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Espèces sauvages 2005: la situation générale des espèces au Canada

Écrevisses

Écrevisse : Les écrevisses d'eau douce forment un groupe de crustacés varié et commun à l'échelle mondiale, à l'exception de l'Afrique et de l'Antarctique. Hamr, 1998.

Photo d’un Écrevisse à pinces bleues
Photo: Écrevisse à pinces bleues (Orconectes virilis) © Parks Canada/ J. Pleau 1996

En bref

  • Il existe plus de 540 espèces d'écrevisses dans le monde, dont 11 sont présentes au Canada.
  • À l'échelle nationale, près des deux tiers (64 p. 100) des écrevisses canadiennes sont classées en sécurité; 18 p. 100, sensibles; et aucune, en péril ou possiblement en péril.
  • Deux espèces d'écrevisses sont classées exotiques à l'échelle nationale : l'écrevisse à taches rouges (Orconectes rusticus) et l'écrevisse obscure (Orconectes obscurus). Les deux espèces ont été introduites en Ontario comme appât de poissons et sont maintenant présentes au Québec. L'écrevisse à taches rouges s'est répandue rapidement en Ontario et a éliminé les écrevisses indigènes de nombreux lacs et rivières. Il existe peu de données sur l'écrevisse obscure au Canada.
  • Aux États Unis, le tiers des écrevisses indigènes sont classées en voie de disparition (endangered) ou menacées (threatened), selon l'American Fisheries Society Endangered Species Committee.

Contexte

L'écrevisse appartient à l'embranchement des crustacés, comme le crabe, le homard et la crevette. Toutes les écrevisses possèdent un exosquelette articulé et respirent par les branchies. Les écrevisses canadiennes sont présentes dans une énorme variété d'habitats d'eau douce, dont des zones humides, des prairies humides, des eaux stagnantes, des étangs, des ruisseaux, des cours d'eau, des lacs et des rivières. Toutes les espèces d'écrevisses canadiennes sont également présentes aux États Unis, mais certaines populations du pays ont un cycle vital et des modèles écologiques uniques comparativement aux populations du sud. Il existe deux familles d'écrevisses au Canada : les Astacidae et les Cambaridae. La première est représentée par une espèce, l'écrevisse du Pacifique (Pacifastacus leniusculus), présente en Colombie Britannique. Les 10 autres espèces appartiennent toutes à la famille des Cambaridae. Ses grandes pinces, situées sur la première des cinq paires de pattes, constituent la caractéristique la plus évidente des écrevisses. Aussi appelées « pattes chéliformes géantes », elles permettent aux écrevisses de se nourrir, de s'accoupler, de se défendre et de creuser. Les quatre autres paires de pattes lui servent à se déplacer et à rechercher de la nourriture. Bien que les écrevisses marchent habituellement lentement au fond des cours d'eau, des rivières et des lacs, elles peuvent fuir leurs prédateurs en remuant leur forte queue et en montant en flèche à reculons pour échapper au danger. Au devant de la tête, les écrevisses possèdent une paire d'yeux composés situés sur de courtes tiges flexibles, qui leur permettent de voir dans différentes directions, car les écrevisses ne peuvent pas tourner la tête. Elles possèdent en outre une paire de longues antennes qui leur servent à détecter la nourriture et les substances chimiques dans l'eau. En général, les écrevisses ne vivent que quelques années; elles doivent donc se reproduire rapidement et à un volume élevé pour maintenir leurs populations. La plupart des espèces s'accouplent à l'automne ou au début du printemps. Pendant l'accouplement, le mâle dépose son sperme dans un réceptacle situé sur la face antérieure de la femelle, qui le conserve jusqu'à ce qu'elle soit prête à féconder ses oeufs, au printemps. Lorsqu'elle est prête à pondre, la femelle crée une poche en courbant sa queue sous son abdomen. Cette poche est remplie d'une substance gluante, la glaire, qui maintient les oeufs en place. Au moment de la ponte, les oeufs traversent le réceptacle de sperme et tombent dans la glaire, où ils demeurent jusqu'à l'éclosion. Lorsqu'ils sont éclos, les jeunes écrevisses demeurent attachés à leur mère pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'ils aient mué deux fois. Enfin, les jeunes quittent leur mère pour subvenir à leurs propres besoins. Certaines espèces d'écrevisses sont prêtes à s'accoupler quelques mois après l'éclosion, et d'autres atteignent la maturité après plusieurs années.

Les écrevisses se divisent en deux groupes principaux : les espèces d'eau libre et les espèces fouisseuses. Les écrevisses d'eau libre quittent rarement ou jamais l'eau, et sont surtout nocturnes. De jour, elles se cachent dans des crevasses sous les roches ou d'autres abris, pour échapper aux prédateurs. Les écrevisses fouisseuses dépendent moins des habitats aquatiques. Elles vivent dans des ruisseaux, des prairies humides et d'autres zones où la nappe phréatique n'est pas profonde. Les fouisseuses creusent des tunnels souterrains et vivent dans des sols humides et n'en sortent probablement que pour chercher de la nourriture et s'accoupler. À l'instar des autres écrevisses, les fouisseuses respirent par les branchies, mais sont incapables d'extraire l'oxygène de l'air humide et de l'eau.

La diète des écrevisses est variée : végétation terrestre et aquatique, plantes et matières animales mortes et en putréfaction et petits invertébrés aquatiques. En mangeant des plantes et des matières animales mortes et en putréfaction, les écrevisses retournent l'énergie et les nutriments emprisonnés dans la chaîne alimentaire, à la disposition des prédateurs des écrevisses. Ces dernières constituent donc un important maillon de la chaîne alimentaire aquatique. Les écrevisses sont la proie de nombreux animaux, dont des invertébrés, des poissons, des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et des mammifères. Elles sont également un aliment important pour les poissons de sport, tels que les malachigans et les achigans (famille des centrarchidés).

Richesse et diversité au Canada

L'Ontario (neuf espèces) et le Québec (huit espèces) possèdent la richesse en écrevisses la plus élevée du Canada (figure 2 3 i, tableau 2-3 i). Parmi les 11 espèces canadiennes d'écrevisses, seules deux espèces ne sont pas présentes en Ontario : l'écrevisse à épines (Orconectes limosus), présente au Québec et au Nouveau Brunswick, et l'écrevisse du Pacifique, présente en Colombie Britannique. L'écrevisse est absente de trois provinces (Terre Neuve-et-Labrador, Île du Prince Édouard et Nouvelle Écosse) et des trois territoires

Plein feux sur l'écrevisse Fallicambarus fodiens

L'écrevisse Fallicambarus fodiens est l'une des deux espèces fouisseuses présentes en Ontario. Elle habite des zones humides, des lits de ruisseau, des ruisseaux et des sols secs éloignés des eaux de surface permanentes. Pour survivre dans ces habitats, elle creuse des terriers dans le sol, qui consistent généralement en des tunnels pourvus d'une à trois entrées reliées par un puits vertical. Le puits se termine sous la nappe phréatique par une chambre inondée où l'écrevisse passe la plus grande partie de sa journée. L'entrée du terrier est marquée par une cheminée de boue formée pendant l'excavation. On croit que l'écrevisse Fallicambarus fodiens est omnivore et se nourrit probablement de végétation ou d'invertébrés trouvés dans le terrier.

Au Canada, l'écrevisse Fallicambarus fodiens n'est présente que dans le sud de l'Ontario. De récents relevés ont permis de découvrir de petites populations aussi loin au nord que le sud est de la baie Géorgienne et aussi loin à l'est que la rive nord du lac Scugog. Cette espèce semble préférer creuser ses terriers dans les sols argileux; il est donc possible que son aire de répartition ne soit pas plus étendue vers le nord en raison du sol mince et de roches dures du Bouclier canadien. Bien que l'aire de répartition de l'écrevisse Fallicambarus fodiens soit vaste dans le sud de l'Ontario, l'espèce n'est jamais commune à l'échelle locale et elle vit souvent dans de petites parcelles d'habitat dans un océan agricole et d'aménagement urbain. La nature grandement aménagée de cette région signifie que la perte de l'habitat constitue une importante menace envers l'écrevisse Fallicambarus fodiens.

Il existe peu de données sur le cycle vital de l'écrevisse Fallicambarus fodiens au Canada, mais on croit qu'elle se reproduit en mai et en juin, et que son espérance de vie s'établit à trois ou quatre ans. Il est nécessaire de mener des recherches approfondies sur son cycle vital; cependant il a été suggéré que les populations canadiennes présentent des modèles de cycle biologique uniques, comparativement aux populations du sud.

Bien que l'écrevisse Fallicambarus fodiens ne soit jamais commune à l'échelle locale et qu'elle soit menacée par la perte d'habitat, il existe de nombreuses occurrences de cette espèce dans le sud de l'Ontario. Par conséquent, à l'échelle nationale, l'écrevisse Fallicambarus fodiens est classées sensible.

Plein feux sur l'écrevisse à pinces bleues (Orconectes virilis)

L'écrevisse à pinces bleues est une espèce d'eau libre présente de l'Alberta à l'est du Nouveau Brunswick; il s'agit de l'écrevisse à l'aire de répartition la plus vaste au Canada. Bien qu'elle soit fréquemment présente dans les rivières ou les cours d'eau au substrat rocheux, on la trouve également sur des substrats boueux ou vaseux et dans des lacs. L'écrevisse à pinces bleues passe ses journées à l'abri dans une excavation peu profonde sous une roche. La nuit, elle sort pour se nourrir de plantes aquatiques, d'algues et d'invertébrés aquatiques.

L'écrevisse à pinces bleues est répandue et commune dans la majeure partie de son aire de répartition. Cependant, en Ontario et au Québec, elle doit affronter la compétition de l'écrevisse à taches rouges (Orconectes rusticus), une espèce exotique. Originaire de l'Ohio, du Kentucky, du Michigan et de l'Indiana, cette dernière a éliminé l'écrevisse à pinces bleues de nombreux bassins aquatiques ontariens en raison de la supériorité de ses capacités compétitives et de son cycle de reproduction plus rapide. Toutefois, il est improbable que l'écrevisse à pinces bleues connaisse des déclins de populations immédiats et généralisés, car il existe toujours de nombreuses populations stables dans des régions où l'écrevisse à taches rouges n'a pas encore été introduite.

Plusieurs études menées en Ontario ont indiqué des déclins de populations d'écrevisse à pinces bleues dans des lacs du Bouclier canadien; ils seraient attribuables aux précipitations acides, car l'acidité accrue de l'eau risque de réduire le succès de la reproduction chez cette espèce.

Dans la partie occidentale de son aire de répartition, la situation de l'écrevisse à pinces bleues est relativement différente. En Alberta, l'espèce est originaire du bassin versant de la rivière Beaver, mais a été introduite dans d'autres rivières de la province, probablement comme appât de poissons. Il n'y a aucune écrevisse indigène dans les rivières où l'espèce a été introduite; cette dernière a donc peu de concurrents et est en mesure de se répandre rapidement. Des essais ont montré que l'écrevisse à pinces bleues risquait de modifier les systèmes aquatiques en Alberta en réduisant l'abondance des plantes et des invertébrés aquatiques indigènes.

Malgré des déclins de populations et la disparition locale dans certaines parties de son aire de répartition, l'écrevisse à pinces bleues est une espèce commune et répandue, comptant de nombreuses occurrences au Canada. À l'échelle nationale, elle est classée en sécurité.

État des connaissances au Canada

Les écrevisses sont souvent utilisées aux fins d'essais en laboratoire ou en classe, car elles sont faciles à récolter et à conserver; leur biologie fondamentale est donc relativement bien connue. Cependant, on en connaît beaucoup moins sur les écrevisses en milieu naturel. En Ontario, plusieurs études sur le cycle vital d'espèces indigènes et exotiques ont été menées, mais, dans d'autres régions du pays, le cycle vital n'a pas été étudié en profondeur. De même, l'aire de répartition est bien connue en Ontario, mais elle l'est moins ailleurs au Canada. Notamment, il serait nécessaire de mener davantage de recherches sur la répartition à l'extrémité septentrionale de l'aire des écrevisses ainsi que dans les régions où des espèces exotiques ont été introduites. De récentes études commencent à combler ces lacunes en matière de connaissances; par exemple, en Colombie Britannique, une étude a montré que l'aire de répartition de l'écrevisse du Pacifique est beaucoup plus vaste que ce qu'on le croyait.

Les répercussions des écrevisses introduites sur les collectivités indigènes constituent la principale préoccupation des biologistes s'intéressant aux écrevisses. Au Canada, deux espèces sont classées exotiques : l'écrevisse à taches rouges (Orconectes rusticus) et l'écrevisse obscure (Orconectes obscurus), qui ont probablement été introduites au pays comme appâts de poissons et sont maintenant présentes au Québec. L'écrevisse à taches rouges s'est répandue rapidement en Ontario et au Québec. Cette grosse écrevisse belliqueuse peut éliminer les écrevisses indigènes, telles que l'écrevisse à rostre caréné (Orconectes propinquus) et l'écrevisse à pinces bleues, par des interactions agressives et ses taux élevés de reproduction. En outre, l'écrevisse à taches rouges réduit la diversité et l'abondance des plantes et des invertébrés aquatiques, entre en concurrence avec des poissons pour l'obtention de nourriture et fait diminuer le taux de reproduction des poissons en mangeant leurs oeufs. L'écrevisse obscure a également été introduite en Ontario. Il existe peu de données sur cette espèce au Canada, mais on croit qu'elle élimine les écrevisses indigènes en leur faisant concurrence. De plus, elle s'hybriderait avec l'écrevisse à rostre caréné.

Les écrevisses servent d'indicateurs biologiques de plusieurs types de pollution. Par exemple, en Colombie Britannique, des écrevisses du Pacifique gardées en cages dans des sites en aval de terres agricoles et résidentielles ont indiqué une augmentation des niveaux de contaminants dans leurs tissus. En Ontario, des écrevisses ont été utilisées pour étudier la pollution aux métaux lourds et l'acidification de lacs et de cours d'eau.

Résultats des évaluations de la situation générale

L'évaluation de la situation générale des écrevisses a été achevée en décembre 2004; les classifications se fondent sur les données connues jusqu'à ce moment.

Les écrevisses forment le seul groupe évalué dans lequel aucune espèce n'a été classées en péril ni possiblement en péril au Canada. À l'échelle nationale, sept espèces (64 p. 100) ont été classées en sécurité et deux (18 p. 100), sensibles (figures 2-3 i et 2-3 ii, tableau 2-3 i). De plus, deux espèces (18 p. 100) sont classées exotiques.

Figure 2-3-i: Résumé de la richesse en espèces et des classifications de la situation générale des espèces d'écrevisses au Canada en 2005.
bar chart (see long description below)
Description longue pour la figure 2-3-i

La figure 2-3-i résume la richesse en espèces et les classifications de la situation générale des espèces d'écrevisses par région au Canada en 2005. Au Canada, 2 espèces étaient sensibles, 7 en sécurité et 2 exotiques, pour un total de 11 espèces. En Colombie-Britannique, une espèce était en sécurité, pour un total d’une espèce. En Alberta, une espèce était non-évaluée, pour un total d’une espèce. En Saskatchewan, une espèce était indéterminée, pour un  total d’une espèce. Au Manitoba, une espèce était sensible et une en sécurité, pour un total de 2 espèces. En Ontario, 2 espèces étaient sensibles, 5 en sécurité et 2 exotiques, pour un total de 9 espèces. Au Québec, 5 espèces étaient en sécurité et 3 exotiques, pour un total de 8 espèces. Au Nouveau-Brunswick, une espèce était en sécurité et 2 exotiques, pour un total de 3 espèces.

Tableau 2-3-i : Résumé des classifications de la situation générale des espèces d'écrevisse au Canada en 2005.
ClassificationCABCABSKMBONQCNB
Disparue au Canada00000000
Disparue00000000
En péril00000000
Possiblement en péril00000000
Sensible20001200
En sécurité71001551
Indéterminée00010000
Non-évaluée00100000
Exotique20000232
Occasionnelle00000000
Totale111112983

Menaces envers les écrevisses canadiennes

Les deux principales menaces envers les écrevisses canadiennes sont la concurrence des écrevisses exotiques et la perte de l'habitat. Des écrevisses exotiques ont déjà fait disparaître des écrevisses indigènes de l'Ontario, mais aucune n'est actuellement en voie de disparition à l'échelle régionale et nationale, en raison de la vaste aire de répartition des espèces affectées. La destruction de l'habitat attribuable à l'établissement de barrages et à la canalisation, à la perte de zones humides, à l'envasement et à l'aménagement de l'habitat riverain risque d'avoir des répercussions négatives sur les écrevisses. Il est possible que les conséquences de la perte de l'habitat soient plus importantes pour les espèces fouisseuses, qui sont présentes en faible densité dans des parcelles d'habitat. En outre, la pollution de l'air et de l'eau, y compris l'acidification des lacs et des rivières causée par les précipitations acides, risquent d'affecter les écrevisses.

Conclusion

Il en reste beaucoup à apprendre sur les écrevisses canadiennes, y compris les limites de leur aire de répartition, les cycles biologiques des écrevisses de toutes les régions du pays ainsi que les répercussions des espèces introduites sur les collectivités aquatiques. La surveillance des populations d'écrevisses, en particulier la documentation de la dispersion des espèces exotiques, sera importante en vue d'établir les futurs changements de situation. Les écrevisses du Canada jouent un rôle essentiel dans les systèmes d'eau douce où elles sont naturellement présentes et elles risquent de modifier ceux dans lesquels elles ont été introduites. L'accroissement des connaissances sur les écrevisses permettra de préserver des écosystèmes d'eau douce sains dans tout le sud du Canada.

Further information

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Références

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