p. 100 de son couvert forestier avant 1900 (Gartshore et al., 1987). Il est possible que les petits polatouches se trouvant actuellement dans les terrains boisés du comté de Norfolk, qui renferment 17 p. 100 du couvert forestier de la région, aient recolonisé ces terrains au fur et à mesure que l’habitat est redevenu disponible. Un phénomène semblable d’utilisation des forêts secondaires par le petit polatouche semble se produire le long de la forêt de l’escarpement du Niagara à Hamilton (Ontario), qui était un territoire dénudé durant les années 1920. Si la reforestation se poursuit, il est possible que l’abondance du petit polatouche augmente dans le sud de l’Ontario. Cependant, les forêts secondaires arrivent à maturité lentement et seront sujettes à des impacts anthropiques, comme la fragmentation de l’habitat et l’urbanisation.

Les tendances en matière d’habitat pourraient être positives dans les forêts occupées par le petit polatouche se trouvant dans la région du Bouclier canadien. Le faible développement agricole et urbain, de même que la pratique de la coupe sélective, pourraient contribuer à préserver des étendues continues de forêt (J. Bowman, comm. pers., 2004). Selon les modèles de changements climatiques, les arbres produisant les graines dont s’alimente le petit polatouche devraient étendre progressivement leur aire de répartition vers le nord, ce qui pourrait accroître l’habitat du petit polatouche à long terme (J. Bowman, comm. pers., 2004).


Tendances en matière d’habitat : Atlantique

La population de l’Atlantique semble étroitement associée à la répartition du chêne rouge en Nouvelle-Écosse (Lavers, 2004). Le chêne rouge est une espèce commune dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, mais une autre espèce privilégiée par le petit polatouche, le hêtre à grandes feuilles, a souffert de la maladie, et sa répartition et la taille des arbres a diminué (M. Elderkin, comm. pers., 2004). Dans l’ensemble, le taux de déforestation a augmenté dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse entre 1997 et 2002, les coupes de bois ayant excédé le reboisement (Rozalska et Colville, 2003). Freedman et al. (1996) ont relevé qu’une diminution importante du nombre d’arbres vivants encore debout (chicots), d’arbres vivants creux et de débris grossiers ligneux accompagne la transformation de la forêt acadienne originelle vers des groupements végétaux des premiers stades de la succession végétale et en champs agricoles.


Protection et propriété

L’habitat est protégé par divers parcs et réserves fauniques nationaux et provinciaux dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce (tableau 4). De plus, l’Ontario gère un réseau d’aires de conservation (p. ex. Backus Woods dans le comté de Norfolk) qui offre une certaine protection à l’habitat du petit polatouche. Les parcs figurant au tableau 4 représentent des secteurs susceptibles d’abriter une population isolée de G. volans. Il existe dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce un grand nombre d’autres aires protégées où celle-ci est présente, dont la plupart sont des fragments d’habitat de petite taille et isolés. De telles petites aires protégées pourraient aider à maintenir le petit polatouche dans la mosaïque d’habitats hautement fragmentée par le développement du sud de l’Ontario, du sud-ouest du Québec et de la vallée de l’Annapolis en Nouvelle-Écosse.

 Tableau 4 : Sélection de grandes aires protégées par province, avec leur superficie et le degré de certitude quant à la présence du petit polatouche
Carte1Aire protégéeSuperficie totale2
(km2)
G. volansprésent?
 Ontario
1Parc national de la Pointe-Pelée16oui
2Parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne~ 25oui
3Parc national des Îles-du-Saint-Laurent~ 9oui
4Parc provincial Algonquin7 653oui §
5Parc provincial Bon Echo66non confirmé, probable
6Parc provincial Frontenac52non confirmé, probable
7Parc provincial Killarney485oui §
8Parc provincial Killbear18non confirmé, probable §
9Parc provincial Pinery25oui
10Parc provincial Rondeau32oui
 Québec
11Parc de la Gatineau (Commission de la capitale nationale)363oui
12Réserve faunique de Papineau-Labelle1 628oui
13Parc national du Mont-Mégantic55non confirmé, possible
14Parc national du Mont-Orford58non confirmé, possible
15Parc national du Mont-Saint-Bruno6non confirmé, probable
16Parc national du Mont-Tremblant1 510non confirmé, possible
 Nouvelle-Écosse
18Parc national Kejimkujik381oui
19Aire de nature sauvage Tobeatic1 038non confirmé, probable

Les superficies indiquées représentent l’ensemble de l’aire protégée, mais ne représentent pas nécessairement la superficie de l’habitat total disponible pour le petit polatouche. Le symbole § indique la récente expansion de l’aire de répartition documentée par J. Bowman et al. (données inédites).

1 Emplacement correspondant à la figure 4.
2 Remarque : L’habitat propice au petit polatouche pourrait avoir une superficie considérablement inférieure.


Figure 4 : Emplacement des aires protégées décrites au tableau 5

Figure 4 : Emplacement des aires protégées décrites au tableau 5.

La zone foncée représente la distribution actuelle connue du petit polatouche.