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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’hespérie de Poweshiek (Oarisma poweshiek) au Canada

Biologie

Généralités

Comme d’autres papillons diurnes et hespéries, l’hespérie de Poweshiek exploite des ressources et fréquente des microhabitats très différents aux diverses étapes de son cycle vital.

Période d’activité des adultes

L’hespérie de Poweshiek a une seule génération par année. Les spécimens récoltés au Manitoba ont été capturés entre le 23 juin et le 14 juillet, mais la plupart d’entre eux l’ont été entre le 23 et le 28 juin (base de données de collecte de la CNC, Biological and Conservation Data System, Conservation Manitoba). En 2002, le premier adulte a été observé le 3 juillet, et les deux sexes étaient communs le 12 juillet. Le pic de la période de vol est survenu à la mi-juillet. Durant un inventaire décennal réalisé en Iowa, au Minnesota et au Dakota du Nord, les adultes ont atteint leur densité maximale entre le 7 et le 9 juillet (Swengel et Swengel, 1999). La période de vol dure probablement environ trois à quatre semaines chaque année.

Ressources nutritives des adultes

La présence de plantes nectarifères est importante pour l’hespérie de Poweshiek et les autres papillons diurnes. Le nectar est une source d’eau et d’énergie pour les adultes et permet aux femelles d’atteindre leur fécondité maximale (Murphy et al., 1983). L’hespérie de Poweshiek semble utiliser toute une gamme de plantes nectarifères, mais la composition exacte de cette gamme varie selon l’endroit. Durant l’inventaire décennal réalisé en Iowa, au Minnesota et au Dakota du Nord, Swengel et Swengel (1999) l’ont observée butinant les fleurs de 19 espèces végétales. Les espèces exploitées étaient, par ordre décroissant de préférence (établi selon la fréquence des visites), l’héliopsis faux-hélianthe (Heliopsis helianthoides (L.) Sweet), l’échinacée à feuilles étroites (Echinacea angustifolia (DC.) Heller), le Coreopsis palmata Nutt. et le Rudbeckia hirta L. Toutefois, aucune de ces plantes, à l’exception de la rudbeckie, n’a été trouvée en compagnie de l’hespérie au Manitoba. Catling et Lafontaine (1986) ont mentionné que l’hespérie visitait souvent les fleurs de la lobélie à épi (Lobelia spicata). Cette espèce était également la plante nectarifère préférée de l’hespérie de Poweshiek au Michigan, mais le Rudbeckia serotina était aussi utilisé à l’occasion (Holzman, 1972). En 2002, dans presque tous les sites où elle était présente au Manitoba, l’hespérie de Poweshiek a été observée à un certain nombre d’occasions sur des fleurs de rudbeckie. Quelques fleurs de lobélie à épi étaient ouvertes pendant la période de vol de l’hespérie, et elles ont été visitées par quelques individus seulement.

Parade nuptiale et fécondité

On a très peu d’informations précises sur la parade nuptiale et la fécondité de l’hespérie de Poweshiek. Cette hespérie semble du type patrouilleur. Les mâles patrouillent leur habitat à la recherche de femelles réceptives au lieu de se percher ou de pourchasser les femelles comme le font les Hesperia spp. mâles. La plupart des mâles observés en 2002 se déplaçaient d’un vol relativement lent tout juste au-dessus des graminées. Plusieurs femelles très fraîchement émergées ont été aperçues perchées près du sommet de la tige d’une graminée. Aucune tentative d’accouplement ni aucun accouplement n’ont été observés. Des observations plus poussées de la parade nuptiale et du comportement reproducteur de cette espèce s’imposent.

Comportement lors de la ponte et ressources nutritives des chenilles

Au Michigan, les chenilles de l’hespérie de Poweshiek se nourrissent du feuillage de l’éléocharide elliptique (Eleocharis elliptica Kunth) et d’une cypéracée indéterminée (Holzman, 1972). Au Manitoba, l’éléocharide était commune en bordure des zones basses humides des prairies habitées par l’hespérie, et elle est probablement une des plantes hôtes de l’espèce à ces endroits (Catling et Lafontaine, 1986). Les œufs sont pondus sur le feuillage de l’éléocharide (Holzman, 1972). En condition de confinement, des femelles ont pondu leurs œufs près de l’extrémité de la face dorsale des feuilles de la plante hôte (McAlpine, 1972).

Comportement des chenilles

Les œufs de O. poweshiek éclosent 9 à 10 jours après la ponte, et les chenilles commencent aussitôt à s’alimenter sur le feuillage de la plante hôte. La vie larvaire s’étale sur sept stades. L’hespérie de Poweshiek hiberne au cinquième stade larvaire (McAlpine, 1972; Scott, 1986), probablement enfouie dans la litière à la base de la plante hôte. Les chenilles se nourrissent sur les feuilles de la plante hôte près de la surface du sol mais, contrairement à celles de certaines autres espèces d’hespéries, elles ne se fabriquent aucun abri. Lorsqu’elles ne se nourrissent pas, elles se réfugient sous la tige de la plante hôte. Les trois premiers stades larvaires durent entre 10 et 15 jours, tandis que le quatrième se prolonge sur environ 25 jours (McAlpine, 1972). Des chenilles du cinquième stade exposées à des conditions expérimentales ont cessé de se nourrir à la fin de septembre et sont entrées en diapause (McAlpine, 1972). Après avoir hiberné à l’extérieur, les chenilles ont recommencé à se nourrir au début d’avril. Elles ont atteint le sixième stade au milieu d’avril, et le septième, le 14 mai. Malheureusement, McAlpine (1972) n’a fourni aucune indication sur les dates de nymphose et sur les microhabitats où cette métamorphose se produit. Des études plus détaillées sur le cycle vital de l’espèce sont requises.

Facteurs de mortalité naturelle

Les facteurs de mortalité naturelle demeurent largement méconnus. Swengel et Swengel (1999) ont mentionné des cas de prédation par une thomise (araignée) dissimulée dans une fleur d’Heliopsis helianthoides et deux réduves (hémiptères) sur des fleurs de Rudbeckia hirta. La prédation des adultes ne représente probablement pas un facteur de mortalité important chez l’hespérie de Poweshiek.

Dynamique des populations 

Les fluctuations annuelles des effectifs de l’hespérie de Poweshiek au Canada ne sont pas connues. Royer et Marrone (1992a) ont indiqué que cette espèce subit d’importantes fluctuations annuelles au Dakota du Nord et au Dakota du Sud, mais ils n’ont fourni aucune donnée à l’appui. À leur avis, ces fluctuations pourraient être en partie imputables à des facteurs anthropiques.

Déplacements et dispersion

On sait très peu de choses sur les déplacements de l’hespérie de Poweshiek dans et entre les milieux favorables. En raison de son vol peu puissant, cette espèce possède probablement un faible pouvoir de dispersion. Toutefois, Swengel et Swengel (1999) ont mentionné que c’était la seule hespérie spécialiste des prairies qu’ils aient observée à l’extérieur des milieux de prairies au cours de leur étude décennale. Un individu a été aperçu à 0,8 km de la prairie la plus proche, le long d’un chemin de terre traversant des champs cultivés et des friches. Près de la Réserve de prairie d’herbes longues du Manitoba, quelques adultes en train de butiner des fleurs ont été observés en bordure d’un chemin, à 0,5 km de la prairie à grandes graminées la plus proche. Cette observation donne à croire que l’hespérie de Poweshiek peut traverser des milieux non favorables. Il semble toutefois improbable qu’elle puisse s’aventurer dans de tels milieux sur plus de quelques kilomètres.

Interactions interspécifiques

Bien que 21 espèces de papillons diurnes aient été répertoriées dans la Réserve de prairie d’herbes longues du Manitoba, seulement deux cas d’interaction de l’hespérie de Poweshiek avec une autre espèce de papillon diurne ont été observés. Parmi les hespéries, l’hespérie mystique (Polites mystic (W.H. Edwards)) était la plus abondante dans les milieux fréquentés par l’hespérie de Poweshiek. L’hespérie de Peck (P. peckius (W. Kirby)) et l’hespérie à tache costale (P. themistocles (Latreille)) étaient également communes, mais surtout dans les secteurs perturbés abritant une flore caractéristique de pré. Lors des deux interactions observées, une hespérie mystique mâle s’est lancée à la poursuite d’une hespérie de Poweshiek mâle qui s’était aventurée à proximité de son perchoir. L’altercation n’a duré qu’une ou deux secondes. Il est peu probable que les interactions interspécifiques liées à la parade nuptiale interfèrent (perte de temps) avec le comportement d’accouplement de l’hespérie de Poweshiek.

Adaptabilité

L’hespérie de Poweshiek est extrêmement sensible à l’altération de son habitat et a rarement été trouvée dans des prairies dégradées (Royer et Marrone, 1992a; Schlicht et Saunders, 1994; Swengel et Swengel, 1999). Bien que les immatures et les adultes puissent utiliser un certain nombre de plantes pour se nourrir et se reproduire, ils semblent exploiter uniquement les espèces végétales associées aux prairies non perturbées. L’altération de la communauté végétale indigène de la prairie entraîne souvent la perte de ces ressources essentielles. L’hespérie de Poweshiek a peu de chance d’atteindre de nouveaux habitats de prairie situés à plus de quelques kilomètres de son habitat d’origine. À cause de son faible pouvoir de dispersion et de la spécificité élevée dont elle fait preuve à l’égard de ses plantes hôtes, cette espèce est particulièrement vulnérable à la dégradation de son habitat, en particulier lorsque les populations reliques sont largement séparées les unes des autres.