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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le meunier tacheté (Minytrema melanops) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Dans l’ensemble de son aire de répartition, le meunier tacheté occupe généralement de longues fosses profondes, dans des rivières de petite à moyenne taille au substrat d’argile, de sable ou de gravier. La fraye se fait sur les radiers (McSwain et Gennings, 1972). Des meuniers tachetés ont également été capturés dans une variété d’autres habitats, comme de grands cours d’eau (le fleuve Mississippi), des méandres abandonnés et des bras morts, des retenues et de petits ruisseaux turbides (Trautman, 1981; Lehnen et al., 1997). Au Canada, on en a capturé dans une variété d’habitats semblables : dans des rivières de petite à moyenne taille, comme les rivières Thames et Sydenham, dans les vastes habitats riverains des rivières Sainte-Claire et Détroit, de même que le long des berges des lacs Érié et Sainte-Claire.

On estime que le meunier tacheté privilégie les substrats fermes à durs. Dans les sites où l’on a capturé l’espèce en Ontario, les substrats de fond étaient composés d’argile dure, de sable, de gravier ou de cailloux (Parker et McKee, 1984). On a déjà signalé la présence d’individus dans des secteurs riches en macrophytes aquatiques, mais comme les relevés des mentions canadiennes ne décrivent pas l’habitat; il est impossible de s’avancer sur la relation entre l’espèce et les macrophytes aquatiques (Parker et McKee, 1984). Dans les bras morts et le chenal principal du cours supérieur du Mississippi, le meunier semble préférer les sites jonchés de chicots de bois (Lehnen et al., 1997).

Le meunier tacheté fréquente surtout les eaux claires, chaudes et de faible turbidité (Trautman, 1981). Au Canada, on l’a cependant capturé aussi dans des rivières de turbidité moyenne à élevée (p. ex. dans la rivière Sydenham Est). L’espèce est considérée comme plus tolérante à l’envasement que d’autres espèces de Catostomidés, en particulier si le phénomène n’est prononcé que par intermittence (Parker et McKee, 1984). Les seuils de tolérance d’oxygène et de température du meunier tacheté sont inconnus.

Tendances en matière d’habitat

Dans l’aire de répartition canadienne, l’habitat du meunier tacheté a subi des transformations historiques considérables. La perte des milieux humides et de la végétation riveraine, l’altération des berges, le dragage, la chenalisation des cours d’eau, les déversements de substances chimiques toxiques et l’augmentation de la charge en sédiments et en nutriments sont autant de phénomènes qui ont été associés à l’altération de la composition et à la baisse de la productivité des communautés de poissons de la région (Dextrase et al., 2003; MacLennan et al., 2003; Ryan et al., 2003). Pendant la période qui s’est écoulée entre la rédaction des deux premiers rapports de situation sur le meunier tacheté (Parker et McKee, 1984; Campbell, 1994), l’invasion des Grands Lacs par les dreissénidés (moule zébrée et moule couagga) a profondément transformé la production primaire et la disponibilité des substrats rocheux (Ryan et al., 2003). L’accroissement parallèle de la clarté de l’eau s’est traduit par une augmentation spectaculaire de l’abondance de macrophytes aquatiques dans le lac Sainte-Claire et la rivière Détroit (Environnement Canada et EPA, 2003). On ignore les conséquences de ces changements sur les populations de meuniers tachetés.

Pour remédier à ces impacts historiques et actuels, on met actuellement en place des plans d’assainissement et des programmes de rétablissement de l’écosystème. Les populations de meuniers tachetés des rivières Détroit et Sainte-Claire vivent dans 2 des 43 secteurs préoccupants des Grands Lacs. Un plan d’assainissement a été adopté pour rétablir les éléments touchés, notamment les populations de poissons et d’autres espèces sauvages en déclin et leurs habitats (Hartig et al., 1996). Si sa mise en œuvre est réussie, ce plan d’assainissement devrait améliorer la qualité de l’eau et de l’habitat et, donc, être bénéfique pour les populations de meuniers tachetés. Le meunier tacheté figure parmi les neuf espèces de poissons visées par le programme de rétablissement de l’écosystème aquatique de la rivière Sydenham (Dextrase et al., 2003). L’un des objectifs clés du programme est d’améliorer la qualité de l’eau et de l’habitat en réduisant les charges sédimentaires et les apports en nutriments et en substances chimiques, et en maintenant les débits de base. Pour y arriver, il est indispensable d’adopter des pratiques agricoles exemplaires, comme l’aménagement de zones tampon riveraines, le travail de conservation du sol et la restriction de l’accès des animaux domestiques. Le meunier tacheté est également visé par le programme préliminaire de rétablissement de l’écosystème aquatique de la rivière Thames (Thames River Recovery Team, 2003). Les objectifs d’amélioration de l’habitat de la rivière Thames pour les populations de meuniers tachetés prévoient la réduction de l’apport en sédiments, en nutriments et en substances chimiques toxiques.

Protection et propriété

L’habitat du meunier tacheté pourrait bénéficier de la protection conférée par la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, la Loi sur les pêches fédérale, la Loi sur les ressources en eau du Canada, la Loi sur la protection de l’environnement de l’Ontario, la Loi sur les évaluations environnementales de l’Ontario, la Loi sur l’aménagement du territoire de l’Ontario et la Loi sur les ressources en eau de l’Ontario. La plupart des terrains adjacents aux occurrences situées à l’intérieur des terres sont des propriétés privées agricoles.