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Petit polatouche (Glaucomys volans)

Biologie

Cycle vital et reproduction

Le G. volans peut atteindre la maturité sexuelle dès l’âge de six mois (Wells-Gosling, 1985), quoiqu’il soit inhabituel que des femelles produisent une portée avant l’âge de 1 an (Giacalone-Madden, 1976). Les G. volans sont polyœstriens (Banfield, 1974) et peuvent produire 2 portées en une saison (Dolan et Carter, 1977). Bien que ce phénomène soit plus fréquent dans la partie sud de l’aire de répartition de l’espèce, on a observé des femelles ayant élevé 2 portées au parc national de la Pointe-Pelée (Adams, 1995). Des études menées aux États-Unis indiquent une taille moyenne des portées de 2,75 (é.-t. = 0,59, n = 11 études, plage : 1-6; source : Stabb, 1988). Les données sur la taille des portées au Canada se limitent à la Pointe-Pelée (3,45 ± 0,66 é.-t., n = 11; Adams, 1995) et au comté de Norfolk (3,66, n = 3; Stabb, 1988).

Les données de taux de survie concernant le G. volans sont rares. Giacalone-Madden (1976) rapporte un taux annuel moyen de disparition d’environ 50 p. 100 accompagné d’une grande variance chez le petit polatouche à Long Island (État de New York). Doby (1984) a relevé une baisse considérable des recaptures d’individus âgés de plus de 3 ans dans des nids artificiels en Caroline du Nord. Au parc national de la Pointe-Pelée, l’individu capturé le plus vieux était âgé de 4 ans, et représentait moins de 1 p. 100 de la population (Bednarczuk, 2003). Deux des 42 (4,8 p. 100) polatouches capturés à cet endroit en 1997 étaient âgés de 3 ans ou plus (Adams, 1997) et 10 des 58 (17,2 p. 100) individus capturés en 2003 avaient été marqués en 2001 (Bednarczuk et Stephens, 2004).

La durée estimée d’une génération est de 1,5 an : la plupart des femelles élèvent leur première portée à l’âge de 1 an et peu d’entre elles survivent passé l’âge de 3 ans.

La parturition peut avoir lieu dès la fin du mois d’avril ou seulement au mois d’août. Les dates de parturition semblent associées à la disponibilité de nourriture et aux conditions climatiques. Par exemple, un hiver anormalement froid et une pénurie possible de graines due à une sécheresse l’année précédente se sont probablement soldés Parc national de la Pointe-Pelée (PNPP) par un retard du début de la reproduction et par l’absence d’une seconde portée dans le PNPP en 2003 par comparaison à 2001 (Bednarczuk et Stephens, 2004).


Relations interspécifiques

De par son agressivité, le G. volans surclasse le G. sabrinus, de plus grande taille, pour l’occupation des sites de nidification (Weigl, 1978; Muul, 1968). Le G. volans est également porteur d’un strongyle (nématode parasite) qui est mortel pour le G. sabrinus. On a avancé que l’exclusion du G. sabrinus par compétition serait au moins en partie due à ce parasite (Wetzel et Weigl, 1994; Weigl et al., 1999 dans Lavers, 2004). On croyait auparavant que ces deux espèces n’étaient que marginalement sympatriques en raison de leur comportement, des parasites et de différences dans le choix de l’habitat (Weigl, 1978), mais on sait aujourd’hui que les aires de répartition de ces deux espèces se chevauchent considérablement dans la plus grande partie de l’aire de répartition canadienne du G. volans, à l’exception du sud-ouest de l’Ontario (J. Bowman, données inédites; Lavers, 2004). Les deux espèces ont également été observées dans les mêmes lieux de regroupement hivernal (Lavers, 2004).


Régime alimentaire

Le petit polatouche a un régime alimentaire varié. Sa principale source d’alimentation est les noix des feuillus, en particulier le caryer (Carya spp.), le chêne (Quercus spp.) et le hêtre à grandes feuilles (Harlow et Doyle, 1990; Sawyer et Rose, 1985), bien qu’il consomme aussi régulièrement des insectes, des œufs, des oisillons et d’autres aliments, lorsque ceux-ci sont disponibles (Dolan et Carter, 1977; Wells-Gosling, 1985; Stabb et al., 1989). Le petit polatouche compte sur ses réserves de graines pour se nourrir durant l’hivernage. Lavers (comm. pers., 2004) signale que, chez les populations sympatriques de G. volans et de G. sabrinus en Nouvelle-Écosse, les deux espèces consomment des champignons toute l’année. La mycophagie est bien connue chez le grand polatouche (Maser et al., 1985; Maser et al., 1986), mais est autrement inconnue chez le petit polatouche.


Prédateurs

Les prédateurs du G. volans sont des hiboux, des couleuvres du genre Elaphe, le raton laveur (Procyon lotor), l’opossum de Virginie (Didelphus virginianus), des belettes (Mustela spp.), le vison d’Amérique (Mustela vison), la martre d’Amérique (Martes americana), le renard roux (Vulpes vulpes), le chat domestique (Felis domesticus) et le lynx (Lynx rufus; voir Stabb, 1988). Les polatouches peuvent éviter les prédateurs, comme les hiboux qui pourraient les apercevoir au moment où ils planent, en courant de l’autre côté du tronc d’arbre immédiatement après s’être posés dessus (Adams et Bednarczuk, obs. pers.). Les chats domestiques et féraux sont des prédateurs communs et pourraient représenter un obstacle de taille à la conservation du petit polatouche. Les chats ont probablement contribué à la disparition du G. volans dans le parc national de la Pointe-Pelée (et d’autres fragments d’habitat) au début du XXsiècle (Adams et Nudds, 1992) et continuent probablement de confiner certaines populations isolées dans des fragments forestiers du sud-ouest rural de l’Ontario et ailleurs. En Nouvelle-Écosse, 42 p. 100 des 129 spécimens de petits polatouches recueillis avaient été tués par des chats domestiques (Lavers, 2004).


Physiologie

Le G. volans n’hiberne pas, mais il devient beaucoup moins actif en hiver et peut former des regroupements pour réduire le coût de la thermorégulation. La plupart des regroupements comptent moins de 10 individus et il s’agit principalement de cellules familiales, mais on a observé jusqu’à 50 individus dans une cavité d’arbre (voir Stabb, 1988). La taille optimale d’un groupe de petits polatouches pourrait être de 6 individus; les dépenses énergétiques dans un tel groupe sont réduites de 50 p. 100 entre 0 et 9 °C (Stapp et al., 1991).


Déplacements et dispersion

Les habitudes de dispersion du petit polatouche sont relativement méconnues. Les juvéniles semblent demeurer en groupe durant tout l’hiver avec leur mère et d’autres congénères (Lavers, 2004; Giacalone-Madden, 1976; Muul, 1968). Avant l’hiver, les déplacements sont limités par comparaison à la saison de reproduction.

Les adultes sont capables de couvrir de grandes distances en peu de temps. Le domaine vital moyen des mâles et des femelles en Arkansas a été estimé à 9,0 ± 2,5 ha (n = 7) et 3,9 ± 0,6 ha (n = 7), respectivement (Stone et al., 1996). Adams (données inédites) a observé des mâles munis d’un collier radioémetteur se déplaçant de plus de 2 km en une seule nuit à la suite de la translocation dans le parc national de la Pointe-Pelée. Dans un habitat forestier linéaire analogue près de Hamilton (Ontario), un mâle adulte s’est déplacé de 2,4 km en une seule nuit (absence d’estimations moyennes des déplacements) (Bednarczuk et Judge, 2002).