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Programme de rétablissement du renard véloce (Vulpes velox) au Canada

1. Contexte

1.1 Information du COSEPAC sur l'évaluation de l'espèce

Nom commun : Renard véloce

Nom scientifique : Vulpes velox

Résumé de l'évaluation
Statut accordé par le COSEPAC :
Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : L'espèce a déjà disparu du Canada par le passé. Un programme de réintroduction a permis d'en rétablir une petite population en Alberta et en Saskatchewan. Les animaux se reproduisent à l'état sauvage, mais la prédation par le coyote et la perte d'habitat pourraient représenter des menaces pour l'espèce.

Présence au Canada : Alberta et Saskatchewan

Historique du statut : L'espèce a été vue pour la dernière fois en Saskatchewan en 1928. Elle a été classée espèce disparue du pays en avril 1978. À la suite d'un nouvel examen de son statut, le renard véloce a été désigné espèce en voie de disparition en avril 1998 après une réintroduction réussie. Ce statut a été confirmé après réexamen en mai 2000. La dernière évaluation est fondée sur le rapport de situation actuel.


1.2 Description

Canidé de la taille d'un chat, le renard véloce a le pelage roux-jaunâtre pâle. Le dos, de couleur grise, est parsemé de poils blancs aux extrémités noires. L'animal fait en moyenne 30 cm de hauteur à l'épaule et pèse de 2,2 à 2,4 kg (James, 1823; Bailey, 1926; Soper, 1964). L'espèce se reconnaît également à sa queue au bout noir et aux taches noires qui ornent chaque côté de son museau (Seton, 1909; Rand, 1948).

Bien avant que les Européens n'attribuent un nom au renard véloce (Vulpes velox ou initialement Canis velox), les peuples autochtones d'Amérique du Nord lui avaient donné une gamme variée de noms communs dans des langues diverses. En fait, un grand nombre de Premières nations comptaient des sociétés axées sur le renard, par exemple la société du renard nain (Kit Fox Society) de la tribu des Blood. Ces sociétés, qui prenaient comme modèle le renard nain, le renard véloce ou le renard de la prairie, avaient des vêtements, des coiffures, des cérémonies, des danses, des coutumes et des accessoires particuliers (Laubin, 1977). Leur statut était directement lié à l'image que se faisait la tribu de la valeur et du caractère du renard. Par exemple, « renard nain » était le nom donné à une ancienne société péigane considérée comme très puissante. Il était dangereux même d'en parler, et, de toutes les sociétés de l'I kun uh Kah tsi, les bandes de Sin o pah (bandes du renard nain) étaient celles qui possédaient les remèdes les plus puissants (Wissler, 1995). La spiritualité des Blood est directement ou indirectement influencée par la société sacrée du renard nain (Francis First Charger, sage de la tribu des Blood, comm. pers.). Les sages de la tribu des Blood du sud de l'Alberta considèrent le Sinopaa (renard véloce) comme un élément important de leur spiritualité, et la tribu souhaite ardemment poursuivre la réintroduction de l'espèce sur son territoire (Francis First Charger, sage de la tribu des Blood, comm. pers.).


1.3 Populations et répartition

Le renard véloce était autrefois répandu dans les Grandes Plaines de l'Amérique du Nord, mais les populations ont connu un déclin constant à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle (Merriam, 1902; Seton, 1909). Au Canada, le dernier spécimen relevé avant que l'espèce ne disparaisse du Canada a été capturé en 1928 (Carbyn, 1998). Même si la dernière mention confirmée au Canada a été produite en Alberta en 1938 (Pied Piper, 1950), l'espèce n'a été officiellement classé disparue du pays qu'en 1978.

L'aire de répartition historique de l'espèce en Amérique du Nord a été estimée à 1,6 million de kilomètres carrés (Scott-Brown et al., 1987), mais la répartition a probablement toujours été éparse dans certains secteurs et continue dans d'autres (Carbyn, 1996).

Population canadienne et répartition

À l'aube du siècle dernier, le renard véloce occupait les parcelles de prairie mixte des régions méridionales de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba (Merriam, 1902; Seton, 1909; Rand, 1948; Soper, 1964; COSEPAC, 2000). Après sa disparition du Canada en 1938 (Pied Piper, 1950), des individus ont été réintroduits chaque année dans le sud de l'Alberta et de la Saskatchewan de 1983 à 1997. De plus, en 2004, 15 bêtes ont été réintroduites sur les terres de la tribu des Blood, dans le sud-ouest de l'Alberta. L'effectif et la répartition de la population de renards s'accroissent de façon constante depuis les dernières mises en liberté en 1997 (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006). Même si la population actuelle est concentrée dans le sud-est de l'Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan, quelques individus ont été signalés à Suffield (Alberta) et au nord de Swift Current (Saskatchewan). Une seule mention a été produite au Manitoba. À l'heure actuelle, la superficie de la zone d'occurrence est estimée à 12 897 km2, chiffre fondé sur les relevés de piégeage d'animaux vivants (Cotterill, 1997; Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2001) et les mentions datant de 1996 à 2003 qui ont été examinées et confirmées par l'équipe de rétablissement (figure 1).

La région frontalière qui chevauche la Saskatchewan et l'Alberta et la région du parc national des Prairies, qui sont plus ou moins raccordées par l'habitat contigu du nord du Montana, renferment une population estimative de 513 et de 134 individus respectivement (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006), mais il est impossible de déterminer combien de ces renards sont des individus matures et capables de se reproduire. (Voir les critères de l'IUCN pour la Liste rouge (http://intranet.iucn.org/webfiles/doc/SSC/RedList/redlistcatsfrench.pdf) pour obtenir une définition du terme mature). Il faudra procéder à des recensements consécutifs pour confirmer l'augmentation ou la stabilité de l'effectif. La région du Montana servirait d'habitat à 515 renards, ce qui porte le total à 1 162 individus dans la région du Canada et du Montana (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006).

Pourcentage de l'aire de répartition mondiale se trouvant au Canada

L'aire de répartition actuelle du renard véloce aux États-Unis serait d'une superficie de 505 149 km2 à 607 767 km2, selon une estimation voulant qu'il subsiste de 39 à 42 % de l'aire de répartition historique de l'espèce (Sovada et Scheick, 1999). Au total, 2 % de l'aire de répartition mondiale actuelle de l'espèce se trouve au Canada. Ce pourcentage est fondé sur une zone d'occurrence canadienne de 12 897 km2 et sur la moyenne des estimations relatives à l'aire de répartition américaine.

Aire de répartition américaine

Il est difficile d'estimer l'abondance des renards véloces aux États-Unis et la capacité des organismes de gestion d'évaluer cet effectif (Carbyn, 1996). En se fondant sur des cartes de la végétation, Kahn et al. (1997) ont estimé l'aire de répartition actuelle de l'espèce aux États-Unis à environ 40 % (soit une superficie d'environ 600 000 km2) de l'aire de répartition originale, ce qui cadre avec les estimations produites par Sovada et Scheick (1999) (voir COSEPAC, 2000).


Figure 1. Zone d'occupation et zone d'occurrence au Canada

Zone d'occupation et zone d'occurrence au Canada (voir description longue ci-dessous).

La superficie des zones d'occupation et d'occurrence actuelles (IUCN 2001 - http://www.redlist.org/info/categories_criteria2001IUCN) a été calculée à la lumière des relevés de piégeage d'animaux vivants (Cotterill, 1997; Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2001) et des mentions de 1996 à 2003 qui ont été examinées et confirmées par l'équipe de rétablissement. Les zones d'occupation illustrées par des cercles sont fondées sur un domaine vital de 31,9 km2; elles ont été calculées à l'issue d'une nouvelle analyse des données télémétriques de Moehrenschalger (2000). Pour le calcul de la superficie de la zone d'occurrence, les chercheurs se sont servis d'un polygone convexe minimum renfermant 99 % de toutes les parcelles d'habitat répertoriées.

Description pour la figure 1

La figure 1 consiste d'une carte principale et d'une carte en médaillon. La carte principale montre la superficie des zones d'occupation, 5 901,5 km2 et d'occurrence, 12 897,3 km2 pour le renard véloce. La carte montre aussi les villes et villages, les routes et les parcs provinciaux. La carte en médaillon montre la localisation des terres géré par le gourvernement fédéral ou provincial.


1.4 Besoins du renard véloce

1.4.1 Besoins biologiques

Le renard véloce figure parmi les canidés qui dépendent le plus d'un terrier; en fait, elle occupe une tanière à longueur d'année. L'accessibilité de terriers convenables est considérée comme un facteur important qui influe sur le maintien de populations viables (Egoscue, 1979; Russell, 1983; Pruss, 1999; Harrison et Whittaker-Hoagland, 2003). Le renard véloce modifie souvent les terriers d'autres animaux, tel que ceux du blaireau d'Amérique (Taxidea taxus), et il s'en sert pour mettre bas, pour élever sa progéniture et pour échapper à ses prédateurs tout au long de l'année (Herrero et al., 1986; Pruss, 1999). Le renard véloce est une espèce opportuniste qui a un régime alimentaire varié (Pruss, 1994). La liste des proies identifiées dans des excréments prélevés en Oklahoma comprenait 13 espèces de mammifères, quatre espèces d'oiseaux, une espèce d'amphibien, une espèce de reptile et 30 espèces d'invertébrés (Kilgore, 1969). En saison, les spermophiles (Spermophilus spp.) et les sauterelles (Melanoplus spp.) représentent d'importantes sources de nourriture. Le lièvre de Townsend (Lepus townsendii) est sans doute la plus grosse proie de l'espèce au Canada (COSEPAC, 2000).

1.4.2 Besoins en matière d'habitat

Au Canada, la réintroduction et la survie du renard véloce sont en grande partie tributaires de l'existence de parcelles de prairie mixte en Alberta et en Saskatchewan (Carbyn, 1998; COSEPAC, 2000; Smeeton et al., 2003). L'espèce est particulièrement bien adaptée à la prairie, comme en témoigne sa stratégie d'alimentation opportuniste et l'usage qu'elle fait des terriers pour s'abriter et se protéger des prédateurs (Pruss, 1999; Allardyce et Sovada, 2003; Harrison et Whitaker-Hoagland, 2003; Tannerfeldt et al., 2003). Le renard véloce ne semble pas dépendre de sources d'eaux libres (Golightly et Ohmart, 1984; Pruss, 1999). L'espèce a montré qu'elle peut coexister avec les humains dans un paysage indigène où l'élevage intensif du bétail est le principal mode d'occupation du territoire.


1.5 Menaces

1.5.1 Classement des menaces

Tableau 1. Détermination et classement des menaces
NoMenaceCote
1Disparition ou dégradation de l'habitat en raison de pratiques agricoles inappropriées ou du développement industriel1
2Fragmentation de l'habitat en raison de pratiques agricoles inappropriées et de l'exploitation pétrolière et gazière2
3Prédation et exclusion compétitive par le coyote et le renard roux2
4Mortalité directe causée par des collisions routières3
5Mortalité indirecte causée par la maladie, l'empoisonnement ou le piégeage3
6Changement climatique4

Facteurs qui menacent actuellement (2006) la survie et l'habitat du renard véloce (Vulpes velox) dans la prairie canadienne (1 = menace grave et répandue, 2 = menace moyennement grave et potentiellement répandue, 3 = menace de portée et de gravité limitées, 4 = menace de portée et de gravité inconnues).

 

1.5.2 Description des menaces

Disparition, dégradation et fragmentation de l'habitat en raison de pratiques agricoles inappropriées ou du développement industriel

La fragmentation et la destruction de l'habitat sont à l'origine de nombreux problèmes de conservation. Ces phénomènes expliquent en grande partie le déclin d'un grand nombre de populations de canidés qui sont aujourd'hui rares ou en voie de disparition (Debinski et Holt, 2000; Crooks, 2002; Swihart et al., 2003). À ces facteurs s'ajoute la stochasticité démographique et environnementale, qui accroît la vulnérabilité des petites populations (Hill et al., 2002). Plus de 74 % des espèces endémiques des Grandes Plaines sont inscrites comme espèces préoccupantes par des organismes gouvernementaux (Erickson et al., 2004). Comme le renard véloce est principalement un spécialiste de la prairie, l'aménagement de terres agricoles est l'une des principales causes de la disparition de son habitat (Soper, 1964; Hillman et Sharps, 1978; Carbyn, 1998). Selon les estimations produites au Canada, au moins 80 % de la prairie indigène aurait été transformée à des fins agricoles (Gauthier et Patino, 1993). De même, environ 70 % de la superficie des Grandes Plaines de l'Amérique du Nord a disparu. L'habitat est de plus en plus fragmenté par les routes, les sentiers de service, les collectivités et l'expansion de l'industrie pétrolière et gazière dans des prairies auparavant isolées (Carbyn, 1998; Moehrenschlager, 2000; Forrest et al., 2003; Samson et al., 2004). Dans la région transfrontalière de la Saskatchewan, de l'Alberta et du Montana, les parcelles de prairie menacées par l'agriculture (c.-à-d. les terres potentiellement arables qui appartiennent à des intérêts publics ou privés et qui ne sont assujetties à aucune restriction en matière de culture) occupent une superficie totale de 8 247 km2, soit 45 % de la prairie indigène encore présente dans la région (Erickson et al., 2004).

Prédation et interférence/exclusion compétitive par le coyote et le renard roux

La présence de coyotes (Canis latrans), qui sont à la fois des concurrents et des prédateurs, et l'essor des populations de renards roux (Vulpes vulpes) figurent probablement parmi les deux principaux facteurs qui empêchent le renard véloce d'agrandir son territoire (Scott-Brown et al., 1986; Carbyn et al., 1994; Brechtel et al., 1996; Carbyn, 1998). L'expansion des populations de coyotes a été facilitée par la disparition du loup de la prairie (Riley et al., 2004). Les changements dans la composition des communautés animales et végétales, l'herbivorie, la suppression des incendies et l'utilisation de pesticides et d'insecticides – tous ces facteurs modifient l'écosystème et agissent probablement sur l'abondance locale et saisonnière des proies (Voigt et Berg, 1987; Linnell et Strand, 2000). Ces changements pourraient accroître le risque d'interférence intraguilde entre le renard véloce et d'autres prédateurs tels que le coyote et le renard roux (Voigt et Berg, 1987; Carbyn, 1998; Linnell et Strand, 2000). Dans de nombreuses études, la prédation par le coyote est considérée comme la principale cause de mortalité chez le renard véloce (Covell, 1992; Carbyn et al., 1994; Sovada et al., 1998; Kitchen et al., 1999; Moehrenschlager, 2000; Smeeton et Weagle, 2000; Schauster et al., 2002; Andersen et al., 2003). Les oiseaux prédateurs sont aussi une cause de mortalité chez cette espèce (COSEPAC, 2000).

Le chevauchement alimentaire est plus marqué entre le renard véloce et le renard roux, espèces sympatriques (qui habitent le même territoire) au Canada, qu'entre le renard véloce et le coyote (Moehrenschlager et Sovada, 2004). Par conséquent, les risques de concurrence abusive sont plus élevés avec le renard roux qu'avec le coyote. De plus, chez les populations sympatriques, les risques d'affrontement entre renards roux et renards véloces sont plus élevés qu'entre coyotes et renards véloces parce que, comparativement aux coyotes, les renards roux tendent à former des populations plus denses, à avoir de plus petits domaines vitaux et à se déplacer seuls plutôt que par deux ou en groupes plus nombreux (Henry, 1996). Les travaux de M.A. Sovada (données inédites) donnent à penser que le renard roux pourrait empêcher le renard véloce de coloniser des milieux non occupés qui lui sont propices. Au Canada, les renards roux font leur tanière beaucoup plus près des lieux habités que les coyotes; les terriers des renards véloces, eux, sont espacés de façon aléatoire (Moehrenschlager, 2000). Les changements anthropiques tels que l'urbanisation et la fragmentation de la prairie indigène (ex. : par l'exploitation pétrolière et gazière) pourraient faciliter la croissance des populations de renards roux, ce qui aurait des conséquences désastreuses pour le renard véloce, en particulier dans les secteurs de forte densité de population (Carbyn, 1998).

Dans les régions rurales, les coyotes évitent généralement les secteurs de forte activité humaine (Roy et Dorrance, 1985; Pruss, 1994; Pruss, 2002). Cette tendance, combinée aux mesures de lutte contre l'espèce, pourrait donner lieu à de l'interférence et à une exclusion compétitive abusive (c.-à-d. situation où la concurrence peut influer sur la répartition des espèces) de la part du renard roux dans la prairie (Carbyn, 1998; Linnell et Strand, 2000; Allardyce et Sovada, 2003). Cette éviction du renard véloce par son concurrent pourrait entraver davantage les efforts de rétablissement que la prédation directe de l'espèce par le coyote, qui demeure tributaire de la densité des populations. White et al. (1994) ont déjà étudié l'exclusion compétitive chez le renard nain (Vulpes macrotis), et ils ont conclu que l'espèce semble avoir été déplacée par le renard roux (Allardyce et Sovada, 2003). La présence du coyote paraît donc nécessaire pour exclure le renard roux. Ainsi, il pourrait exister des scénarios où un nombre trop élevé ou trop faible de coyotes mènerait à l'exclusion du renard véloce. Il faut donc déterminer où se trouve l'équilibre et quel rôle jouent dans cette équation les facteurs environnementaux et les perturbations anthropiques (Moehrenschlager et al., 2004). À l'heure actuelle, l'étendue et la gravité du problème demeurent inconnues. Des recherches devraient être entreprises sur le sujet dans les cinq prochaines années.

Mortalité directe et indirecte de cause humaine

Collisions avec des véhicules : Le renard véloce est souvent aperçu au bord des routes, et il n’est pas rare qu’il aménage son terrier près des voies de circulation (Hillman et Sharps, 1978; Hines, 1980; Hines et Case, 1991; Pruss, 1999; Moehrenschlager, 2000; Kintigh et Anderson, 2005). Les collisions avec des véhicules peuvent être une importante cause de mortalité, en particulier pour les juvéniles (Pruss, 1994; Sovada et al., 1998; Herrero, 2003). Les projets pétroliers et gaziers supposent la création de nouvelles voies de circulation et l’intensification de la circulation sur les routes existantes, ce qui contribue à accroître les risques de collision.

Empoisonnement et piégeage : Plusieurs facteurs auraient contribué à la réduction de l'effectif et de l'aire de répartition de la population de renards véloces. Bailey (1926) indique qu'il était facile de piéger ou d'empoisonner des renards véloces, que les chiens n'avaient aucune difficulté à les capturer et que les renards se sont faits de plus en plus rares lorsque le territoire a été colonisé par les humains. Des campagnes d'empoisonnement à grande échelle pour les loups, les chiens de prairie et les coyotes auraient grandement contribué au déclin des populations de renards véloces à l'aube du siècle dernier (Scott-Brown et al., 1987).

En Alberta et en Saskatchewan, les producteurs peuvent acheter des appâts empoisonnés, y compris des produits à base de strychnine, pour contrôler la population de spermophiles de Richardson (Spermophilus richardsonii). Il peut arriver que des renards véloces consomment ces appâts, directement ou indirectement (c.-à-d. par l'ingestion de spermophiles empoisonnés). En Alberta, des fonctionnaires municipaux dûment formés font enquête sur des plaintes de prédation et peuvent fournir aux propriétaires fonciers du poison ou des collets pour lutter contre les prédateurs (Joel Nicholson, biologiste des espèces en péril, ministère du Développement durable des ressources de l'Alberta, comm. pers.). Même si le renard véloce n'est pas l'espèce ciblée, ces pratiques peuvent être à l'origine de cas de mortalité accidentelle. La Saskatchewan a délimité une zone d'exclusion (cantons 1 à 7, à l'ouest du 3e méridien) où l'empoisonnement des prédateurs est interdit. Les collets à ressort et les collets suspendus peuvent y être utilisés, mais l'extrémité inférieure du collet doit se trouver à au moins 30 cm de hauteur, et l'utilisateur doit se procurer un permis de piégeage spécial (Sue McAdam, spécialiste de l'écologie, ministère de l'Environnement de la Saskatchewan, comm. pers.).

Aux États-Unis, l'interdiction présidentielle de 1972 visant l'usage de substances toxiques pour la lutte contre les prédateurs (ex. : strychnine, composé 1080) sur le territoire domanial a peut-être favorisé le rétablissement du renard véloce. L'application du composé 1080 sur les parcelles de prairie est en voie de légalisation en Saskatchewan, ce qui entravera fort probablement la croissance des populations réintroduites de renards véloces. De plus, certains propriétaires fonciers soucieux de protéger leur bétail contre les prédateurs ont recours à des appâts toxiques illégaux vers lesquels les renards véloces sont facilement attirés (Moehrenschlager, 2000). Les activités actuelles de lutte contre les rongeurs et les prédateurs, qu'elles soient légales ou illégales, demeurent inconnues, tout comme leurs effets sur la viabilité de la population de renards véloces. Par ailleurs, il importe d'adopter des pratiques de gestion exemplaires ou des politiques pour parer à une éventuelle croissance de l'utilisation d'insecticides en période d'épidémie de sauterelles. La Division des nouvelles stratégies et des affaires réglementaires de l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire a réévalué la réglementation sur l'utilisation du cyanure de sodium afin de protéger les renards véloces contre l'empoisonnement, et elle a proposé les modifications suivantes à l'étiquette du produit : 1) l'ajout d'une adresse URL menant à une carte de l'aire de répartition du renard véloce; 2) une mention prescrivant aux utilisateurs d'obtenir de l'Alberta Fish and Wildlife Office, à Medicine Hat ou à Lethbridge, l'autorisation d'utiliser ce poison (Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire, 2006).

Maladies : Les petites populations sont particulièrement vulnérables aux épidémies, qui peuvent menacer ou neutraliser complètement les efforts de rétablissement (Thorne et Williams, 1988). Il n'existe pour le Canada aucune donnée sur l'exposition des renards véloces aux maladies des canidés et sur la prévalence selon les classes d'âge et les régions (Moehrenschlager et Sovada, 2004). Les effets des maladies et les risques de transmission entre les renards véloces et des espèces sympatriques comme le coyote, le renard roux et le chien domestique doivent être évalués (Pybus et Williams, 2003). Cette information revêt une importance cruciale, du fait que les maladies peuvent avoir des effets dévastateurs sur les populations de canidés en voie de disparition (Woodroffe et al., 1999; Laurenson et al., 1998).

La longue période pendant laquelle l'espèce est demeurée absente des Prairies canadiennes témoigne de l'existence d'obstacles à sa dispersion et de l'incapacité des populations de renards véloces du Wyoming, du Dakota du Sud et du Nebraska de se disperser vers le nord et d'« immigrer » au Canada. Le rythme et l'étendue de la propagation des maladies sont inconnus, mais on sait que d'autres espèces de canidés peuvent les transmettre ou servir de réservoirs.

Changement climatique

À l'heure actuelle, il est rare que les stratégies de conservation tiennent compte des effets futurs du changement climatique ainsi que des défis associés à un changement dans la répartition et l'abondance des populations ou à la variabilité géographique de l'ampleur des impacts du réchauffement planétaire (Huntley et Webb, 1989; Hannah et al., 2002a). Même s'il est difficile de le prédire avec certitude, les simulations effectuées à partir des modèles de circulation générale indiquent, pour toute la partie nord des Grandes Plaines, une réduction des précipitations et une hausse des températures annuelles moyennes (Karl et Heim, 1991; Lemmen et al., 1997). À l'échelle planétaire, les prédictions donnent à entendre que l'aire de répartition de plusieurs espèces sera repoussée vers des altitudes et des latitudes plus élevées (Hughes, 2000). D'après les modèles de végétation mis au point par Rizzo et Wiken (1992), le sud de l'Alberta et de la Saskatchewan pourrait devenir une région semi-désertique. Ces prédictions ont des incidences évidentes sur la planification des efforts de conservation. Par exemple, il se peut que l'aire de répartition de l'espèce ciblée se retrouve hors des limites de l'aire protégée ou que les nouvelles conditions climatiques menacent la survie d'une espèce rare et en voie de disparition (Peters et Darling, 1985; Hannah et al., 2002a et 2000b). Le réchauffement climatique pourrait rendre la prairie impropre au renard véloce, et il est pour l'instant impossible de déterminer s'il existe d'autres milieux propices à l'espèce. La modélisation de ces impacts possibles peut fournir des renseignements fort utiles pour l'élaboration des futurs programmes de conservation et de rétablissement.


1.6 Lacunes dans les connaissances et études recommandées

  1. Aucune évaluation quantitative de l'habitat propice au rétablissement n'a encore été réalisée. Les chercheurs comprennent encore mal le profil d'occupation de divers milieux par le renard véloce, en particulier les habitats considérés comme atypiques. Il faudra mener des recherches pour évaluer la dispersion limitée des renards véloces dans des milieux apparemment propices et pour cerner les obstacles (physiques et écologiques) à l'établissement d'un régime de gestion et de conservation plus efficace (Moehrenschlager et Sovada, 2004). Au-delà de quelle limite la disparition, la dégradation et la fragmentation de l'habitat limitent-elles la viabilité du renard véloce? Certains individus fréquentent occasionnellement des milieux modifiés par l'intervention humaine. Il importe de comprendre les ratios appropriés d'habitat modifié et d'habitat indigène, les degrés de connectivité et les changements qui peuvent survenir dans la qualité de l'habitat sans nuire au rétablissement des populations de renards véloces. Au Canada, l'industrie pétrolière et gazière connaît un essor rapide, et elle cible actuellement les prairies non aménagées à des fins d'exploration et d'exploitation. Il faut étudier les effets des perturbations causées par cette industrie, notamment les impacts de la construction de routes et d'éléments d'infrastructure connexes. Ces activités pourraient réduire la capacité portante de l'habitat, modifier les interactions entre différentes espèces de canidés et accroître le taux de mortalité attribuable à des collisions routières. Il importe d'élaborer des lignes directrices pour atténuer ces impacts.

  2. À l'heure actuelle, il est rare que les stratégies de conservation tiennent compte des effets futurs du changement climatique ainsi que des défis associés à un changement dans la répartition et l'abondance des populations ou à la variabilité géographique de l'ampleur des impacts du réchauffement planétaire (changements dans la qualité, les caractéristiques et la répartition de l'habitat). Il faudra poursuivre les travaux de modélisation pour mieux connaître les effets possibles du changement climatique sur le renard véloce.

  3. L'exposition du renard véloce aux maladies des canidés et la prévalence de ces maladies selon les classes d'âge et les régions n'ont jamais été évaluées au Canada. Il faudra évaluer l'effet de ces maladies et les risques de transmission entre le renard véloce et des espèces sympatriques comme le coyote, le renard roux et le chien domestique (Pybus et Williams, 2003). Des anticorps produits en réaction contre de nombreux agents pathogènes ont été décelés chez le renard véloce, notamment des anticorps contre la maladie de Carré et la rage (Miller et al., 2000; Olson, 2000). Cependant, les chercheurs ignorent toujours dans quelles conditions les maladies se développent et quels effets elles pourraient avoir.

  4. La présence de coyotes, qui sont à la fois des concurrents et des prédateurs, et la croissance des populations de renards roux sont sans doute deux des facteurs qui limitent le plus la dispersion des renards véloces vers des milieux propices (Scott-Brown et al., 1986; Carbyn et al., 1994; Brechtel et al., 1996; Carbyn, 1998). La prédation du renard véloce par le coyote représente l'un des meilleurs exemples de pression intraguilde entre carnivores. Le fait que la présence des coyotes soit probablement nécessaire pour exclure le renard roux donne à penser qu'il existe des situations où un nombre trop élevé ou trop faible de coyotes pourrait entraîner l'exclusion du renard véloce. Il convient d'étudier plus à fond cet équilibre, de même que les rôles que jouent dans cette équation les conditions environnementales changeantes et les perturbations anthropiques (Moehrenschlager et al., 2004).

  5. Les données sur l'abondance de la population, la prévalence des maladies, la génétique, l'occupation de l'habitat et les tendances démographiques devraient être intégrées à des modèles de viabilité de la population pour orienter les plans de conservation à l'échelon provincial et fédéral.

  6. Il importe de réaliser des analyses génétiques pour étudier les goulots d'étranglement, la variabilité génétique, la connectivité et les distances de dispersion au Canada et au sein des populations isolées des États-Unis. Il faut comprendre la viabilité génétique des petites populations et les obstacles génétiques que pourrait créer à la longue la fragmentation de l'habitat. Il serait également important d'estimer la taille effective des populations de renards véloces introduits pour déterminer le rapport entre la taille effective et la taille de recensement des populations (Ne/N).

  7. Le présent programme de rétablissement prévoit de nombreuses études qui, une fois terminées, serviront à déterminer s'il convient de poursuivre les programmes de réintroduction pour atteindre les objectifs démographiques. À l'heure actuelle, il est impossible d'établir si les programmes de réintroduction sont toujours nécessaires.

  8. Les travaux réalisés par Klausz (1997) sur la biomasse des petits mammifères en hiver donnent à conclure que les concentrations de proies varient dans les divers milieux où les renards véloces ont été mis en liberté. Nous savons peu de choses concernant les effets des pratiques de gestion foncière et de gestion des pâturages à grande échelle sur l'abondance des proies. Le parc national des Prairies a entrepris des expériences dans ce domaine (Henderson, 2005).

  9. Quelques études ont déjà été réalisées sur le comportement du renard véloce au Canada (Pruss, 1994 et 1999), mais des recherches plus poussées sur l'éthologie de l'espèce pourraient se révéler utiles.

  10. Il importe de se concerter pour la réalisation de projets de recherche qui traitent de problèmes communs à plusieurs espèces de la prairie. L'élaboration de plans de conservation unifiés constitue probablement le moyen le plus efficace d'atteindre les objectifs financiers, politiques et écologiques tout en assurant la survie future des communautés de ce type d'habitat.