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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’hespérie de Poweshiek (Oarisma poweshiek) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

L’hespérie de Poweshiek se rencontre au Canada uniquement dans les prairies humides-mésiques à grandes graminées (Catling et Lafontaine, 1986). Au Michigan, elle est associée aux tourbières minérotrophes alcalines où la potentille frutescente (Pentaphylloides floribunda), (Pursh) est un arbuste commun (Holzman, 1972). Toutefois, dans les Dakotas, au Minnesota et en Iowa, elle est surtout commune dans les prairies mésiques, plus sèches (Swengel et Swengel, 1999).

Au Manitoba, les prairies humides-mésiques à grandes graminées fréquentées par l’hespérie de Poweshiek sont petites (0,4 ha) à grandes (300 ha) et forment des ouvertures plus ou moins allongées entre les peuplements de chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa Michx.) et de peuplier faux-tremble (Populus tremuloides Michx.) (Catling et Lafontaine, 1986) (figure 5). Ces prairies ont un relief peu prononcé (dénivellations d’au plus un à deux mètres) et, dans la plupart des cas, comportent des sections basses périodiquement humides et des sections élevées plus sèches (mésiques). Chacune de ces sections est caractérisée par une communauté végétale particulière. La végétation des zones basses humides est souvent dominée par diverses espèces de saules (Salix sp.) ainsi que par trois graminées, la deschampsie cespiteuse (Deschampsia caespitosa [L.] Beauv.), l’agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera L.) et la muhlenbergie de Richardson (Muhlenbergia richardsonis [Trin.] Rydb.), diverses espèces de carex (Carex spp.), une autre cypéracée, l’éléocharide elliptique (Eleocharis elliptica Kunth), une joncacée, le jonc de la Baltique (Juncus balticus Willd.), une primulacée, la lysimaque à quatre fleurs (Lysimachia quadriflora Sims) et une labiée, la brunelle commune (Prunella vulgaris L.). Une orchidée en voie de disparition, la platanthère blanchâtre de l’Ouest (Platanthera praeclara Sheviak et Bowles), et une autre orchidée, le cypripède blanc (Cypripedium candidum Willd.), sont présentes dans certains des secteurs humides. Les zones mésiques, plus élevées, sont souvent dominées par deux graminées, le barbon de Gérard (Andropogon gerardii Vitman) et le sporobole à glumes inégales (Sporobolus heterolepis A. Gray) ainsi que par diverses herbacées non graminoïdes, dont une lilacée, le zygadène élégant (Zigadenus elegans Pursh) et trois composées, la verge d’or rigide (Solidago rigida L.), la rudbeckie tardive (Rudbeckia serotina Nutt.) et le liatris à style ligulé (Liatris ligulistylis (A. Nels.). Une lobéliacée, la lobélie à épi (Lobelia spicata), a souvent été observée dans les zones de transition entre la prairie mésique et la prairie plus sèche. Un arbuste, la potentille frutescente (Pentaphylloides floribunda), était commun dans ces milieux. Le zygadène élégant (Zigadenus elegans) est considéré comme une espèce calciphile et a besoin d’un pH du sol supérieur à 7,0 (Sheviak, 1974). Sa présence témoigne de la nature alcaline du sol de ces prairies. Dans la plupart des sites, l’hespérie de Poweshiek était surtout commune en bordure ou près de la bordure des sections élevées et mésiques de la prairie, où le barbon de Gérard (A. gerardii) était abondant. Une des plantes hôtes de l’hespérie, l’éléocharide elliptique (E. elliptica) (McAlpine, 1972; Holzman, 1972), se rencontre dans les secteurs humides de la prairie (Catling et Lafontaine, 1986).

Figure 5. Habitat de l’hespérie de Poweshiek. Prairie à grandes graminées/barbon de Gérard près de Tolstoi (Manitoba) (Photo : R.P. Webster).

Figure 5.  Habitat de l’hespérie de Poweshiek. Prairie à grandes graminées/barbon de Gérard près de Tolstoi (Manitoba) (Photo : R.P. Webster).

Tendances

On ne saura jamais de façon précise quelle était l’aire de répartition de l’hespérie de Poweshiek en Amérique du Nord, car une bonne partie du territoire anciennement couvert par la prairie à grandes graminées avait déjà été affectée aux cultures en rangs ou gravement dégradée par le surpâturage avant la tenue des premiers inventaires de cette espèce et d’autres insectes de prairie. La prairie à grandes graminées a déjà occupé une superficie d’environ 34 000 000 ha (340 000 km2) en Amérique du Nord (Samson et Knopf, 1994). Une bonne partie de cet écosystème a disparu entre 1850 et 1920. La prairie à grandes graminées ne couvre plus que 500 000 ha, soit une perte de plus de 99 p. 100. Au Manitoba, elle s’étendait autrefois sur quelque 600 000 ha (Samson et Knopf, 1994), mais elle n’occupe plus qu’environ 5 000 ha (incluant les sites fauchés à la fin de l’automne), ce qui représente un déclin de 99,5 p. 100. Le déclin des populations d’hespérie de Poweshiek a probablement été proportionnel à celui de son habitat exclusif en Amérique du Nord. La plupart des populations d’hespérie de Poweshiek d’Amérique du Nord sont aujourd’hui très fragmentées et limitées aux quelques prairies reliques isolées (Royer et Marrone, 1992a).

On ignore jusqu’à quel point l’hespérie de Poweshiek était répandue au Canada. Il reste encore un certain nombre de prairies à grandes graminées propices (superficie totale de quelque 3 000 ha) dans la région située entre les lacs Manitoba et Winnipeg, au Manitoba. L’hespérie de Poweshiek ne se rencontre dans aucune de ces prairies, bien que l’O. garita, son proche parent, demeure commun dans nombre d’entre elles. Il se peut que l’aire de répartition de l’hespérie de Poweshiek au Canada ait toujours été restreinte.

Les sols peu profonds, rocheux et très calcaires des régions où l’hespérie de Poweshiek se rencontre aujourd’hui au Canada ne se prêtent pas à la plupart des utilisations agricoles. La faible superficie (0,4 à 0,8 ha) de nombreuses ouvertures de prairie, conjuguée à la présence d’espèces végétales souvent inutilisables comme fourrage, en particulier dans les secteurs les plus élevés, rend ces sites généralement impropres au pâturage (Catling et Lafontaine, 1986). En conséquence, la flore de ces sites n’a pas trop souffert des activités agricoles. En revanche, diverses activités humaines ont entraîné la disparition de nombreux sites aux États-Unis (Royer et Marrone, 1992a).

Protection et propriété des terrains

La plupart des populations de l’hespérie de Poweshiek sont actuellement protégées (du moins officiellement) dans la Réserve de prairie d’herbes longues du Manitoba (Tall-grass Prairie Preserve), d’une superficie de 2 200 ha, en vertu du Programme des habitats fauniques essentiels (Critical Wildlife Habitat Program). L’hespérie de Poweshiek est également présente dans quelques autres sites se trouvant sur des terrains privés, à l’extérieur de la réserve.